Des militant·es et journalistes ont dénoncé Instagram et Twitter pour avoir fermé leurs comptes sur ces réseaux sociaux et censuré des contenus relatifs aux dramatiques événements de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est occupée, où les forces israéliennes et les colons répriment des manifestants civils depuis jeudi. Les habitants de ce quartier protestent contre une vague d’expulsions ordonnée par la justice israélienne, laquelle devrait chasser une quarantaine de Palestiniens, dont une dizaine d’enfants, de leurs maisons (voir notre article).

La complicité entre Israël et les entreprises de réseaux sociaux dans la réglementation et la censure du contenu et des comptes palestiniens est bien documentée. À la suite d’une visite d’une délégation au siège de Facebook en 2016, le ministre israélien de la Justice avait déclaré à l’époque que Facebook, Google et YouTube ‘’se conformaient à 95 % aux demandes israéliennes de suppression de contenu’’, presque entièrement palestinien. Par ailleurs, Facebook avait recruté l’an dernier une experte israélienne de la censure (voir notre article).

Les réseaux sociaux censurent les post témoignant de la répression du peuple palestinien

Les réseaux sociaux censurent les post témoignant de la répression du peuple palestinien

L’entreprise française Idemia spécialisée dans l’identité numérique et Interpol vont collaborer pour la mise en place d’un nouveau système “multi-biométrique”  baptisé MBIS. MBIS sera une sorte de moteur de recherche biométrique dédié aux fonctionnaires de police des 194 Etats membre d’Interpol. Chaque jour, jusqu’à un million de recherches d’empreintes digitales, palmaires et de reconnaissance faciale pourront être effectuées et ainsi identifier les potentiels suspects grâce à des comparaisons. MBIS facilitera également le travail des policiers grâce au stockage de photos de preuves et des renseignements sur les liens entre une affaire en cours et une personne ou entre plusieurs affaires. Il inclut aussi un ensemble d’outils d’amélioration et de traitement photo et vidéo. Il permet par exemple le traitement des minuties, qui désignent les particularités des sillons de la pulpe des mains.

Idemia et Interpol collaborent depuis 20 ans. Le premier contrat remonte à l’année 2000. Il avait pour objectif de faciliter la coopération entre les forces de police nationales grâce à un système automatisé d’identification biométrique. Il offrait une base de données commune d’empreintes digitales de suspects dans des affaires criminelles. Puis, en 2016, Interpol s’est équipé d’un logiciel de reconnaissance faciale. L’entreprise implantée à Courbevoie travaille également avec l’Union européenne. Il a été choisi, aux côtés de Sopra Steria, pour mettre en place une base de données biométriques dédiée au contrôle des frontières de l’espace Schengen.

En 2019, 3 millions de Belges étaient fichés dans la Banque Nationale Générale (“BNG”), la banque de données rassemblant toutes les données de tous les corps de police au sujet de toutes les personnes qui sont connues de leurs services. En 2016, les PV liés à la radicalisation s’étaient accumulés, dans la foulée des attentats islamistes. En 2017, un Belge sur cinq était fiché: 2 221 442 personnes, soit une augmentation de près de 50% depuis 2010. En 2019 on en serait à 3 millions de personnes fichées – les plus jeunes à partir de 14 ans, pour 25 millions de faits. Les années Covid 2020 et 2021, avec leur lot de PV sanitaires, vont encore gonfler cette banque de données. En un an, ce sont 232 096 PV qui ont été dressés pour non-respect des règles liées au coronavirus, soit environ un tiers des PV normalement dressés sur une année.

La mise à jour des données est une obligation légale mal remplie, de l’aveu même de l’Organe de contrôle de l’information policière et ce n’est pas sans conséquence: une personne s’est vu refuser une attestation de sécurité nécessaire à l’obtention d’un contrat de travail, au motif de sa participation à diverses manifestations. Et l’avocate de cette personne n’a pas pu avoir accès aux données le concernant, ce qui la place dans l’impossibilité de fait de pouvoir contester ces éléments.

 

Il y a quelques jours, la Commission européenne s’est réunie dans le cadre du projet de réglementation visant à définir une approche européenne de l’intelligence artificielle. L’exécutif européen propose d’interdire les technologies d’IA destinée à “une surveillance indiscriminée appliquée de manière généralisée à toutes les personnes physiques sans différenciation”. Un texte préliminaire, qui devrait être présenté la semaine prochaine, précise qu’il est principalement question de rendre illégales les technologies visant à “la surveillance et le suivi des personnes physiques dans des environnements numériques ou physiques, ainsi que l’agrégation et l’analyse automatisées des données personnelles provenant de diverses sources”.

La Commission prévoit également l’interdiction des technologies d’IA susceptibles d’aller à l’encontre des droits de l’Homme, et notamment les IA prédictives, capables de cibler des minorités. Si le texte est adopté, la violation de ces interdictions pourrait coûter aux entreprises 4% de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Cependant, cette interdiction ne s’appliquerait pas aux gouvernements et aux autorités publiques européennes qui pourraient utiliser l’IA “afin de préserver la sécurité publique”…

Il y a deux ans, la police de Detroit a arrêté Robert Williams à la suite d’une analyse des images de sécurité qui capturaient le vol dans un magasin. Un détective a utilisé la technologie de reconnaissance faciale à travers une image granuleuse tirée de la vidéo. Le programme a établi une correspondance avec la photographie du permis de conduire de Williams. Le département a ainsi mis en place une ligne de photographies, qui contenait la photographie de Williams. Les images ont ensuite été montrées à un agent de sécurité qui, cependant, n’avait pas été témoin du vol. Cependant, la sécurité a identifié Williams et un mandat d’arrêt a été immédiatement obtenu. Williams rentrait chez lui après une journée de travail lorsqu’il a été arrêté et a été détenu 30 heures.

L’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a déposé une plainte officielle au nom de la victime. L’ACLU affirme que la police de Detroit a utilisé la reconnaissance faciale dans les cas où elle aurait dû savoir qu’elle pouvait obtenir des résultats peu fiables. Malhonnêtement, les autorités n’ont pas mentionné les failles du système de reconnaissance faciale comme une forme de doute dans les preuves.

Image qui a conduit à la mauvaise reconnaissance faciale de Robert Williams

Un nouveau rapport d’un organisme de surveillance indique que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pourrait avoir violé la loi en utilisant les données de géolocalisation des citoyens sans mandat. Le document, présenté au Parlement canadien vendredi en fin d’après-midi, affirme que l’utilisation des données localisant les emplacements physiques risquait de violer l’article 8 de la Charte, qui protège contre les fouilles et les saisies abusives. Le rapport de l’Office de surveillance des activités en matière de sécurité nationale et de renseignement révèle que le SCRS ne disposait pas de politiques ou de procédures pour s’assurer qu’il sollicitait des conseils juridiques afin d’éviter l’utilisation illégale des données. Il précise que l’office a soumis en mars un rapport décrivant le fait que certaines activités puissent être illégales au ministre de la Sécurité publique Bill Blair.

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Le Canard Enchainé a révélé que douze commissaires de police viennent d’être recrutés comme “communicants”. Payés à plein temps pour arpenter les plateaux télés! Le ministère de l’Intérieur rémunère déjà quatre porte-parole : pour la Préfecture, pour la gendarmerie, pour la police et pour le ministère, auxquels s’ajoutent 11 “adjoints”. Au total, ce sont 409 policiers dans plusieurs services de l’État qui sont payés pour assurer la com’ de la répression gouvernementale.

 

Saisie de recours en annulation concernant le dispositif belge de conservation de données, la Cour constitutionnelle a sollicité l’avis de la Cour de Justice de l’Union européenne. Celle-ci a rendu un arrêt sans appel : la loi belge qui impose aux opérateurs de téléphonie de conserver les métadonnées des connexions Internet et des échanges téléphoniques durant 12 mois est contraire au droit européen. La Cour de Justice critique le fait de surveiller a priori les données de 11 millions de Belges, 24 heures sur 24, pour espérer identifier quelques auteurs d’actes illégaux, la plupart du temps a posteriori. Notons qu’en 2019, les opérateurs de téléphonie belges ont reçu plus de 12.000 demandes de localisation de téléphones, plus de 38.000 demandes pour des observations rétroactives sur le trafic de données d’un numéro de téléphone spécifique et plus de 1.600.000 demandes d’identification d’utilisateurs d’appareil.

Utilisation policière des graphes de métadonnées

Utilisation policière des graphes de métadonnées

Le ministère de l’Intérieur a publié un appel d’offres pour “la fourniture de munitions cinétiques de défense unique (MDU) de calibre 40 [millimètres (mm)] au profit des forces de la sécurité intérieure”, vendredi 12 mars 2021. Son « appel à la concurrence », ouvert jusqu’au 22 avril, concerne 160.000 munitions de défense unique, et 10.000 “munitions de défense marquante visible”. Les munitions de calibre 40 mm sont utilisées pour les lanceurs de balles de défense (LBD). Consulter l’appel d’offre ici : appeloffreslbd

L’État français veut acheter 170.000 nouvelles munitions de LBD

L’État français veut acheter 170.000 nouvelles munitions de LBD

Le NTSU, “National Technical & Tactical Support Unit” est en charge de l’espionnage électronique de la police fédérale. Il a notamment joué un rôle important dans l’espionnage du réseau SKY ECC (voir notre article). L’interception des communications, l’identification et la localisation de personnes font ainsi partie des missions du NTSU. Ses laboratoires s’occupent du camouflage de micros, de caméras ou de traceurs GPS, et inventent des systèmes adaptés, du matériel miniaturisé. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice ont récemment annoncé une dotation de 32 millions d’euros pour le NTSU (22 millions en subventions européennes et de 10 millions en investissements issus du budget supplémentaire de la Justice).

Juan Corriat, patron du NTSU

Juan Corriat, patron du NTSU