1er janvier 2000

Le boycott

Charles Cunningham Boycott (1832-1897) est un britannique du XIXe siècle qui fut d’abord capitaine dans l’armée puis propriétaire terrien en Irlande, sur l’île d’Achill puis à Lough Mask dans le comté de Mayo. Durant l’été 1879, à l’appel de Charles Stewart Parnell, dirigeant de la ligue agraire, les fermiers se coordonnèrent afin d’obtenir de Charles Boycott, leur riche propriétaire terrien qui les traitait mal, de meilleures conditions de travail. Charles Boycott subit un blocus de leur part qui alla jusqu’à sacrifier une récolte, les mercenaires moissonneurs, protégés par l’armée britannique, étant arrivés trop tard. Cette action entraîna sa ruine. Le mot "boycott" se répandit en Angleterre par voie de presse et celui de "boycottage" apparaît en France dès 1881 où il redeviendra simplement "boycott".

Le capitaine e.r. Charles Cunningham Boycott Le capitaine e.r. Charles Cunningham Boycott

Le boycott a existé avant que le nom lui soit donné. Pendant la Révolution américaine, à la fin du XVIIIe siècle, le boycott des marchandises anglaises, et notamment le thé, était un moyen utilisé par les colons pour faire pression sur la métropole. Les premiers anti-esclavagistes anglais lancèrent en 1790 un boycott du sucre provenant des Antilles car produit par des esclaves. Parmi les boycott célèbres, il y a celui lancé en Inde en 1930, par le Mahatma Gandhi sur les impôts liés au sel, contre l’Empire britannique et celui des bus de Montgomery en 1955 à l’appel de Martin Luther King pour obtenir la fin de la discrimination raciale. Le premier grand boycott politique international fut celui de l’Afrique du Sud pour mettre fin à l’apartheid, à partir des années 1970.

Le phénomène du boycott augmente du fait des nouvelles facilités de communication et parce qu’il constitue un mode de protestation adapté à quelques tendances actuelles : individualiste mais solidaire, non-violent et sans risque. Les "consom’acteurs" utilisent leur pouvoir d’achat comme une sorte de droit de vote pour compenser leur impuissance en tant qu’électeurs face au pouvoir des multinationales (le slogan du boycott contre Kraft était : "Vote with your dollars"). Le développement du mouvement altermondialiste en France et ailleurs a été s’accompagnant d’une multiplication des boycotts, à commencer par celui de Danone déclenché suite de l’annonce de son plan social, en mars 2001. Le groupe restructurait sa branche biscuits : six fermetures d’usines, dont deux en France, et 1816 suppressions d’emplois, dont 570 dans l’Hexagone. Choquée par cette vague de licenciements de la part d’une entreprise en bonne santé, une partie des salariés a lancé un appel au boycott des produits Danone. Paradoxalement, l’image de Danone comme entreprise plutôt sociale a servi de levier à ce mouvement. Cet appel fut très vite relayé, avec la création de sites Internet, et a eu un impact visible sur les résultats du groupe : sur les neuf premiers mois de l’année, la croissance des ventes dans le pôle biscuits n’a été que de 0,4%, contre 6,4% sur la même période en 2000.

Un boycott est d’autant plus efficace que l’entreprise a de grands frais fixes, et qu’une baisse d’à peine 5 % de la demande pourrait par exemple faire baisser son bénéfice de plus de moitié. L’appel au boycott peut donc avoir un énorme impact, voire mettre une entreprise fragile en difficulté. Le législateur a déjà mis en place dans certains pays des lois anti-boycott. C’est ainsi qu’en France, le boycott peut être considéré en France comme une discrimination envers une personne physique s’il est effectué « en fonction de l’origine, du sexe, de la situation de famille, de l’apparence physique, du patronyme, de l’état de santé, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l’orientation ou identité sexuelle, de l’âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales ».

Depuis juillet 2005, la société civile palestinienne appelle aux boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël. Des organisations pro-israéliennes ont poursuivi en justice des membres français de BDS. Ces organisations firent jouer leurs relais politiques : en février 2010, la Ministre Alliot-Marie, alors Garde des Sceaux, demandait par une circulaire aux Parquets d’engager des poursuites contre les personnes appelant ou participant à des actions de boycott des produits israéliens, ces actions étant assimilées à de la discrimination antisémite et de la haine raciale. Plusieurs poursuites ont été engagées, mais débouchèrent sur des fiasco juridiques. Le 20 novembre 2014, la Cour de cassation a rejeté les pourvois des différentes officines pro-israéliennes en France contre une militante de BDS. Cela cloture une saga juridique (cet arrêt fait suite à un arrêt de la Cour d’appel de Paris en 2012, faisant lui-même suite à un premier jugement de 2011, tous en faveur de BDS).

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