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16 juin 2004

Libération de Joëlle Aubron de la prison de Bapaume

Les initiatives exigeant la libération des prisonniers d’Action Directe s’étaient multipliées dans la deuxième moitié de mai : occupations des locaux de l’Ordre des médecins à Paris, Lille et Valence, accrochages de calicots à la cathédrale d’Auch (sud de la France) et à Huizingen, au-dessus de l’autoroute Bruxelles-Paris, meetings à Paris, Toulouse et Marseille, rassemblement devant le consulat de France à Liège, tir de fusées marines de détresse contre le consulat de France à Zürich, etc. Considérant que son espérance de vie se compte ’en mois’, la juridiction de liberté conditionnelle de Douai a suspendu sa peine, lundi 14 juin, pour raisons de santé, après dix-sept années de prison, comme le permet la loi Kouchner de mars 2002. Mais elle-même sait parfaitement à quoi s’en tenir sur son état. Après des semaines d’hésitations, officiellement liées au fait que les expertises médicales ne concordaient pas pour déclarer ’engagé’ le pronostic vital de Joëlle Aubron, la justice n’a laissé aucune ambiguïté. Les magistrats de la juridiction régionale de libération conditionnelle de Douai (Nord) ont lu leur décision à la condamnée et à son avocat, Bernard Ripert, dans la prison de Bapaume (Pas-de-Calais) où elle est incarcérée depuis 1999.

Attendu que Joëlle Aubron est atteinte d’une pathologie engageant le pronostic vital au terme des expertises réalisées par les docteurs X. et Y., bien que ce dernier ne reprenne pas expressément des conclusions aussi explicites, il ressort clairement de la description de la pathologie cancéreuse de Joëlle Aubron et de la nature des soins qui lui sont portés que le pronostic vital est engagé puisque l’expert expose les conditions d’une évolution inéluctable vers la perte programmée d’autonomie et les limites de l’espérance de vie ’dans ce cas, en mois’ ; que les deux expertises sont dès lors concordantes ; que Joëlle Aubron doit être prise en charge par sa famille dans des conditions qui n’appellent aucune réserve

Joëlle, qui vient d’avoir 45 ans a été placée sous la responsabilité d’un juge de l’application des peines de Sens.

En somme, a traduit aussitôt son avocat, ni Joëlle ni moi n’oublions les raisons pour lesquelles elle est libérée : il ne lui reste que quelques mois à vivre’. Il s’agit d’ailleurs d’une suspension de peine et non d’une grâce : si l’état de santé de Joëlle en venait à démentir des prognostics, elle pourrait retourner en prison. La décision de libération a été différée à trois reprises, depuis le début du mois de mai. Joëlle Aubron avait pourtant été opérée le 16 mars d’une tumeur au cerveau au CHRU de Lille, puis engagé un traitement (chimiothérapie et traitement aux rayons) qui l’a extrêmement affaiblie.

Des délégations du collectif Ne Laissons Pas Faire, de la CNT, de notre Secours Rouge/APAPC et de l’Internationalistische Komitee de Sarrebruck (RFA) ainsi qu’une meute de journalistes, ont accueilli Joëlle à sa sortie. Joëlle a fait une courte déclaration.

La libération de Joëlle est une victoire amère. Elle survient tard, trop tard. Elle brise cependant un tabou, celui de la libération des militants d’Action Directe, et il convient d’accentuer la campagne de solidarité pour que soient libérés au plus vite Nathalie Ménigon, atteinte d’une hémiplégie partielle et touchée moralement par cette interminable détention passée dans des conditions particulièrement dures (elle a vu sa demande de suspension de peine refusée le 9 avril), Georges Cipriani, lui aussi blessé psychologiquement par la détention et l’isolement carcéral total auquel il fut soumis de longues années et Jean-Marc Rouillan, à qui les médecins de la centrale de Moulins-Yseure (Allier) ont annoncé qu’il souffrait d’un cancer du poumon. Ils arriveront en février 2005 au terme de leur peine de sûreté de dix-huit ans et pourront demander une libération conditionnelle. Le fait qu’ils soient libérables ne signifie naturellement pas qu’ils seront libérés : Régis Schleicher, détenu depuis vingt ans, est ainsi libérable depuis quatre ans.

Libération de Joëlle Aubron

Une importante délégation du Secours Rouge s’est rendue à la prison de Bapaume le 16 juin 2004 pour accueillir Joëlle Aubron à sa libération.

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