1. La « Conspiration des poudres »

Au XVIe siècle, Couronne anglaise a pris ses distances avec l’Eglise catholique, réprimant la partie de sa population restée fidèle à Rome: tortures, exils, brimades, procès… A la mort d’Elisabeth 1ère, en 1603, le catholicisme est marginalisé dans le royaume. Guy Fawkes est un natif de York converti au catholicisme. Il quitta la Grande-Bretagne pour le continent, où il a combattu aux côtés de l’armée catholique espagnole contre les protestants néerlandais. Il est resté en Espagne pour solliciter en vain l’appui d’une rébellion catholique en Angleterre.

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Rentré en Angleterre, il participe à une conspiration visant à assassiner Jacques 1er pour de restaurer une monarchie catholique. Les comploteurs ont obtenu l’accès à une crypte sous la Chambre des Lords, dans le palais de Westminster, et ont confié à Fawkes la responsabilité des 650 kg de poudre à canon, stockés là depuis mars 1605, en vue de la faire exploser lorsque le Parlement réuni serait au complet.. Mais un complice dénonce la conspiration à un Lord catholique: les autorités fouillent les sous-sols aux premières heures du 5 novembre 1605, et trouvent Fawkes qui s’apprêtait à mettre à feu à ses 36 barils de poudres. Au cours des jours suivants, il a été interrogé et torturé, et finalement, il a finalement donné le nom de ses complices (tous déjà connus). Immédiatement avant sa pendaison, le 31 janvier 1606, Fawkes échappa des mains du bourreau [violet]et[/violet] sauta de l’échafaud, et se brisa le cou.

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Au Royaume-Uni, le soir du 5 novembre est fêté sous le nom de Guy Fawkes Night (également Bonfire Night ou Fireworks Night) par des feux de joie et des tirs de feux d’artifice. Traditionnellement, les enfants font une effigie de Guy Fawkes nommée le Guy, qui peut également représenter un personnage célèbre ou les malheurs de l’année. Ils la promènent de porte à porte pour demander « a penny for the Guy », et le soir on la brûle sur le feu de joie en chantant cette comptine:

Remember, remember, the fifth of November, /
Gunpowder Treason and Plot, /
I see no reason why the gunpowder treason /
should ever be forgot.

Souvenez-vous, souvenez-vous du cinq novembre, /
Poudre à canon, trahison et conspiration, /
Je ne vois aucune raison pour que la trahison des poudres /
Soit jamais oubliée.

2. V comme Vendetta – la bande dessinée

V pour Vendetta (V for Vendetta) est une bande dessinée britannique réalisée de 1982 à 1990 pour les magazines Doctor Who Weekly et Warrior. Publiée en 1988-89 chez Quality Comics et DC Comics (Zenda pour l’édition française, 6 tomes parus en 1989-90), plusieurs fois rééditée, la série a connu un grand succès et de nombreux prix dont celui de meilleur album étranger à Angoulême en 1990.
Le scénario est signé Alan Moore et les remarquables dessins David Lloyd (ainsi que Tony Weare qui a illustré une partie des chapitres Valérie, Vacances et Vincent).
Le succès de V pour Vendetta vaudra à Alan Moore d’être engagé en 1983 par DC Comics pour travailler sur The Saga of the Swamp Thing, ce qu’il fait avec succès avant d’écrire en 1986 le magistral Watchmen (dessiné par Dave Gibbons), qui sera aussi primé et adapté au cinéma.

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V comme Vendetta était une réponse au thatchérisme au début des années 1980. Le monde de V comme Vendetta est issus d’une guerre nucléaire qui a, dans les années 1980, dévasté l’Europe, l’Afrique et les USA. Le Royaume-Uni est épargné par les bombardements mais pas par le chaos et les inondations issues des dérèglements climatiques. Dans cette Angleterre post-apocalyptique, remarquablement rendue par un dessin et une palette de couleurs oppressants, un parti fasciste installe son pouvoir après avoir procédé à une épuration ethnique, politique et sociale.
En 1997, au moment où le parti semble avoir la situation sous contrôle, un anarchiste commence une campagne pour ébranler tous les symboles du pouvoir. Cet anarchiste qui se fait appeler « V » porte un masque de Guy Fawkes. On apprendra qu’il a été utilisé comme cobaye dans un camp, qu’il s’en est évadé en le détruisant, et qu’il se venge non seulement en assassinant les anciens responsables du camp, mais aussi en préparant la fin du régime. V sauve de la police Evey, une jeune fille qui risquait d’être violée par des policiers puis exécutée pour prostitution. V en fait sa disciple.

C’est David Lloyd qui eut l’idée de réutiliser la vieille tradition du Fifth of November. Il écrivit dans une lettre à Alan Moore : « Je me demandais… Et si on en faisait un Guy Fawkes revenu d’entre les morts, avec le masque de papier mâché, le chapeau conique et la cape ? Il serait vraiment étrange, pour le coup. »

3. V comme Vendetta – le film

V pour Vendetta est un film américano-germano-britannique, réalisé par James McTeigue, sorti en 2006, et adapté par les Wachowski de laz bande dessinée d’Alan Moore et David Lloyd. La distribution se compose notamment de l’acteur australien Hugo Weaving dans le rôle de V, de l’actrice américaine Natalie Portman dans le rôle d’Evey Hammond et des acteurs britanniques John Hurt, Stephen Rea et Stephen Fry.


V pour Vendetta – Rencontre V et Evey par sun3en1

La sortie du film était initialement prévue le 4 novembre 2005, la veille du 400e anniversaire de la Guy Fawkes Night, mais a été retardée jusqu’au 17 mars 2006. Alan Moore, mécontent des adaptations cinématographiques, a refusé de voir le film et a pris ses distances vis-à-vis de la production. Les scénaristes ont supprimé de nombreuses allusions anarchistes et des références aux drogues présentes dans l’histoire originale et ont aussi modifié le message politique. Le combat d’un l’anarchiste implacable contre un régime fasciste est remplacé dans le film par un combattant de la liberté romantique, soucieux de ne pas faire de victimes innocentes, et luttant contre le totalitarisme (toute la dimension raciste a disparu). En outre, Moore a tenté de maintenir une ambiguïté morale, et non à dépeindre les fascistes comme des caricatures, mais comme des humains réalistes, alors que V est un homme implacable, prêt à tout pour se venger de ses bourreaux et détruire le régime. Le film fait tourner la relation de V à Evey en romance. Bref, alors que la bande dessinée est un chef d’oeuvre singulier, complexe et dérangeant, le film est d’une grande platitude consensuelle.

ATTENTION, DOUBLE SPOILER: Alors que la bande dessinée se termine par un attentat dans lequel V se fait exploser avec tous les caciques du régime, le film se termine par la chute du régime par une manifestation de masse pacifique, les milliers de manifestants portant tous le masque de Guy Fawkes.

4. Les masque des Anonymous, des Indignés, des « Occupy »

L’utilisation du terme Anonymous, dans le sens d’identité partagée, a commencé sur 4chan, ce forum anonyme anglophone, constitué d’un réseau d’imageboards né en octobre 2003. La mention « Anonymous » est attribuée aux visiteurs qui publient des commentaires sans identification, et certains utilisateurs ont considéré, par plaisanterie, qu’Anonymous était une personne réelle. Avec la popularité grandissante des imageboards, l’idée qu’Anonymous soit un collectif d’individus non nommés est devenue un mème.
Le 25 novembre 2006, plusieurs mentions de la communauté Anonymous sont faites dans le manifeste Rules of the Internet édité sur 4chan.
La notoriété du nom a réellement débuté en 2008 avec le Projet Chanology (une série d’attaques informatique visant l’église de scientologie). Certains médias ont voulu y voir un groupe structuré alors que n’importe qui peut se revendiquer « Anonymous ». Le reste de l’histoire est bien connu.

Dès décembre 2006 – juste après la sortie du film, apparaît le même « Epic fail Guy » (EFG) qui sera à 4chan ce que « Régis » sera aux Nuls. Jouant sur le double sens de Guy (le prénom de Guy Fawkes et le « guy » pour « type », « mec »), Epic Fail Guy incarne celui qui endure un échec mémorable.

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Le premier logo d’Anonymous représente une silhouette avec un point d’interrogation en guise de visage (image proche d’un autre mème), mais le masque de Guy Fawkes va s’imposer, en référence au héros du film avec le contrepoint ironique de l’Epic Fail Guy. Cette dimension ironique disparaitra avec le succès du mouvement Anonymous, les masques de Guy Fawkes fleurissant dans les manifestations. Ils seront repris par les mouvements « Occupy »/ »Indignés » qui, à l’image des Anonymous, se veulent mouvement de masses (« nous sommes légions » – référence à l’Evangile de Marc), anonyme, critique et active, mais sans organisation ni leadership.

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L’art urbain, ou « street art » a pour origine la culture hip-hop américaine, et regroupe toutes les formes d’art réalisées dans la rue, ou dans des endroits publics. Les techniques sont variées. Aux tags, graff, free style du hip hop américain se sont ajouté, surtout en Europe au début, les collages et pochoirs. Le street art utilise aujourd’hui une vaste gamme de technique : stencil, bombe, marqueur, affiches peintes ou sérigraphiées, autocollants, mosaïques, collages, etc.

Cet art populaire (aujourd’hui récupéré par une tendance de l’art contemporain) a très vite marqué l’expression politique. Le spectre du street art politique est large, allant d’artistes délivrant (parfois occasionnellement) des messages politiques à des militants utilisant les modes d’expression et techniques du street art. Les simples messages autrefois hâtivement tracés sur les murs prennent alors, par exemple, des formes très élaborées.

Type: stencil (style réaliste)

Type: stencil (style réaliste)


Type: Throw ups, style: bubble

Type: Throw ups, style: bubble


Type: street art (affiche)

Type: street art (affiche)


Technique mixte

Technique mixte

On peut distinguer les types et les styles (chaque type pouvant utiliser chaque style).

Les types

Le tag: C’est le type de graffiti originel. C’est une signature personnalisée réalisé avec une seule couleur.

La pièce: C’est un ensemble de lettres stylisées, une représentation élaborée du nom de l’artiste. Une pièce est réalisée avec 3 couleurs ou plus et peut être accompagnée d’un personnage.

La fresque: Elle rassemble plusieurs pièces d’artistes différents sur un support géant. Une fresque raconte une histoire, elle peut avoir un fond unifié qui dessert les pièces de chaque artistes.

Le « street art » proprement dit: Ce sont les pochoirs, les interventions sur mobilier urbain, les détournements publicitaires, les stickers, les affiches, les collages, et les placements d’objets.

Les « Throw ups » : type de graffiti se situe entre le tag et la pièce. Le flop est fait pour être réalisé rapidement avec un minimum de traits et de couleur. Les lettres sont condensées, une couleur pour les contours, une pour le remplissage et éventuellement une autre pour les reflets.

Le personnage: Il représente une personne, un monstre, un super-heros, un animal, un portrait, une chimère, ou tout type de forme unifiée.

Le chrome : Graffiti réalisé avec une couleur dominante: le « chrome » (argenté). C’est une pièce basique dont les contours sont souvent réalisés en noir.

Type: chrome

Type: chrome


Type: street art

Type: street art


Type: affiche (style: 3D)

Type: affiche (style: 3D)


Type: stencil (style réaliste)

Type: stencil (style réaliste)

Quelques styles

Wildstyle : Graffiti dans lequel les lettres sont entremelées, fusionnées et extravagantes. Leur extrémités sont dynamiques et peuvent se transformer en flèches ou pointes. Les lettres sont tellement travaillées et déformées avec style qu’il est difficile de déchiffrer pour les non-initiés.

3D : Graffiti créant l’illusion de 3 dimensions.

Bubble : Style de lettres en forme de bulles.

Old School : Style issu des premières vagues de graffiti (années 70 et 80).

Bloc : Ce style fait intervenir des formes en bloc dans le travail des lettres. Les formes sont carrées ou rectangulaires ce qui donne un effet de lourdeur, de solidité à la pièce.

Ignorant : Ce style de graffiti se veut une réaction au styles stylisés, techniques, et compliqués (wildstyle, 3D…). Basique, enfantin mais innovant. Ne pas confondre un graffiti raté et un graffiti au style ignorant dont la simplicité cache parfois un grande technique.

Hardcore : Ce style qualifie tous les tags, flop, pièces et vandal particulièrement violentes, agressives, dégoulinantes.

Réaliste: Personnages ou paysages sont réalisés de façon à rester le plus fidèle possible à la réalité.

Fat cap : Tags, flops ou traits réalisés avec un Fat Cap. Il existe différent cap (valve par laquelle sort le spray de peinture), le fat cap permet de réaliser des trait épais.

etc.

Type: fresque, (style: 3D)

Type: fresque, (style: 3D)


Type: street art (style: affiche détournement publicitaire)

Type: street art (style: affiche détournement publicitaire)


Type: fresque (style réaliste)

Type: fresque (style réaliste)


inclassable...

inclassable…

Le 1er mars 1976, le gouvernement travailliste abroge le statut spécial d’incarcération créé en 1972 pour les prisonniers politiques. La première forme de protestation contre cette mesure est le refus de porter l’uniforme de détenu imposé aux prisonniers sociaux. Dans les blocs H de la prison de Maze, appelée Long Kesh en Irlande, 300 prisonniers de l’IRA et de l’INLA deviendront ainsi les blanket men, les « hommes à la couverture » car ils restent nus couvert d’une seule couverture.

prison de long kesh

prison de long kesh

Deux ans après, en 78, ils ajoutent à leur mouvement une dirty protest : ils refusent de se laver et souillent les murs de leur cellule de leurs excréments sur les murs de leur cellule. En 1980, nouvelle escalade : un groupe de sept prisonniers entament une grève de la faim qui, après 53 jours, débouchent sur un accord partiel : les prisonniers peuvent porter des vêtements civils, mais pas les leurs. Les autres revendications, à commencer par la récupération du droit d’avoir des activités collectives, ne sont pas rencontrées.

affiche prisonniers ira

affiche prisonniers ira

Les prisonniers décident alors de lancer un nouveau mouvement. La tactique choisie est celle de la grève collective mais échelonnée, les prisonniers entrant en grève de la faim les uns après les autres à intervalles régulier, pour éviter qu’ils n’arrivent en groupes à un moment critique et augmenter ainsi les possibilités d’agir sur le rapport de force. Brendan McFarlane, un ancien gréviste, racontera plus tard : « Nous avions le sentiment que nous n’avions pas le choix, en raison de la détermination de Maggie Thatcher à nous briser. Elle était déterminée à utiliser les prisonniers pour casser le moral de notre peuple. Nous n’avions pas d’autre arme que notre corps.»
Il y avait une longue tradition de grèves de la faim radicales dans le mouvement irlandais, Thomas Ashe, l’un des dirigeant du soulèvement anti-britannique de 1916 mourut lors d’une grève de la faim en 1917. Une dizaine d’autres Républicains irlandais allaient mourir des suite de leur grève de la faim dans les prisons britanniques les années qui suivirent, et notamment Terence MacSwiney, le maire de Cork, en 1920.

Le 1er mars 1981, la nouvelle grève de la faim commence. L’officier commandant des prisonniers de l’IRA à Long Kesh, Bobby Sands, se met en grève de la faim le premier. Il avait été condamné à 14 années de prison pour appartenance à l’IRA et avait écrit pendant sa détention un livre devenu très populaire, One Day in my life, qui décrit le déroulement d’une journée normale en prison. Le décès d’un député d’Irlande du Nord va provoqué des élections anticipées en Irlande du nord qui sera l’occasion d’une grande campagne des Républicains qui parviennent à faire élire au poarlement britannique Bobby Sands le 9 avril 1981 avec 30.492 votes contre 29.046 au candidat protestant. Ce vote montre que la solidarité avec les grévistes va bien au-delà de la sphère d’influence de l’IRA. Le gouvernement Tatcher réagit en changeant la loi électorale: les prisonniers condamnés à plus d’un an de prison ne peuvent plus se présenter à des élections. Tatcher refuse de céder quoi que ce soit aux prisonniers et déclare : « Nous ne sommes pas prêts à accorder un statut spécial catégoriel pour certains groupes de gens accomplissant des peines à raison de leurs crimes. Un crime est un crime et seulement un crime, ce n’est pas politique. »

Le 5 mai 1981, Bobby Sands meurt à l’hôpital de la prison après 66 jours de grève de la faim, à l’âge de 27 ans. Sa mort provoqua de nombreuses émeutes dans les quartiers républicains, dans lesquelles deux personnes trouveront la mort. Plusieurs actions de l’IRA se feront en représailles, tuant un policier et blessant deux militaires. Plus de 100.000 personnes suivirent le cortège lors de ses funérailles où un détachement de l’IRA tire une salve d’honneur.

Le 12 mai, un second gréviste, Francis Hughes, 25 ans, également membre de l’IRA, meurt. Le 21 mai c’est le tour de Raymond McCreesh (IRA, 24 ans), le même jour meurt Patsy O’Hara, un membre de l’INLA âgé de 23 ans, le 8 juillet c’est Joe McDonnell (IRA, 30 ans), le 12 juillet Martin Hurson (IRA, 29 ans), le 1er aout Kevin Lynch (INLA, 25 ans), le 2 août Kieran Doherty (IRA, 25 ans), le 8 août Thomas McElvee (IRA, 23 ans) et le 20 août Michael Devine (INLA, 27 ans).

les dix grévistes de la faim

les dix grévistes de la faim

La grève prend fin sans que les prisonniers aient satisfaction. Mais elle aura eu un impact énorme en Irlande du Nord: elle a provoqué un afflux de volontaires et de contributions vers l’IRA et renforcé le mouvement républicain. Elle reste un référence centrale pour le mouvement républicain. De nombreuses fresques à Belfast et à Derry, et des cérémonies annuelles honorent les grévistes. Le film Hunger de Steve McQueen, sorti en 2008, retrace la grève de la faim menée par Bobby Sands avec beaucoup de force.

fresque de bobby sands

fresque de bobby sands

« Je n’étais qu’un enfant de la classe ouvrière d’un ghetto nationaliste, mais c’est la répression qui a créé l’esprit révolutionnaire de liberté. Je ne me résoudrai qu’à la libération de mon pays, jusqu’à ce que l’Irlande devienne une république souveraine, indépendante et socialiste. »
Bobby Sands

De vastes soulèvements anti-britanniques avaient été écrasés en Irlande au 18e siècle, et l’Irlande avait ensuite été dépeuplée par la famine (un million de mort) et par une émigration massive. En 1905, l’organisation Sinn Féin, indépendantiste, est fondé, tandis que James Connolly jette les bases théoriques et organisationnelles du mouvement socialiste de libération de l’Irlande.

Durant la guerre mondiale, en 1916, les Volontaires de l’Irish Republican Brotherhood (du Sinn Féin) et de l’Irish Citizen Army (de James Connolly) déclenchent l’insurrection de Pâques. Le soulèvement fut limité à Dublin, fit 400 morts et fut écrasé en moins d’une semaine. La férocité de la répression (exécution des meneurs de l’insurrection, des milliers d’arrestations) apporte au Sinn Féin une popularité accrue.

La bibliothèque de Dublin au moment de l'insurrection de Pâques

La bibliothèque de Dublin au moment de l’insurrection de Pâques


La même après la répression du soulèvement

La même après la répression du soulèvement

En janvier 1918, des Volontaires décidèrent de libérer deux prisonniers, James Duffy de Meenbanad et James Ward de Cloughlass. Ces derniers avaient déserté l’armée britannique mais été arrêté par la gendarmerie à Kincasslagh et ils enfermés dans la caserne locale. Le 4 janvier, quatre membres de la Royal Irish Constabulary (Gendarmerie royale irlandaise), un sergent et trois agents, étaient venu de Derry pour emmener les prisonniers dans le train de l’après-midi.

La gare de Meenbanad était noire d’une foule qui revenait de la foire de Dungloe. Soudainement, quatre volontaires montent à bord et se ruent sur les gendarmes, les boxent, arrachent au sergent son fusil et sa baïonnette et libèrent les prisonniers. Volontaires et prisonniers ont traversés la foule, et se sont engouffrés dans une voiture qui les attendait. Duffy, qui avait prit part à l’insurrection de Pâques en 1916, rejoignit l’armée de libération tandis que Ward émigra en Amérique où il fut tué dans un accident de circulation.

Volontaires de l'armée de libération irlandaise

Volontaires de l’armée de libération irlandaise

L’embuscade de la gare de Meenbanad est célébrée comme l’action inaugurale du soulèvement qui allait durer trois ans et déboucher sur les accords de Londres en 1921 qui consacrait la partition de l’Irlande en accordant l’indépendance aux comtés du Sud en laissant les six comtés du Nord sous la domination de la Grande-Bretagne.

La gare de Meenbanad aujourd'hui, désaffectée, elle est devenue un lieu de mémoire

La gare de Meenbanad aujourd’hui, désaffectée, elle est devenue un lieu de mémoire


A la gare de Meenbanad en 1968, trois des anciens participants de l'embuscade (de droite à gauche) Dim Bonner, Fergus Ward and Neil Boyle

A la gare de Meenbanad en 1968, trois des anciens participants de l’embuscade (de droite à gauche) Dim Bonner, Fergus Ward and Neil Boyle

Des commissariats-forteresses ne présentant que du béton et des volets d’acier à l’extérieur, des bases hérissées de caméras, de périscope, de senseurs, de grilles anti-roquettes, ravitailiables par hélicoptères, d’immenses miradors bétonnés surveillant les villes et les campagnes, les forces britanniques en Irlande ont dû, sous la menace des actions de l’IRA, développer les plus formidables dispositifs défensifs contre-insurrectionnels.

 Golf Five Zero watchtower Crossmaglen, South Armagh

Golf Five Zero watchtower Crossmaglen, South Armagh

L’attaque des bases des forces de sécurité a toujours été un objectif du mouvement républicain: police, armée britannique, et surtout l’exécrée Royal Ulster Constabulary (RUC), la police militarisée anti-guérilla levée en Irlande parmi les loyalistes. Jets de cocktails molotov par les manifestants et, surtout, attaques armées de l’IRA, ont commandé des progrès dans la fortification des bases et des commissariats.

British Army Security force base. Bishops Gate, Derry City Walls, Londonderry

British Army Security force base. Bishops Gate, Derry City Walls, Londonderry

Pour donner une idée du niveau militaire de l’affrontement, l’IRA a conçu et produit au début des années 80 un lance-roquette pouvant tirer d’un lieu clos (pièce d’habitation, voiture…): c’était la première armée au monde à disposer d’un tel engin, aujourd’hui universellement répandu: les lances-roquettes de l’OTAN ou de l’URSS dégageaient à l’époque un tel jet de gaz brûlant vers l’arrière que l’utilisateur aurait été gravement blessé en l’actionnant dos à un mur. L’IRA a aussi mis en oeuvre des batteries de mortiers artisanaux, qui ont amené les britannique à installer des grillages devant faire exploser les projectiles avant l’impact sur les murs.

Newtownhamilton Barracks. Newtownhamilton, South Armagh

Newtownhamilton Barracks. Newtownhamilton, South Armagh

Bases et commissariats se sont trouvé toujours plus coupés des populations: leurs occupants n’en sortant que sous forme de patrouilles fortement armées et sur le qui-vive, exposées aux IED et aux tirs de sniper. La plupart de ces fortifications ont été démantelées suite aux accords de paix. Le gouvernement britannique a entrepris de les démolir, effaçant ainsi les preuves évidentes du caractère de forces d’occupation qu’avaient ses troupes en Irlande du Nord. Ces photos ont été prises par Jonathan Olley de 1997 (elles ont été publiées par le Laboratoire d’Urbanisme insurrectionnel).

Magilligan Ranges, Magilligan Point, County Londonderry

Magilligan Ranges, Magilligan Point, County Londonderry


Forkhill Security force base Forkhill, South Armagh

Forkhill Security force base Forkhill, South Armagh


Mountpottinger Road RUC station, Belfast,Co.Down

Mountpottinger Road RUC station, Belfast,Co.Down

Assunta Modotti est née le 17 août 1896 à Udine, en Italie, au sein d’une famille pauvre. Son père, Giuseppe, fut un ouvrier mécanicien, militant d’un groupe socialiste interdit. Tina abandonna très tôt ses études afin de gagner sa vie comme ouvrière avec sa mère dans une manufacture de soie. Son père émigre aux USA et elle est initiée à la photographie par son oncle qui possédait un studio de photographie à Udine. En 1913, elle rejoint son père et sa sœur aux États-Unis et s’installe à San Francisco. Elle y rencontre Roubaix de l’Abrie Richey, peintre et poète, avec qui elle découvre le milieu bohème de San Francisco. Tina fait du théâtre, devient starlette de cinéma et rencontre le grand photographe Edward Weston avec qui elle se lie. Avec lui elle sera modèle mais aussi et de plus en plus photographe.

Tina Modotti

Tina Modotti

Elle fait un court séjour au Mexique en 1922, et, profondément marquée par ce séjour y entraine Weston l’année suivante. Ils ouvrent un studio de photographies à Mexico et reçoivent les muralistes qui ne vont pas tarder à former un syndicat des artistes proche de l’Internationale communiste. Tina pose à l’occasion pour Diégo Rivera qui la représentera souvent sur ses fresques murales. Profondément choquée par l’extrême pauvreté du peuple mexicain, Tina fréquente assidument les milieux révolutionnaire et devient l’amie de Frida Kahlo.

Frida Khalo (photo de Tina Modotti)

Frida Khalo (photo de Tina Modotti)


Photo de Tina Modotti

Photo de Tina Modotti


Photo de Tina Modotti

Photo de Tina Modotti

Elle photographie et expose avec Edward Weston (qui retourne à Los Angeles), puis seule. C’est l’époque des magnifiques portraits réalisés avec un Graflex au cœur des rues des villes, le long des chemins campagnards, dans les rencontres des conditions misérables de tout un peuple. Son oeuvre prend un caractère de plus en plus politique. Elle collabore à la fondation de la section mexicaine du Secours rouge et participe dans ce cadre à la défense de Sacco et Vanzetti et adhère en 1927 au jeune Parti Communiste Mexicain. Elle publie parallèlement dans diverses revues internationales telles l’Arbeiter Illustrierte Zeitung et New Masses. Elle vit un grande histoire d’amour avec un révolutionnaire cubain, Julio Antonio Mella qui est assassiné à ses côté à Mexico, probablement par des tueurs à la solde du dictateur cubain Gerardo Machado.

Réunion du Secours rouge à Mexico (photo de Tina Modotti)

Réunion du Secours rouge à Mexico (photo de Tina Modotti)


Photo de Tina Modotti

Photo de Tina Modotti


Photo de Tina Modotti

Photo de Tina Modotti

Tina est jetée en prison pour tentative d’attentat contre Ortiz Rubio, le Président de la République nouvellement élu. Après 13 jours d’une grève de la faim, Tina est libérée mais une expulsion du Mexique sous 48 heures est ordonnée. Placée sur un bateau à destination de la Hollande, les services secrets italiens (l’OVRA) l’attendent mais avec l’aide Secours Rouge International hollandais, elle peut se réfugier à Berlin où elle réalise ses dernières photos. Elle part pour Moscou et travaille à plein temps pour le Secours rouge international. Elle parle 6 langues et est précieuse comme traductrice et lectrice de la presse étrangère. Elle accueille des délégations étrangères. Elle écrit des articles. Elle entreprend des voyages clandestins dans toute l’Europe, afin d’agir probablement en faveur des prisonniers politiques. Elle travaille en 1934 au bureau européen du Secours rouge à Paris, se lie avec Aragon et Elsa Triolet, avec Clara et André Malraux, Walter benjamin. Elle est en 1935 en Asturies où s’est déroulée une répression de l’éphémère république socialiste asturienne (voir cet épisode de notre feuilleton). En 1936 elle quitte l’URSS pour l’Espagne et travaille pour le Secours rouge espagnol. Elle est rédactrice en chef de l’Ayuda Semanario de Solidaridad del Socorro Rojo Internacional, participe aux services médicaux du Secours rouge mais également aux activités des services secrets de l’Internationale communiste. A la défaite de la République, elle passe en France avec un faux passeport puis retourne aux Mexique où elle décède d’une crise cardiaque le 5 janvier 1942

Après la défaite du Corps expéditionnaire français en Indochine, les militaires français, à l’instar du colonel Lacheroy élaborent une nouvelle théorie, celle de la « guerre révolutionnaire » ou « guerre subversive »: l’ennemi est au coeur de la population civile, il faut l’identifier et l’éliminer. Cette théorie séduit l’état-major français pendant la guerre d’Algérie et il la met en application pendant la « bataille d’Alger ».

Le 8 janvier 1957, la loi martiale est proclamée à Alger, le général Massu a les pleins pouvoirs. Ses 10.000 parachutistes patrouillent en ville, fouillent à l’entrée des lieux publics. Les quartiers musulmans sont entourés de barbelés; ceux qui y entrent ou en sortent sont fouillés. Le colonel Trinquier fait ficher systématiquement tous les habitants de chaque immeuble, et désigner un responsable de cet îlot. Le responsable doit avertir de tout mouvement, départ ou arrivée. Les arrivants sont systématiquement interrogés pour chercher à détecter des clandestins. Le couvre-feu permet d’arrêter les suspects à domicile, en dehors de toute légalité. Interrogées dans des centres de torture, ces prisonniers « extra-judiciaires » sont ensuite soit exécutés, soit « retournés », soit, dans de rares cas, remis à l’autorité judiciaire puis relâchés pour absence de preuves Les exécutions sont dissimulées d’abord des prétendues tentatives d’évasion, afin de leur donner un aspect légal, puis pratiquées de manière clandestine, les détenus étant jetés à la mer par hélicoptère. Le général Aussaresses, dont l’unité est appelée « l’escadron de la mort » arrête 24.000 personnes en six mois. La torture est massivement utilisée. 3.000 ont disparu

Les méthodes utilisées en Algérie deviennent un modèle de lutte contre les mouvements révolutionnaires. ès la fin des années 1950, les méthodes de la « Bataille d’Alger » sont enseignées à l’École supérieure de guerre de Paris, puis en Argentine, où s’installe une « mission militaire permanente française » constituée d’anciens d’Algérie. Elles sont exportées dès la fin des années 1960 en Argentine, au Brésil, au Centre d’instruction de la guerre dans la jungle de Manaus (où se formaient à la contre-insurrection des officiers brésiliens, mais aussi chiliens, argentins et vénézuéliens) et sur tout le continent américain. Des officiers français participent à la formation, au sein de l’école des Amériques de Panama, de 60.000 officiers des diverses dictatures sud-américaines.

De plus, le général Aussares , ainsi que d’autres gradés, sont accueillis aux États-Unis dès 1961 dans les écoles militaires qui forment les forces spéciales. On retrouve même certains de ces instructeurs à Fort Bragg. Ils auront un rôle majeur dans la conception de l’opération Phoenix lors de la guerre du Vietnam. Ce programme visait à démanteler l’organisation politique civile clandestine de la résistance. Des unités spéciales de 10 ou 20 hommes, commandées par des instructeurs américains, menaient des opérations de renseignements, de capture, de torture et d’assassinat des cadres politiques, des propagandistes et des collecteurs d’impôts. Le nombre de victimes de l’opération Phoenix serait selon les sources, de 20.000 à 40.000 personnes. Lorsqu’en Argentine, en mars 1976, la répression s’abat sur le pays après le coup d’État du général Videla, la plupart des généraux ont été élèves des officiers français. Ces derniers étaient même présents lors du coup d’État comme Servant. Au total, 30.000 personnes jugées « subversives » seront arrêtées, torturées et assassinées entre 1976 et 1982.

La Gauche prolétarienne (GP) est née de la convergence des militants libertaires du « Mouvement du 22-Mars » et de militants issus de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes. « Spontanéiste », elle appelle à dépasser les organisations ouvrières existantes pour construire un authentique parti communiste à partir des luttes des peuples. Les militants de la GP interviennent dans de nombreux mouvements sociaux en France (grèves ouvrières, occupation de maison pour les mal-logés, lutte des immigrés, etc.). La GP édite un journal, La Cause du peuple, et joue un rôle central dans la refondation du Secours Rouge en France.

La GP montre une grande combattivité, n’hésitant pas à affronter les fascistes, la police ou les vigiles. Cependant, la direction de la GP veille à ce que la violence ne dépasse jamais un niveau « symbolique »: même sa « branche armée », la Nouvelle Résistance Populaire (NRP), ne vise pas la construction d’un rapport de force, mais plutôt à diffuser une violence révolutionnaire diffuse dans l’ensemble des luttes

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Le 17 juin 1969, 200 militants prennent d’assaut l’usine Renault de Flins, ce qui termine en bagarre générale avec les contremaitres, les vigiles et avec les militants PCF/CGT qui veulent expulser de l’usine ces « provocateurs ». Officiellement interdite en mai 1970, la GP continue de se développer et dispose de « Comité de lutte » à l’intérieur des usines Renault (au Mans, à Billancourt et à Flins) Citroën (à Choisy), Peugeot (à Sochaux), Vitho (à Saint-Ouen), Girosteel (au Bourget), et autres. Les affrontements sont nombreux. Les ouvriers militants sont licenciés, les ouvriers sympathisants sont fouillés au corps tous les jours, à l’entrée de l’usine, pour qu’ils ne rentrent pas de tracts.

Lorsque le « Comité de lutte Renault » décide, le 25 février 1972, de distribuer des tracts qui appelaient à une manifestation au métro Charonne (pour commémorer le massacre de février 1962) à la sortie de l’usine de Billancourt, il sait que des échauffourées sont possibles.
Une dizaine de « maos » participent à cette distribution de tracts. Parmi eux, Pierre Overney, fils d’ouvriers agricoles, jeune ouvrier de chez Renault licencié peu avant pour à ses activités militantes dans le « Comité de lutte ».

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A l’arrivée du groupe devant les portes de l’usine, Jean-Antoine Tramoni, vigile de Renault (un ancien des parachutistes tortionnaires du général Massu lors de la guerre d’Algérie) s’approche des militants prêt au pugilat. Mais Tramoni a un pistolet à la main: à trois mètres de Pierre Overney, Tramoni, suivi d’autres vigiles, et qui n’est pas physiquement menacé, abat de sang-froid le jeune ouvrier d’une balle en plein cœur.

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Les manifestations qui suivent tournent à l’émeute et dans la nuit du mardi 1er au 2 mars 1972, des véhicules sont incendiés au dépôt de Renault de Caen. Le samedi 4 mars 1972, jour de ses obsèques, 200. 000 personnes défilent à travers Paris jusqu’au cimetière du Père-Lachaise, dans un cortège de sept kilomètres. D’autres manifestations ont lieu en province, par exemple à Nantes à laquelle participent un bon nombre des jeunes ouvriers de l’agglomération.

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Les funérailles de Pierre Overney

Les funérailles de Pierre Overney


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Le mot d’ordre est à la vengeance, mais la direction de la GP est déjà sur la voie de la trahison et de la liquidation. Ne pouvant pas ne pas réagir, elle fait enlever le 8 mars 1972, par son groupe de choc la NRP (Nouvelle Résistance populaire), Robert Nogrette, chef-adjoint chargé des relations sociales à Billancourt… et le libère unilatéralement deux jours plus tard. Un an plus tard, la Gauche Prolétarienne s’autodissout et ses dirigeants, en majorité des intellectuels de bonne famille, rejoignent le giron de la bourgeoisie et feront de belles carrières.

De nombreux militants refusent cette dissolution. Certains continuent à publier La Cause du peuple jusqu’en 1976, puis fondent le collectif « Offensive et autonomie » puis « Autonomie prolétaire » (c’est une caractéristique de l’autonomie française d’être issu de l’expérience mao spontex). D »autres rejoignent l’OCML Voie Prolétarienne, d’autres encore fondent deux organisations armée: les Brigades internationales et les Noyaux Armés Pour l’Autonomie Populaire (NAPAP). Le 23 mars 1977, Jean-Antoine Tramoni, l’assassin de Pierre Overney, est exécuté par les NAPAP. Certains membres de la mouvance des NAPAP participeront à la fondation d’Action Directe. Le 17 novembre 1986, le directeur de la Régie Renault Georges Besse est abattu par le « commando Pierre Overney » d’Action directe.

La guerre civile entre Rouges et Blancs déchira la Finlande dans la foulée de la Révolution russe. Le 28 janvier 1918, le Sénat bourgeois finlandais (institué sous le tsarisme) se regroupa à Vaasa, tandis que le Conseil des Commissaires du Peuple fondé par les révolutionnaires et présidé par Kullervo Manner, se basait à Helsinki. Les relations entre la Russie et la Finlande rouge furent formalisée le 1er mars par un accord qui vit la fondation de la République socialiste de Finlande, dont l’indépendance nationale était respectée. La Finlande était alors coupée en deux par une ligne de front ouest-est passant au nord de Pori, Tampere, Heinola et Lappeenranta et penchant en direction du sud-est vers l’isthme carélien et les rives du Ladoga à proximité de la frontière finno-russe.

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Du côté Blancs, les 40.000 miliciens (bourgeois, paysans riches, nobles, militaires professionnels et mercennaires) se transformèrent en une armée commandée par le général Mannerheim. Ils avaient en renfort un corps de volontaires suédois et surtout un corps expéditionnaire allemand de 12.500 hommes.

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Ils vainquirent les gardes rouges (30.000 hommes, essentiellement des ouvriers et des métayers) d’abord dans la région de Tampere, en mars-avril, et immédiatement les massacres commencèrent : sur 11000 gardes rouges fait prisonniers à Tampere, la moitié est fusillée , le reste va être dirigé vers les camps de concentration.

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Fin mai, l’armée blanche et ses renforts allemands avaient avaient conquis la Finlande. La guerre était finie mais la terreur blanche s’amplifiait. Après la reddition des armées rouges au tournant d’avril-mai, les Rouges furent regroupés dans des camps de concentrations, les premiers camps de concentration en Europe. Les plus grands de ces camps furent ceux de Hämeenlinna, Viipuri, Helsinki, Tampere, Riihimäki. Kotka et Lahti, le plus connu par la suite étant celui de Tammisaari.

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En mai 1918, à l’issue de la guerre, les Blancs gardèrent ainsi entre 80.000 et 90.000 prisonniers (6 % de la population adulte finlandaise). Au printemps 1919, 12.500 d’entre eux étaient morts du fait de leurs conditions de détention. 68.000 travailleurs furent condamnés par des tribunaux d’exception à un total de 300.000 années de travaux forcés.
La bourgeoisie finlandaise avait triomphé du bolchevisme et se vantait d’avoir détruit le mouvement ouvrier « pour 25 ans au moins ». En 18 mois, un Finlandais adultes sur 13 (un ouvrier sur 5) avait été tué d’une manière ou d’une autre par les gardes blancs, et seulement 3.400 pendant les combats.

Rédigé en 1965 au Mexique et publié deux ans plus tard, en Argentine, en rencontrant un succès immédiat et durable (vendus à trente millions d’exemplaires, traduits en 35 langues, il reste dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps), Cent ans de solitude (Cien años de soledad) raconte la destinée de la famille Buendía sur sept générations et du village imaginaire de Macondo qu’elle habite. Les lecteurs du chef d’oeuvre de Gabriel García Márquez, se souviendront de l’épisode de la grève de la bananeraie, – en tout cas de sa répression et de l’effaçage de toute trace du massacre avec la noria de train allant jeter les cadavres à la mer. L’épisode est historique.

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A l’aube du XXe siècle, les gisements de pétrole, d’or, de platine et d’autres métaux précieux sont quasiment offerts à des entreprises américaines ou anglaises. On leur cède de vastes territoires pour l’exploitation de la banane, du cacao, du tabac et du caoutchouc, sur lesquels elles constituaient de véritables états dans l’état. C’est ainsi que l’United Fruit Company (les fameuses « Chiquita »…) s’installa dans la région caribéenne de Santa Marta.

Dans une plantation colombienne de l'United Fruit

Dans une plantation colombienne de l’United Fruit

Le développement d’un vaste prolétariat minier et agricole surexploité, et l’influence de la Révolution soviétique, vont engendrer les premières organisations politiques et syndicales dans les années 1920, comme l’USTM (Union Syndicale des Travailleurs du Magdalena) ou le Parti socialiste révolutionnaire, (devenu en 1930 le Parti communiste colombien). Mobilisations et grèves arrachent des premiers droits. Confronté au mécontentement social et à la « menace communiste », le gouvernement conservateur, l’oligarchie et la hiérarchie ecclésiastique (au sein de laquelle on trouve les plus grands propriétaires terriens), firent promulguer en octobre 1928 la Loi de défense sociale, qui loi définissait comme « subversive » l’action revendicatrice, politique et sociale des syndicats et des organisations populaires.

En 1927, tandis que les USA consomment approximativement 16 millions de régimes de bananes par an, 25.000 personnes travaillaient dans les plantations de United Fruit, avec des journées de douze heures minimum. Elles ne percevaient pas de salaire en argent : on leur donnait des bons qui ne pouvaient être utilisés que dans les boutiques de l’entreprise, en échange de produits importés depuis les Etats-Unis par les bateaux qui avaient transportés les bananes. Les travailleurs dormaient entassés dans des cabanes insalubres et n’avaient pas accès aux soins médicaux. Le syndicat présenta un cahier de doléances: augmentation salariale, amélioration des conditions de travail, reconnaissance des droits syndicaux, paiement du salaire en argent.

L'empire caribéeen de l'United Fruit

L’empire caribéeen de l’United Fruit

Les négociations, qui n’avançaient pas, furent suspendues lorsque la Loi de défense sociale fut approuvée. L’United Fruit refusa le cahier de doléances, le qualifiant de « subversif ». Les travailleurs se mirent en grève le 12 novembre 1928. L’United Fruit exigeant la présence de l’armée, le président Abadía Méndez déclara l’état de siège dans la zone, et chargea le général Carlos Cortés Vargas d’en finir avec la subversion.

Le 5 décembre, on convoqua les grévistes au village de Ciénaga sous prétexte d’y recevoir le gouverneur qui allait probablement participer aux négociations. A sa place vint le général Cortés Vargas qui ordonna la dissolution de toute réunion de plus de trois individus et menaça de tir,er sur la foule si nécessaire. Deux heures plus tard, alors que 1.500 grévistes, souvent accompagnés de leurs femmes et enfants, refusaient de vider les lieux, le général donna l’ordre aux soldats placés sur les toits et armés de mitrailleuses d’ouvrir le feu. Ceux qui ne moururent pas sur le coup furent achevés à la baïonnette ou enterrés vivants dans des fosses communes. On embarqua dans les trains de l’entreprise des centaines de cadavres qui furent jetés à la mer comme les bananes de mauvaise qualité.

Ouvriers massacrés de l'United Fruit

Ouvriers massacrés de l’United Fruit

Les survivants furent poursuivis. Par centaines, ils furent battus et emprisonnés, tandis que des tribunaux militaires jugeaient rapidement les leaders ouvriers. La tuerie dura plusieurs jours, jusqu’à ce que, malgré la censure de la presse, la nouvelle se répande à travers le pays et que des manifestations éclatent. Le général Cortés Vargas reconnut neuf morts. Le gouvernement, treize. En fait, le nombre dépassait 1.500 (deux ans plus tard, une commission d’enquête du Congrès découvrit des fosses communes), mais l’United Fruit et le gouvernement firent comme s’il ne s’était rien passé : le général Cortés Vargas signa pour les travailleurs un « accord professionnel » (qui prévoyait la réduction des salaires…) et fut promu directeur de la Police nationale. Il fut finalement destitué, non pas pour le massacre des bananeraies mais pour l’assassinat d’un jeune manifestant, le 8 juin 1929 à Bogota. Il s’agissait d’un étudiant issu de l’élite de Bogota, fils d’un ami du président Abadía Méndez.

Retour de chasse (à gauche le président Abadía Méndez, à droite le général Cortés Vargas), caricature de 1930).

Retour de chasse (à gauche le président Abadía Méndez, à droite le général Cortés Vargas), caricature de 1930).

L’United Fruit n’a jamais changé une formule qui gagne: elle perpétue de sa politique de corruption des « élites » (un de ses représentants disait qu’au Honduras, un député coûtait moins cher qu’une mule) et de massacre des forces syndicales et progressistes. Son pire fait d’arme est le putsch militaire au Guatemala en 1954. Un gouvernement élu proposait une réforme agraire nuisible aux intérêts de l’United fruit (qui possédait 70% des terres privées du pays et y employait 100.000 ouvriers) Suite à une enquête du Département de la Justice des USA Chiquita Brands (nouveau nom d’United Fruit) a versé en 2007 25 millions de dollars aux groupes paramilitaires responsables, selon l’ONU, de 80% des morts du conflit armé colombien.

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