Des manifestants dans la ville d’Agareb (voir notre article), dans le sud de la Tunisie, ont incendié, au matin de ce mardi, un poste de la Garde nationale, sur fond de la mort d’un jeune homme de 35 ans, en raison des gaz lacrymogènes, lors de la dispersion des manifestations du lundi. Les forces de l’ordre se sont retirées du poste de la Garde nationale à la suite de l’incendie. Des unités de l’armée ont été déployées pour sécuriser les points stratégiques de la ville.

Des centaines de jeunes résidant dans la ville d’Agareb, sont descendus, mardi soir, dans la rue, pour protester contre la décision de rouvrir la décharge d’ordures d’El Guenna, dans les environs de leur localité. Les protestataires ont bloqué les routes avec des pierres, et ont caillassé les voitures des policiers. Des renforts de police sont arrivés sur place, et les agents ont utilisé du gaz lacrymogène dans une tentative de disperser les manifestants.

La manifestation hebdomadaire, qui se tient devant le théâtre municipal de Tunis, pour appeler à lever le voile sur les assassinats politiques des dirigeants de gauche Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, a été violemment réprimée par les forces de l’ordre, mercredi 1er septembre. Des accrochages ont eu lieu, lorsque la police a tenté de disperser quelques dizaines de jeunes devant le théâtre, les empêchant aussi de manifester dans l’avenue Habib Bourguiba. Quelques manifestants ont été blessés durant les affrontements et des journalistes ont été empêchés de faire leur travail.

Un grand tournant a été pris en août, non seulement dans l’affaire des assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, mais aussi plus généralement dans celle de l’organisation secrète du parti islamiste Ennahdha. Le tout-puissant procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis 1, Béchir Akremi, a été suspendu et son dossier est transmis au parquet. Cette décision a été prise au forceps et par vote «à visage découvert» par le Conseil de l’ordre judiciaire. Ancien juge d’instruction, chef du pôle antiterroriste, Béchir Akremi, avant de diriger le parquet, est largement incriminé par le rapport de l’Inspection générale du ministère de la Justice. Le rapport de l’Inspection générale est accablant: pas moins de 6 268 dossiers de terrorisme et 1 361 affaires de terrorisme ont été occultés par le procureur.

Des affrontements ont eu lieu à Tataouine, mardi 30 et mercredi 31 mars, opposant de jeunes sans-emplois aux forces de l’ordre. Mercredi, des manifestants ont mis le feu à des pneus et bloqué le carrefour Ennour, alors que des heurts avaient eu lieu la veille au niveau de la route principale reliant Tataouine et Médenine. Les forces de l’ordre s’étaient déployées autour du siège du gouvernorat afin d’empêcher les manifestants d’y accéder. Ils ont eu recours au gaz lacrymogène pour disperser les protestataires qui ont répondu à l’appel de la coordination du sit-in Al Kamour.  Les manifestants demandent au gouvernement de respecter les accords  de novembre 2020 pour mettre fin à une crise sociale qui dure depuis trois ans. Ils réclament surtout l’application de tous les points de l’accord signé avec le gouvernement et le départ du gouverneur de Tataouine. Dix jeunes ont été arrêtés et cinq autres blessés. Deux agent de la Garde nationale ont, également, été blessés.

Voilà deux jours qu’au champs pétrolier Douleb, à Kasserine, les affrontements opposent protestataires et forces de l’ordre. Hier mercredi, les forces de l’ordre ont fait de gaz lacrymogène pour disperser la foule. De leur côté, les protestataires ont répliqué par des jets de pierres. Les mouvements de protestations se sont notamment accentués dans les régions d’El Bark et Legrine dans la région de Laayoun, où les habitants ont appelé au développement, à l’emploi et à ce que la société pétrolière contribue à la dynamique économique et sociale de la région. La veille, mardi 16, ces mêmes protestataires de Laayoun, une des régions les plus pauvres en Tunisie, ont demandé d’accéder aux installations de production pétrolière mais ont été empêchés par les forces de l’ordre. En novembre dernier, de jeunes protestataires avaient fait irruption dans le site d’une compagnie pétrolière à Douleb, où ils étaient parvenus à fermer une vanne de pompage de pétrole.

 

Plusieurs centaines de jeunes Tunisiens sont descendus samedi dans les rues de la capitale tunisienne pour protester contre la répression policière et pour réclamer la libération des manifestants arrêtés les jours précédents. Ils ont défilé de la place des droits de l’homme, dans le centre de Tunis, jusqu’à l’avenue Habib Bourguiba avec l’objectif d’atteindre le ministère de l’Intérieur. Mais les forces de sécurité déployées sur cet axe important de la capitale ont bloqué leur progression, provoquant quelques affrontements.

La foule scandait des slogans tels « liberté, liberté », « que le régime policier chute » ou encore « pas de crainte, pas de peur, le pouvoir appartient au peuple ». Ils ont également dénoncé la répression policière et la corruption du gouvernement. Les protestataires réclamaient la libération de plus d’un millier de personnes arrêtées au cours de plusieurs nuits de heurts mi-janvier (voir notre article). Ces derniers ont coïncidé avec le dixième anniversaire de la révolution ayant fait chuter le 14 janvier 2011 le dictateur Ben Ali, après 23 ans de pouvoir.

L’entreprise « Marseille Manutention – Terminal Routier Sud » a annoncé cette semaine avoir acheminé 26 camions de police à destination de la Tunisie. L’entreprise déclare que ce sont au total 60 camions qui sont prévus. La Tunisie connaît depuis quelques jours de nombreux affrontements dans plusieurs villes du pays à l’occasion des 10 ans de la révolution (voir notre article).

 

Photo d’illustration

Des heurts ont eu lieu pendant trois jours dans plusieurs quartiers populaires notamment à Tunis, Bizerte, Menzel Bourguiba (nord), Sousse et Nabeul (est), Kasserine et Siliana (nord-ouest), en dépit d’un confinement sanitaire, pour le dixième anniversaire de la révolution. 623 personnes ont été arrêtées après une troisième nuit d’émeutes, a indiqué le ministère de l’Intérieur lundi. Ces heurts interviennent dans un contexte d’instabilité politique et de dégradation de la situation sociale. L’urgence sociale s’accentue avec la pandémie de Covid-19, qui ajoute la hausse du chômage à celle des prix et met en évidence la défaillance des services publics. Le mois de janvier est régulièrement le théâtre de mobilisations en Tunisie, car cette période marque l’anniversaire de plusieurs luttes sociales et démocratiques majeures.

A Ettadhamen, dans la banlieue nord-ouest de Tunis, dans la nuit du 17 janvier

Les membres du Parlement tunisien doivent se prononcer sur un projet de loi qui pourrait renforcer l’impunité des forces de sécurité et les exonérer de toute responsabilité pénale lorsqu’elles utilisent la force meurtrière pour protéger les bâtiments des services de sécurité. Au titre de l’article 7 du projet de loi n° 25/2015, les forces de sécurité ne seraient pas tenues pénalement responsables d’avoir utilisé la force meurtrière pour repousser les attaques contre des bâtiments liés à la sécurité, si la force qu’elles emploient est jugée proportionnelle au danger. Un rassemblement populaire a eu lieu devant l’Assemblée des représentants du peuple (le Parlement), à Tunis, contre ce projet de loi. Il y avait une forte présence de la police qui met depuis longtemps une pression énorme sur le pouvoir législatif afin de passer cette loi. Plusieurs manifestants ont été agressés et tabassés.

Policiers tunisiens

Mercredi 15 juillet 2020, Farid Alibi, membre du bureau politique du parti Elkadihines, a été arrêté près de son domicile à Sfax. Il a été la cible de l’opération « Brakaj » menée par un groupe d’éléments de sécurité en civil. Il a été transféré de force dans un centre de sécurité et a été inculpé pour avoir utilisé l’expression « police de Juanjeh », un qualificatif qui désigne les membres des Frères musulmans. Farid Alibi est toujours emprisonné en attendant son procès mardi prochain.

Farid Alibi

Farid Alibi