Secours Rouge

Abattre le capitalisme, construire la solidarité.

Dans la soirée du 5 décembre, dans le quartier de Holargos, à Athènes, un anarchiste belge a été intercepté par deux policiers en uniforme effectuant apparemment un contrôle d’identité au hasard. Comme il figurait dans la base de données de la police (la police belge l’avait accusé d’incendie) et que les policiers ont trouvé sur lui des objets qu’ils jugeaient suspects, il a été emmené au commissariat de Holargos. Après quelques tentatives infructueuses d’interrogatoire par les policiers locaux, des policiers de la sécurité de l’État sont arrivés et ont fait plus de pression, toujours sans résultats. Les policiers de la sécurité de l’État ont emmené le prisonniers dans leurs bureaux du commissariat principal (GADA ), dans le centre d’Athènes.

Quelques heures plus tard, trois perquisitions ont été effectuées chez le prisonnier et ses proches. Un proche a été emmené aux bureaux de la sécurité d’État et a été libéré au bout de deux heures. Plus tard dans la journée, l’anarchiste arrêté a comparu devant un procureur qui a confirmé l’accusation de “possession d’explosifs” formulée par la sécurité de l’État, faisant référence aux objets trouvés au moment de l’arrestation (allumes-feu et produits inflammables). Le lendemain (samedi 7), le prisonnier a comparu devant le tribunal où il a été décidé de reporter le procès ce jeudi 12 décembre. Après l’audience de 7, il a été remis en liberté.

Le GADA, siège de la police à Athènes

 

 

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La police algérienne a violemment dispersé hier mercredi, dans l’après-midi, dans le centre d’Alger, une large manifestation de protestation contre l’élection présidentielle, faisant plusieurs blessés, à moins de 24 heures d’un scrutin massivement rejeté par la rue. Plus de 200 policiers anti-émeute, armés de boucliers et de matraques, ont chargé près d’un millier de manifestants encore rassemblés devant la Grande Poste, haut lieu de la contestation dans la capitale, survolée par un hélicoptère.  La charge a provoqué un mouvement de foule et au moins huit personnes ont été blessées dans la cohue, dont cinq ont été évacuées sur des brancards ou par ambulance. La police a procédé à une trentaine d’arrestations. La foule a été dispersée mais une fois le gros des policiers partis, quelque 300 jeunes sont revenus scander des slogans anti-élections, déclenchant une nouvelle charge et de nouvelles arrestations.

Les forces de l’ordre avaient auparavant, durant la journée, tenté vainement de repousser les plusieurs milliers de protestataires qui avaient fini par forcer un cordon de police pour se rassembler devant le bâtiment de la Grande Poste, au cœur d’Alger, lieu traditionnel de rassemblement du Hirak. Ce mouvement populaire de contestation du régime, né le 22 février, exige le démantèlement total du système politique en place depuis l’indépendance de l’Algérie (1962) et refuse un scrutin perçu comme une manœuvre devant lui permettre de se régénérer. Toute manifestation est strictement interdite à Alger depuis 2001 et depuis février la police ne tolère que les cortèges hebdomadaires du Hirak le vendredi, et dans une moindre mesure ceux des étudiants le mardi. Des manifestations réclamant l’annulation du scrutin se sont aussi déroulé mercredi en province, notamment à Constantine (2e ville du pays), Bejaïa, Tlemcen ainsi qu’à Bouira et Tizi Ouzou.

Dans le centre d'Alger hier

Près de 10.000 personnes ont défilé vendredi 6 à Athènes pour honorer la mémoire d’Alexandros Grigoropoulos, 11 ans après son assassinat. Après la fin du défilé, des incidents ont éclaté dans le quartier d’Exarchia, où l’adolescent avait été tué par balle par un policier le 6 décembre 2008. Des groupes ont jeté des pierres et des cocktails Molotov vers les forces de l’ordre qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène. Un policier a été blessé et la police, laquelle a procédé à 50 interpellations, dont 10 ont abouti à une garde à vue. Les autorités avaient déployé à Athènes 3500 policiers aidés de drones, d’un hélicoptère et d’un canon à eau.  À Thessalonique, deuxième ville du pays, des milliers de personnes ont défilé. À Patras, la manifestation a été également émaillée de violences, de tirs de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre et de cocktails Molotov par des manifestants. Deux policiers ont été blessés, selon la police qui a interpellé 19 personnes dont sept ont été placées en garde à vue. Le policier ayant assassiné d’Alexandros Grigoropoulos, Epaminondas Korkoneas, a été condamné à la prison à vie, mais a été remis en liberté en juillet dernier.

La manifestation à Athènes

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Dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 décembre, Ali al-Lami, un militant engagé dans le mouvement de contestation contre le pouvoir, a été retrouvé à Bagdad abattu de trois balles dans la tête. Les balles auraient été tirées depuis l’arrière par des pistolets munis de silencieux. Le même jour, Zahra Ali, une militante qui distribuait des repas sur la place Tahrir (épicentre du mouvement à Bagdad), a été enlevée et retrouvée morte, torturée, quelques heures plus tard. Dimanche, c’était au tour de Fahem al-Taï, un autre militant qui a été abattu par deux personnes à moto (probablement à l’aide d’un pistolet muni d’un silencieux) alors qu’il rentrait chez lui à Kerbala. En moins de dix jours ce sont donc trois militant·es qui ont été assassiné·es dans des conditions obscures dans le pays. Avant cela, depuis début octobre, plusieurs autres militant·es avaient été retrouvé·es mort·es dans différentes villes du pays. En outre, des dizaines de manifestant·es et de militant·es ont été enlevé·es et retenu·es plus ou moins brièvement par des hommes armés et en uniformes.

Vendredi soir, des hommes lourdement armés non identifiés et voyageant en SUV  (dont certains été équipés de mitrailleuses) ont investi un parking à étages près de la place Tahrir pour en écartant les contestataires qui occupaient la place depuis plusieurs semaines. Vingt protestataires ont été tué·es à l’arme à feu ou au poignard. Une centaine de personnes ont également été blessées. Au total, le bilan de la répression du mouvement de contestation, qui dure depuis début octobre (voir notre article), atteint désormais plus de 450 mort·es et 20 000 blessé·es.

Manifestant·es à Bagdad (archive)

 

Hier mardi, pour la deuxième journée de mobilisation interprofessionnelle à l’appel de la CGT, FO, FSU, Solidaires et plusieurs organisations de jeunesse, des dizaines de milliers de personnes (180.000 selon les syndicats) ont manifesté en France. Des incidents ont opposés manifestants et policiers à Bordeaux, Rennes, Lyon, Lille et Nantes. Les lycéens commencent aussi à se moobiliser. Devant les lycées d’Aulnay-sous-Bois, des échauffourées ont éclaté entre plusieurs élèves de seconde et les forces de l’ordre, police municipale comprise. En fin de matinée, neuf jeunes ont été interpellés pour « dégradations de biens publics » et « participation à un attroupement en vue de trouble à l’ordre public ». Ils ont été placés en garde à vue. Devant le lycée professionnel Alexandre Dumas à Cavaillon, le feu a été mis à deux containers et les policiers ont été caillassés (ils ont interpellé deux mineurs). Quatre manifestants ont été arrêtés ce mardi matin lors de troubles à l’ordre public survenus en marge d’une tentative de blocage du lycée professionnel Saint-Exupéry à Halluin. Un millier de lycéens et étudiants se sont mobilisés dans les rues de Lille, contre la précarité étudiante, la réforme du bac, mais aussi contre celle des retraites. Des incidents ont éclaté avec les forces de l’ordre.

Lacrymùogènes contre étudiants à Lille

Depuis 2015, 15.530 personnes ont été détenues dans les opérations policières contre le Parti Démocratique du Peuple (HDP). Parmi elles, 16 députés du HDP, dont des coprésidents, 7 membres du Comité exécutif central, 21 membres de l’Assemblée du Parti et plus de 750 dirigeants provinciaux et de district. En 2019, au moins 1.674 membres et cadres du HDP ont été arrêtés, notamment au cours du processus électoral du 31 mars (750 arrestations). Les principaux procès des anciens coprésidents du HDP, Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, se poursuivent. İdris Baluken a été condamné à 16 ans, 8 mois de prison, Çağlar Demirel a été condamné à 7 ans, 6 mois, Abdullah Zeydan à 8 ans, 1 mois, 15 jours et Selma Irmak à 10 ans de prison.

Selahattin Demirtaş militant du HDP condamnés à de la prison ferme (archive)

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Samedi 7 décembre vers 12h15, la police a lancé un raid contre une maison louée via la plate-forme AirBnB et a arrêté 16 personnes à Bordeaux. Elles sont accusées de “dégradations en réunion”, et d'”association de malfaiteurs en vue de commettre des dégradations et violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique”. Concrètement, les militant·es sont accusé·es d’avoir tagué à plusieurs reprises “ACAB” dans le quartier et d’avoir en leur possession du matériel (prétendument retrouvé durant la perquisition) qui aurait pu être utilisé contre la police lors de la manifestation de l’acte 56 des Gilets Jaunes. Les militant·es ont été présenté·es à un juge d’instruction lundi. Ils et elles ont probablement été placé·es en détention provisoire, comme l’a demandé le parquet de Bordeaux.

Arrestations de Gilets jaunes à Bordeaux (archive)

Arrestations de Gilets jaunes à Bordeaux (archive)

Mardi 26 novembre, Rodrigo Lanza, un anarchiste chilien a été condamné à cinq ans de prison en Espagne. Il était accusé d’homicide suite à la mort d’un fasciste dans un affrontement en 2017. Ce dernier était soldat de la Légion espagnole. Il avait menacé Rodrigo Lanza avec un couteau dans un bar de Saragosse à l’aube du 8 décembre 2017. Rodrigo Lanza lui avait alors asséné un coup de poing qui avait provoqué sa chute mortelle en brisant son cou.

Le parti fasciste Vox avait mené une campagne, relayée dans la presse sous le nom de “procès des bretelles”, accusant Rodrigo Lanza d’avoir frappé sans provocation le légionnaire fasciste parce que celui-ci “portait un symbole espagnol”.

Arrêté peu après l’affrontement, Rodrigo Lanza est allé en détention provisoire jusqu’à son procès au cours duquel il encourait une peine de 25 ans de prison pour meurtre avec haine aggravante (haine supposément “dirigée contre les Espagnols”). Il sera finalement reconnu coupable d’homicide involontaire. La peine maximale prévue par la loi était de quatre ans de prison, à moins que le juge ne décide d’augmenter la peine d’un degré, auquel cas il pouvait aller jusqu’à six ans. Celui-ci choisira finalement de condamner Rodrigo à 5 ans de prison et à payer 200 000 euros à la la famille du légionnaire fasciste.

Toutes les parties feront très probablement appel du jugement, d’abord devant la Cour supérieure de justice d’Aragon puis devant la Cour suprême. La défense le fera en demandant que la sanction soit réduite d’un degré et que le maximum qui puisse être infligé soit d’un an ; l’accusation demandera que les faits prouvés soient révisés et une condamnation pour meurtre et crime de haine.

Plus d’infos ici.

Rodrigo Lanza

Rodrigo Lanza

 

 

Mercredi 11 décembre, une table ronde en solidarité avec le peuple kurde est organisée à la Salle du Placet (Rue des Sports 2) à Louvain-la-Neuve. Cet événement organisé par le collectif de solidarité Liège-Rojava et le Collectif des Femmes à Louvain-la-Neuve, rassemblera quatre intervenant·es qui aborderont différents aspects de la révolution au Rojava. Plus d’infos ici.

Programme :

  • Said Tame : Historique de la révolution au Rojava depuis 2011 jusqu’aux
    nouvelles les plus récentes dans le contexte géopolitique de la région
  • Sixtine van Outryve d’Ydevalle : Les fondements de l’écologie sociale et
    sa formulation à travers le communalisme libertaire.
  • Jans Albatross : L’application des principes de l’écologie sociale au Rojava
  • Gulistan Ozer : La révolution des femmes – la Jineoloji
Table ronde en solidarité avec le peuple kurde

Table ronde en solidarité avec le peuple kurde

En juin 2012, les forces de sécurité ont tué 17 autochtones, appelés Adivasis, dont sept enfants, dans le village de Sarkeguda, dans le district de Bijapur (État de Chhattisgarh), les accusant d’être des maoïstes. Les forces de sécurité avaient encerclé des villageois réunis pour la fête traditionnelle de Beej Pondum et ouvert le feu vers 10 heures. Lorsque les tirs ont cessé, les forces armées ont commencé à frapper les gens avec leurs armes. Le Chhattisgarh est riche en ressources minérales et la reprise de l’activité minière a déplacé des milliers d’Adivasis. L’État est devenu le bastion de l’insurrection maoïste et le gouvernement y a déployé des dizaines de milliers de soldats. Plus de 1 000 personnes ont été tuées lors de prétendues fusillades avec des maoïstes, mais les Adivasis allèguent que bon nombre d’entre elles sont des assassinats purs et simples. Des militants des droits de l’homme et des journalistes ont été visés pour avoir signalé les abus et les homicides.

La commission judiciaire, dirigée par le juge VK Agrawal, a finalement établi que les villageois se réunissaient dans un champ ouvert adjacent au village, et non dans la forêt dense, comme l’ont affirmé des policiers. La commission a déclaré que les tirs étaient unilatéraux, effectués uniquement par les forces de police paramilitaires de la Réserve centrale (CRPF) et la police locale. Ces tirs étaient tellement indifférenciés que six policiers et paramilitaires ont été blessés par des “tirs amis” (et non par des tirs maoïstes comme ils l’ont prétendu). Dans son rapport, la commission a également nié que les personnes tuées dans cet incident aient eu un quelconque lien avec les maoïstes.

Le massacre de Sarkeguda

 

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