Actualité de la répression et
de la résistance à la répression

Le 26 juillet 1953, 166 jeunes révolutionnaires, mal préparés et mal armés, attaquent la caserne Moncada, à Santiago de Cuba, et la caserne Carlos Manuel de Gazons, à Bayamo. Cette date est le point de départ de la révolution cubaine, et devint le nom du mouvement révolutionnaire (Movimiento 26 Julio ou M 26-7) que Castro allait fonder aprÚs sa libération, qui conquit finalement le pouvoir en 1959.

L’attaque de la Moncada devait ĂȘtre le signal d’un soulĂšvement populaire contre le rĂ©gime du gĂ©nĂ©ral putschiste Batista, au pouvoir depuis mars 1952, qui atteignait des sommets de corruption et de cruautĂ©. Elle avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e par Fidel Castro, alors jeune avocat, et son second Abel SantamarĂ­a qui la veille avait dit aux rebelles « â€Š soyez assurĂ©s de notre victoire, ayez foi en notre idĂ©al; mais si le destin s’avĂšre contraire pour nous, il nous faut rester courageux dans la dĂ©route, car ce qui se sera passĂ© ici se saura et mourir pour la patrie sera un exemple pour toute la jeunesse de Cuba Â».

Et l’attaque Ă©choue. Plusieurs rĂ©volutionnaires sont tuĂ©s, tandis que d’autres sont capturĂ©s. 75 rĂ©volutionnaires au total seront tuĂ©s par les militaires ou les policiers de Batista. Abel SantamarĂ­a est torturĂ©, on lui brĂ»le les bras et on lui arrache un Ɠil pour lui faire avouer le nom du dirigeant de l’insurrection. Des photos montrent que la grande partie des rĂ©volutionnaires tuĂ©s ont Ă©tĂ© torturĂ©s et abattus aprĂšs leur reddition et devant le scandale naissant, les rebelles arrĂȘtĂ©s la nuit suivante, notamment Fidel Castro et son frĂšre RaĂșl, Ă©chappent Ă  l’exĂ©cution sommaire.

En septembre 1953, les procĂšs de l’attaque ont eu lieu. Fidel Castro, comme dirigeant principal est jugĂ© sĂ©parĂ©ment. Il est amenĂ© dans la salle de l’HĂŽpital Civil, oĂč l’audience se tenait, aprĂšs plus de deux mois d’isolement total. Il entend le procureur requĂ©rir 26 ans de prison, et se lance alors dans une « plaidoirie Â», en fait un discours politique, intitulĂ© La Historia me absolvera, l’Histoire m’acquittera. Pendant trois heures, sans lire ses notes, il dĂ©nonce les crimes de la dictature et la misĂšre du peuple cubain. Castro est alors un dĂ©mocrate radical et progressiste – pas un communiste. Il cite de mĂ©moire Jean de Salisbury, Saint Thomas d’Aquin, Martin Luther, Juan de Mariana, François Hotman, Johannes Althusius, Juan Poynet, Jean-Jacques Rousseaux et bien d’autres. ElevĂ© par les JĂ©suites, il met l’accent sur Saint Thomas d’Aquin, selon lequel les tyrans devaient ĂȘtre dĂ©mis par le peuple.
Loin de se limiter Ă  dĂ©noncer Ă  la dictature, Castro expose le projet politique qui motivait l’assaut de la Moncada, et qui passait par 5 points prioritaires. La premiĂšre loi remettait en vigueur la Constitution rĂ©publicaine de 1940, suspendue par Batista. La deuxiĂšme Ă©tait une loi de rĂ©forme agraire, qui donnait la propriĂ©tĂ© aux mĂ©tayers qui occupaient jusqu’à une soixantaine d’hectares. La troisiĂšme octroyait aux travailleurs 30% des parts des grandes entreprises. La quatriĂšme accordait aux rĂ©coltants 55% du revenu de la canne Ă  sucre. Et la cinquiĂšme loi ordonnait la confiscation de tous les biens accaparĂ©s par les concessionnaires des gouvernements successifs.

Castro allait conclure avec ces mots restĂ©s cĂ©lĂšbres: « Je terminerai ma plaidoirie d’une maniĂšre peu commune Ă  certains magistrats en ne demandant pas la clĂ©mence de ce tribunal. Comment pourrais-je le faire alors que mes compagnons subissent en ce moment une ignominieuse captivitĂ© sur l’Île des Pins ? Je vous demande simplement la permission d’aller les rejoindre, puisqu’il est normal que des hommes de valeur soient emprisonnĂ©s ou assassinĂ©s dans une RĂ©publique dirigĂ©e par un voleur et un criminel. Condamnez-moi, cela n’a aucune importance. L’histoire m’acquittera. Â»

Castro est condamnĂ© Ă  15 ans de prison sur l’Île des Pins, et son frĂšre Ă  13 ans de prison. En 1955, en raison de la pression de personnalitĂ©s civiles, de l’opposition gĂ©nĂ©rale, et des JĂ©suites qui avaient participĂ© Ă  l’instruction de Castro, Batista dĂ©cide de libĂ©rer tous les prisonniers politiques, y compris les attaquants de la Moncada. Les frĂšres Castro partent en exil au Mexique, oĂč se retrouvent les Cubains dĂ©cidĂ©s Ă  renverser le rĂ©gime. Ils y rencontrent « Che Â» Guevara qui se joint Ă  eux. Les membres du M 26-7 sont entraĂźnĂ©s par Alberto Bayo, un ancien officier de la RĂ©publique espagnole exilĂ© au Mexique, et le 26 dĂ©cembre 1956, avec un armement de fortune, ils s’embarquent pour Cuba.

Le 28 janvier 1960, la caserne Moncada a été transformée en école.

La caserne Moncada aprĂšs l'assaut
Quelques révolutionnaires capturés aprÚs l'attaque, (Castro est le premier de la file)
Castro lors de sa détention
Les prisonniers de la Moncada à leur libération en 1955 (Castro est au centre)
Les révolutionnaires tués à la Moncada

Lorsque Berlin-Ouest Ă©tait enclavĂ© dans la RDA, elle n’était reliĂ©e Ă  la RFA par un simple corridor routier et ferroviaire. Sa situation particuliĂšre et ses consĂ©quences (loyers bon marchĂ©, exemption de service militaire) en fit un point de ralliement de la jeunesse rebelle allemande. C’est Ă  Berlin que fut crĂ©Ă©, en 1972, le Mouvement du 2 Juin, une organisation de guĂ©rilla urbaine anarchiste qui resta essentiellement berlinoise. Son nom faisait rĂ©fĂ©rence Ă  l’assassinat d’un manifestant Ă©tudiant par un policier.

Peter Lorenz Ă©tait le candidat Ă  la mairie de Berlin-Ouest de l’Union chrĂ©tienne-dĂ©mocrate d’Allemagne (CDU). Deux jours avant les Ă©lection, le 27 fĂ©vrier 1975, il est enlevĂ© par le Mouvement du 2 Juin qui exige la libĂ©ration de plusieurs prisonniers. Cinq autres prisonniers et prisonniĂšres sont libĂ©rĂ©s :

Gabriele Kröcher-Tiedemann, nĂ©e le 18 mai 1951 Ă  Ziegendorf, elle avait connue la vie des communautĂ©s Ă  Berlin et s’y Ă©tait politisĂ©e. PassĂ©e Ă  la clandestinitĂ©, elle est arrĂȘtĂ©e en 1973 aprĂšs avoir tirĂ© sur un policier qui voulait l’arrĂȘter pour l’avoir surpris en train de voler des plaques d’immatriculation dans un parking. Elle est condamnĂ©e Ă  huit ans de prison.
Verena Beker, nĂ©e en 1952 Ă  Berlin, s’engage Ă  19 ans dans le Mouvement du 2 Juin. Quelques mois plus tard, le 21 juillet 1972, elle est arrĂȘtĂ©e, pour son implication dans une attaque Ă  la bombe contre le Yacht Club des officiers britanniques Ă  Berlin. Elle est condamnĂ©e en 1974 Ă  six ans de prison.
Ingrid Siepmann, nĂ©e en 1944 Ă  Marienberg, s’installe Ă  Berlin-Ouest avec son mari et son fils en 1966 et s’engage politiquement aprĂšs la tentive d’assassinat du leader Ă©tudiant Rudi Dutschke en avril 1968. En 1969, elle rejoint la RAF. Elle participe Ă  un hold up de banque en 1974, elle est condamnĂ©e Ă  13 ans de prison.
Rolf Pohle, nĂ© Ă  Berlin en 1954, est membre actif de l’opposition extra-parlementaire (APO) Ă  Munich. Il s’occupe particuliĂšrement du travail anti-rĂ©pression aprĂšs la tentative d’assassinat de Rudi Dutschke est condamnĂ© en 1969 Ă  15 mois de prison pour la participation aux Ă©meutes de PĂąques 1968. En 1974, il est condamnĂ© Ă  six ans et demi de prison pour appartenance Ă  la RAF, ce qu’il a toujours niĂ©.
Rolf Heissler, nĂ© le 3 Juin 1948 Ă  Bayreuth, a Ă©pousĂ© Brigitte Mohnhaupt et a Ă©tĂ© un membre des Tupamaros de Munich. Avec Brigitte Mohnhaupt, il est entrĂ© dans la RAF et a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© le 13 avril 1971 pour un hold-up. En 1972, il est condamnĂ© Ă  six ans de prison.

Le nĂ©gociateur fut le pasteur Heinrich Albertz, qui avait Ă©tĂ© un rĂ©sistant au rĂ©gime nazi (arrĂȘtĂ© plusieurs fois et finalement enrĂŽlĂ© de force). Membre du parti social-dĂ©mocrate Ă  Berlin-Ouest jusqu’à devenir gouverneur de la ville dans les annĂ©es ’60, et Ă©tait redevenu pasteur. Albertz avait acceptĂ© de se porter garant de l’échange et d’accompagner les prisonniers au YĂ©men du Sud, qui a acceptĂ© de les accueillir. En 1967, la partie sud du YĂ©men s’était libĂ©rĂ©e, aprĂšs une longue lutte dirigĂ©es par des forces communistes, du colonialisme britannique. En 1967, les Britanniques s’en vont et la RĂ©publique DĂ©mocratique Populaire du YĂ©men est fondĂ©e. Le 3 mars les prisonniers sont libĂ©rĂ©s et le lendemain, le mouvement du 2 Juin relĂąche Peter Lorenz.


Les cinq prisonniers libĂ©rĂ©s connaĂźtront des destins diffĂ©rents :
– Le 20 dĂ©cembre 1975, Gabriele Kröcher-Tiedemann participera avec Ilich RamĂ­rez SĂĄnchez « Carlos Â» au raid au siĂšge de l’Organisation des Pays Exportateurs de PĂ©trole Ă  Vienne. Durant cette opĂ©ration, elle abat un policier autrichien et un garde de sĂ©curitĂ© irakien qui essayait de la maĂźtriser. En novembre 1977, elle a rĂ©intĂ©grĂ© le Mouvement du 2 Juin qui enlĂšve un milliardaire autrichien, Walter Palmers, et obtient 2 millions de dollars en Ă©change de sa libertĂ©. En dĂ©cembre 1977, elle est arrĂȘtĂ©e avec Christian Möller suite Ă  une fusillade Ă  la frontiĂšre suisse oĂč deux douaniers sont blessĂ©s. Gabriele Kröcher-Tiedemann passe les dix ans dans une prison suisse. En 1987, elle est extradĂ©e vers l’Allemagne, oĂč elle est emprisonnĂ©es pour le raid de l’OPEP. LibĂ©rĂ©e en 1991, gravement malade, elle est opĂ©rĂ©e cinq fois en 1992 et dĂ©cĂšde d’un cancer, en 1995, Ă  l’ñge de 44 ans.
– Verena Becker rĂ©apparaĂźt le 3 mai 1977 lorsqu’avec GĂŒnter Sonnenberg, un autre membre de la RAF, ils tirent et blessent deux policiers lors d’un contrĂŽle Ă  Bonn. GĂŒnter Sonnenberg est touchĂ© dans le dos et Ă  la tĂȘte et Verena Becker Ă  la jambe. Elle est condamnĂ©e Ă  la prison Ă  vie, et sera graciĂ©e aprĂšs douze ans de prison, aprĂšs avoir semble-t-il collaborĂ© avec la justice sans dĂ©noncer personne. En avril 2008, le procureur gĂ©nĂ©ral lance une nouvelle poursuite contre Verena Becker pour l’exĂ©cution par la RAF en 1977 du Procureur fĂ©dĂ©ral en chef Siegfried Buback. Elle est emprisonnĂ©e mais bientĂŽt remise en libertĂ©.
– Ingrid Siepmann rejoint un camp de formation du Front Populaire pour la LibĂ©ration de la Palestine (FPLP). Elle est Ă©galement impliquĂ©e dans l’enlĂšvement de Walter Palmers. En 1981, elle est l’un des militante les plus recherchĂ©es de la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale. Elle est tuĂ©e en 1982 lors de l’invasion du Liban par IsraĂ«l, alors qu’elle y combattait dans une brigade fĂ©minine palestinienne.
– AprĂšs sa libĂ©ration, Rolf Pohle s’est rendu en GrĂšce oĂč il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 1976. ExtradĂ© en Allemagne, il y reste jusqu’à 1982. Il est retournĂ© en suite en GrĂšce oĂč il a enseignĂ© l’allemand jusqu’à sa mort, d’un cancer, en 2004. Il a toujours niĂ© avoir eu des relations profondes avec la RAF.
– En octobre 1976, Rolf Heissler est rentrĂ© clandestinement en Allemagne et a rĂ©intĂ©grĂ© la RAF. Le 1er novembre 1978, avec une autre membre de la RAF, Adelheid Schulz, il est impliquĂ© dans une fusillade Ă  la frontiĂšre nĂ©erlandaise. Deux douaniers sont tuĂ©s. Lorsque les policiers allemands le repĂšrent le 9 juin 1979 Ă  Francfort, ils ne tentent pas de l’arrĂȘter mais lui lui mettent directement une balle dans la tĂȘte. GriĂšvement blessĂ©, il survivra cependant et sera condamnĂ© Ă  la prison Ă  vie. Il sera libĂ©rĂ© aprĂšs 22 ans de prison. De nouvelles poursuites seront entamĂ©es contre lui pour la mort de Hans Martin Schleyer, mais elles seront abandonnĂ©es faute de preuve.

DĂ©but des annĂ©es ’80, les militants du Mouvement du 2 Juin annonçait sa dissolution dans la RAF.

Lire le programme du Mouvement du 2 Juin

Lire le communiqué de dissolution du Mouvement du 2 Juin

Le symbole du Mouvement du 2 Juin, qui est aussi celui de la Conférence Tricontinentale de 1966
A la télévision allemande, le jour des libérations
Les prisonniers libérés embarquent à Francfort dans un Boeing pour le Yemen

1. Apparition et action

Le groupe Rouvikonas (« Rubicon Â») a Ă©tĂ© crĂ©Ă© Ă  la fin 2013.
Il appartient Ă  une tradition anarchiste athĂ©nienne qui remonte aux annĂ©es 1970 et a eu pour premiĂšre base le Vox, un bar squattĂ© situĂ© au coeur du quartier d’Exarchia, plusieurs fois attaquĂ© (par la police, par les fascistes, par les mafias) mais toujours au centre de la scĂšne anarchiste athĂ©nienne.
«Au dĂ©part, nous Ă©tions un collectif de soutien aux prisonniers politiques, on se concentrait avant tout sur les Ă©meutes», raconte l’un des fondateurs. «Mais on a vite pris conscience des limites de cette forme de manifs de masse. On s’est dit qu’il fallait attaquer l’État diffĂ©remment, avec des frappes plus chirurgicales.» Exemple : l’attaque contre « Tiresias Â».

En dĂ©cembre 2015, au nord d’AthĂšnes, 14 membres de Rouvikonas arrivent casquĂ©s sur des motos et dĂ©vastent rapidement les bureaux de « Tiresias Â». Cette administration recense, dans une immense base de donnĂ©es, la liste des emprunteurs insolvables de façon Ă  les expulser de leur logement et Ă  saisir leurs biens, notamment depuis la rĂ©cente rĂ©forme du code civil accordĂ©e par Tsipras Ă  la TroĂŻka. Aucun ordinateur ou imprimante n’aurait Ă©chappĂ© aux coups de marteau.

Profitant du chĂŽmage de masse, des conditions de vie misĂ©rables et de la casse du droit du travail, les conditions de travail deviennent insupportables en GrĂšce, le stress quotidien, les cas de harcĂšlement moral et sexuel se multiplient et les salaires sont parfois payĂ©s aprĂšs trois mois, six mois, voire un an Ă  des personnes qui ont dĂ©jĂ  Ă©normĂ©ment de mal Ă  se loger, Ă  se soigner et Ă  nourrir leur famille. Le nombre des suicides de travailleurs et travailleuses augmente, ainsi que celui des dĂ©cĂšs directement liĂ©s au stress, Ă  la prise de risque ou Ă  la fatigue. AprĂšs la mort au travail, d’épuisement, d’une employĂ©e au ramassage des ordures de la municipalitĂ© de Zografou, dans l’est d’AthĂšnes, Rouvikonas attaque en juillet 2017, Ă  coups de massue et de peinture, la Mairie de Zografou.

En septembre 2017, le notaire athĂ©nien Nikos Papatheou, spĂ©cialisĂ© dans la saisies d’appartements appartenant Ă  des grecs qui ne sont plus en mesure de payer leurs taxes d’habitation, sera la cible de Rouvikonas. Il venait de rentrer de la Cour de cassation dans son Ă©tude quand six personnes cagoulĂ©es y pĂ©nĂštrent et la dĂ©vastent, dĂ©truisant dossiers et ordinateurs.
Toujours en septembre, le groupe attaque les bureaux de Turkish Airlines en solidarité avec les opposant.e.s persécuté.e.s en Turquie, et particuliÚrement les enseignant.e.s Nuriye et Semih en grÚve de la faim.

En novembre 2017, Rouvikonas attaque l’ambassade d’Arabie Saoudite dans la zone de Paleo Psychiko Ă  AthĂšnes. La vidĂ©o de revendication dĂ©nonce le rĂ©gime monarchiste saoudien et la guerre qu’il mĂšne au Yemen, et dĂ©nonce l’hypocrisie du gouvernement de Syriza qui d’un cĂŽtĂ© vote un embargo d’arme et de l’autre en fait le commerce avec ce pays.
Le groupe se dĂ©veloppe et rassemble bientĂŽt une soixantaine personnes. Les actions « coup de poing Â», qui Ă©taient naguĂšre organisĂ©es une fois par mois, sont dĂ©sormais presque hebdomadaires. Ses actions sont souvent filmĂ©es et montĂ©es sur fond de My Favorite Mutiny (du groupe The Coup), mis en ligne moins d’une heure aprĂšs les faits.

Rouvikonas s’en est pris Ă  des cabines de pĂ©age dans le PĂ©loponnĂšse, au ministĂšre de la DĂ©fense, au palais de justice de Larissa, Ă  l’ambassade d’Espagne, au comptoir d’enregistrement de la compagnie El Al Ă  l’aĂ©roport international ElefthĂ©rios-VenizĂ©los, Ă  ceux du FMI et de la Banque centrale europĂ©enne, le bureau d’OXFAM, le siĂšge de Novartis, etc. En mars dernier, quelques militants se sont rendus dans la municipalitĂ© de Peristeri, jusqu’au siĂšge d’ADMIE, le fournisseur national d’électricitĂ©, qui coupait depuis peu les compteurs des foyers en retard de paiement. Ils vont y casser les pare-brise des voitures de l’entreprise et quatre ou cinq fenĂȘtres du bĂątiment.

Le 22 avril, des membres du groupe Rouvikonas ont menĂ© une action en plein jour devant l’ambassade et le consulat de France Ă  AthĂšnes. Ils ont notamment aspergĂ© de peinture rouge les façades sur toute leur longueur pour protester contre la rĂ©pression subie par les grĂ©vistes en France, les zadistes, les Ă©tudiant.e.s, les migrant.e.s, les solidaires, les prĂ©caires, les retraitĂ©.e.s, ainsi que pour protester contre les bombardements en Syrie.
En mai ils s’introduissent chez un notaire qui pratique les ventes aux enchĂšres des saisies. Leurs bureaux sont saccagĂ©s. Toujours en mai, une trentaine de membres du groupe forcent l’entrĂ©e de la radio-tĂ©lĂ©vision grecque ERT pour y faire lire une dĂ©claration.

70 militants, membres de trois collectifs (Rouvikonas, Neas Philadelfia et Free Initiative de Thessalonique), envahissent le siĂšge du Conseil d’état dans la banlieue d’AthĂšnes, brisent portes et fenĂȘtres, jettent des bouteilles de peinture sur la façade, dĂ©truisent les portiques de sĂ©curitĂ© et d’autres choses, et repartent avant l’arrivĂ©e de la police. Le Conseil d’État venait d’approuver des mesures d’austĂ©ritĂ© amputant les pensions et retraites


2. Autres activités

Les raids destructeurs ne sont pas la seule activité de Rouvikonas.
Le groupe a rĂ©alisĂ© des manifestations (intrusion au Parlement grec) et des occupations spectaculaires, comme celle du grand bĂątiment interministĂ©riel Ă  Thessalonique, alors que le premier-ministe Tsipras allait s’y rendre pour annoncer une nouvelle sĂ©rie de mesures antisociales (occupation rĂ©alisĂ©e avec le groupe Initiative libertaire de Thessalonique).

Rouvikonas cherche Ă©galement des lieux d’hĂ©bergement pour les rĂ©fugiĂ©.e.s au sein des bĂątiments abandonnĂ©s du centre d’AthĂšnes, et empĂȘche la police et les fascistes d’accĂ©der Ă  ces squats. C’est ainsi qu’en novembre 2016 des affrontements violents ont eu lieu autour de l’avenue Alexandras, entre Exarchia et Ambelokipi. Quelques dizaines de nĂ©o-nazis Ă©taient venus, sur le chemin du tribunal, comme Ă  leur habitude, harceler des rĂ©fugiĂ©.e.s occupant des immeubles abandonnĂ©s. Rouvikonas avait prĂ©parĂ© un tel comitĂ© d’accueil que la police a dĂ» voler Ă  leur secours. Tout le quartier a Ă©tĂ© noyĂ© de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogĂšne Ă  tel point qu’il a fallu Ă©vacuer des malades de l’hĂŽpital voisin.

Rouvikonas a utilisĂ© les bĂ©nĂ©fices du Vox pour envoyer, Ă  moto, trois de ses membres dans la ville assiĂ©gĂ©e de Raqqa oĂč ils y ont aidĂ© les Kurdes syriens Ă  chasser l’État islamique de la ville.

Le groupe distribue aussi des médicaments et aide les associations du secteur sanitaire et social à mettre en place des dispensaires pour les malades.

3. Répression et solidarité

Suite Ă  toutes ces actions le collectif Rouvikonas croule sous les procĂšs. En 2015 dĂ©jĂ , sept personnes avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es suite Ă  l’attaque contre « Tiresias Â». 17 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es aprĂšs l’invasion des studios de l’ERT, deux ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et emprisonnĂ©es aprĂšs l’attaque contre l’ambassade de France et un autre aprĂšs l’attaque contre le notaire.

Ces poursuites s’ajoutent Ă  celles consĂ©cutives Ă  des manifestations, occupations, intrusion au Parlement etc. Les membres de Rouvikonas sont Ă©crasĂ©s par d’importants frais de justice.
Une large solidaritĂ© se dĂ©veloppe, passant en France par une rĂ©colte de fonds via cette adresse :

https://www.lepotcommun.fr/pot/mjj83sy2

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Les bureaux de Tiresias
La mairie de Zografou
Attaque contre les voitures d’ADMIE
Le Conseil d'État
Tag à Raqqa : “Rouvikonas, Raqqa, 2017”
Rouvikonas: Lutte, répression, résistance

On situe la naissance de Pieter Breughel l’Ancien entre 1525 et 1530, il serait nĂ© dans un des deux villages ayant portĂ© le nom de Brueghel (ou Brogel), l’un situĂ© dans le Brabant hollandais, l’autre dans le Limbourg belge. En 1552, il fait un voyage en Italie, poussant jusqu’à Rome et Naples; entre 1555 et 1563, il est Ă©tabli Ă  Anvers. Il frĂ©quente un cercle d’artistes et d’érudits humanistes mais aussi les milieux populaires ruraux de la Campine proche. Il s’invite aux noces paysannes en se faisant passer pour un parent, apportant des cadeaux et participant Ă  la fĂȘte. Dans ses tableaux dominĂ©s par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu’ils sont dans leurs activitĂ©s et divertissements. Pour la premiĂšre fois dans l’histoire de la peinture, la classe rurale est humanisĂ©e.

C’est en 1562, qu’il s’installe Ă  Bruxelles dans le quartier des Marolles. En 1564 naĂźt le premier de ses fils, Pieter Breughel le Jeune, dit Breughel d’Enfer. La situation politique et religieuse se dĂ©grade. La naissance de Charles-Quint a mis sous la tutelle espagnole les riches 17 provinces formant alors les Pays-bas (soit les Pays-Bas actuels et la Belgique, moins la principautĂ© de LiĂšge, plus le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie). Le carcan de la monarchie espagnole, ultra-rĂ©actionnaire, fĂ©odale, Ă©tait pesante pour des Pays-Bas qui avaient une des activitĂ©s industrielles et marchandes les plus dĂ©veloppĂ©es au monde. L’imbrication du trĂŽne, des grands fĂ©odaux et de l’église catholique fit que la bourgeoisie et les milieux populaires trouvĂšrent dans le protestantisme une expression idĂ©ologique adĂ©quate Ă  leur position antagonique. Les empiĂ©tements des Espagnols sur les vieilles libertĂ©s conquises du temps des Bourguignons provoquĂšrent des mĂ©contentements, puis des troubles.

Si Charles-Quint, nĂ© Ă  Gand, parlant flamand, connaissait et aimait les Pays-Bas, son fils Philippe II, n’y voyait que terre d’hĂ©rĂ©sie et de rĂ©bellion. Philippe II nomme le duc d’Albe vice-roi des Pays-Bas, l’investi d’un pouvoir absolu pour supprimer les libertĂ©s, faire tomber les tĂȘtes, remplacer les fonctionnaires locaux, annuler les droits des États. En 1567, annĂ©e de la naissance du deuxiĂšme fils de Breughel, Jan Brueghel l’Ancien, dit Breughel de Velours, Albe son entrĂ©e dans Bruxelles Ă  la tĂȘte de 17.000 soldats espagnols. Il Ă©tablit et prĂ©side, sous le titre de Conseil des troubles, un tribunal tellement sĂ©vĂšre qu’on ne le dĂ©signe plus que sous le nom de Conseil de sang.

L’annĂ©e suivante Philippe II ordonne l’exĂ©cution des comtes d’Egmont et de Hornes. Ils avaient pris la tĂȘte de centaines de nobles qui, Ă  Bruxelles, avaient signĂ© une protestation contre les empiĂ©tements du pouvoir espagnol sur des chartes et libertĂ©s. Ils s’étaient dĂ©cernĂ© le titre de « gueux Â», par dĂ©fi Ă  l’égard du conseiller de la rĂ©gente, qui les avait ainsi qualifiĂ©s avec mĂ©pris. Ils seront dĂ©capitĂ©s sur la Grand-Place le 5 juin 1568. C’est le point de dĂ©part de la guerre de Quatre-Vingts Ans. Les soldats et mercenaires espagnols vivent sur le pays, multipliant les exactions tandis que, bataille aprĂšs bataille, les armĂ©es dĂ©vastent villes et campagnes.

Breughel, nĂ© dans un pays prospĂšre et pacifique, meurt en 1569 dans un pays dĂ©vastĂ© par la guerre, pillĂ© par les mercenaires espagnols, terrorisĂ© par l’Inquisition. Et s’il semble s’ĂȘtre bien gardĂ© de se positionner ouvertement contre l’autoritĂ© espagnole (en fait, le gouverneur de Bruxelles Ă©tait son mĂ©cĂšne et son protecteur), sa peinture fustige, pour qui sait la lire, l’oppression espagnole. C’était l’usage de peindre les scĂšnes bibliques et antiques avec les costumes contemporains. Mais Breughel va plus loin : Le DĂ©nombrement de BethlĂ©em (1566) est une critique Ă  peine voilĂ©e des contraintes administratives imposĂ©es par le pouvoir espagnol (on y voit mĂȘme un Espagnol, reprĂ©sentĂ© avec un grand chapeau, voler des lĂ©gumes). Dans le Portement de croix (1565) Marie pleure au pied de la roue oĂč l’on mettait Ă  mort les condamnĂ©s en leur rompant les os et la PrĂ©dication de Saint Jean-Baptiste (1566) Ă©voque les prĂȘcheurs itinĂ©rants protestants, rĂ©unissant les paysans dans la forĂȘt.

L’Ɠuvre gravĂ©e de Breughel l’Ancien est importante. Il dessine des planches satiriques comme Les gros poissons mangent les petits. En 1557 sort la sĂ©rie des Sept PĂ©chĂ©s capitaux suivie en 1558 des Sept Vertus – dont la Justice. La liste des sept pĂ©chĂ©s capitaux, influencĂ©e par Thomas d’Aquin, est assez connue : l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colĂšre, la luxure, la gourmandise et la paresse. Les pĂ©chĂ©s capitaux sont des pĂ©chĂ©s de « tĂȘte Â» (capita), ils ne sont pas plus graves que d’autres, mais susceptibles d’en entraĂźner d’autres. Pour Ă©quilibrer, il existe sept vertus catholiques (chastetĂ©, tempĂ©rance, prodigalitĂ©, charitĂ©, modestie, courage et humilitĂ©) et aussi les vertus thĂ©ologales (d’origine divine), que sont la foi, l’espĂ©rance et la charitĂ©, sont complĂ©tĂ©es par les vertus cardinales (d’origine humaine), que sont la justice, la prudence, la tempĂ©rance et la force d’ñme.

Comme Ă  son habitude, Breughel illustre pĂ©chĂ©s capitaux et vertus cardinales par des scĂšnes de la vie rĂ©elle : la Foi est l’accomplissement des cĂ©rĂ©monies de l’Église, l’EspĂ©rance soutient le naufragĂ© et console le prisonnier, la CharitĂ© habille les nus et nourrit les affamĂ©s, etc. Mais lorsqu’il en vient Ă  la justice, il change de registre et s’il reprĂ©sente au milieu de l’image l’allĂ©gorie habituelle de la justice : une femme aux yeux bandĂ©s (impartialitĂ©) tenant la balance du jugement et le glaive de la sanction, il la place au centre de tout l’appareil barbare de l’organisation judiciaire son temps : la torture par l’eau et le feu, l’estrapade, la roue, le gibet, le bĂ»cher, la hart (corde d’étranglement) et le glaive. Sous prĂ©texte d’illustrer une vertu, Breughel grave un terrible rĂ©quisitoire contre un appareil qui broie et martyrise les hommes.

Quelques détails:



La danse de la mariée
Autoportrait de Breughel
Le Dénombrement de Bethléem
« La Justice Â» de Breughel l’Ancien
« La Justice Â» de Breughel l’Ancien
« La Justice Â» de Breughel l’Ancien
« La Justice Â» de Breughel l’Ancien
« La Justice Â» de Breughel l’Ancien

Billy Wright avait adhĂ©rĂ© en 1975 Ă  l’Ulster Volunteer Force. L’UVF Ă©tait une organisation paramilitaire loyaliste d’Irlande du Nord crĂ©Ă©e en 1912 pour lutter contre le mouvement indĂ©pendantiste. RefondĂ©e en 1966, officiellement interdite mais bĂ©nĂ©ficiant de profondes complicitĂ©s dans les forces de sĂ©curitĂ©, elle tuera 426 personnes, des militants rĂ©publicains mais aussi, dans une volontĂ© de terreur, des Irlandais qui Ă©taient simplement catholiques. Dirigeant de l’UVF Ă  Portadown, Wright avait dĂ©noncĂ© en 1986 les nĂ©gociations de paix et avait profitĂ© des grandes marches protestantes, qui cĂ©lĂšbrent l’écrasement des catholiques et la soumission de l’Irlande Ă  la couronne britannique, pour organiser une violence de rue dirigĂ©e contre les catholiques.

AprĂšs une Ă©clipse de cinq ans en politique, il affirme au dĂ©but des annĂ©es 90 avoir « rencontrĂ© Dieu Â» et consacrĂ© sa vie « Ă  la dĂ©fense du peuple protestant Â». Il rĂ©intĂšgre alors l’UVF et reprend son activitĂ© dans les escadrons de la mort, mais peu aprĂšs, en 1994, l’UVF accepte le cessez-le-feu proposĂ© (et entamĂ©) par l’IRA. Billy Wright entre en dissidence et avec une centaine de clandestins de l’UVF de Portadown, il fonde la LVF (Loyalist Volunteer Force). La LVF va poursuivre une politique d’assassinats, essentiellement des prolĂ©taires catholiques sans activitĂ© politique.

SurnommĂ© le « Rat roi Â», Wright Ă©tait un anticommuniste dĂ©clarĂ©, liĂ© Ă  des groupes d’extrĂȘme droite chrĂ©tiens des États du sud des États-Unis, et entretenant des relations Ă©troites avec l’organisation nĂ©o-nazie « Combat 18″, basĂ© Ă  Bolton. VĂ©ritable psychopathe, Billy Wright prolongeait l’exĂ©cution en Â»discutant Â» avec ses victimes avant de les abattre. Billy Wright avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort par l’IRA (qui a tentĂ© Ă  six reprises de l’exĂ©cuter, parvenant une fois Ă  le blesser). Son ancienne hiĂ©rarchie paramilitaire protestante, adhĂ©rant au processus de paix, lui avait ordonnĂ© de quitter l’Irlande du nord le 1er septembre 1997 avant minuit, sous peine de mort. ArrĂȘtĂ© pour un motif mineur mais convaincu par la suite de trois meurtres (il en aurait personnellement commis une dizaine et ordonnĂ© des dizaines), Wright avait Ă©tĂ© enfermĂ© au bloc 6 de la prison de Maze.

Dans la matinĂ©e du samedi 27 dĂ©cembre 1997, trois prisonniers de l’INLA – Christopher « Crip Â» McWilliams, John « Sonny Â» Glennon et John Kennaway, armĂ©s de deux pistolets, ont quittĂ© l’aile des prisonniers de l’INLA, ont traversĂ© le terrain de sport voisin, sont passĂ©s par un trou prĂ©parĂ© Ă  l’avance dans le grillage, sont montĂ©s sur le toit de leur aile pour accĂ©der Ă  la cour oĂč Wright montait dans le van amenant les prisonniers au bloc des visites. AprĂšs avoir tirĂ© sept balles sur Wright, les trois volontaires de l’INLA se sont rendu en prĂ©sentant un communiquĂ© de l’INLA. L’opĂ©ration, ordonnĂ© par le commandement de l’INLA (qui n’avait pas encore acceptĂ©e le cessez-le-feu) avait Ă©tĂ© soigneusement planifiĂ©e et parfaitement exĂ©cutĂ©e.


Les paramilitaires de la LVF ont rĂ©pliquĂ© Ă  leur maniĂšre: en s’en prenant Ă  des civils de l’autre communautĂ©. La nuit mĂȘme, un de leur commando mitrailla des jeunes gens qui sortaient d’une discothĂšque d’un quartier catholique. Plusieurs meurtres suivirent. Le 20 octobre 1998, les trois membres de l’INLA qui avaient exĂ©cutĂ© Billy Writht ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  la prison Ă  vie. Dans l’intervalle, l’INLA avait ralliĂ© le cessez-le-feu et ses prisonniers allaient progressivement ĂȘtre libĂ©rĂ© dans le cadre du programme de libĂ©rations anticipĂ©es liĂ©e aux accords de paix.

Le plan de l'opération
Billy Wright
Le plan général de la prison de Maze
symbole de l'INLA

AprĂšs Les ConquĂ©rants (1928) et La Voie royale (1930), La Condition humaine (prix Goncourt 1933) est le dernier volet d’un cycle romanesque inspirĂ© Ă  Malraux par ses sĂ©jours en Indochine dans les annĂ©es 1920. Malraux n’a jamais Ă©tĂ© communiste – et il deviendra un politicien anticommuniste – mais lors de ce sĂ©jour en Asie, il collaborera comme journaliste avec les communistes qui sont Ă  la pointe de la lutte anti-coloniale et anti-impĂ©rialiste, tout comme il collaborera avec eux contre le nazisme et l’intervention fasciste en Espagne.


L’action du roman, concentrĂ©e en Ă  peine quelques jours, se situe Ă  Shanghai en 1927, dans une Chine politiquement dĂ©composĂ©e, dominĂ©e Ă©conomiquement par les nations Ă©trangĂšres. Les troupes nationalistes du Kuomintang, dirigĂ© par Tchiang KaĂŻ-chek, avancent sur Shanghai contrĂŽlĂ© par un seigneur de la guerre liĂ© aux impĂ©rialistes. Le Parti communiste chinois, qui a fait alliance avec le Kuomintang, organise et rĂ©ussi une insurrection ouvriĂšre.


Mais un changement d’alliance s’opĂšre et Tchiang KaĂŻ-chek, exige que les communistes lui rendent leurs armes. Ils s’y refusent, puis cĂšdent sur ordre de l’Internationale qui tente de prĂ©server l’alliance avec le Kuomintang (en essayant de dresser sa gauche contre Tchiang KaĂŻ-chek). La rĂ©pression des insurgĂ©s tourne au massacre.

Les scĂšnes de la rĂ©pression de la Commune de ShanghaĂŻ sont saisissante et ont beaucoup fait pour le succĂšs du roman. Une des personnage qui a refusĂ© de collaborer et rejoint sous le prĂ©au, ses camarades qui attendent d’ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs dans les chaudiĂšres des locomotives.

André Malraux
L'Ă©dition originale de La Condition humaine
Shanghai en 1928
Insurgés communistes de Shanghai
DĂ©capitation d'un communiste lors du massacre de Shanghai en 1927

Le 14 janvier 1918, des grĂšves contre le rationnement et la guerre commencĂšrent Ă  Vienne et s’étendirent rapidement Ă  toute l’Autriche et Ă  d’autres parties de l’empire austro-hongrois. Le gouvernement impĂ©rial semblait impuissant mais la trĂšs puissante social-dĂ©mocratie autrichienne empĂȘcha que ce mouvement prenne un caractĂšre rĂ©volutionnaire. A l’automne 1918, la monarchie austro-hongroise se disloqua. PlutĂŽt que de revendiquer le pouvoir pour les conseils d’ouvriers et de soldats qui se dĂ©veloppaient, les socialistes acceptĂšrent de diriger un gouvernement de coalition issu de l’AssemblĂ©e nationale provisoire. Les communistes ne rĂ©ussirent Ă  se rallier aucun dirigeant important de la social-dĂ©mocratie et restĂšrent relativement marginaux en Autriche. Quand la rĂ©volution Ă©clata en Hongrie (le ‹21 mars 1919) et en BaviĂšre (7 avril), les socialistes autrichiens les abandonnĂšrent Ă  leur sort.

Cependant, ils Ă©tablirent des rĂ©formes sociales importantes (congĂ©s payĂ©s, rĂ©duction du temps de travail, assurance-maladie, droit de vote des femmes, interdiction du travail des enfants, abolition de la peine de mort, etc.). A Vienne, ils firent construire des citĂ©s ouvriĂšres grandioses dotĂ©es d’appartements confortables (comme le Karl-Marx-Hof: 1382 appartements) , des crĂšches, des centres de santĂ© et des colonies de ‹vacances. Le parti social-dĂ©mocrate comptait quelque 700.000 membres (dans un pays de moins de 7 millions d’habitants) et obtenait autour de 40% des voix aux Ă©lections nationales, recueillait prĂšs de 60% des suffrages Ă  Vienne-la-rouge.
A la fin de la guerre s’était formĂ©e une force paramilitaire nationaliste ultra-rĂ©actionnaire, la Heimwehr. Pour la contrer, le parti-social-dĂ©mocrate crĂ©a la Republikanischer Schutzbund (la Ligue de DĂ©fense RĂ©publicaine), une milice qui comptait 80.000 membres en 1928 Ă  Vienne et dans les zones industrielles. Les membres de le Schutzbund Ă©taient organisĂ©s en formations militaires avec des uniformes, bien entraĂźnĂ©s, rapidement mobilisables et disposant de stocks d’armes. Le Schutzbund devait garantir contre tout coup de force rĂ©actionnaire l’accĂšs au pouvoir des socialistes par les voies lĂ©gales.

Le 15 juillet 1927 constitua le tournant. Le 30 janvier, les paramilitaires de la Heimwehr tuĂšrent deux manifestants socialistes dans une petite ville de province. Les meurtriers passĂšrent en jugement et furent acquittĂ©s le 14 juillet, ceci dĂ©clencha le lendemain une rĂ©volte populaire Ă  Vienne qui prit la forme d’une grĂšve gĂ©nĂ©rale et d’une manifestation violente de masse (mise Ă  sac d’un commissariat, du siĂšge d’un journal, et du palais de justice qui fut totalement incendiĂ©). La police ouvrit le feu et tua 84 manifestants et en blessa 600.

Le 15 juillet, les dirigeants socialistes temporisĂšrent et le Schutzbund reçu comme seule mission de tenter de calmer la foule. La crĂ©dibilitĂ© d’une action dĂ©terminĂ©e du Schutzbund Ă©tait atteinte. Le bloc des partis bourgeois, appuyĂ© par la Heinwehr, qui Ă©voluait en austro-fascisme, employa la « tactique du salami Â» : chacune de ses actions, y compris en violation de la Constitution, ne paraissait pas assez grave pour justifier l’insurrection armĂ©e, mais marquait un recul des positions de force des travailleurs et les dĂ©moralisait.

A partir de 1931, la crise Ă©conomique provoqua une hausse du chĂŽmage et mit en difficultĂ© le « modĂšle social Â» viennois. Les syndicats sociaux-dĂ©mocrates cautionnĂšrent d’incessants reculs sur le terrain de la dĂ©fense des salaires et des conditions de travail. Sous l’impact du chĂŽmage (en 1933, un tiers de la population active n’avait pas de travail) mais aussi de la dĂ©moralisation, les effectifs syndicaux reculĂšrent tandis que les provocations gouvernementales se multipliaient. La Heimwehr fut intĂ©grĂ©e au gouvernement du chancelier Dollfuss. En fĂ©vrier 1932 le gouvernement utilisa l’armĂ©e contre une grĂšve des cheminots et emprisonna les grĂ©vistes. Le 4 mars 1932, Dollfuss commença Ă  gouverner par dĂ©cret. Le 15 mars, il fit intervenir la police pour empĂȘcher la rĂ©union de l’AssemblĂ©e. La voie vers l’austro-fascisme (proche du fascisme italien et opposĂ© aux nazis qui voulaient annexer l’Autriche) Ă©tait ouverte.

Le 31 mars, le Schutzbund fut dissous, puis ce fut la censure de la presse, l’interdiction du Parti Communiste, le rĂ©tablissement de la peine de mort, la crĂ©ation de camps pour les opposants politiques, la destitution des directions syndicales Ă©lues. La social-dĂ©mocratie Ă  chaque fois se contentait de protestations surtout verbales.

En janvier 1934, Dollfuss était désormais décidé à liquider le mouvement ouvrier organisé. Le 21, le grand quotidien socialiste Arbeiter Zeitung fut interdit et des perquisitions commencÚrent pour saisir les armes du Schutzbund. Le Schutzbund de la ville de Linz décida de résister à toute tentative de désarmement. La direction socialiste essaya de les dissuader mais le message en ce sens ne parvint pas à Linz et, le 12 février, les policiers qui venaient perquisitionner essuyÚrent des coups de feu.

A ces nouvelles, des grĂšves Ă©clatĂšrent spontanĂ©ment Ă  Vienne et des membres du Schutzbund allĂšrent chercher leurs armes. La direction sociale-dĂ©mocrate Ă©tait surprise et ne se rallia que tard et avec beaucoup d’hĂ©sitations et de confusion, au principe de la rĂ©sistance armĂ©e. Cela explique qu’une partie seulement du Schutzbund viennois se mobilisa effectivement et resta cantonnĂ©s dans les quartiers ouvriers, il laissa le temps Ă  l’adversaire de prendre les points stratĂ©giques de la ville. L’attaque des quartiers ouvriers suivi : Simmering, Favoriten, Meidling, Margareten, Floridsdorf, les ensembles d’immeubles du Karl-Marx-Hof, du Schlingerhof, du Goethehof.

L’armĂ©e qui fera la diffĂ©rence en faisant donner l’artillerie. Mortiers, canons et obusiers mettront deux jours Ă  rĂ©duire le Karl-Marx-Hof. Le Parti Socialiste interdit et ses dirigeants fuient Ă  l’étranger. Des combats se dĂ©roulĂšrent Ă  Graz, Ă  Steyr et dans de nombreuses villes industrielles. Les forces de rĂ©pression mirent quatre jours Ă  venir Ă  bout de l’insurrection. La rĂ©pression et la terreur s’abattaient dans l’ensemble de l’Autriche.

L’écrasement de Vienne-la-rouge a fortement marquĂ© les esprits et ainsi la culture prolĂ©tarienne. Elle ainsi est le sujet d’un grand roman d’Anna Seghers paru en 1935, Le Chemin de fĂ©vrier (Der Weg durch den Februar), dont le point d’orgue est l’attaque contre le Karl-Marx-Hof. Quant au chant des combattants de ’34, Nous sommes les travailleurs de Vienne, il deviendra un classique du rĂ©pertoire prolĂ©tarien

Cette chanson a pour origine un chant de l’ArmĂ©e rouge ArmĂ©es blanches, baron noir composĂ© durant la guerre civile. En 1927, dans la foulĂ©e des Ă©vĂ©nements du 15 juillet, Fritz BrĂŒgel Ă©crit la plus cĂ©lĂšbre adaptation de cette chanson : Nous sommes les travailleurs de Vienne (Wir sind die Arbeiter von Wien). Elle ne fut prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois qu’en 1929 Ă  l’occasion de la IIe JournĂ©e Internationale de la Jeunesse OuvriĂšre. AdoptĂ©e comme chant de lutte par les combattants de Vienne en fĂ©vrier 1934, elle se rĂ©pandit dans tout le mouvement ouvrier, et particuliĂšrement en Scandinavie.

Nous sommes les bĂątisseurs du monde Ă  venir,
Nous sommes le semeur, la semence et la terre.
Nous sommes les faucheurs de la prochaine moisson,
Nous sommes le futur et nous sommes l’action.

Alors vole, flamboyant, drapeau rouge,
Ouvre le chemin que nous suivons.
Nous sommes les fidùles combattants de l’avenir,
Nous sommes les travailleurs de Vienne.

MaĂźtres des usines, maĂźtres du monde,
Votre pouvoir sera finalement liquidé.
Nous, l’armĂ©e qui crĂ©e le futur,
Briserons les chaĂźnes des prisonniers.

Alors vole, flamboyant, drapeau rouge,
Ouvre le chemin que nous suivons.
Nous sommes les fidùles combattants de l’avenir,
Nous sommes les travailleurs de Vienne.

Bien que l’odieux mensonge nous entoure,
L’esprit s’élĂšvera et triomphera.
Sa force brisera les prisons et les fers ,
Nous nous préparons à la derniÚre bataille.

Alors vole, flamboyant, drapeau rouge,
Ouvre le chemin que nous suivons.
Nous sommes les fidùles combattants de l’avenir,
Nous sommes les travailleurs de Vienne.

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Lire « Des potences en Autriche Â», une brochure de 1934 du Secours rouge sur la fin de Vienne-la-rouge

Les 1000 mÚtres de façade du Karl-Marx-Hof
Défilé de membres du Schutzbund
15 juillet 1927: L'incendie du palais de justice de Vienne
Les principaux combats à Vienne: tous dans les quartiers ouvriers périphériques
L'armée canonne les insurgés par delà le Danube
Reddition d'insurgés: les exécutions vont commencer

L’affaire du gazage au pepper spray de l’UniversitĂ© de Californie Davis a eu lieu le 18 novembre 2011. Au cours d’un mouvement d’occupation Ă  l’UC Davis. La protestation faisait suite Ă  la hausse des frais de scolaritĂ© Ă  l’universitĂ©, et s’inscrivait plus gĂ©nĂ©ralement dans le mouvement « occupy Â».

Le 9 novembre dĂ©jĂ , la police avait brutalement dispersĂ© les teach-ins et sit-ins sur le campus, matraquant plusieurs Ă©tudiants et arrĂȘtant 39 d’entre eux pour avoir refusĂ© d’obtempĂ©rer Ă  l’ordre de dispersion. Le 15 novembre, une nouvelle manifestation a lieu, de nouvelles tentes sont plantĂ©es, et le 16, la police fait une nouvelle fois usage de matraques et de gaz. Le 17 novembre, des tentes sont encore une fois installĂ©e sur le campus et dans la matinĂ©e du 18, la doyenne ordonne leur Ă©vacuation pour 15h. A 15h30, les membres de la police universitaire, en tenue anti-Ă©meutes, ordonnent aux manifestants de partir. Ceux-ci refusent. A 16h, deux agents ont commencĂ© la pulvĂ©risation d’un spray au poivre Ă  usage militaire, quasiment Ă  bout touchant (alors qu’une distance de sĂ©curitĂ© est prescrite), sur les visages des Ă©tudiants assis sur le sol. Onze manifestants ont du recevoir des soins, deux ont Ă©tĂ© hospitalisĂ©s. La photo et la vidĂ©o du lieutenant de police John Pike gazant les manifestants deviennent aussitĂŽt virales.

AprĂšs l’incident, de grandes manifestations contre l’utilisation de spray au poivre sur le campus ont eu lieu. La doyenne de l’UC Davis a prĂ©sentĂ© ses excuses aux Ă©tudiants, affirmant que la police avait agi contre ses ordres (aucune arrestation et aucun usage de la force). Un dĂ©bat public sur la militarisation de la police et de l’utilisation du spray au poivre sur des manifestants pacifiques a lieu dans les mĂ©dias. Le chef de la police du campus a dĂ©clarĂ© que l’usage des gaz se justifiait parce que les manifestants empĂȘchaient les agents de se dĂ©placer librement – ce que les vidĂ©os dĂ©mentaient. Le chef de la police universitaire et deux agents gazeurs, dont John Pike, furent mis en congĂ© administratif. Un groupe de travail composĂ© d’étudiants, de professeurs, d’employĂ©s de l’UC et dirigĂ© par un professeur de l’UC qui avait Ă©tĂ© juge de la Cour suprĂȘme de Californie, a conclu Ă  l’abus d’usage de la force.
Le lieutenant Pike a Ă©tĂ© licenciĂ©, mais en octobre 2013, un juge lui a maintenu ses droits Ă  la retraite et attribuĂ© une indemnitĂ© de 38.000 $ pour « compenser sa douleur psychologique Â». Suite Ă  un appel des Anonymous, Pike avait reçu 17.000 mails, 10.000 sms et des centaines de lettres hostiles. Trois douzaines d’étudiants ont quant Ă  eux obtenu collectivement 1 million $ de l’UC suite Ă  un procĂšs fĂ©dĂ©ral. Chaque Ă©lĂšve gazĂ© ayant reçu 30.000 $ individuellement.
La doyenne allait finalement dĂ©missionner aprĂšs que l’on eu notamment appris qu’elle avait fait payer par l’universitĂ© 175.000 $ Ă  des sociĂ©tĂ©s de relations publiques pour enlever de Google les rĂ©fĂ©rences Ă  l’affaire du pepper spray cop.

L’image de Pike gazant des manifestants pacifiques et assis a fait le tour du monde. Elle est devenue un symbole de l’abus de violence par la police, puis un meme internet avant d’ĂȘtre dĂ©clinĂ©e de mille maniĂšres.








La célÚbre photo du lieutenant John Pike à l'oeuvre
Le « Pepper spray cop Â»
Le « Pepper spray cop Â»
Le « Pepper spray cop Â»
Le « Pepper spray cop Â»
Le « Pepper spray cop Â»
Le « Pepper spray cop Â»
Le « Pepper spray cop Â»

A la fin des annĂ©es vingt, les charbonnages en Belgique reprĂ©sentaient le deuxiĂšme secteur industriel du pays, juste aprĂšs la mĂ©tallurgie. Avant la grande crise, le prix du charbon chuta et les stocks s’accumulĂšrent. Entre juillet 1930 et mars 1932, les revenus des mineurs diminuent de 29 %, alors que les loyers restent inchangĂ©s, et que le pain augmente. Aux rĂ©ductions de salaire s’ajoutaient le chĂŽmage partiel et les licenciements. Le nombre de sans-emploi passe de 181.000 en dĂ©cembre 1930 Ă  326.000 en 1932, sans compter 200.000 chĂŽmeurs non indemnisĂ©s!

Le 17 mai 1932, les patrons charbonniers borains annoncĂšrent une diminution de salaire de 5%. Le 30 mai, la grĂšve dĂ©marra spontanĂ©ment au charbonnage du Grand Trait et les autres fosses firent de mĂȘme les jours suivants. Achille Delattre, secrĂ©taire national (socialiste) de la Centrale des Mineurs, tempĂ©rait en demandant aux mineurs « de ne pas se laisser entraĂźner par des agitateurs Â». Mais quand la baisse des salaires devint effective le 19 juin, 10.000 mineurs de Wasmes et de Hornu partent en grĂšve. DĂšs le 1er juillet, tout le Borinage Ă©tait Ă  l’arrĂȘt et on assista aux premiĂšres manifestations de femmes. Le 5 juillet, 35.000 manifestants dĂ©filent Ă  Mons. Le 6 juillet, des grĂ©vistes partent Ă  vĂ©lo vers le bassin du Centre pour y faire dĂ©brayer les charbonnages et les usines. Les mĂ©tallurgistes et les travailleurs des transports se joignent au mouvement: plus de 150.000 ouvriers Ă©taient en grĂšve.

Au cours des annĂ©es vingt, les militants rĂ©volutionnaires exclus des syndicats pour leurs opinions politiques avaient formĂ© la Centrale rĂ©volutionnaire des Mineurs (CMR), liĂ©e au Parti Communiste. Ils avaient pris la tĂȘte du mouvement alors que les chefs socialistes prĂȘchaient le calme. La gendarmerie charge les cortĂšges de grĂ©vistes, sabre au clair. Des manifestants sont blessĂ©s et des barricades Ă©rigĂ©es.

Des mineurs incendient le chĂąteau d’un directeur Ă  Dampremy. Le gouverneur du Hainaut interdit les rassemblements de plus de cinq personnes. Le ministre de l’IntĂ©rieur dĂ©crĂ©te l’état de siĂšge dans les rĂ©gions miniĂšres et envoie 2.500 gendarmes, des militaires et mĂȘme des automitrailleuses quadriller les corons. Le dimanche 10 juillet la gendarmerie dispersa une manifestation Ă  Roux et tua un ouvrier, Louis Tayenne. La sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale arrĂȘta Julien Lahaut, secrĂ©taire de la CMR ainsi qu’une sĂ©rie d’autres dirigeants du PCB, accusĂ©s de complot. Le Secours Rouge et d’autres organisations sont interdites.


A partir du mardi 12 juillet les gendarmes reprirent possession de la rue. Les manifestations de Gilly et de ChĂątelineau, les derniĂšres dans le Hainaut, furent rĂ©primĂ©es et les gendarmes pĂ©nĂ©trĂšrent Ă  cheval dans les Maisons du Peuple. Du 11 au 13 juillet prĂšs de 300 arrestations furent opĂ©rĂ©es. Le 14, au CongrĂšs de la Centrale des mineurs socialistes, la base refusa l’accord proposĂ© par la direction. Cela n’empĂȘcha par les dirigeants socialistes d’appeler Ă  la reprise du travail dĂšs le lundi matin, prĂ©sentant comme une victoire de vagues promesses patronales. Le 18 les verriers et les mĂ©tallos reprirent le travail.

Seuls les mineurs du Hainaut continuaient la grÚve. Le 7 septembre, ils gagnent une hausse de 1% des salaires, la révision des bas salaires, et le ré-embauchage. Les mineurs, isolés et trahis, mettent fin à la grÚve à la mi-septembre. De nombreux ouvriers, ulcérés par les trahisons successives des socialistes, rejoignent un PCB qui, jusque là groupusculaire, allait dÚs lors prendre un caractÚre ouvrier de masse.

L’histoire de cette grĂšve est le sujet d’un film muet, MisĂšre au Borinage (1934, voir ici sur youtube), rĂ©alisĂ© par Henri Storck et Joris Ivens. Ce documentaire social, rĂ©alisĂ© dans une semi-clandestinitĂ©, est devenu aujourd’hui une rĂ©fĂ©rence cinĂ©matographique et historique incontournable. Moins connu est le documentaire Manifestation pour Tayenne – l’ouvrier abattu par la gendarmerie lors de ces grĂšves. TournĂ© en 16mm, en 1933 par Van Ommeslaeghe et Jean Fonteyne, qui avaient participĂ© Ă  la rĂ©alisation de MisĂšre au Borinage. Manifestation pour Tayenne est le premier documentaire social de l’histoire du cinĂ©ma. Il montre la manifestation organisĂ©e par le Secours Rouge pour le premier anniversaire de la mort de Louis Tayenne, d’abord sur les lieu du drame et puis au cimetiĂšre.

Dans un coron borain pendant la grĂšve
La gendarmerie charge des grévistes à Charleroi
Souscription du Secours Rouge pour le monument funéraire de Louis Tayenne
L'appel Ă  la manifestation Tayenne 1933 dans le journal du Secours rouge

Le 12 dĂ©cembre 1969, Ă  16 h 37, une bombe Ă©clate dans la Banque de l’Agriculture, piazza Fontana, dans le centre de Milan, faisant seize morts et une centaine de blessĂ©s. La responsabilitĂ© d’un rĂ©seau associant agents amĂ©ricaines, militants fascistes et services secrets italiens dans cet attentat-massacre ne fait plus guĂšre de doute. Un membre de ce rĂ©seau a reconnu que l’attentat (qu’il fallait mettre sur le dos des anarchistes) visait Ă  la proclamation de l’état d’urgence Ă  l’image du coup d’état que l’OTAN avait organisĂ© en GrĂšce deux ans avant. Plusieurs fascistes, un responsable des services secrets italiens et mĂȘmes un officier amĂ©ricains ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, quinze ou vingt ans aprĂšs les faits, mais ils ont tous Ă©chappĂ© Ă  la condamnation, soit en premiĂšre instance, soit en appel, soit en fuyant en AmĂ©rique du sud.

En dĂ©cembre 1969 donc, une campagne de presse assourdissante dĂ©signe les anarchistes comme responsables du massacre. 4.000 militants d’extrĂȘme-gauche sont arrĂȘtĂ©s. Parmi eux, Giuseppe Pinelli. NĂ© Ă  Milan en 1928, dans le quartier populaire de la Porte du Tessin, il gagna sa vie comme garçon de cours puis comme magasinier. Autodidacte passionnĂ© il complĂ©tait les lacunes de son instruction par de nombreuses lectures et des travaux personnels.

Pendant les annĂ©es de guerre, il est courrier de la « Brigade Bruzzi-Malatesta Â», qui comptait quelque 1.300 partisans anarchistes. Active Ă  la fois Ă  Milan et dans les vallĂ©es de Pavia et de Brescia, la Brigade a rĂ©alisĂ©s en 44-45 de nombreuses actions, dont certaines particuliĂšrement audacieuses, ainsi la libĂ©ration des antifascistes emprisonnĂ©s Ă  la Villa Triste Ă  Milan, un centre de torture de la Gestapo. C’est pendant cette pĂ©riode que Pinelli, ĂągĂ© de 18 ans, devint anarchiste.
En 1954, il entre dans les chemins de fer italiens et se marie l’annĂ©e suivante (deux enfants naĂźtront par la suite).
En 1963, tout en participant trĂšs activement aux travaux des Jeunes Libertaires, il assure les contacts avec les militants plus ĂągĂ©s. Étant un des rares reprĂ©sentants de la gĂ©nĂ©ration intermĂ©diaire (35 ans) il assure ainsi avec succĂšs la mĂ©diation entre les vieilles et les nouvelles gĂ©nĂ©rations du mouvement. En 1965, on le retrouve parmi les fondateurs du cercle « Sacco et Vanzetti Â», de la section milanaise du syndicat anarcho-syndicaliste U.S.I., et de la Croix-noire anarchiste.

Le 15 dĂ©cembre 1969, Pinelli est dans les mains de l’équipe du commissaire Calabresi. Chef de la section responsable de la surveillance et des enquĂȘtes sur la gauche extra-parlementaire Ă  Milan en 1967, Calabresi Ă©tait devenu commissaire principal chargĂ© de diriger les services de police pour le maintien de l’ordre public pendant les affrontements des manifestations milanaises en 1968. AprĂšs l’attentat du 25 avril 1969 au stand Fiat de la Foire de Milan et la dĂ©couverte de bombes encore intactes Ă  la gare centrale de Milan, Calabresi dĂ©signa sans preuve les anarchistes comme responsables. Il fit emprisonner pendant plusieurs mois une quinzaine de personnes de la gauche extra-parlementaire qui durent ĂȘtre libĂ©rĂ©es pour manque de preuves et qui portĂšrent plainte auprĂšs du tribunal de La Haye pour les traitements reçus.

Le 15 dĂ©cembre 1969, alors qu’il Ă©tait interrogĂ© au siĂšge de la police milanaise dans le bureau de Calabresi par un autre policier, Pinelli tombe de la fenĂȘtre qui se trouvait au quatriĂšme Ă©tage et meurt. Lors de la confĂ©rence de presse Ă  laquelle assistait Calabresi, le policier dĂ©clara que Pinelli avait voulu se suicider, parce qu’il Ă©tait impliquĂ© dans les attentats, version dĂ©clarĂ©e fausse ultĂ©rieurement en raison de la soliditĂ© de l’alibi de Pinelli. Calabresi fut aussitĂŽt dĂ©signĂ© comme l’assassin de Pinelli, mais la justice italienne blanchira naturellement le commissaire.
MalgrĂ© le climat d’intimidation policiĂšre (la police et la presse le prĂ©sentaient comme le coupable de l’attentat-massacre), un cortĂšge de 3.000 personnes, prĂ©cĂ©dĂ© par les drapeaux noirs, suivit ses funĂ©railles.

Le 17 mai 1972, Calabresi fut abattu par deux hommes, de deux balles dans la tĂȘte et dans le dos, devant son domicile Ă  Milan. Le 18 mai, le journal de Lotta Continua titra: « Calabresi tuĂ©, le principal responsable de l’assassinat de Pinelli » et, dans l’article qui suivit, le journal dĂ©crivit l’exĂ©cution comme « un acte dans lequel les exploitĂ©s reconnaissent leur propre dĂ©sir de justice ». L’enquĂȘte piĂ©tina jusqu’en 1988, lorsqu’un repenti de Lotta Continua, Leonardo Marino, avoua avoir Ă©tĂ© le chauffeur du commando et dĂ©nonça trois de ses anciens camarades: Adriano Sofri et Giorgio Pietrostefani, dirigeants de la Lotta Continua, et Ovidio Bompressi. Le dĂ©lateur ne fut condamnĂ© Ă  une peine rĂ©duite, alors que les trois autres furent condamnĂ©s Ă  vingt-deux ans de prison.

La mort de Pinelli a eu un impact Ă©norme sur la gauche rĂ©volutionnaire en Italie. Deux chansons consacrĂ©e Ă  l’évĂ©nement sont devenues populaire et Dario Fo, membre Ă  l’époque du Secours rouge italien, lui consacra une piĂšce: Mort accidentelle d’un anarchiste.

L'attentat de la piazza fontana
Giuseppe Pinelli
Giuseppe Pinelli (Ă  droite) au cercle anarchiste Ponte della Ghisolfa (Milan, 1968)
Calabresi (Ă  droite) arrĂȘtant un manifestant Ă  Milan en 1968
Les funérailles de Pinelli
Le défenestration de Giuseppe Pinelli
Le défenestration de Giuseppe Pinelli