Lacrymogènes, canons à eau et arrestations. Les forces de sécurité ont dispersé manu militari vendredi à Tunis des manifestations organisées contre le président en dépit d’une interdiction des rassemblements, officiellement pour des raisons sanitaires. La dispersion brutale des manifestations, qui marquaient également le 11e anniversaire de la chute de Ben Ali, a donné lieu à des scènes de violence rarement vues dans la capitale depuis la révolte qui a renversé le dictateur en 2011 et donné le coup d’envoi des soulèvements du Printemps arabe dans la région.

Les opposants l’accaparement des pouvoirs par le président, le 25 juillet, lorsqu’il avait limogé le gouvernement et suspendu le Parlement pour gouverner par décrets. Les manifestants ont réussi à briser plusieurs cordons policiers et ont été refoulés à coups de matraques et gaz lacrymogènes et par des jets d’eau sale. Empêchés d’accéder à l’artère principale, l’avenue Habib Bourguiba, ils se sont éparpillés en plusieurs groupes distincts. Des dizaines d’interpellations ont eu lieu, plusieurs personnes dont au moins un adolescent de 15 ans étant frappées et traînées au sol. Des motards ont foncé sur certains groupes pour les disperser, et des tirs de sommation ont été entendus.

 

Vendredi, les forces israéliennes ont attaqué les manifestations hebdomadaires contre la colonisation dans la ville de Beita, au sud de Naplouse, en utilisant des gaz lacrymogènes. Aucune victime n’a été signalée dans l’immédiat parmi les manifestants. Les troupes israéliennes ont également tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc lors d’un rassemblement contre la colonisation dans le village de Beit Dajan, à l’est de Naplouse, vendredi. Le même jour, les Palestiniens sont descendus dans les rues du village de Kafr Qaddum, à l’est de la ville de Qalqilya, pour protester contre la politique de colonisation d’Israël et ont été accueillis par les troupes israéliennes qui ont tiré des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes.Six Palestiniens ont été touchés par des balles en caoutchouc tandis que des dizaines d’autres ont souffert de difficultés respiratoires après avoir inhalé des gaz lacrymogènes tirés par les forces israéliennes.

Ce jeudi matin, environ 200 lycéens ont tenté un blocus devant le lycée des Bourdonnières à Nantes. Une voiture de police a roulé en direction d’une foule de jeunes manifestants et a percuté l’un d’eux. La préfecture a affirmé que le véhicule a manoeuvré pour  » éviter un groupe d’individus qui commençait à l’encercler » et que « un jeune est tombé à proximité du véhicule » (!). Elle affirme aussi que dès que le chauffeur du véhicule a vu cette chute, il a immobilisé son véhicule pour constater que le jeune garçon n’avait pas besoin de prise en charge par les secours. Ce qui est contredit par la victime. Pendant ce rassemblement, deux mineurs ont été interpellés par les policiers sur place pour des jets de projectiles et des fumigènes.

 

Des milliers de manifestants se sont à nouveau rassemblés dimanche dans la capitale soudanaise pour protester contre le coup d’Etat. D’autres sont aussi sortis dans les rues d’Omdourman et de Bahri, les banlieues nord-ouest et nord de Khartoum, ainsi qu’à Wad Madani, au sud de la capitale. Les forces de sécurité ont tenté de les disperser avec des tirs de gaz lacrymogènes alors qu’ils marchaient vers le palais présidentiel en scandant « Non, non au régime militaire ». Un protestataire de 26 ans a perdu la vie après avoir été touché au cou par une bombe lacrymogène tirée par les forces de sécurité. Depuis le putsch du 25 octobre, la répression des manifestations a fait au moins 62 morts. Ces nouvelles manifestations surviennent à la veille du lancement par l’ONU de pourparlers avec civils et militaires, censés sortir le pays de la crise.

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Les Chiliens sont descendus dans la rue pour protester contre le projet du gouvernement de vendre un contrat d’extraction de lithium, relançant le débat sur la nationalisation de la ressource. Les législateurs de l’opposition ont lancé une action en justice – rejetée vendredi parce que le délai de la procédure était écoulé – au début de la semaine pour arrêter le processus d’appel d’offres pour un contrat de 20 ans visant à extraire 400 000 tonnes de lithium dans le deuxième plus grand producteur mondial de ce métal, qui est notamment utilisé dans les batteries des voitures électriques.

Le processus d’appel d’offres, qui a débuté en octobre dernier, se terminera ce mois-ci, deux mois seulement avant que le président de centre-droit Sebastian Pinera ne soit remplacé par le candidat de la gauche Gabriel Boric, qui a été élu le mois dernier sur la promesse d’installer une « société nationale du lithium » similaire à la société nationale du cuivre (Codelco) créée dans les années 1970 à partir de sociétés minières nationalisées. Le Chili détient 57 % du lithium mondial.

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La ville de Jénine, en Cisjordanie, est devenue samedi le théâtre d’émeutes entre la population et les forces de sécurité palestiniennes qui ont arrêté le fils d’un membre historique de l’Intifada et ancien chef local des brigades des martyrs d’Al Aqsa (la branche armée du Fatah), Zakaria Zubeidi (photo), qui s’est échappé d’une prison israélienne l’année dernière (voir notre article), et qui avait été repris (voir notre article). Muhamad Zubeidi et deux autres personnes ont été arrêtés tôt ce matin pour des raisons non précisées au cours d’une opération violente filmée par des habitants.

La brutalité avec laquelle les forces de sécurité palestiniennes ont été utilisées a incité des dizaines d’habitants à se heurter aux forces de sécurité dans une émeute. Le siège du gouvernement palestinien dans la ville a même été la cible de tirs. Quelques heures après le début des émeutes, les responsables du gouvernement palestinien ont tenté de calmer la situation à Jénine en libérant le jeune Zubeidi et les deux autres détenus ont été libérés quelques heures après avoir été remis aux forces de sécurité.

Zakaria Zubeidi

 

Les affrontements qui ont secoué le Kazakhstan cette semaine ont fait au moins 164 morts et 5.800 personnes ont officiellement été arrêtées. Rien qu’à Almaty, la capitale économique où se sont déroulées les émeutes les plus violentes, 103 personnes ont été tuées. Les autorités avaient jusque-là fait état de 26 manifestants et 16 membres des forces de sécurité tués et plus de 2.000 personnes blessées. La contestation a débuté en province dimanche dernier après l’augmentation des prix du gaz, avant de gagner des grandes villes, notamment Almaty, où la police a tiré à balles réelles sur les manifestants prenant d’assaut des bâtiments officiels.Un calme relatif semblait être revenu à Almaty depuis quelques jours, les policiers tirant parfois des coups de feu en l’air pour empêcher les habitants d’approcher de la place centrale de la ville.

Les militaires russes ont commencé à y être déployés jeudi pour appuyer le pouvoir en place en protégeant les bâtiments stratégiques et en épaulant les forces de l’ordre, dans le cadre d’un contingent multinational de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), un groupe composé de Moscou et cinq pays alliés.

Comme chaque année, un appel a été lancé à manifester pour les droits des prisonniers de l’ETA le 8 janvier, mais en raison de la pandémie, et pour la deuxième année consécutive, la traditionnellement manifestations de masse (voir notre article sur la dernière en date) a été remplacée par 191 manifestations dans autant de villes du Pays basque pour demander la fin de la politique pénitentiaire d’exception pour les détenus et le transfert de tous ces derniers au pays. La moitié des prisonniers de l’ETA se trouvent toujours hors du Pays basque et que des mesures exceptionnelles continuent à s’appliquer à eux, tant en ce qui concerne le régime de détention qu’en ce qui concerne les libérations anticipées.

Le Mouvement des femmes kurdes en France (TJK-F) et le Conseil démocratique kurde de France (CDK-F) ont organisé un rassemblement massif à Paris aujourd’hui pour marquer l’anniversaire du triple meurtre de Sakine Cansız (Sara), cofondatrice du PKK, Fidan Doğan (Rojbin), représentante du KNK à Paris, et Leyla Şaylemez (Ronahi), membre du Mouvement des jeunes. Depuis le matin, de nombreuses personnes se sont rassemblées à la Gare du Nord, dont des proches des femmes assassinées et des représentants de partis politiques et d’organisations de France et de Turquie.

Les manifestants ont exigé une enquête judiciaire sur le triple meurtre commis par le MIT des services secrets turcs à Paris le 9 janvier 2013. Le procès a été suspendu peu avant son début suite à la mort du tueur à gages Ömer Güney en détention française. Une réouverture de l’enquête initiée par les proches est bloquée en raison de pressions politiques ; les informations sur le crime dont disposent les autorités turques sont considérées comme un secret d’État. D’autres manifestations et rassemblements ont eu lieu à Marseille, Toulouse, Strasbourg et Bordeaux, mais aussi à Bruxelles, à Berne, en Allemagne et ailleurs.

Sinan E., Abdullah G., Serhat E., Hakan H. et Hugo G. sont toujours emprisonnés aux Pays-Bas. Il y a plus d’un mois, ils avaient participé à la protestation devant le bâtiment de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW) à La Haye, pour dénoncer l’usage des armes chimiques par la Turquie contre la résistance kurde (voir notre article). Le procureur général a invoqué des dommages à des biens publics, des violences à l’encontre de la police, une violation de la loi sur les rassemblements et une violation de domicile. La prochaine audience aura lieu le 23 février. Serhat E. doit être expulsé vers la France car sa procédure d’asile y est en cours. À l’occasion de la semaine d’action impulsée Radical Solidarity aux Pays-Bas, des banderoles ont été accrochées sur divers bâtiments et ponts d’Amsterdam pour demander la libération des OPCW4 et la fin des attaques aux armes chimiques au Kurdistan. Une manifestation doit conclure aujourd’hui  à La Haye cette semaine d’actions.