Une enquête menée par Computer Weekly révèle que le logiciel espion « secret défense » de la DGSI, utilisé en 2020 pour infiltrer et démanteler le réseau de communication chiffré EncroChat, a été conçu en combinant des outils open source et des failles de sécurité prêtes à l’emploi récupérées directement sur la plateforme collaborative GitHub.. Couvert par le secret de la défense nationale, ce dispositif s’appuyait également sur une faille informatique importante initialement identifiée par Google et exploitée par le célèbre logiciel espion Pegasus. En piratant des serveurs situés à Roubaix, les autorités françaises ont pu déployer un faux serveur de mise à jour pour infecter plus de 32 000 téléphones à travers l’Europe, permettant de collecter massivement des données en temps réel.
Malgré son efficacité historique ayant conduit à des milliers d’arrestations et à la saisie de centaines de tonnes de drogues et de millions d’euros, une contre-expertise menée par une entreprise tchèque a démontré que le programme français était finalement assez simple et comportait des erreurs de conception. Cette analyse approfondie de l’outil espion a été facturée 2,34 millions d’euros à la demande de la justice britannique.
Ce travail de décorticage technique est particulièrement stratégique pour les procès en cours contre les anciens utilisateurs d’EncroChat. En comprenant précisément comment la police a pénétré les appareils, les avocats de la défense peuvent arguer que la méthode employée s’apparente à une intrusion illégale dans les équipements plutôt qu’à une simple interception de communications classique, offrant ainsi un levier juridique majeur pour tenter d’annuler les preuves et invalider les poursuites. De surcroît, des avocats de la défense s’indignent du fait que l’utilisation du secret de la défense nationale pour occulter les détails techniques de cette cyberattaque empêche tout débat contradictoire équitable.