Tout est parti d’une descente de police, mercredi, dans une maison d’Awamiya, un village proche de Louxor. Les forces de sécurité voulaient y arrêter un jeune homme, suspecté d’avoir participé le 20 septembre à des manifestations anti-régime. Le jeune “suspect” n’étant pas là, la police a tenté, comme elle en a l’habitude, d’embarquer son jeune frère pour faire pression sur la famille. Cris, bousculade… Un officier a sorti son arme et tiré une balle dans la tête du frère, qui travaillait à l’hôpital de Louxor. Le lendemain, ses funérailles ont tourné en émeutes. Aux premiers slogans contre la police, les forces de sécurité ont répondu par des gaz incapacitants. Les villageois ont alors jeté tout ce qui leur tombait sous la main. Du classique dans l’Égypte de Sissi, où près de 500 manifestants sont allés rejoindre ces dernières semaines les 60 000 détenus politiques qui croupissent en prison. Embarrassées par la mauvaise publicité faite à son joyau touristique, les autorités ont suspendu le policier fautif. En attendant, les journalistes des derniers médias libres sont priés d’aller voir ailleurs. Basma Mostafa, n’a plus donné signe de vie à sa rédaction d’Al-Manassa, peu après avoir été contrôlé, samedi, par des policiers en civil. Son téléphone sonne depuis dans le vide.

Manifestation hier lundi en Egypte

Depuis le 20 septembre, date anniversaire de la contestation anti Al-Sissi, des manifestations quotidiennes ont essaimé dans plusieurs villes en Egypte. Les Égyptiens expriment en effet de plus en plus leur mécontentement, notamment contre une campagne de destruction de logements illégaux dans des faubourgs populaires démunis. Des affrontements ont éclaté et des blindés ont aussitôt investi la place Tahrir.  De nombreux défilés ont eu lieu dans plusieurs quartiers du Caire et ailleurs dans le pays, à Alexandrie, Minya, Sohag et Assouan. A Gizeh, des blindés furent même contraints de prendre la fuite face à la détermination des manifestants, et dans un village de la Moyenne-Égypte, ils ont jeté une voiture de police dans un canal. Un manifestant a été tué et plus de 170 ont été arrêtées.

Manifestation en Egypte le 21 septembre

Samedi 2 mai 2020, les autorités égyptiennes ont annoncées la mort de l’artiste et activiste Chady Habach. Il avait 22 ans et les circonstances exactes de sa mort restent encore indéterminées à ce jour. Chady Habach purgeait une peine de 2 ans après avoir été arrêté en 2018 suite à la réalisation d’une vidéo dénonçant la politique du président Abdel Fattah al-Sissi.

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Amal Fathi, arrêtée en mai 2018 était détenue en Egypte jusqu’à aujourd’hui. Accusée d’avoir diffusé de fausses informations après avoir diffusé une vidéo sur les réseaux dans laquelle elle dénonce le harcèlement sexuel et l’inaction des pouvoirs publics sur la question. Son procès a lieu le 30 décembre. Elle est également accusée dans une autre affaire d’appartenance à un groupe terroriste. L’accusation d’appartenance à une organisation terroriste est régulièrement utilisé par le régime afin de réprimer toute voix politique dissonante.

Egypte : libération d’une militante féministe

Egypte : libération d’une militante féministe

Les autorités égyptiennes ont discrètement mis un frein à la vente de gilets jaunes. Le pouvoir craint que des opposants s’emparent de ce nouveau symbole de contestation à l’occasion de l’anniversaire de la révolution de 2011. Les revendeurs de gilets jaunes ont reçu l’ordre de ne plus en vendre aux acheteurs occasionnels. Seules les ventes en gros à des sociétés ayant obtenu l’aval de la police sont désormais autorisées. Ces restrictions sont en vigueur jusqu’à la fin du mois de janvier, pile au moment du huitième anniversaire de la révolution égyptienne qui a conduit le 25 janvier 2011 à la chute de Hosni Moubarak. Chaque année, des heurts éclatent dans le pays en cette période, faisant plusieurs morts.

En Irak, au début du mois, des manifestants revêtus de gilets jaunes, réclamant des services publics de base telles que l’eau et l’électricité, ont pris d’assaut les bureaux du Gouverneur de Bassora.

Gilets jaunes à Bassora (Irak)

Gilets jaunes à Bassora (Irak)

Le président égyptien al-Sissi a promulgué une loi qui va permettre de surveiller certains comptes d’utilisateurs de réseaux sociaux. Selon cette loi, votée par le parlement en juillet, toute personne ayant plus de 5.000 abonnés en ligne -sur un site personnel, un blog ou les réseaux sociaux- pourra être surveillée. Le Conseil supérieur de régulation des médias sera autorisé à suspendre ou bloquer ces sites ou comptes s’il juge qu’ils “publient ou diffusent de fausses nouvelles” ou “incitent à violer la loi, à la violence ou à la haine”.

Au moins deux ans d’emprisonnement et une amende sont également encourus par “tous ceux qui créent, dirigent ou utilisent un site ou un compte privé dans le but de commettre ou faciliter la commission de crimes punis par la loi”. La nouvelle loi prévoit aussi une peine de prison d’un an et une amende pour “toute personne qui accède délibérément ou par erreur, et sans raison valable, à un site, un compte privé ou un système informatique dont l’accès est interdit”.

À la mi-août le président avait promulgué une loi de “lutte contre la cybercriminalité” permettant aux autorités de bloquer tout site dont le contenu constitue “une menace pour la sécurité nationale” ou pour “l’économie nationale”. Plus de 500 sites d’informations ou d’ONG sont actuellement bloqués en Egypte. Plusieurs internautes et blogueurs, critiques du gouvernement ou connus pour leurs commentaires ou dessins satiriques, ont récemment été arrêtés et placés en détention. Les autorités leur reprochent d’appartenir à des “groupes interdits” et de diffuser des “fausses nouvelles”.

Le maréchal al-Sissi

Le maréchal al-Sissi

Depuis le coup d’Etat militaire de juillet 2013, la répression n’a pas cessé en Egypte: au moins 60.000 prisonniers politiques ont été incarcérés depuis 2013, plus de 2 800 disparitions forcées entre juillet 2013 et juin 2016, et au moins 44 cas de morts sous la torture entre août 2013 et décembre 2016. Bien au-delà des islamistes, la répression vise des militants de la gauche révolutionnaire, des défenseurs des droits humains ou encore personnes LGBTI ou assimilées comme telles.

Or, dans ce contexte, les exportations françaises d’armes vers Le Caire ne se sont, elles, jamais aussi bien portées. Certains de ces équipements sont amenés à servir à la répression en Egypte avec notamment les dispositifs de surveillance de l’Internet. Nexa Technologies – successeur d’Amesys, qui fait l’objet depuis six ans d’une information judiciaire après la plainte déposée par la FIDH et la LDH pour «complicité d’actes de torture en Libye» – a vendu un système d’interception des communications au régime. Ercom a elle aussi vendu une technologie de surveillance massive à l’Egypte et le groupe Thales serait actuellement en train de développer le système de surveillance de la nouvelle capitale voulue par Abdel Fattah al-Sissi. Onpeut aussi s’inquiéter de l’impact et de l’usage par le régime du système de cartes d’identité biométriques fournies par Idemia (ex-OT Morpho).

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Le 31 décembre dernier, le tribunal correctionnel d’Alexandrie a condamné la militante égyptienne Mahienour Al-Masry à la prison ferme pour «participation à une manifestation non autorisée» contre la cession de deux îles de la mer Rouge à l’Arabie Saoudite. Trois autres militants de gauche ont été condamnés à des peines de deux à trois ans de prison. Mahienour Al-Masry faisait partie de ces groupes de jeunes qui ont dévoilé et dénoncé la mort sous la torture policière du militant Khaled Saïd en 2010. Mahienour Al-Masry a aussi été très active dans les manifestations contre l’ex-président et frère musulman Morsi, en 2013. Cela ne lui a pas épargné une condamnation pour participation à une manifestation illégale en 2014 et en 2015 (voir notre article).

Mahienour Al-Masry

La mort d’un jeune homme dans un commissariat a causé, ce samedi, des heurts entre manifestants et policiers dans un quartier du Caire. Les manifestants ont mis le feu à des pneus et des voitures et les pompiers sont intervenus.

Les affrontements de ce samedi au Caire

Mahienour Al-Masry
Les affrontements de ce samedi au Caire

Une information judiciaire pour « complicité d’actes de torture et de disparition forcée » a été ouverte contre l’entreprise Nexa Technologies plus connue sous son ancien nom, Amesys. Cette entreprise française est soupçonnée d’avoir vendu du matériel de cybersurveillance au régime du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour l’aider à traquer ses opposants, sous couvert de lutte contre le terrorisme. L’entreprise Nexa est déjà au cœur d’une enquête en cours pour avoir fourni du matériel de cybersurveillance similaire à la Libye de Mouammar Kadhafi.

Cette enquête, ouverte pour « complicité d’actes de torture et de disparition forcée » et instruite au pôle « crimes contre l’humanité » à Paris, fait suite à une nouvelle plainte de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). Appelé Cerebro, le programme suspecté par la justice française d’avoir été vendu à l’Egypte par Nexa permet de traquer en temps réel les communications électroniques d’une cible, à partir d’une adresse mail ou d’un numéro de téléphone par exemple. Il s’agit d’une version actualisée de celui vendu en 2007 par Amesys, à l’époque filiale de Bull, au régime de Kadhafi en Libye.

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L’armée a racheté la société Al-Tersana, sous-traitant égyptien du groupe français de construction navale Naval Group (ex-DCNS) dans la fabrication des corvettes Gowind, en 2007 lors de la vague de privatisation de l’ère Moubarak. Depuis, les ouvriers doivent se conformer à une discipline de travail drastique. En mai 2016, les ouvriers ont réclamé une augmentation de salaire, une couverture médicale et des primes. La police militaire a été envoyée pour interdire l’accès du chantier aux 2000 salariés qui tous ont été suspendus. 26 ouvriers sont poursuivis par la justice militaire, dont 14 pour incitation à la grève (voir notre article). Le prononcé du verdict a fait l’objet de 19 reports consécutifs. Le dernier est arrivé à échéance le 14 novembre 2017. Le tribunal militaire a autorisé le 15 novembre 2016 la remise en liberté sous caution des ouvriers à condition qu’ils démissionnent.

Après le licenciement massif, la direction d’Al-Tersana avait confié les travaux à des conscrits de l’armée, mais, confrontée à leur manque de qualification ainsi qu’aux pressions du commanditaire français, l’entreprise a réintégré 60% des anciens ouvriers, sans satisfaire aucune de leurs revendications. Naval Group demandant d’accélérer le travail pour réaliser dans les temps contractuels la construction des trois corvettes, Al-Tersana a réorganisé le travail selon la formule des trois-huit et a recouru à la main-d’œuvre des cadets d’écoles militaires âgés de 17 à 18 ans pour un “salaire” mensuel de 24 euros. Le 21 mars 2017, 3 ouvriers ont été tués et 5 autres blessés sur le chantier à la suite d’une fuite de gaz.

Mai 2016: Les grévistes du chantier d’assemblage des Gowind français à Alexandrie juste avant l’arrivée de l’armée

Mai 2016: Les grévistes du chantier d’assemblage des Gowind français à Alexandrie juste avant l’arrivée de l’armée