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Qui veut la paix oeuvre pour la révolution : pour un antimilitarisme révolutionnaire

La période actuelle est marquée par une intensification des contradictions entre les puissances impérialistes, révélatrice d’une crise profonde du système capitaliste. Dans ce contexte, l’impérialisme français apparaît en perte de vitesse et cherche, par tous les moyens, à maintenir voire restaurer sa puissance.

Cette dynamique se traduit à l’intérieur par des politiques d’austérité, un durcissement de l’exploitation au travail, le développement du racisme d’État et une radicalisation autoritaire du pouvoir. À l’extérieur, la guerre ouverte est une option ouvertement assumée comme mode de résolution des contradictions inter-impérialistes.

En Europe, la proximité de la guerre en Ukraine vient le rappeler avec d’autant plus d’acuité que c’est le premier argument employé par nos bourgeoisies pour justifier la militarisation en cours. La guerre n’a jamais été loin et n’a même en réalité jamais cessé, en particulier dans les pays dominés et pillés par les impérialistes. Ces puissances ont toujours utilisé la force armée contre les peuples pour maintenir et accroître leur domination et continuent de le faire aujourd’hui en Palestine, au Liban, en Iran.

La marche à la guerre n’est pas non plus sans conséquences ici en France. Elle vient accélérer les transformations déjà engagées par la bourgeoisie pour tenter de redresser le capitalisme français en crise. Mais bien au-delà de la hausse des dépenses militaires, on assiste en fait à une militarisation de l’ensemble de la société, de l’élargissement de l’arsenal policier à la propagande militariste encore plus ouverte dans l’Éducation nationale. La préparation à la guerre extérieure s’accompagne ainsi d’une véritable guerre intérieure, dirigée par l’État contre les classes populaires, en particulier non-blanches, avec une multiplication des lois et dispositifs racistes et sécuritaires comme en témoigne le nouveau projet de loi sur le « séparatisme » et « l’entrisme ».

Le réformisme, la béquille de l’impérialisme

Dans ce contexte, la défense de la militarisation est aujourd’hui largement hégémonique au sein de la bourgeoisie et du champ politique français, des forces les plus réactionnaires jusqu’à EELV. Les réformistes, LFI en tête, prétendent s’en démarquer et se présentent comme des défenseurs de la « paix ». Mais ce pacifisme, de façade, masque de plus en plus difficilement un programme en réalité tout autant militariste.

Selon eux, la France pourrait agir « pour la paix » à condition de retrouver son indépendance et sa souveraineté. Au niveau politique cela se traduirait par une sortie de l’OTAN et une prise de distance avec l’Union européenne. Au niveau économique, LFI et les différentes variantes réformistes entendent rendre le peuple de nouveau « souverain » en émancipant la France des intérêts – capitalistes – privés. Iels revendiquent pour cela la nationalisation de secteurs stratégiques comme l’armement ou le spatial.

Ainsi, sans surprise, LFI et les réformistes nie le caractère impérialiste de la France. Or même si elle est sur le déclin, la France n’en demeure pas moins une puissance mondiale majeure, tant sur le plan économique, politique que militaire.

La France n’est pas inféodée à l’impérialisme US comme le sous-entend plus ou moins ouvertement cette famille politique. La présence de la France dans l’OTAN s’explique par les intérêts économiques, politiques, et donc militaires qu’elle partage avec la superpuissance états-unienne et le reste des puissances impérialistes occidentales.

Récemment les positionnements de Macron pour la « reconnaissance de l’État de Palestine » ou vis-à-vis de la guerre impérialo-sioniste menée contre l’Iran ont bien montré que l’impérialisme français tentait de rallier autour de propositions politiques différentes de celle des USA pour défendre ses propres intérêts de puissance.
La France ne constitue pas une alternative au système impérialiste : elle en est une composante active. Aujourd’hui deuxième exportateur d’armes au monde, l’impérialisme français a toujours été une puissance militaire de premier plan, qui fait la guerre partout sur la planète. Les armées françaises sont intervenues dans plus de 260 « opérations militaires extérieures » depuis 1963, sans compter les innombrables massacres et interventions armées dans les colonies françaises, avant 1963 et aujourd’hui encore. La présence et le rôle de la France dans le pillage et la déstabilisation de l’Afrique en est un des exemples les plus frappants.

Par ailleurs, le réformisme continue de s’accrocher au « droit international » et aux institutions censées le faire respecter, comme l’ONU. Or, même si ces cadres ont toujours été au service des puissances dominantes, il est aujourd’hui de plus en plus évident qu’ils ne constituent même pas un arbitre entre ces forces : des dirigeants comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou encore Emmanuel Macron s’en affranchissent ouvertement lorsque leurs intérêts l’exigent.

Dans les faits, LFI ne remet ni en cause les fondements de cette puissance, ni le processus de militarisation engagé.

Un pacifisme… militariste

A propos des hausses du budget militaire, le vote de LFI (et du PCF) contre la Loi de Programmation Militaire (LPM) en 2023 pouvait laisser croire que ces forces comptait s’opposer à la militarisation. Il n’en est rien : la lecture du contre-projet de LFI nous apprend que cette LPM est « insuffisante » et que « cette LPM, malgré les apparences, ne garantit pas à la France de ne pas subir un décrochage par rapport aux grandes puissances. »

Aujourd’hui si LFI va selon toute vraisemblance voter contre la nouvelle hausse de budget prévue par l’actualisation de la LPM c’est surtout par calcul politique, pour préserver son image de « gauche de rupture », un an avant les élections présidentielles. En réalité, LFI n’est pas contre une hausse des dépenses militaires, au contraire : LFI reproche à Macron qu’« après avoir sciemment sous-budgété la précédente LPM pour la période 2024-2030, le gouvernement est aujourd’hui contraint de faire accepter une hausse supplémentaire de 36 milliards d’euros » et regrette qu’« aucun nouveau programme permettant de faire face aux nouveaux besoins n’est financé ». Laissez-nous faire, on militarisera mieux que vous…

Ainsi dans son programme, LFI, loin de s’opposer au complexe militaro-industriel, propose de le renforcer par la réindustrialisation et la relocalisation de productions stratégiques. Ce sont d’ailleurs des orientations largement partagées au sein de la bourgeoisie.

Si la nationalisation de ces secteurs risquerait de déplaire à la famille Dassault, avec qui Mélenchon entretient de bonnes relations, cela ne modifierait pas leur fonction. Mêmes publiques, les industries de la « défense », du spatial ou de l’aéronautique n’en resteraient pas moins au service des intérêts de la bourgeoisie française. Elles ont d’ailleurs très longtemps été publiques au XXème siècle sans que cela ait la moindre incidence sur la politique coloniale et impérialiste de la France, lors de la 2ème guerre mondiale, les guerres d’Indochine ou d’Algérie et par la suite.

Ce processus contribuerait en outre à renforcer l’État, c’est-à-dire l’appareil même qui organise la guerre, à l’extérieur comme à l’intérieur.

Le réformisme et la question coloniale

De la même manière, le projet réformiste ne remet pas en cause la domination coloniale de la France. Il s’appuie au contraire sur celle-ci.
C’est ainsi que toute la stratégie spatiale de LFI repose sur les capacités de lancement du « Centre spatial guyanais, port souverain vers l’espace » pour lequel « il faut assumer d’en reprendre le contrôle à 100% » .

Les territoires coloniaux sont aussi vu comme des leviers diplomatiques pour LFI pour qui « grâce aux Outre-mer, la France est présente dans tous les océans. Elle possède le deuxième domaine maritime au monde. […] Elle doit être le fer de lance d’une diplomatie universaliste dont les Outre-mer seront le point d’appui.»

Cette vision d’une France « puissance au service de la paix » s’inscrit ainsi dans une continuité coloniale évidente.

Le pacifisme des réformistes apparaît dès lors pour ce qu’il est : une façade, qui, même si elle est présentée comme une alternative, reste en fait tout autant inscrite dans une logique militariste et impérialiste.

L’antimilitarisme doit être révolutionnaire

À l’opposé, notre antimilitarisme est résolument anti-impérialiste.
Le système capitaliste mondialisé, basé d’une part sur la concurrence, l’exploitation des êtres humains et des ressources, et d’autre part sur la domination du monde par une poignées de puissances – en un mot l’impérialisme – , voilà la cause des guerres de notre époque.

Concurrence, exploitation, domination, guerres… Nous n’aurons pas la paix sans s’attaquer aux fondements de ce système.

Parce que la guerre est déjà une réalité pour une large partie des peuples du monde et que ici, au cœur de la France impérialiste, la paix de façade masque très mal la guerre que la bourgeoisie nous mène, nous refusons le statu-quo. Face à la guerre, la révolution n’est pas une option, c’est une nécessité.

Notre antimilitarisme est d’abord dirigé contre notre propre bourgeoisie, son État et ses entreprises, car nous vivons au cœur d’une puissance impérialiste. C’est notre ennemi principal.

S’opposer aux guerres impérialistes et coloniales implique donc de cibler en particulier le rôle et l’implication de la France dans les conflits en cours, qu’il s’agisse de la Palestine, du Liban, de l’Iran ou de l’Ukraine.

Notre antimilitarisme est nécessairement internationaliste. La lutte contre ces guerres injustes s’accompagne d’un soutien aux peuples en lutte contre l’impérialisme et le colonialisme, ainsi qu’aux processus révolutionnaires en cours partout à travers le monde. Ce soutien ne relève pas d’une solidarité abstraite, mais de l’entraide dans un combat commun.

Il s’oppose frontalement au chauvinisme et s’inscrit dans une perspective antiraciste et anticoloniale, en lien direct avec les dynamiques de guerre intérieure. Le racisme structurel, et en particulier l’islamophobie d’Etat, est aussi un vecteur fondamental de déshumanisation des peuples et pays dominés par l’impérialisme, servant à légitimer et justifier génocides et agressions militaires partout sur la planète.

Il implique le refus de toute union nationale et d’affirmer l’indépendance politique de notre camp, dans toute sa diversité.

Enfin, notre antimilitarisme se démarque du pacifisme dit « non-violent ». A travers l’histoire, le mouvement révolutionnaire s’est opposé à la guerre de multiples façons. Il a aussi toujours assumé la nécessité d’un haut niveau de confrontation avec l’ennemi. Grèves, sabotages, boycott, manifestations de masse, action armée… Le patrimoine de l’antimilitarisme est fort d’un ensemble varié de pratiques allant de l’acte individuel à l’action de masse, de la résistance symbolique à l’action violente. Les différentes forces qui composent la gauche révolutionnaire tendent chacunes à privilégier certaines tactiques plutôt que d’autres, en fonction d’analyses et d’objectifs stratégiques qui leur sont propres. Pour notre part, nous pensons qu’il faut respecter la diversité de ces approches au sein de notre camp et ne pas les opposer. Au contraire, elles sont pour nous complémentaires et il faut chercher à bien les articuler.

Dans l’opposition à la guerre, la lutte contre la répression doit être un point de convergence central de notre camp, en organisant la solidarité avec les anti-militaristes emprisonnés pour avoir concrètement attaqué la machine de guerre.

Organiser notre camp, renforcer nos solidarités

Pour les révolutionnaires il est clair que l’objectif principal de l’antimilitarisme doit être d’affaiblir concrètement l’impérialisme et sa machine de guerre, par tous les moyens et tous les bouts.

Pour agir, la pluralité des tactiques au sein de la gauche révolutionnaire constitue une richesse. Cette diversité permet à chacun de s’engager à son niveau, que ce soit par la construction de la solidarité, le soutien aux personnes réprimées ou la construction de mobilisations de masse. Face à la guerre et dans une période marquée par la radicalisation autoritaire, le camp des révolutionnaires doit faire front contre la militarisation. Ce front antimilitariste n’est pas seulement une nécessité stratégique, c’est aussi une condition pour renforcer le camp des révolutionnaires dans toute sa pluralité et la diversité de nos engagements.