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31 août 2015

Belgique : Sur l’interdiction de filmer les policiers

La semaine passée, alors que des policiers en tenues de maintien de l’ordre arrêtent - sans violence - des supporters anglais dans une rue de Bruges. Un riverain prend une photo d’ambiance du groupe de policiers (de dos) sous le beffroi éclairé. Un policier casqué s’approche de lui : "Arrêtez de filmer". "Je ne filme pas, je prends des photos", répond l’habitant. Le policier crie : "Arrêtez de filmer !". "Je ne filmais pas, je prenais une photo". "Arrêtez de filmer !" "Pourquoi ?", demande le photographe amateur. Et le policier de crier encore plus fort : "Arrêtez de filmer !" "Je ne filme pas, mais je ne suis pas d’accord qu’on l’interdise", répond le riverain sexagénaire qui est alors immédiatement menotté par trois policiers masqués sur ordre du premier.

L’ancien juge de paix Jan Nolf sera relâché un quart d’heure plus tard. D’autres n’ont pas eu cette chance. Pour avoir simplement filmé une intervention un an plus tôt presque jour pour jour, un blogueur devra s’expliquer devant un tribunal : les policiers brugeois, soutenus par leur chef de corps, l’accusent d’avoir violé leur vie privée. En février 2014, la députée Gisèle Mandaila a été débarquée d’un avion par la force pour avoir voulu filmer l’opération d’expulsion d’un étranger.

Depuis sa création en 2013, l’Observatoire des violences policières de la Ligue des droits de l’Homme recueille les témoignages de victimes d’abus comme Jan Nolf et dénonce cette criminalisation des citoyens ou des journalistes privés de liberté pour avoir photographié une opération policière ou calmement discuté un ordre. Certains policiers se montrent tellement intimidants que des citoyens et même des journalistes finissent par croire qu’il serait interdit de les filmer. Actuellement, c’est faux, comme l’a rappelé le dernier rapport annuel du Comité P et l’ancienne ministre de l’Intérieur Milquet. Mais ça pourrait changer : le ministre de l’Intérieur se dit en effet prêt à étudier la question d’une interdiction de prendre l’image des policiers "par souci pour leur sécurité".

La photo qui a valu à l'ex-juge de se faire embarquer La photo qui a valu à l’ex-juge de se faire embarquer

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