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Royaume-Uni : Un prisonnier pro-palestinien dénonce la détention provisoire et le système carcéral

Depuis la prison de Foston Hall, Jon Cink, l’une des six personnes poursuivies après une action contre la base aérienne de Brize Norton en soutien à la Palestine, livre un témoignage recueilli par FRFI. Il critique la durée de leur détention provisoire, qui pourrait atteindre 18 mois avant leur procès prévu en 2027. Arrêtés après une action consistant à asperger de peinture rouge des avions militaires pour dénoncer le soutien britannique à Israël, les militants contestent les accusations et dénoncent une atteinte au principe de la présomption d’innocence.

En prison, beaucoup de conversations commencent par demander à l’autre personne pourquoi elle est là et pour combien de temps. Pour ma part, je suis incarcéré en raison d’un lien présumé avec une action pro-palestinienne au cours de laquelle deux personnes se sont introduites dans la base de la RAF à Brize Norton et ont aspergé des avions militaires de peinture rouge. Il s’agissait de protester contre la complicité de la RAF dans le génocide des Palestiniens et contre la violence impérialiste à travers l’Asie occidentale.

C’est avec plaisir que je réponds aux questions des autres prisonnières. Je leur explique que mes coaccusés et moi aurons passé 18 mois en détention provisoire au moment où notre affaire passera en jugement, ce qui représente trois fois la limite légale de détention pour des prisonniers non condamnés. Leur réaction va généralement de l’indignation à la confusion. Même au sein d’un système soi-disant judiciaire, dysfonctionnel et truffé de retards, d’attentes et d’audiences reportées, 18 mois, c’est long.

À quelques occasions, pourtant, j’ai entendu des commentaires disant qu’au fond « ce n’est pas si mal », sous-entendant qu’au moins je me sais en sécurité pour le moment et que les mois passés en détention provisoire seront de toute façon déduits de ma peine. Cela m’a mis très mal à l’aise. Je ne suis pas coupable des accusations portées contre moi, je ne veux pas être en prison, et une détention provisoire prolongée bafoue l’un des piliers du droit anglais : le droit d’être traité comme innocent jusqu’à preuve du contraire.

J’ai gardé ce sentiment d’inconfort en moi pendant un certain temps avant de réaliser ce que reflétaient ces réactions plutôt déroutantes. Il m’apparaît clair aujourd’hui qu’elles n’ont pas grand-chose à voir avec une normalisation consciente de la répression politique, et encore moins de mon propre emprisonnement. C’est la prison elle-même qui est devenue normale dans la vie de certaines détenues, s’imposant comme un élément permanent de leur boîte à outils de survie. La prison est un endroit difficile. Être privé de son autonomie use tout le monde. Quelqu’un d’autre choisit ce que vous portez, ce que vous mangez, l’endroit où vous avez le droit d’être et, en fin de compte, qui vous avez le droit d’être.

La prison imprègne tous les aspects de l’être physique et psychologique. Parfois sans même qu’on s’en rende compte. Ce n’est pas un environnement dans lequel la plupart des gens choisiraient de se trouver volontairement. Pourquoi, alors, une proportion importante de la population carcérale actuelle y retourne-t-elle encore et encore ? Qu’est-ce que cela nous dit sur les structures de soutien au sein de notre société ?

Une de mes amies a été libérée récemment. Lorsque nous nous sommes parlé pour la dernière fois avant sa sortie, elle n’était pas très enthousiaste à l’idée de quitter la prévisibilité de la vie carcérale. En tout cas, pas du tout de la manière dont je sais que je l’aurais été. Elle s’était débrouillée pour se faire incarcérer au milieu de l’hiver, après que les choses eurent mal tourné et qu’elle n’eut plus les moyens de se payer une cure de désintoxication. La prison était le seul endroit où elle pouvait décrocher en relative sécurité, car elle n’avait pas de logement stable. Après deux mois ici, elle avait l’air en bien meilleure santé et était déterminée à ne plus toucher à la drogue ni à l’alcool.

Cependant, rester propre à l’extérieur allait être un défi. Les services de probation l’ont assignée à un logement partagé pour le reste de sa période de liberté conditionnelle, un endroit où les substances addictives sont faciles à trouver. Elle allait donc avoir un choix à faire : risquer de retomber dans l’addiction, ou se faire délibérément réincarcérer.

J’ai côtoyé des femmes qui disaient que la prison avait éloigné d’elles leurs bourreaux pour la première fois depuis des années. Un jour, un aumônier qui dirigeait l’office du dimanche a suggéré que la prison nous avait peut-être sauvés de la mort dans la rue lors d’un hiver particulièrement froid. Une autre fois, une détenue a partagé sa joie d’écrire une lettre à sa mère pour la toute première fois de sa vie, après avoir reçu de l’aide en prison pour améliorer sa lecture et son écriture. Pourquoi des adultes ne peuvent-ils accéder à des cours d’alphabétisation qu’en prison ? Il en va de même pour les autres formations, les cours religieux, les stages ou les ateliers.

Et à plus grande échelle, pourquoi la prison est-elle l’un des très rares endroits, si ce n’est le seul, où l’État fournit trois repas par jour (presque jamais adéquats, mais quand même), du chauffage en hiver et des produits d’hygiène gratuits ? Pourquoi certains doivent-ils troquer leur liberté contre un toit ?

Malgré les expériences individuelles de l’incarcération, le soin et la carcéralité ne peuvent pas coexister à un niveau systémique. La logique selon laquelle une même institution peut à la fois punir et protéger est fondamentalement biaisée. Le concept même de prison repose sur une distribution asymétrique du pouvoir, le geôlier ayant toujours un contrôle quasi total sur le détenu. Malgré cela, la prison, en particulier une prison pour femmes, prétend être capable d’apporter un soutien aux personnes vulnérables dans un but ultime de réhabilitation. On part du principe implicite que tout le monde a besoin d’aide pour se remettre sur le « droit chemin » et, par conséquent, on offre aux prisonniers des opportunités qui ne sont pas facilement accessibles à l’extérieur. En d’autres termes, le système pénal instrumentalise l’échec total des services d’aide sociale de proximité pour affirmer sa propre nécessité.

Une de nos sociétés qui compte sur la prison pour masquer temporairement les problèmes causés par les inégalités de richesse et l’effondrement des services sociaux fait défaut à de nombreuses personnes. La logique carcérale les piège dans un cycle sans fin d’incarcération. L’alternative ne réside pas dans de meilleures conditions de détention, des activités plus nombreuses et de meilleure qualité, ou des organisations plus bienveillantes au sein des prisons. Ces choses sont utiles, certes, mais sans logement sûr, sans accès aux soins de santé et aux services de santé mentale dans la communauté (des services qui ne considèrent pas la prison comme leur alliée), sans la construction de communautés fortes et sans la recherche d’un but commun dans la lutte pour une justice réelle, le cycle de l’incarcération se poursuit. Chaque toit au-dessus de la tête de quelqu’un, chaque espace communautaire, ou même une simple amitié, constitue une minuscule brèche dans les murs que le système érige pour nous isoler, nous les prisonniers, du reste de la société.

Le 1er mai, la liberté sous caution a de nouveau été refusée à quatre des accusés de Brize Norton par la Cour pénale centrale. Arrêtés en 2025, peu avant l’interdiction de Palestine Action en vertu de la loi sur le terrorisme (Terrorism Act), ils doivent être jugés en 2027. Le cinquième accusé, Umer Khalid, dont les problèmes de santé mettent de plus en plus sa vie en danger, s’était déjà vu refuser une libération sous caution pour raisons médicales une semaine plus tôt. Le 15 mai, une sixième personne, Lara Downes, a été inculpée dans le cadre de l’action de Brize Norton et placée en détention provisoire à la prison de Bronzefield.

Jon Cink