Après plusieurs jours d’enquête, Open Whipser Systems a confirmé que Signal était effectivement censuré en Egypte. Non seulement l’accès au site est impossible, mais en l’application ne fonctionne tout simplement pas. Les personnes qui veulent continuer à utiliser Signal en Egypte peuvent utiliser Tor ou un VPN. L’application Orbot (ou via le dépôt du Guardian Project sur F-Droid dans le cas où Orbot serait inaccessible sur le Play Store) permet notamment de rediriger une app à travers Tor (via “VPN Apps”), cela ne fonctionnera que pour le texte, les images et les pièces-jointes, pas pour les appels.

Open Whisper Systems travaille déjà sur une solution de contournement. C’est la première fois (documentée) que Signal est censuré dans un pays, même s’il est inaccessible sur les magasins d’applications dans certains pays, comme les Emirats Arabes Unis.

Les messages peuvent maintenant s’effacer après une période définie.

Les messages peuvent maintenant s'effacer après une période définie.

26 travailleurs de la compagnie des chantiers navals d’Alexandrie sont en prison depuis lé 24 mai et doivent être jugés pour avoir fait grève pour revendiquer la hausse des salaires, l’évolution des techniques de production ainsi que l’augmentation de la production, des embauches et des mesures de prévention et de protection des risques professionnels et notamment des brûlures. Non content de criminaliser leur lutte, le gouvernement égyptien veut les faire passer devant un tribunal militaire sous prétexte que le nouveau propriétaire de l’entreprise, l’Organisme des industries et des services maritimes, dépend de l’armée. 1500 travailleurs ont été licenciés après la fermeture illégale de l’entreprise.

Le port d’Alexandrie

Le port d'Alexandrie

Depuis trois jours le climat était très tendu au Caire. 95 personnes ont été arrêtées entre le 21 et le 25 avril en prévision de cette manifestation la plupart faisant partie du Mouvement du 6 avril, l’un des fers de lance de la révolution de 2011 (voire notre précédent article). Lundi matin le directeur d’une ONG, la Commission égyptienne pour les droits et les libertés, a également été arrêté. C’est dans ce contexte que les mouvements d’opposition ont appelé à descendre dans la rue contre le pouvoir.

Lundi, le ministère de l’Intérieur a prévenu que les manifestations seraient réprimées sans hésitation et le soir même de nombreux quartiers du Caire étaient complètement bouclés par l’armée et la police. Les protestataires ont tenté d’organiser des manifestations sauvages, le lieu étant annoncé au dernier moment. Vers 16h, une centaine de manifestants ont crié des slogans anti-régime sur la place Messaha dans le quartier de Dokki. Mais après trois minutes de marche les policiers ont tiré des grenades lacrymogènes. Des dizaines de personnes ont été arrêtées.

Répression lundi au Caire

Répression lundi au Caire

Mercredi 21 et jeudi 22, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté de nombreux militants (au moins 59) avant une manifestation antirégime prévue demain 25 avril. Officiellement organisée pour protester contre la rétrocession à l’Arabie saoudite des deux îlots de la mer Rouge, le rassemblement s’était transformé en contestation du régime. Le mouvement du 6-Avril (constitué essentiellement de jeunes de 20 à 30 ans, né en avril 2008 lorsque des milliers d’ouvriers textiles se sont mobilisés contre leurs conditions de travail et le coût de la vie ; ce jour-là, 33 étudiants avaient été arrêtés), ainsi que d’autres groupes d’opposition ont appelé à une manifestation le 25 avril contre la politique menée par le président Abdel Fattah al-Sissi.

Le 15 avril, plus d’un millier de personnes avaient manifesté dans le centre du Caire en demandant la chute du régime du président Sissi, le plus grand rassemblement de contestation du pouvoir depuis deux ans. La manifestation organisée à l’appel de la gauche laïque a été dispersée par la police à coup de gaz lacrymogène.

Manifestants du Mouvement du 6-Avril

Manifestants du Mouvement du 6-Avril

Mahmoud Mohamed Ahmed Hussein avait été arrêté au Caire le 25 janvier 2014, à l’occasion du troisième anniversaire de la révolution qui a mis fin au règne du président Hosni Moubarak. Le jeune étudiant, alors âgé de 18 ans, avait été arrêté alors qu’il rentrait chez lui après une action de protestation contre le régime militaire au pouvoir et les Frères musulmans. Les forces de sécurité l’ont appréhendé avec son ami Islam Talaat à cause de son t-shirt. La détention préventive des deux jeunes étudiants a depuis été renouvelée, sans procès. Mahmoud et Islam sont restés derrière les barreaux plus de deux ans alors que la loi égyptienne fixe à deux ans la limite du maintien d’une personne en prison sans procès. La justice égyptienne a ordonné mardi leur libération contre une caution de 1.000 livres (100 euros).

Deux ans de prison pour un t-shirt

Deux ans de prison pour un t-shirt

Le syndicat des médecins a lancé un appel à la tenue d’une « journée de la dignité » après que deux médecins de l’hôpital al-Matriya (dans le nord-est du Caire) ont été frappés le 28 janvier par neuf policiers pour avoir refusé d’établir un rapport médical mensonger. Les neuf membres de la police ont été entendus par le parquet qui a décidé jeudi de ne retenir aucune charge contre eux. Cette annonce a provoqué la colère des médecins dont quelques milliers ont investi le siège et les environs de leur syndicat près de la place Tahrir. En signe de protestation, le syndicat a décidé de continuer à soigner les patients, mais gratuitement, jusqu’à ce que les policiers soient traduits en justice. Les agressions des membres des forces de l’ordre contre des civils se sont multipliées dernièrement en Egypte. Mardi, un tribunal a condamné un policier pour avoir battu à mort un vétérinaire en détention et falsifié des documents officiels pour accuser la victime de trafic de drogue.

La manifestation des médecins au Caire

La manifestation des médecins au Caire

Giulio Regeni, 28 ans, préparait une thèse sur le mouvement ouvrier en Egypte, et plus précisément sur les syndicats indépendants, et avait publié un article sur l’agitation sociale en Egypte. Le 25 janvier, le jeune chercheur a quitté son domicile en début de soirée alors que autorités voulaient éviter la célébration du lancement, cinq ans plus tôt, du soulèvement anti-Moubarak. Le centre ville était quadrillé et toute manifestation interdite, sur fond d’une vague d’arrestations préventives et de “disparitions” sans précédent. Le 3 février, la dépouille de l’étudiant italien a été retrouvée dans le fossé d’une banlieue du Caire. Le corps portait de multiples fractures, des traces de coups répétés, tous les ongles de pieds et de mains avaient été arrachés et le corps portait des traces de brûlures de cigarettes autour des yeux et sous la plante des pieds.

Un rassemblement silencieux de quelques dizaines d’intrépides s’est déroulé, le 6 février, devant l’ambassade d’Italie au Caire. Une pancarte disait : « Il ne vous suffisait pas de nous tuer, il fallait que vous vous en preniez à un étranger ». Les amis de Regeni, dénoncent la Sécurité nationale qui enlève et torture des opposants ou des proches d’opposants comme l’étudiant italien pour leur arracher des informations. Le soulèvement de février 2011 s’était accompagné de l’assaut populaire de bureaux de la Sécurité d’Etat, le bras armé du ministère de l’Intérieur. Mis en cause pour les crimes de la dictature Moubarak, ce service n’a en fait que changé de dénomination et l’ex-Sécurité d’Etat, devenue « nationale », a poursuivi ses exactions en toute impunité. Pour l’année 2015 seulement, l’organisation Egyptian Commission for Rights and Freedoms dénombre plus de 1.500 disparitions d’opposants politiques imputables à des services de sécurité.

Giulio Regeni

Giulio Regeni

Le président égyptien al-Sissi a ratifié hier dimanche une loi antiterroriste qui prévoit une amende très lourde pour les journalistes qui rapporteraient des informations contredisant les communiqués officiels en cas d’attentats. La loi controversée, publiée au journal officiel, instaure une amende pouvant aller de 200.000 à 500.000 livres égyptiennes (entre 23.000 et 58.000 euros) pour toute personne diffusant ou publiant de “fausses” informations sur des attentats ou des opérations antiterroristes.

Forces spéciales égyptiennes

Forces spéciales égyptiennes

Un tribunal d’Alexandrie a condamné en appel la militante socialiste révolutionnaire égyptienne Mahienour El-Masry et deux autres militants à un an et trois mois de prison. Ils étaient accusé pour avoir participé à l’assaut contre le commissariat de police d’Al-Raml à Alexandrie, ainsi qu’à l’incendie du siège des Frères musulmans en mars 2013, sous le règne de l’ancien président Morsi. Les sept autres accusés avaient été condamnés par contumace et n’ont pas eu l’occasion d’aller en appel. Mahienour El-Masry avait été libéré de prison en septembre 2014, après avoir purgé quatre mois d’une peine de six mois pour une autre affair: une “manifestation illégale”.

Egypte: Condamnation en appel pour Mahienour El-Masry

Depuis la prise du pouvoir par l’armée en 2013, les agressions sexuelles commises par les forces de sécurité se sont accrues en Egypte et constituent un moyen de répression utilisé par le régime d’Abd El-Fattah El-Sissi pour réduire la société civile au silence. Des témoignages relatent des viols, viols avec objet, de “tests de virginité”, d’attouchements sexuels, de chantage et de pratiques diffamatoires.

Les agressions se multiplient notamment lors d’opérations de contrôle. Depuis la prise du pouvoir par l’armée en juillet 2013, tout individu est susceptible d’être contrôlé à l’entrée des universités, du métro ou des hôpitaux. L’agression sexuelle est quasi systématique en cas d’arrestation. Auparavant, les arrestations de rue concernaient essentiellement les hommes et les jeunes. Mais depuis le 3 juillet, elles concernent aussi les enfants, les femmes, les jeunes filles et les personnes âgées. Malgré les multiples plaintes déposées par les victimes, une seule a abouti à un procès. Les similarités dans les méthodes utilisées et l’impunité générale dont jouissent les auteurs des violences sexuelles indiquent qu’il s’agit politique délibérée visant réduire la population au silence.

Policiers égyptiens

Policiers égyptiens