Des affrontements ont eu lieu à Tataouine, mardi 30 et mercredi 31 mars, opposant de jeunes sans-emplois aux forces de l’ordre. Mercredi, des manifestants ont mis le feu à des pneus et bloqué le carrefour Ennour, alors que des heurts avaient eu lieu la veille au niveau de la route principale reliant Tataouine et Médenine. Les forces de l’ordre s’étaient déployées autour du siège du gouvernorat afin d’empêcher les manifestants d’y accéder. Ils ont eu recours au gaz lacrymogène pour disperser les protestataires qui ont répondu à l’appel de la coordination du sit-in Al Kamour.  Les manifestants demandent au gouvernement de respecter les accords  de novembre 2020 pour mettre fin à une crise sociale qui dure depuis trois ans. Ils réclament surtout l’application de tous les points de l’accord signé avec le gouvernement et le départ du gouverneur de Tataouine. Dix jeunes ont été arrêtés et cinq autres blessés. Deux agent de la Garde nationale ont, également, été blessés.

Voilà deux jours qu’au champs pétrolier Douleb, à Kasserine, les affrontements opposent protestataires et forces de l’ordre. Hier mercredi, les forces de l’ordre ont fait de gaz lacrymogène pour disperser la foule. De leur côté, les protestataires ont répliqué par des jets de pierres. Les mouvements de protestations se sont notamment accentués dans les régions d’El Bark et Legrine dans la région de Laayoun, où les habitants ont appelé au développement, à l’emploi et à ce que la société pétrolière contribue à la dynamique économique et sociale de la région. La veille, mardi 16, ces mêmes protestataires de Laayoun, une des régions les plus pauvres en Tunisie, ont demandé d’accéder aux installations de production pétrolière mais ont été empêchés par les forces de l’ordre. En novembre dernier, de jeunes protestataires avaient fait irruption dans le site d’une compagnie pétrolière à Douleb, où ils étaient parvenus à fermer une vanne de pompage de pétrole.

 

Plusieurs centaines de jeunes Tunisiens sont descendus samedi dans les rues de la capitale tunisienne pour protester contre la répression policière et pour réclamer la libération des manifestants arrêtés les jours précédents. Ils ont défilé de la place des droits de l’homme, dans le centre de Tunis, jusqu’à l’avenue Habib Bourguiba avec l’objectif d’atteindre le ministère de l’Intérieur. Mais les forces de sécurité déployées sur cet axe important de la capitale ont bloqué leur progression, provoquant quelques affrontements.

La foule scandait des slogans tels “liberté, liberté”, “que le régime policier chute” ou encore “pas de crainte, pas de peur, le pouvoir appartient au peuple”. Ils ont également dénoncé la répression policière et la corruption du gouvernement. Les protestataires réclamaient la libération de plus d’un millier de personnes arrêtées au cours de plusieurs nuits de heurts mi-janvier (voir notre article). Ces derniers ont coïncidé avec le dixième anniversaire de la révolution ayant fait chuter le 14 janvier 2011 le dictateur Ben Ali, après 23 ans de pouvoir.

L’entreprise “Marseille Manutention – Terminal Routier Sud” a annoncé cette semaine avoir acheminé 26 camions de police à destination de la Tunisie. L’entreprise déclare que ce sont au total 60 camions qui sont prévus. La Tunisie connaît depuis quelques jours de nombreux affrontements dans plusieurs villes du pays à l’occasion des 10 ans de la révolution (voir notre article).

 

Photo d’illustration

Des heurts ont eu lieu pendant trois jours dans plusieurs quartiers populaires notamment à Tunis, Bizerte, Menzel Bourguiba (nord), Sousse et Nabeul (est), Kasserine et Siliana (nord-ouest), en dépit d’un confinement sanitaire, pour le dixième anniversaire de la révolution. 623 personnes ont été arrêtées après une troisième nuit d’émeutes, a indiqué le ministère de l’Intérieur lundi. Ces heurts interviennent dans un contexte d’instabilité politique et de dégradation de la situation sociale. L’urgence sociale s’accentue avec la pandémie de Covid-19, qui ajoute la hausse du chômage à celle des prix et met en évidence la défaillance des services publics. Le mois de janvier est régulièrement le théâtre de mobilisations en Tunisie, car cette période marque l’anniversaire de plusieurs luttes sociales et démocratiques majeures.

A Ettadhamen, dans la banlieue nord-ouest de Tunis, dans la nuit du 17 janvier

Les membres du Parlement tunisien doivent se prononcer sur un projet de loi qui pourrait renforcer l’impunité des forces de sécurité et les exonérer de toute responsabilité pénale lorsqu’elles utilisent la force meurtrière pour protéger les bâtiments des services de sécurité. Au titre de l’article 7 du projet de loi n° 25/2015, les forces de sécurité ne seraient pas tenues pénalement responsables d’avoir utilisé la force meurtrière pour repousser les attaques contre des bâtiments liés à la sécurité, si la force qu’elles emploient est jugée proportionnelle au danger. Un rassemblement populaire a eu lieu devant l’Assemblée des représentants du peuple (le Parlement), à Tunis, contre ce projet de loi. Il y avait une forte présence de la police qui met depuis longtemps une pression énorme sur le pouvoir législatif afin de passer cette loi. Plusieurs manifestants ont été agressés et tabassés.

Policiers tunisiens

Mercredi 15 juillet 2020, Farid Alibi, membre du bureau politique du parti Elkadihines, a été arrêté près de son domicile à Sfax. Il a été la cible de l’opération “Brakaj” menée par un groupe d’éléments de sécurité en civil. Il a été transféré de force dans un centre de sécurité et a été inculpé pour avoir utilisé l’expression “police de Juanjeh”, un qualificatif qui désigne les membres des Frères musulmans. Farid Alibi est toujours emprisonné en attendant son procès mardi prochain.

Farid Alibi

Farid Alibi

Des affrontements entre les forces de sécurité tunisiennes et des manifestants se sont déroulés samedi soir et dimanche dans la ville de Meknessi (gouvernorat de Sidi Bouzid, centre-ouest de la Tunisie). Ces affrontements surviennent en réaction à l’intervention des forces de sécurité pour mettre fin au sit-in des travailleurs des mines de phosphate. Les ouvriers, en sit-in depuis le 4 mai dernier, réclament l’intégration de 164 employés au sein de la Compagnie des Phosphates de Gafsa. Ils avaient organisé une série de manifestations, auparavant, depuis l’annonce de la fin de leurs contrats de travail, le 30 avril dernier. Les manifestants de ce week-end réclament un retrait des forces de sécurité de la ville et appellent à ne pas engager de poursuites judiciaires contre des travailleurs de la mine, à la remettre en service et à régulariser la situation des ouvriers dans ce site minier.

Les affrontements de Meknassy

Mardi soir, les habitant·es de la région d’al-Golaa, dans le district de Douz-Nord (sud de la Tunisie), ont manifesté devant la mairie contre les conditions d’hébergement des malades dans un centre de quarantaine dans la ville de Sousse (centre est). Les forces de sécurité sont intervenues pour disperser les manifestants en lançant notamment des grenades lacrymogènes. Les manifestant·es ont répliqué en lançant des pierres et en incendiant une voiture de police. Les manifestant·es protestaient contre le choix des autorités d’établir le centre de confinement dans une école de tourisme au lieu d’un hôtel touristique comme cela était initialement prévu. Dans l’école, les conditions d’hébergement sanitaire correctes ne sont pas garanties. Les malades se retrouvent dans des chambres non individuelles inconfortables qui ne remplissaient pas les conditions d’isolation.

Manifestation à al-Golaa contre les conditions d'hébergement des malades

 

L’utilisation de drones visant à rappeler aux gens les mesures de confinement ou à disperser des rassemblements a été signalée dans plusieurs partie du monde. C’est notamment le cas à New-York où un drone, équipé de caméras et de haut-parleurs de la société Spencer Gore survole les passant pour leur rappeler de se tenir à distance les uns des autres. L’utilisation de drones opérés par la police est également généralisée dans les principales villes de France ainsi qu’en Espagne à Madrid. C’est également le cas à Bruxelles (voir notre article). Il arrive également que les autorités fassent appel à des robots comme en Tunisie. À Tunis, un robot à l’apparence d’un petit tank rappelle les mesures de confinement et contrôle les autorisations de sortie. Il est contrôlé à distance par la police tunisienne. En Grande-Bretagne c’est un robot à l’apparence de Dalek (un robot issu de la série Dr. Who) qui rappelle les mesures de confinement.

Un robot tunisien contrôlant une attestation de sortie

Un robot tunisien contrôlant une attestation de sortie