Le 26 juillet 1953, 166 jeunes révolutionnaires, mal préparés et mal armés, attaquent la caserne Moncada, à Santiago de Cuba, et la caserne Carlos Manuel de Gazons, à Bayamo. Cette date est le point de départ de la révolution cubaine, et devint le nom du mouvement révolutionnaire (Movimiento 26 Julio ou M 26-7) que Castro allait fonder aprÚs sa libération, qui conquit finalement le pouvoir en 1959.
Lâattaque de la Moncada devait ĂȘtre le signal dâun soulĂšvement populaire contre le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral putschiste Batista, au pouvoir depuis mars 1952, qui atteignait des sommets de corruption et de cruautĂ©. Elle avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e par Fidel Castro, alors jeune avocat, et son second Abel SantamarĂa qui la veille avait dit aux rebelles « ⊠soyez assurĂ©s de notre victoire, ayez foi en notre idĂ©al; mais si le destin sâavĂšre contraire pour nous, il nous faut rester courageux dans la dĂ©route, car ce qui se sera passĂ© ici se saura et mourir pour la patrie sera un exemple pour toute la jeunesse de Cuba ».
Et lâattaque Ă©choue. Plusieurs rĂ©volutionnaires sont tuĂ©s, tandis que dâautres sont capturĂ©s. 75 rĂ©volutionnaires au total seront tuĂ©s par les militaires ou les policiers de Batista. Abel SantamarĂa est torturĂ©, on lui brĂ»le les bras et on lui arrache un Ćil pour lui faire avouer le nom du dirigeant de lâinsurrection. Des photos montrent que la grande partie des rĂ©volutionnaires tuĂ©s ont Ă©tĂ© torturĂ©s et abattus aprĂšs leur reddition et devant le scandale naissant, les rebelles arrĂȘtĂ©s la nuit suivante, notamment Fidel Castro et son frĂšre RaĂșl, Ă©chappent Ă lâexĂ©cution sommaire.
En septembre 1953, les procĂšs de lâattaque ont eu lieu. Fidel Castro, comme dirigeant principal est jugĂ© sĂ©parĂ©ment. Il est amenĂ© dans la salle de lâHĂŽpital Civil, oĂč lâaudience se tenait, aprĂšs plus de deux mois dâisolement total. Il entend le procureur requĂ©rir 26 ans de prison, et se lance alors dans une « plaidoirie », en fait un discours politique, intitulĂ© La Historia me absolvera, lâHistoire mâacquittera. Pendant trois heures, sans lire ses notes, il dĂ©nonce les crimes de la dictature et la misĂšre du peuple cubain. Castro est alors un dĂ©mocrate radical et progressiste â pas un communiste. Il cite de mĂ©moire Jean de Salisbury, Saint Thomas dâAquin, Martin Luther, Juan de Mariana, François Hotman, Johannes Althusius, Juan Poynet, Jean-Jacques Rousseaux et bien dâautres. ElevĂ© par les JĂ©suites, il met lâaccent sur Saint Thomas dâAquin, selon lequel les tyrans devaient ĂȘtre dĂ©mis par le peuple.
Loin de se limiter Ă dĂ©noncer Ă la dictature, Castro expose le projet politique qui motivait lâassaut de la Moncada, et qui passait par 5 points prioritaires. La premiĂšre loi remettait en vigueur la Constitution rĂ©publicaine de 1940, suspendue par Batista. La deuxiĂšme Ă©tait une loi de rĂ©forme agraire, qui donnait la propriĂ©tĂ© aux mĂ©tayers qui occupaient jusquâĂ une soixantaine dâhectares. La troisiĂšme octroyait aux travailleurs 30% des parts des grandes entreprises. La quatriĂšme accordait aux rĂ©coltants 55% du revenu de la canne Ă sucre. Et la cinquiĂšme loi ordonnait la confiscation de tous les biens accaparĂ©s par les concessionnaires des gouvernements successifs.
Castro allait conclure avec ces mots restĂ©s cĂ©lĂšbres: « Je terminerai ma plaidoirie dâune maniĂšre peu commune Ă certains magistrats en ne demandant pas la clĂ©mence de ce tribunal. Comment pourrais-je le faire alors que mes compagnons subissent en ce moment une ignominieuse captivitĂ© sur lâĂle des Pins ? Je vous demande simplement la permission dâaller les rejoindre, puisquâil est normal que des hommes de valeur soient emprisonnĂ©s ou assassinĂ©s dans une RĂ©publique dirigĂ©e par un voleur et un criminel. Condamnez-moi, cela nâa aucune importance. Lâhistoire mâacquittera. »
Castro est condamnĂ© Ă 15 ans de prison sur lâĂle des Pins, et son frĂšre Ă 13 ans de prison. En 1955, en raison de la pression de personnalitĂ©s civiles, de lâopposition gĂ©nĂ©rale, et des JĂ©suites qui avaient participĂ© Ă lâinstruction de Castro, Batista dĂ©cide de libĂ©rer tous les prisonniers politiques, y compris les attaquants de la Moncada. Les frĂšres Castro partent en exil au Mexique, oĂč se retrouvent les Cubains dĂ©cidĂ©s Ă renverser le rĂ©gime. Ils y rencontrent « Che » Guevara qui se joint Ă eux. Les membres du M 26-7 sont entraĂźnĂ©s par Alberto Bayo, un ancien officier de la RĂ©publique espagnole exilĂ© au Mexique, et le 26 dĂ©cembre 1956, avec un armement de fortune, ils sâembarquent pour Cuba.
Le 28 janvier 1960, la caserne Moncada a été transformée en école.
Dossier(s): Archives Culture antirep
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