Aller au contenu principal

Turquie : Emprisonné, le Dr Barış Kaya dénonce des violences policières

Le Dr Barış Kaya, emprisonné depuis le 26 juin 2026 dans le cadre d’une vaste opération policière, affirme être poursuivi en raison de son engagement en faveur d’un accès gratuit aux soins. En 2025, il a déjà été poursuivi pour de tels motifs. Dans une lettre écrite depuis la prison de Marmara, il dénonce son arrestation, des violences policières durant sa garde à vue, ainsi qu’une tentative présumée des services de renseignement de le recruter comme informateur. Il assure également que plusieurs autres personnes interpellées dans la même affaire ont subi des mauvais traitements. Le médecin rejette les accusations portées contre lui et défend son activité auprès des populations les plus précaires, rappelant avoir notamment participé à des actions de solidarité pendant la pandémie de Covid-19 et après le séisme de Hatay. Il souligne que son incarcération fait partie d’une répression plus large contre les milieux révolutionnaires et progressistes, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre son engagement en faveur du droit à la santé et des libertés démocratiques.

Chers travailleurs de la presse, députés, collègues et notre peuple,

Je suis un médecin qui a été déclaré « terroriste » parce que je pratique la médecine pour le peuple et que je défends le droit du peuple à une santé gratuite. Je suis en détention depuis le 26 juin dans le cadre d’un dossier forgé de toutes pièces lors des opérations de l’OTAN. Je souhaite vous faire part du processus de garde à vue et d’arrestation. Le mardi 23 juin, alors que je me rendais à la Chambre des médecins d’Istanbul, on m’a fait descendre de force de mon véhicule en me disant : « Il manque une déposition, tu viens avec nous ». Bien que j’aie dit : « Si je dois faire une déposition, je me rendrai moi-même à la police ou au procureur ; il n’est pas nécessaire de me barrer la route ainsi et d’essayer de m’emmener de force », cela n’a pas été pris en compte. J’ai été encerclé par 10 à 15 policiers et mis en garde à vue sous la torture. Ils m’ont jeté à terre de force, m’ont cogné le front contre le sol. J’ai subi la torture des menottes dans le dos. Ils ont serré les menottes sur mes poignets. Mes poignets ont gonflé, ont anduré des bleus et cela a provoqué des engourdissements dans mes mains. Des contusions et des écorchures sont apparues sur diverses parts de mon corps. Je suis resté 4 jours en garde à vue. Mes amis qui avaient été placés en garde à vue dans le cadre de la même enquête que moi ont également subi des tortures. Pour prendre leurs empreintes digitales, ils ont traîné nos amis sur le sol avec les menottes dans le dos. Ils ont déchiré leurs vêtements et leurs chaussures. Ils ont donné un coup de poing dans le nez d’Emir Karakum et l’ont fait saigner. Ils ont roué de coups de pied mes autres amis au sol. Ils ont essayé de casser leurs doigts et leurs bras. Le mercredi 24 juin, aux urgences de l’Hôpital de la Ville Okmeydanı Cemil Taşçıoğlu où nous nous étions rendus pour l’examen de garde à vue, parce que j’ai dénoncé les tortures de la police, ils nous ont insultés et sont intervenus contre le peuple qui réagissait à la torture. Toujours pendant la garde à vue, le mercredi 24 juin vers 17h00, on m’a traité comme un coupable et le MIT m’a fait une proposition de collaboration. Bien que l’interdiction de voir mon avocat pendant 24 heures n’ait pas été levée, ils m’ont sorti de la cellule en disant « visite d’avocat ». On m’a conduit devant une porte où il était écrit « Salle de déposition ». De l’intérieur est sortie une personne mesurant environ 1,80 m pour 90 kg, à la moustache épaisse et au teint châtain. Il m’a accueilli à la porte en disant : « Viens Barış ». À ce moment-là, en regardant à l’intérieur, j’ai demandé : « Et mon avocat, où est-il ? », et il a répondu : « On t’a amené en pensant à un avocat ? ». Lorsque j’ai dit « Oui », il a répondu : « Viens t’asseoir, discutons un peu ». Lorsque j’ai dit : « Vous essayez de me faire devenir un collaborateur », il a rétorqué : « Nous allons juste discuter ». Je lui ai répondu : « Je n’ai rien à discuter avec vous » et j’ai tourné les talons pour partir. Il m’a interpellé par derrière : « Ce que tu vas entendre te plaira ». J’ai répondu : « Je ne veux rien entendre de votre part. Vous proposez la collaboration. La collaboration est une lâcheté. » À ce moment-là, 2 policiers étant directement à nos côtés, 7 ou 8 autres policiers présents sur place et 5 personnes en garde à vue ont été témoins de ces discussions.

En entrant dans la cellule, alors que je scandais le slogan « Être un collaborateur est un acte déshonorant » en frappant à la porte, le commissaire venu à la porte s’est emporté en disant : « Ne tapez pas sur les portes, les gens sont dérangés ». Et quand nous avons répondu : « Alors ne proposez pas la collaboration », il est parti en disant : « D’accord, nous ne proposerons pas la collaboration ». Nous ne sommes pas assez bas pour vendre les valeurs de notre peuple. Nous n’avons pas appris cela de notre famille. La malhonnêteté et le déshonneur ne sont pas dans notre sang ! Il n’y a rien que les ennemis du peuple, qui essaient de me harceler par des moyens illégaux, en essayant de me faire devenir un collaborateur, en torturant, en brisant ma porte, en barrant ma route, en m’empêchant de pratiquer la médecine, en m’arrêtant et en m’emprisonnant pour que je ne cherche pas mes droits, puissent me donner. Je veux la justice, je veux la liberté, je veux ce qui me revient de droit. Et je l’obtiendrai de mes propres mains, avec la solidarité de notre peuple. Ils essaient de créer un jardin de roses sans épines pour pouvoir vendre facilement votre pays à l’impérialisme. Ils attaquent toutes les institutions et organisations révolutionnaires et démocratiques, ils arrêtent quiconque se trouve sur leur chemin.

Moi aussi, sous prétexte que « l’OTAN va arriver », je suis devenu un « coupable potentiel » et j’ai été arrêté. Ils ont peur de tout le monde, parce qu’ils sont coupables. Le fascisme s’est tellement institutionnalisé que nous sommes arrêtés sans même qu’un motif raisonnable ne soit nécessaire, sans être traduits devant un procureur, les juges d’instruction faisant office de notaires et piétinant le droit. Une autre « sauce » qu’ils utilisent comme motif d’arrestation est le fait que je pratique la médecine pour le peuple. On dit que je soigne des membres d’une organisation. Je suis médecin et, comme tout médecin, j’ai juré en débutant ma profession d’utiliser mes connaissances professionnelles au profit du peuple, sans distinction de langue, de religion, de race ou d’opinion politique, et de ne pas être complice d’une quelconque initiative qui nuirait au peuple. Non seulement je ne suis pas coupable puisque je remplis les exigences de la profession, mais je ne vais pas non plus demander l’autorisation de quiconque pour exercer mon métier. Ceux qu’ils appellent membres d’une organisation, si c’est le peuple à qui j’ai cousu et distribué gratuitement des masques de mes propres mains parce qu’ils vendaient les masques contre de l’argent pendant la pandémie de COVID, je « soigne » ces membres d’organisation. Ceux qu’ils appellent membres d’une organisation, si c’est le peuple sinistré du séisme de Hatay à qui nous avons fabriqué et distribué gratuitement un médicament contre la gale de nos propres mains parce qu’ils les avaient attrapés à cause du manque d’eau, de logement et de mauvaises conditions d’hygiène et leur vendaient le médicament payant, je soigne ce membre d’organisation. Ceux qu’ils appellent membres d’une organisation, si c’est le patient atteint d’un cancer qui ne peut pas aller à l’hôpital faute d’argent pour les examens ; si c’est l’ouvrier rendu handicapé dans des meurtres dits accidents du travail ; si c’est le retraité qui n’a pas la force de marcher parce qu’il ne peut pas rapporter de pain chez lui ; si ce sont les patients à qui l’on demande des centaines de milliers, des millions dans un hôpital privé pour leur opération ; si ce sont les jeunes qu’ils ont poussés à la dépression parce qu’ils ne trouvent pas de travail, parce qu’on les prive d’avenir ; si ce sont les millions de personnes qu’ils empoisonnent avec de la drogue, je soigne ces membres d’organisation. Nous, quelles que soient les circonstances, ne nous soumettrons pas au fascisme sur cette voie que nous avons empruntée pour notre peuple. Nous continuerons à pratiquer la médecine pour notre peuple, à défendre le droit à la santé gratuite de notre peuple. Nous sommes le peuple, nous avons raison, nous vaincrons. Avec mes amitiés…

Dr. Barış KAYA

Prison de Type L Marmara N° 2