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Tunisie : Trois prisonniers pro-palestiniens entament une grève de la faim illimitée

Détenus depuis plus de six mois dans la prison civile de Mornaguia, Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Channoufi annoncent entamer le 10 septembre une grève de la faim illimitée, rejoignant leur camarade Wael Naouar, déjà en grève de la faim depuis plus de 25 jours.

Les quatre militants, appelés les « Sumud 4 », dénoncent leurs conditions de détention et réclament leur libération. Leurs soutiens alertent sur la dégradation de leur état de santé et les conditions alarmantes dans les prisons tunisiennes agravées par un épisode caniculaire.

Plusieurs organisations et collectifs appellent à une semaine d’action du 12 au 19 septembre afin d’exiger la libération immédiate et inconditionnelle des quatre militants, emprisonnés pour leur engagement anti-impérialiste et en faveur de la Palestine. Du matériel est également disponible en ligne.

Déclaration de Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Channoufi

(Prison civile de Mornaguia, Tunisie — 09.09.26)

À notre peuple, aux libres de notre oumma, et à tous ceux qui croient encore que la Palestine est un droit inaliénable et que la liberté a un prix non négociable, le chemin vers la Palestine n’a jamais été semé de fleurs, et les convois terrestres ou les flottilles pour briser le siège n’ont jamais été des promenades de santé. Dès lors que nous avons pris la résolution de nous engager dans cette voie, nous savions que choisir le camp d’un peuple victime d’un génocide, s’opposer à un siège injuste et soutenir une résistance qui défend son droit à l’existence et à la dignité implique d’accepter les sacrifices qui se dresseront sur notre route. Nous ne sommes pas partis en quête d’une gloire personnelle, ni d’un héroïsme factice, mais parce que Gaza appelait et appelle toujours la conscience humaine, et parce que ses enfants, ses femmes et ses habitants méritent d’entendre que quelqu’un leur dit qu’ils ne sont pas seuls.

Aujourd’hui, alors que la guerre d’extermination se poursuit en Palestine, que l’agression s’élargit au Liban, que les menaces contre l’Iran se multiplient et que le Yémen subit des frappes continues pour son soutien affiché, les États-Unis continuent de fournir la couverture politique, militaire et diplomatique à ces crimes, devenant un partenaire à part entière dans la poursuite de la guerre, le maintien du siège et la garantie de l’impunité. Nous étions convaincus que la liberté de mouvement accordée au convoi terrestre et à la Global Sumud Flotilla n’était ni une faveur du pouvoir ni le fruit d’une conviction officielle, mais le résultat d’un vaste élan populaire, porté par une vague citoyenne authentique attachée au principe selon lequel résister à l’occupation est un devoir moral et humain avant d’être un choix politique.

Cependant, la tentative de criminaliser le soutien à la Palestine à travers des campagnes orchestrées de diffamation, de calomnies et de fabrications d’accusations vise à assassiner symboliquement les figures de la flottille et à briser le large soutien populaire. Alors que les capitales du monde entier ont vu des marches et des convois soutenir la Palestine, la Tunisie offre aujourd’hui le spectacle d’une gravité inédite en jetant les partisans de la Palestine en prison pour avoir pris son parti. C’est un paradoxe politique et moral douloureux, une tache de honte qui poursuivra ceux qui ont accepté de transformer le soutien à un peuple victime de génocide en crime.

La cause que nous représentons dépasse nos personnes : elle touche au droit de tout un peuple à soutenir la Palestine sans être criminalisé ni faire l’objet de poursuites judiciaires. Notre défense de la Palestine n’a jamais été celle d’une cause éloignée, c’est une défense de nous-mêmes, de nos patries et de l’honneur de l’humanité tout entière. La Palestine est devenue le test moral et politique le plus clair de notre époque, permettant d’évaluer les positions et de distinguer ceux qui se tiennent du côté du droit et de la dignité de ceux qui s’alignent sur l’occupation et la barbarie.

Défendre la Palestine, c’est défendre les valeurs de justice qui préservent la dignité de tous les peuples ; l’abandonner, c’est renoncer à l’essence même de notre humanité. Forts de notre foi dans la justice de notre cause, attachés à notre droit à la liberté et en solidarité avec le combat et la résilience de notre camarade Wael Naouar, qui entre dans son $25^e$ jour de grève, nous annonçons qu’à compter du jeudi 10 septembre 2026, nous entrons dans une grève de la faim illimitée. Nous exigeons notre libération, l’abandon des accusations fabriquées contre nous et la fin de cette démarche visant à faire du soutien à la Palestine un délit.

Depuis nos cellules, les nouvelles qui nous parviennent sont chargées de douleur : les murmures des détenus évoquent une mort qui frappe les prisonniers, des corps épuisés par la maladie et des conditions de détention d’une extrême dureté, aggravées par la chaleur suffocante, les coupures d’eau et la dégradation des soins médicaux. Nous craignons également pour nos familles qui vivent dans l’angoisse quotidienne. Pourtant, quelle que soit leur cruauté, les prisons n’ont jamais pu confisquer les convictions ni éteindre la certitude que la liberté est plus forte que les chaînes, et que la Palestine restera la boussole.

Partisans de la Palestine et peuple de Tunisie, notre soutien et notre rempart, camarades de route avec qui nous avons partagé tant de luttes, c’est votre moment. C’est à vous que nous confions nos voix, nos rêves et peut-être nos vies, certains que le drapeau que nous avons porté ne tombera pas et que le peuple tunisien restera fidèle à son histoire et à la cause des êtres libres. Nous renouvelons notre engagement : nous resterons fidèles à la cause pour laquelle nous nous sommes levés, car il s’agit, en fin de compte, d’un seul et même combat contre l’injustice, l’occupation et ceux qui parient sur la prison pour briser la volonté des hommes libres.