Détenue à la prison de Downview, Charlotte Head, prénommée Lottie, affirme dans une déclaration que son procès a été politiquement instrumentalisé pour justifier l’interdiction de Palestine Action. Elle dénonce notamment 18 mois de détention provisoire, des restrictions imposées à sa défense et le fait que le jury n’a pas pu entendre ses motivations. Condamnée pour des dégradations commises contre les installations d’Elbit Systems, elle soutient que le juge l’a ensuite assimilée à une terroriste en raison de « graves dégâts matériels », alors que l’action visait la destruction de matériel militaire destiné à Israël. Par ailleurs, elle affirme avoir agi après l’échec des mobilisations et des démarches politiques visant à faire cesser les exportations d’armes britanniques vers Israël.
Notre affaire a fait l’objet d’une manipulation politique afin de justifier l’interdiction de Palestine Action. Nous avons été maintenues en détention provisoire pendant 18 mois avant notre procès, réduites au silence lors de notre déposition, diabolisées dans les médias et privées de la possibilité de nous défendre devant un jury contre l’accusation de terrorisme portée contre nous. Nous avons été utilisées comme des pions politiques par l’État afin d’obtenir des condamnations pour terrorisme, pour justifier l’interdiction disproportionnée et draconienne de Palestine Action.
Tout au long de notre procès, il nous a été interdit d’expliquer au jury nos motivations à mener une action directe contre Elbit Systems. Nous pensons que le juge a fait des suppositions sur nos motivations et a déformé nos propos, afin de nous condamner en tant que terroristes sur la base de condamnations pour dégradation de biens.
Il nous a été interdit d’informer le jury du « lien avec le terrorisme » qui serait appliqué lors de la condamnation si nous étions reconnues coupables, et ce malgré le fait que nous n’ayons jamais été inculpées en vertu de lois antiterroristes. Il s’agit d’une manœuvre délibérée et sournoise de l’accusation, qui a conduit à nos condamnations sans procédure régulière ni véritable contrôle public. Les membres du jury ont été délibérément tenus dans l’ignorance, car l’accusation n’aurait pas été en mesure de prouver hors de tout doute raisonnable notre culpabilité si nous avions été poursuivies en vertu des lois antiterroristes.
Le juge a statué que nous étions des terroristes au motif que nous aurions causé de « graves dégâts matériels », sans toutefois expliquer que ce que l’on nous accuse d’avoir endommagé, ce sont 40 armes israéliennes, notamment des drones quadricoptères. Chacun de ces drones était capable de tuer des centaines de Palestiniens au cours du génocide en cours à Gaza.
En nous condamnant en tant que terroristes, le juge a également affirmé à tort que notre action visait à « influencer le gouvernement » et à « intimider une partie du public ». En réalité, nous avons eu recours à l’action directe parce que le gouvernement ignorait la volonté du public britannique, la majorité réclamant l’interdiction des exportations d’armes britanniques vers Israël lors de sondages répétés, ainsi que lors de manifestations nationales, dont la plus importante a rassemblé jusqu’à un million de personnes. Nous avons également participé aux manifestations, signé des pétitions et contacté nos députés. Et pourtant, les bombes ont continué de tomber.
Le refus du gouvernement d’écouter les demandes du public visant à cesser d’armer Israël alors que celui-ci commet un génocide ne nous a laissé d’autre choix que d’intervenir pour empêcher le meurtre de Palestiniens en détruisant les armes utilisées pour les tuer. Nous avons détruit ces armes nous-mêmes parce que rien ne pouvait inciter le gouvernement à cesser d’armer Israël.
En assimilant les dégâts matériels au terrorisme, Johnson a créé un dangereux précédent qui ouvre désormais la voie à la condamnation potentielle de centaines d’activistes de l’action directe en tant que terroristes. Tout comme la répression à laquelle nous faisons face vise à justifier une répression beaucoup plus vaste contre le mouvement, notre recours contre nos condamnations pour terrorisme dépasse largement notre cas personnel. C’est un combat pour que la loi corresponde à ce que tout le monde sait être vrai : agir pour sauver des vies n’est pas du terrorisme. »
Lottie Head
A9213FD
Prison de Downview (HMP Downview)