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En el pozo María Luisa...

Les mines de charbon de Langreo, dans les Asturies, sont exploitées depuis le XVIIIe siècle. Un accident dans le puits [pozo] Maria Luisa y tua quatre mineurs. Une chanson populaire asturienne donne la parole à un survivant de la catastrophe qui prend à témoin Maruxiña, poupée des Asturies à l’effigie de Sainte Barbe, patronne des mineurs.
On connait deux titres à cette chanson : Santa Barbara bendita, et En el pozo María Luisa , qui devint célèbre dans toute l’Espagne lors de l’insurrection des Asturies de 1934, et surtout par la terrible répression qui s’en suivit.

charbonnage asturien

Dans les Asturies, s’était formée une alliance appelée "Union, Frères Prolétaires" (UHP : Unies, Hermanos Proletarios) regroupant autour du syndicat anarchiste Confédération Nationale du Travail et du grand syndicat socialiste UGT les organisations régionales asturiennes du Parti socialiste, du Parti Communiste (d’abord un des plus réservé, ensuite un des plus engagés), du Bloc ouvrier et paysan et de la gauche Communiste (deux organisations trotskisantes, dissidentes du PCE), des Jeunesses socialistes et des Jeunesses libertaires. Ainsi unis et organisés, les mineurs se soulèvent le 5 octobre 1934 et proclament à Oviedo la République socialiste asturienne. En trois jours, toutes les Asturies sont gouvernées par les soviets des mineurs et une Armée rouge de 30.000 travailleurs, moyennement armés et dotés d’une quantité phénoménale de dynamite récupérée dans les charbonnages.

République soviétique des Asturies : Manifestation de masses à Mieres
République soviétique des Asturies : Mineurs de l'Armée rouge asturienne

Comme l’insurrection reste cantonnée aux Asturies, le gouvernement peut y concentrer ses forces. C’est le général Franco qui dirige les opérations grâce à sa longue expérience : en 1917, il avait déjà écrasé une grève révolutionnaire dans les Asturies. Des renforts venus de tout le pays commencent à arriver. L’avant-garde de la contre-révolution est composées de mercenaires marocains et du “Tercio”, la Légion étrangère espagnole. Ces troupes utilisaient méthodes classiques de la guerre coloniale ; destructions systématiques, pillages, tortures, viols et en utilisant les prisonniers, femmes et enfants y compris, comme boucliers humains pour avancer à couvert.

Au matin du 19 octobre, l’insurrection est officiellement terminée. La terreur blanche s’abat sur le mouvement ouvrier. Au total, avec les victimes des combats et de la répression, le nombre de morts atteint les 5.000, auxquels il faut ajouter 7.000 blessés et 20.000 prisonniers.

Répression des Asturies ; Les Gardes Civils emmènent des prisonniers

De 1934 à 1936, la lutte pour l’amnistie des mineurs asturiens insurgés fut un point de ralliement pour la gauche révolutionnaire (et une campagne majeure pour le Secours Rouge international dans l’entre-deux-guerres), qui mettra en avant les initiales UHP. L’amnistie fut une des première conquête du Front Populaire en 1936, et lorsque la République fut attaquée par les fascistes de France, En el pozo Maria Luisa devint, dans sa version castillane, un des chants les plus populaires des combattants de la République.

La chanson a très tôt connu de nombreuses versions, politisant généralement le contenu. L’une d’elle intègre un couplet dans lequel le narrateur chie sur les actionnaires et les briseurs de grève ("Me cago en los capataces / Accionistas y esquiroles"). Par contre, le dernier couplet concernant Sainte Barbe est traditionnellement abandonné dans les chorales populaires. Cette chanson reste présente (en castillan), jusqu’à aujourd’hui dans les mobilisations anti-répression et dans les luttes des mineurs, comme en témoigne ces vidéos de l’année dernière :

Voici ce qui est sans doute la première version (en asturien) :

Nel pozu María Luisa / Trailarai larai, trailarai / Nel pozu María Luisa / Trailarai larai, trailarai / Morrieron cuatro mineros / mirái, mirái Maruxina, mirái / mirái como vengo yo

Traigo la camisa roxa / Trailarai larai, trailarai / Traigo la camisa roxa / Trailarai larai, trailarai / De sangre d’un compañeru / Mirái, mirái Maruxina, mirai / mirái como vengo yo

Traigo la cabeza rota / Trailarai larai, trailarai / Traigo la cabeza rota / Trailarai larai, trailarai / Que me la rompió un barrenu / Mirái, mirái Maruxiña, mirái / mirái como vengo yo

Santa Bárbara bendita / Trailarai larai, trailarai / Santa Bárbara bendita / Trailarai larai, trailarai / patrona de los mineros / Mirái, mirái Maruxina, mirái / mirái como vengo yo

Traduction :

A la mine María Luisa / Trailarai larai, trailarai / A la mine María Luisa / Trailarai larai, trailarai / Quatre mineurs sont morts / Regarde Maruxina, regarde / Dans quel état je viens à toi

Je reviens la chemise rouge / Trailarai larai, trailarai / Je reviens la chemise rouge / Trailarai larai, trailarai / Rouge du sang d’un compagnon / Regarde Maruxina, regarde / Dans quel état je viens à toi

Je reviens la tête brisée / Trailarai larai, trailarai / Je reviens la tête brisée / Trailarai larai, trailarai / La tête brisée par un éclat / Regarde Maruxina, regarde / Dans quel état je viens à toi

Sois bénie Sainte Barbe / Trailarai larai, trailarai / Soit bénie Sainte Barbe / Trailarai larai, trailarai / Patronne des mineurs / Regarde Maruxina, regarde / Dans quel état je viens à toi

Accompagnement guitare :

En el pozo maria luisa guitare

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