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USA : Le prisonnier libano-américain Mohamad Hamad dénonce la répression et appelle à la solidarité

Dans une longue déclaration depuis sa détention, Mohamad Hamad, accusé dans une affaire fédérale à Pittsburgh, dénonce une campagne de répression visant la communauté arabe et musulmane et les défenseurs de la Palestine. Il dénonce également ses conditions de détention, ainsi que les difficultés rencontrées pour préparer sa défense depuis la prison. Selon lui, l’accusation chercherait notamment à exploiter les traumatismes liés au terrorisme et au 11 Septembre pour influencer l’opinion et son futur procès. Mohamad critique par ailleurs l’abandon dont il a été victime de la part de certaines organisations et d’une partie de sa communauté, qu’il accuse d’avoir cédé à la peur de la répression fédérale. Il appelle à un soutien public et collectif aux accusés, sous forme de déclarations, pétitions, manifestations et témoignages, estimant que l’affaire de Pittsburgh pourrait constituer un précédent pour d’autres militants. Tout en exprimant sa gratitude envers les proches qui l’ont soutenu pendant son assignation à résidence puis son incarcération, il affirme vouloir continuer à contester publiquement les accusations portées contre lui et conclut par un appel à ne pas abandonner les personnes confrontées à la répression.

Chère communauté,

Je suis l’un des accusés fédéraux dans cette affaire complètement disproportionnée. Merci infiniment de vous être inquiété·es pour moi et pour être venu·es à mon audience. Votre sourire, toujours présent sur vos visages, m’a terriblement manqué, et je n’ai oublié aucun·e d’entre vous. Je pense à vous toustes chaque jour et chaque nuit. Vos visages et vos âmes m’accompagnent jusque dans mes rêves, m’apportant du réconfort. J’aurais aimé que nous passions plus de temps ensemble. La façon dont j’ai été arraché à vous toustes me tue littéralement. J’aimerais vous raconter certaines choses au sujet de mon affaire et de la manière dont les événements se sont déroulés.

Après six mois éprouvants d’assignation à résidence stricte avant mon procès, le 23 avril 2025, vers 8 heures du matin, des agents fédéraux sont revenus avec de nouvelles accusations montées de toutes pièces, issues d’une enquête menée pendant plusieurs mois par un grand jury fédéral, au cours de laquelle plusieurs amis et membres de la communauté arabe et musulmane ont reçu des citations à comparaître et ont subi des pressions pour témoigner contre moi sous peine d’être accusés d’entrave à la justice et jetés en prison.

Plusieurs agents du FBI et policiers ont fait une descente chez moi. Ils sont arrivés entièrement équipés de gilets pare-balles et d’armes à feu. Ils ont poussé mon père de 77 ans pour l’écarter de la porte après qu’il ait refusé de les laisser entrer parce qu’ils n’avaient pas de mandat. Ils se sont positionnés autour de la maison et au rez-de-chaussée, pointant leurs armes vers l’escalier après être entrés. Ils m’ont ordonné de descendre, et lorsque j’ai obéi, j’ai trouvé plusieurs agents du FBI en train de pointer leurs armes sur ma tête avec l’intention de me tuer. Ils ont conclu que je n’étais pas armé, ont abaissé leurs armes et m’ont arrêté.

Ce qui s’est passé ce jour-là n’était rien d’autre qu’une démonstration de force destinée à notre communauté. Ils veulent faire de moi un exemple avec cette affaire et avec la manière dont ils nous traitent, mes amis et moi.

Cette démonstration de force était un message adressé à chaque Arabe et musulman·e vivant aux USA : vous ne serez jamais en sécurité ici, et si jamais vous décidez de prendre la parole au sujet de votre oppression et d’aller à contre-courant, vous serez sanctionné·es et servirez d’exemple.

Le plus fou, c’est que c’était la troisième fois en neuf mois que ma maison était perquisitionnée. J’ai subi des descentes et des fouilles du FBI chez moi et dans les voitures de ma famille. Certaines semblaient vraiment être des fouilles illégales. J’ai également fait l’objet d’une surveillance extrêmement troublante.

J’ai dû faire face à des écoutes téléphoniques, à des agents du FBI infiltrés qui me suivaient activement partout (ils n’étaient vraiment pas discrets, ahah), à la mise en fourrière illégale d’une voiture que je conduisais et à l’installation d’un dispositif de géolocalisation GPS dessus (après qu’ils se soient énervés parce que j’avais trouvé comment échapper discrètement à leur harcèlement), à une surveillance aérienne menée par des drones et des hélicoptères équipés d’imagerie thermique qui me suivaient, moi et l’autre accusé (oui, je suis sérieux), à d’anciens amis du lycée que le FBI a contraints à renouer avec moi, à porter un microphone et à recueillir des informations sur moi, à l’utilisation d’une technologie israélienne appelée Cellebrite pour pénétrer dans un iPhone qui m’aurait appartenu, entre autres choses complètement folles.

Tellement d’argent fédéral a été gaspillé pour un problème qui n’existait pas que je pense qu’ils essaient maintenant de décrocher la lune avec ces nouvelles accusations. Ils essaient de justifier tout cet argent gaspillé en semaines de surveillance physique, en carburant d’hélicoptère hors de prix, en opérateurs de drones, etc., tout en voulant faire de moi un exemple de plus et terroriser notre belle communauté à Pittsburgh.

La chose la plus drôle qu’ils aient jamais faite, je dois le dire, c’était lors de la deuxième descente chez nous. Ils ont littéralement demandé à ma mère si j’avais des tunnels sous la maison ou des pièces secrètes. Ces idiots pensaient que j’étais une sorte de commandant du Hamas ou quelque chose comme ça. Un de mes amis juifs m’a dit : « Leur racisme ne connaît aucune limite. Ils pensent que tous les arabes naissent avec l’instinct de creuser des tunnels comme une sorte de chien de prairie ou quelque chose comme ça. »

Je jure devant Dieu, j’étais mort de rire quand ils ont dit cette merde. J’en suis venu à la conclusion que c’est probablement pour ça qu’ils ont utilisé l’imagerie thermique, pour pouvoir me regarder sortir d’un tunnel près de chez moi dans une banlieue blanche ou quelque chose comme ça, mdr.

Blague à part, je dois dire que quelque chose qui m’a réellement fait mal, à moi et à mes coaccusés, alors que nous subissions un harcèlement fédéral d’une ampleur jamais vue chez aucun autre défenseur de la Palestine dans ce pays, c’était le sentiment d’abandon et la manière dont nous avons été traités comme une sorte de maladie.

Lorsque je subissais le harcèlement constant du FBI fédéral et de la police, il y avait une certaine organisation à but non lucratif de trois lettres qui nous a vraiment fait du mal. À cette organisation à but non lucratif, je dis ceci : vous ne m’avez pas seulement fait du tort sur le plan juridique, vous avez également fait du tort à plusieurs Libanais•es, Palestinien•nes, Arabes syrien•nes et musulman•nes, les mêmes personnes que vous « prétendez » soutenir.

Vous avez fait cela en nous jetant sous le bus et en nous abandonnant. En étant les premiers à dire quoi que ce soit, vous avez donné le ton sur la manière dont les gens allaient nous traiter. Vous avez créé un environnement d’abandon par nos alliés et de condamnation. Vous avez préparé le terrain pour que nous n’ayons aucun soutien.

Ce soutien aurait été appréciable, surtout lorsque des hélicoptères et des drones fédéraux effectuaient une surveillance aérienne, et que plusieurs agents infiltrés harcelaient et suivaient un musulman libanais et un homme juif.

Ou lorsque des amis et des membres de la communauté arabes et musulmans étaient arrêtés et interrogés dans les aéroports, leurs appareils saisis et fouillés.

Ou lorsque des personnes majoritairement blanches ont voté dans mon dos pour cesser tout contact public avec moi, comme si je n’étais pas un être humain avec qui elles pouvaient discuter.

Ou lorsque j’ai été assigné à résidence stricte avant mon procès pendant six mois, et que des gens m’ont abandonné par peur du FBI, me laissant pourrir pendant un certain temps.

Nous avons été traités comme une sorte de maladie… un soutien aurait été appréciable…

Nous avions désespérément besoin de tenir vos mains alors que le FBI nous rendait la vie infernale. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, et je ne peux pas assez insister sur le mal que vous nous avez fait.

Quelques belles âmes de cette communauté ont passé d’innombrables heures à essayer de réparer les dégâts que vous aviez causés, à essayer de faire comprendre aux gens à quel point nous souffrions et à demander de l’aide et du soutien alors que le poids du gouvernement fédéral pesait sur nos cous.

Plusieurs amis arabes, musulmans et juifs ont subi un harcèlement et une surveillance comme nous n’en avions jamais vus auparavant.

Compte tenu du fait que cette affaire fait l’objet d’une couverture internationale assez alarmante et des allégations et accusations complètement folles qui circulent à mon sujet, je pensais que sûrement l’un de nos « alliés » allait se manifester et dire quelque chose, mais personne ne l’a fait.

Et aux responsables du niveau national qui ont intimidé et harcelé la branche locale pour qu’elle dise quelque chose qu’elle ne voulait pas dire, ainsi qu’aux responsables locaux qui voulaient nous jeter sous le bus : votre lâcheté ne passe pas inaperçue.

Laissez-moi vous dire quelque chose que presque tous les Arabes et les musulmans veulent vous dire mais ont trop de décence pour le faire.

Vous êtes une organisation qui ne fait rien, qui se donne bonne conscience, égocentrique, qui trempe les pieds dans la question palestinienne uniquement pour essayer de vous débarrasser de votre culpabilité blanche.

Il est temps que vous vous bougiez et que vous apportiez un véritable soutien ; vous pourriez même apprendre quelques tactiques intéressantes et utiles contre la répression et une véritable façon de construire une communauté.

Quant à ma communauté musulmane, vous aussi, vous m’avez abandonné.

J’ai fait de mon mieux pour contacter la communauté musulmane et demander de l’aide, et cela s’est soit heurté à la peur du FBI, soit à une incompréhension totale de ma situation. Une grande partie de ce que j’ai dit est tombée dans l’oreille d’un sourd.

J’ai même contacté la branche de Pittsburgh d’une organisation musulmane par l’intermédiaire d’un ami, et j’ai été immédiatement rejeté. J’ai entendu mon ami se faire dire agressivement qu’ils ne voulaient rien avoir à faire avec moi avant même que je puisse défendre mon cas auprès d’eux, parce qu’ils pensaient que j’étais accusé de terrorisme (pour rappel, ce n’est pas le cas, et j’y reviendrai plus tard).

Mais cette affaire a provoqué une confusion et un chaos massifs, et tellement de choses fausses ont été dites à son sujet que je n’arrivais pas à croire la quantité de désinformation que les gens avaient sur cette affaire, y compris des personnes qui devraient vraiment être mieux informées.

Cela a joué un rôle énorme dans la manière dont les gens m’ont abandonné.

Mais être abandonné par mes « alliés » et par ma propre communauté à cause de leur peur du gouvernement fédéral m’a donné un petit mais magnifique aperçu de ce que signifie être Palestinien.

Avoir le monde entier contre soi tandis que le bras armé du gouvernement fédéral pose sa botte sur votre cou, avoir une machine médiatique internationale terriblement partiale et mensongère mentir et vous faire passer pour un monstre, voir vos propres alliés, en qui vous aviez confiance, vous abandonner et vous oublier, endurer toute cette souffrance et cette oppression alors que vous êtes réduit au silence et qu’on vous met une chaussette dans la bouche pour empêcher les gens d’entendre parler de votre souffrance, et surtout être pratiquement seul alors que vous affrontez toute cette douleur et que vos appels à l’aide lancés à l’Oumma restent sans réponse.

Comme je suis incroyablement béni et chanceux.

Comme le disent les Palestinien•nes, alors que des villes entières sont réduites en ruines et qu’ils endurent la douleur de voir des lignées entières disparaître et des familles être anéanties, Al hamdulillah pour tout.

Pour ceux qui se demandent dans quelles conditions je suis détenu et comment je tiens le coup en prison, je dois dire que c’est assez évident, mais les conditions ne sont pas bonnes. J’ai perdu 10 livres depuis le début de tout ça à cause du stress et de la nourriture horrible en prison, et je continue à perdre du poids. Ils insistent pour nous nourrir de ce que je peux décrire au mieux comme de la bouillie et de la pâtée ; parfois, ils ont l’audace de nous donner littéralement des aliments pourris qui vous rendront malade si vous les mangez. C’est tellement mauvais que si vous ne le savez pas et que vous essayez d’en manger, les autres détenus essaieront immédiatement de vous arrêter, de veiller sur vous et de vous prévenir.

Je me suis plaint de la nourriture pourrie à l’agent pénitentiaire, et sa réponse a été : « Tu n’avais qu’à pas être emprisonné », comme si c’était une quelconque excuse pour nourrir un être humain avec de la nourriture impropre à la consommation. Ils ne nous donnent même pas de vrais fruits, alors que la loi l’exige, et il n’y a pas de vitamine C dans notre alimentation. Certaines personnes ont littéralement attrapé le scorbut et ont perdu leurs dents à cause du manque de vitamines et de minéraux essentiels. La viande dans les sachets dans lesquels elle arrive n’est pas destinée à la consommation humaine ; on nous donne littéralement de la nourriture pour chiens.

La prison est également incroyablement sale ; les gens attrapent des champignons étranges et d’autres maladies à tout-va. Les gens essaient de rester aussi propres que possible ici, mais avec les horaires de lessive, la quantité extrêmement limitée de vêtements dont nous disposons et l’extrême dépression et le stress que traversent les gens, c’est difficile de ne pas tomber malade.

Quant à moi, je subis une négligence médicale extrêmement grave et je souffre. Il semble également que j’ai attrapé quelque chose sur ma peau à cause de cet environnement horrible, que j’essaie de traiter. C’est pas génial.

Mais je dois dire que le fait d’être ici m’a complètement ouvert les yeux sur la manière horrible dont ceux qui détiennent le pouvoir traitent les personnes à risque et vulnérables. Beaucoup de gens ici ont besoin d’aide, pas d’oppression provenant de lois discriminatoires et d’être arrachés à leurs familles.

Mes frères musulmans noirs, chrétiens et juifs m’ont appris comment, de leur point de vue, nos lois discriminatoires sont utilisées pour opprimer les communautés non blanches, comment ils en souffrent actuellement à cause de cela et comment, à cause de la couleur de leur peau, ils sont considérés comme des monstres par les juges, les procureurs, le gouvernement et parfois même leurs propres avocats.

Je pensais savoir ce qui se passait en apprenant des choses sur le monde extérieur, mais depuis que je suis ici, je peux dire que je n’avais aucune idée de l’ampleur de ce qui arrive à nos frères noirs.

Le problème est encore aggravé par le fait qu’aucun des juges, responsables gouvernementaux ou procureurs n’a réellement été en prison ; ils viennent de milieux extrêmement privilégiés et protégés et sont bien trop à l’aise avec l’idée de jeter des gens en prison pour qu’ils y souffrent. S’il y a le moindre doute dans l’esprit d’un juge, il vous jettera en prison.

Il est également crucial de comprendre que votre affaire devient infiniment plus difficile à défendre lorsque vous êtes en prison. Vous n’avez plus la possibilité d’utiliser les bibliothèques ou Internet pour faire des recherches sur votre affaire et les stratégies de défense. Vous êtes coupé de la société et placé dans un environnement hostile où vous n’avez ni tranquillité ni santé, et pourtant on attend toujours de vous que vous essayiez de défendre votre affaire.

En quoi tout cela est-il juste ? Comment en sommes-nous arrivés à accepter que les choses fonctionnent simplement ainsi ?

J’ai vu des anciens combattants de ce pays, souffrant de traumatismes mentaux et de douleurs extrêmes, être rejetés et abandonnés par la société, jetés ici et laissés à pourrir. Ces gens sont-ils simplement jetables pour notre gouvernement une fois qu’ils ne lui sont plus utiles ?

Comment sont-ils censés défendre leurs droits ?

Tant de gens ont besoin d’aide et ne devraient pas être ici. Cet endroit n’est rien d’autre qu’une guerre physique et mentale destinée à vous forcer à vous dépêcher d’accepter un accord de plaider-coupable et à ne pas vous défendre devant les tribunaux.

Les procureurs sont récompensés lorsque des gens sont jetés en prison pendant qu’ils se battent pour leur affaire, ce qui les pousse à abandonner. C’est une forme de justice extrêmement perverse.

Cette expérience m’a montré à quel point ce système doit disparaître. Nous desservons nos frères et sœurs en continuant à nous traiter les uns les autres de cette manière cruelle.

Il y a des gens qui attendent leur procès depuis 2 ou 3 ans, et nous sommes tous censés être innocents jusqu’à preuve du contraire, pourtant nous sommes traités comme coupables avant d’avoir été déclarés coupables. Cela empêche les accusés de préparer une défense adéquate et d’avoir une chance équitable.

Comment se fait-il que les agents fédéraux et l’accusation puissent avoir autant de réunions qu’ils le souhaitent puisqu’ils sont tous dans les mêmes bâtiments, alors que ma défense doit faire 45 minutes de trajet à l’aller, puis passer par les contrôles de sécurité, et encore 45 minutes au retour, simplement pour venir me rendre visite, en plus de l’emploi du temps déjà complètement surchargé des avocats commis d’office ?

Je les vois très rarement.

Les cartes sont complètement truquées contre vous dès que vous mettez les pieds ici. Nous pouvons faire tellement mieux en tant que société. Nous ne devons pas oublier les personnes vulnérables de notre communauté.

À la communauté juive au sens large, je ne représente pas une menace pour vous. J’espère que le fait que mes amis, pour la plupart juifs, qui me connaissent et qui ont rempli la salle d’audience lors de mon audience de détention, en était la preuve.

Je connais l’absurdité des arguments des procureurs, mais je dois vous rappeler que le travail des procureurs consiste à mentir, mentir, mentir, déformer la vérité, tordre les mots, saupoudrer le tout de dissimulation de fouilles, de surveillances, de saisies illégales et de comportements contraires à l’éthique et dégueulasses… puis mentir encore.

J’ai également compris que cette répression utilise de manière alarmante vos propres traumatismes et votre peur contre vous. Et par Dieu, je ne vais pas rester assis sans rien faire pendant que cela se produit.

Je prends un grand risque en vous parlant de cette manière puisque nous sommes encore avant le procès et que le procureur cherche actuellement à utiliser toutes mes déclarations contre moi, mais je m’en fiche.

Je promets de faire de mon mieux pour démonter leurs mensonges du mieux que je peux, puisque lors de mon audience de détention, il était évident que mes avocats n’avaient aucun intérêt à le faire.

C’est réellement ridicule, mais une grande partie de cette putain d’affaire consiste en une bande de vieux cons qui essaient, et échouent complètement, à comprendre l’humour et l’argot inoffensifs de la génération Z et des étudiants, et parfois, comme nous l’avons vu avec l’accusation, c’est même fait exprès.

Pour vous aider à mieux comprendre, lors de l’une de mes audiences, le tribunal a dû se faire expliquer ce que signifiait « LMAO »… c’est littéralement le niveau auquel nous en sommes.

L’accusation a dû faire intervenir son agent spécialisé dans le décryptage le plus expérimenté, quelqu’un qui maîtrisait parfaitement l’art du slang-fu de la Gen Z : un père blanc d’âge moyen avec un petit ventre à bière…

Et héroïquement, il a expliqué au tribunal ce que signifiait « LMAO », tandis que toute la salle d’audience et les personnes au fond regardaient, soit en éclatant de rire, soit avec un sourire aux lèvres.

Je suis tellement dans la merde, en fait, que je suis comme le mème de Patrick dans Bob l’éponge où il est complètement carbonisé. C’est à ce niveau-là que je suis dans la merde.

Pour essayer de vous montrer encore davantage à quel point tout cela est absurde, dans l’acte d’accusation et lors de l’audience de détention, l’accusation affirme que j’ai envoyé deux photos supposées de moi enfant tenant une arme à feu, et que sur l’une d’elles, la légende disait : « Ça fait depuis que je suis gamin que je porte ce calibre, ne jouez pas avec moi. »

On pourrait supposer, étant donné à quel point ce commentaire était gênant, qu’il n’était pas à prendre au sérieux.

Je ne possède pas d’armes à feu et la défense comme l’accusation le savent.

Je trouve également drôle que l’accusation n’ait jamais montré la deuxième photo qui aurait été envoyée exactement au même moment.

Je vais vous dire pourquoi : parce que si vous aviez vu cette photo, vous auriez facilement conclu qu’elle n’était pas à prendre au sérieux.

Après avoir examiné les éléments de preuve qui m’ont été communiqués, la deuxième photo présumée de moi enfant me montre tenant un fusil à pompe et la légende dit : « On peut dire sans risque que les meufs ont été acquises (emoji lunettes de soleil) », et, pour l’effet comique d’autodérision, on pourrait supposer qu’en dessous, en beaucoup plus petit, il est écrit : « (J’ai zéro meuf) ».

Je sais que certains d’entre vous lèvent les yeux au ciel en ce moment (mdr), mais le fait demeure qu’elle a été dissimulée parce que l’autre photo pouvait beaucoup plus facilement être déformée pour me faire passer pour une sorte de terroriste.

Vous vous souvenez quand je vous ai parlé du fait que les procureurs mentent, déforment les choses et dissimulent certains éléments pour correspondre à un certain récit ?

Ce sera leur principale tactique tout au long de cette affaire et je viens de vous en donner un exemple particulièrement frappant.

Elle pensait vraiment avoir sorti l’argument ultime avec ça.

Elle me fait penser à cette procureure dans la salle d’audience du film Bee Movie, mdr.

Comme je l’ai dit cependant, je ne suis pas aveugle du fait que le procureur essaie de faire peur à la communauté juive et d’utiliser cette peur contre moi.

Ils ont montré une vidéo d’Al Jazeera montrant les attaques du 7 octobre, et j’espère que c’est évident ou quelque chose comme ça, mais je n’avais absolument rien à voir avec ça.

Je n’ai pas de tunnels magiques qui m’emmènent quelque part, je le promets.

J’étais en fait en formation militaire de base au Texas à ce moment-là.

Et puis, est-ce que toute personne qui regarde les informations pour essayer de comprendre ce qui se passe dans une partie du monde est un terroriste ?

Parce que c’était leur argument.

Assez pathétique, si vous voulez mon avis.

La raison pour laquelle ils ont fait autant de gymnastique mentale et sont allés chercher cet argument était qu’ils voulaient avoir une excuse pour montrer de la violence au tribunal et choquer la salle d’audience afin de provoquer une réaction émotionnelle, alors que cela n’avait réellement aucun rapport avec moi.

Encore une fois, assez pathétique.

Parlons également de la manière dont ils continuent à essayer de me qualifier de terroriste, car c’est certainement le cœur de leurs arguments et leur partie la plus juteuse.

Je trouve vraiment drôle d’être constamment qualifié de terroriste alors que je ne suis accusé d’AUCUNE infraction terroriste ou liée au terrorisme.

Je vais vous dire pourquoi : c’est parce que ma défense et l’accusation savent toutes les deux que je ne suis pas un terroriste.

C’est presque comme si, après toute la surveillance, les saisies et la campagne de harcèlement du gouvernement, qui étaient TRÈS discutables sur le plan légal, ils étaient arrivés à la conclusion que je n’étais en réalité pas un terroriste, mais simplement un étudiant, et qu’ils avaient plutôt besoin de m’inventer des accusations ridicules pour essayer de couvrir leurs propres abus et de garder les gens de leur côté…

Hmm, ce n’est qu’une intuition, cela dit.

Petite remarque : cela me rappelle en fait une affaire qui se déroule actuellement ici à Pittsburgh, concernant un homme noir non armé qui a été abattu à tort par la police et qui, au lieu que le procureur et le gouvernement reconnaissent leurs erreurs, a été inculpé pour essayer de couvrir leurs erreurs et rendre plus difficile la démonstration de son innocence. Il se bat actuellement pour son affaire au lieu de pouvoir se soigner et être auprès de sa famille.

Bref, revenons à mon affaire et à mon audience de détention.

Le gouvernement et l’accusation étaient tellement convaincus d’avoir trouvé un commandant du Hamas avec une sorte de cellule terroriste à Pittsburgh ou quelque chose comme ça qu’ils ont utilisé toutes les ressources à leur disposition.

Même mes propres avocats ont dit qu’ils n’avaient jamais vu le FBI déployer autant d’efforts auparavant.

Je suis sûr que le FBI et l’accusation pensaient tous qu’ils allaient obtenir des promotions et que c’était l’affaire de leur vie, mais lorsqu’ils ont réalisé qu’il n’y avait en réalité qu’un groupe d’étudiants, ils ont décidé d’être mesquins et de passer leur colère sur moi.

Pendant cette période, ils me suivaient activement partout. Des agents fédéraux se trouvaient dans une voiture banalisée juste à l’extérieur de mon quartier, me surveillant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et prêts à me suivre chaque fois que je conduisais, où que j’aille.

J’ai été arrêté, harcelé et verbalisé tellement de fois pour diverses raisons. Comme je l’ai mentionné, ils ont même fait mettre ma voiture en fourrière une fois.

Tout cela s’est produit en coordination avec le FBI et la police locale.

Un jour, alors que j’étais d’humeur à troller, en passant devant l’agent du FBI dans sa voiture à l’extérieur de mon quartier, j’ai ralenti, klaxonné, souri, fait coucou et fait le signe de paix.

Jusqu’à ce moment-là, ils pensaient que je ne les avais pas remarqués. Alors, lorsque je l’ai fait, il a eu l’air extrêmement nerveux, a remonté sa vitre et a regardé ailleurs.

Puis, comme l’agent de la circulation l’a déclaré lors de son témoignage, il a appelé les forces de l’ordre locales pour prétendre que je conduisais dangereusement.

L’agent a ensuite témoigné qu’il avait dispersé les policiers locaux et qu’ils me recherchaient spécifiquement.

J’ai finalement été arrêté pour conduite dangereuse et autres infractions liées à la vitesse, même si l’agent ne m’avait jamais réellement chronométré et n’était pas aussi proche de moi qu’il le prétend.

Mon permis a été suspendu, ce qui était vraiment pénible parce que je suis un grand passionné de voitures et que j’adore construire des voitures amusantes, mais aussi parce que je ne pouvais pas trouver de travail alors que j’étais assigné à résidence, ce qui donnait une mauvaise image de moi devant le juge lors de mon audience de détention.

J’habite loin de toutes les lignes de bus et il n’y a aucun emploi accessible à pied depuis chez moi, donc j’avais vraiment besoin de mon permis.

Ce qui a suivi a été une bataille de plusieurs mois, tout en devant simultanément gérer l’assignation à résidence.

Tout a commencé avec une audience au tribunal de la circulation dans le bureau d’un magistrat local, où les policiers et le juge sont tous amis, et ils m’ont déclaré coupable.

Mais en appel, après avoir dépensé 1 500 dollars pour un avocat (ouille !), certaines des accusations figurant sur les contraventions ont été abandonnées et je devais récupérer mon permis le 27, soit seulement cinq jours après mon arrestation.

J’étais censé trouver un travail une fois mon permis récupéré.

Parfois, je me demande si la date de mon arrestation a été délibérément avancée afin de préserver, devant le juge, l’image de quelqu’un qui n’avait pas trouvé de travail et ne s’intégrait pas merveilleusement bien dans la société.

Bien sûr, l’accusation a omis de mentionner au juge la petite colère qu’ils avaient déchaînée contre moi et les tactiques dégueulasses qu’ils avaient utilisées pour me retirer mon permis et m’empêcher de trouver un emploi.

Je trouve ça assez drôle.

Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, et je ne peux pas expliquer ici toutes leurs tactiques ni tous leurs horribles abus de pouvoir et abus de l’autorité fédérale.

Les gars, il y a tellement de choses que j’aimerais dire ici, mais je ne peux tout simplement pas.

J’aimerais expliquer tellement plus de choses sur les autres sujets qui, j’en suis sûr, vous préoccupent encore, mais je vais malheureusement devoir attendre les prochaines audiences pour en parler.

Quand je vous dis que leurs équipes de surveillance me suivaient partout, elles me suivaient partout.

Chaque fois que je regardais derrière moi, c’étaient les mêmes voitures avec les mêmes plaques d’immatriculation qui me suivaient.

Ils utilisaient toujours les mêmes quelques modèles de voitures aussi, et comme je suis un passionné de voitures, je pouvais reconnaître leurs modèles de loin, et souvent, simplement grâce à leurs phares la nuit, je pouvais savoir de quel modèle il s’agissait.

Un jour, après avoir été tellement épuisé par le fait que la communauté me laissait tomber et par la surveillance constante, j’ai simplement voulu aller voir un film.

Je suis donc allé au cinéma, et monsieur l’agent du FBI dans son monospace Chrysler Pacifica bleu foncé est arrivé lui aussi.

Bien sûr, je l’ai remarqué, mais j’essayais vraiment simplement de passer un bon moment et de regarder un film tranquillement.

Mais ensuite, je me suis dit : tu sais quoi, il est peut-être seul, et la solitude n’est pas bonne pour l’âme humaine, et je savais très bien ce que ça faisait à ce moment-là.

Alors je suis allé vers lui pour lui demander s’il voulait regarder le film avec moi, mais il a mis la voiture en marche et est parti précipitamment.

Je suppose qu’il était simplement timide.

Après son départ, le type qui était garé à côté de lui m’a dit que l’agent avait sorti tout un ordinateur et tout un tas de technologies bizarres dans sa voiture, et qu’il était concentré sur moi pendant tout ce temps.

À cet agent du FBI, quel qu’il soit, j’ai regardé un film qui s’appelait The Wild Robot, et j’ai passé un super moment.

Je pense qu’on aurait pu passer une chouette soirée cinéma ensemble.

J’avais même discrètement apporté des snacks que nous aurions pu partager.

Tu es vraiment passé à côté de quelque chose.

Toutes blagues mises à part, cependant, ils ont une politique selon laquelle ils doivent foutre le camp s’ils sont repérés et abordés par la personne qu’ils surveillent, haha, mais je partage cette histoire réelle pour montrer que je ne pouvais littéralement même pas aller voir un film.

Ils pensaient surveiller un commandant du Hamas, alors que j’essayais simplement de regarder un film et de manger du popcorn et des Cosmic Brownies.

Quelque chose que je veux toutefois clarifier et souligner, c’est que, même si nous ne pouvons pas contrôler la manière dont les agents fédéraux vont réagir de façon excessive, nous pouvons contrôler la manière dont nous construisons notre communauté et soutenons les accusés.

Je dois également ajouter que nous n’avons pas seulement besoin d’un soutien privé ; nous avons besoin d’un soutien public.

Le monde entier a actuellement les yeux rivés sur Pittsburgh et observe actuellement la manière dont nous réagissons.

Cela peut littéralement servir de référence pour déterminer à quoi le soutien est censé ressembler dans d’autres villes et communautés confrontées à une affaire historique comme celle-ci.

Nous pouvons devenir la référence.

Le soutien en privé est formidable, mais les autres communautés des autres villes ne peuvent pas le voir.

Un autre sujet que je voulais aborder est que je ne comprends pas pourquoi les gens sont tellement préoccupés par des affaires fédérales ailleurs alors que nous avons littéralement ici une affaire fédérale majeure qui nous affecte tous.

Les gars, je suis en train d’être lynché par le gouvernement fédéral et les médias internationaux, et pourtant il n’y a même pas vraiment de front uni dans notre communauté ni de pression publique défensive extérieure pour y répondre.

Je me souviens qu’alors que j’étais assigné à résidence, j’ai vu un bâtiment sur lequel étaient projetés les mots « Free Mahmoud Khalil » et « Free Ozturk », et je ne vais pas mentir, cela m’a un peu blessé.

Moi et la communauté souffrions silencieusement et ressentions les effets de l’oppression et de la douleur, et nous avions l’impression d’avoir été complètement oubliés.

Mais je dois demander pourquoi ?

Pourquoi nous abandonne-t-on ainsi ?

J’ai essayé de faire entendre ma voix à plusieurs reprises, mais elle a continué à être étouffée à cause de la peur des gens, alors que je ne faisais que partager ma douleur et ce que je traversais.

Une fois, ma voix a littéralement été jetée à la poubelle, et pas seulement au sens figuré.

Ce n’était pas cool, et c’était vraiment dégueulasse.

J’espère toutefois que vous comprenez tous ce que je veux dire.

Je dois également aborder le fait que les gens se préoccupent davantage de me protéger que de réellement soutenir ce que je souhaite.

Ce n’est pas cool non plus.

Je veux que quelque chose soit clair : je ne veux pas de protection ; je veux le soutien de la communauté.

Avant que j’oublie, je veux m’adresser à mes amis, les personnes les plus extraordinaires au monde.

Ceux qui ont fait de leur mieux pour m’aider et rester à mes côtés pendant cette période douloureuse.

Ceux qui venaient me rendre visite et m’écoutaient alors que j’étais assigné à résidence, pendant que tous les autres semblaient m’avoir oublié ou avaient trop peur de passer me voir.

Ceux qui m’aidaient à acheter des pièces et des outils pour que je puisse continuer à bricoler des voitures de course dans le garage afin de ne pas devenir complètement fou à la maison.

À ceux qui déposaient des snacks, des lettres et des trucs cool pour essayer de combler le vide dans mon cœur causé par l’isolement, je ne sais pas comment je pourrai un jour vous rendre tout ce que vous avez fait pour moi.

J’ai très vite découvert qui étaient mes amis et qui ne l’étaient pas.

Vous me manquez tellement, putain ; je vous jure que je pense à vous tous chaque jour.

Et à mes amis arabes, vous me manquez tellement, putain aussi ; j’espère que vous allez tous bien.

Je vous jure que la seule chose qui compte pour moi, ce sont les sourires et la joie que je peux apporter aux personnes opprimées.

Les sourires et les rires que j’ai pu faire apparaître sur vos visages sont un tel honneur.

Vos sourires ont illuminé ces nuits si douloureuses et solitaires, et j’espère que vous aussi, vous pouvez vous souvenir de mon sourire et de ma joie.

J’avais prévu de faire des feux de camp dans le jardin, de manger de la nourriture libanaise et de faire un barbecue avec vous cet été, mais malheureusement, le FBI avait d’autres projets.

Ils détestent vraiment voir un Libanais passer un bon moment.

Eh bien, j’espère que lorsque toute cette merde sera terminée, nous pourrons refaire nos soirées barbecue arabes et nous amuser à nouveau.

J’aimerais pouvoir m’adresser à chacun d’entre vous par son prénom ou son surnom et vous rendre hommage comme vous le méritez, mais sachez simplement que vous êtes tous des personnes extraordinaires et que ce monde a énormément de chance de vous avoir en son sein.

Enfin, je voulais m’adresser à vous tous.

Je suis désolé de ne pas pouvoir créer de nouveaux souvenirs avec vous en ce moment, mais j’espère que mes amis pourront vous expliquer qui je suis.

Pour ceux d’entre vous qui souhaitent tout de même apprendre un peu à me connaître, n’hésitez pas à m’écrire ; je vous en suis vraiment reconnaissant. Je vous répondrai, je vous le promets.

Et à ceux qui attendent encore d’avoir de mes nouvelles, je travaille là-dessus et je vous répondrai dès que possible.

Bon, revenons aux choses sérieuses.

Je veux répéter que je cherche du soutien, pas de la protection.

Je dis cela parce que ma voix a été réduite au silence à de nombreuses reprises, et à chaque fois, cela me fait tellement mal.

Les gens ne me laissaient pas dire ce que je voulais dire à moins que mon avocat ne l’ait approuvé, le même avocat partial qui m’a stupidement laissé croire que je ne devrais pas laisser les gens porter des keffiehs en ma présence.

Le même avocat qui veut m’isoler et ne veut pas que je parle à qui que ce soit ou que je partage ma souffrance.

Le même avocat qui a contribué à cette horrible prestation lors de mon audience de détention.

Je vous jure que pour tout ce que l’accusation a dit, j’avais dans ma tête un magnifique contre-argument et une magnifique défense.

C’est bizarre de le dire, mais j’aurais aimé ne pas faire confiance à mon avocat et m’être simplement assis en retrait comme ça, parce qu’il n’a pas mes intérêts à cœur.

Je suis sûr que vous avez tous vu combien de fois je me tournais vers mes avocats pour essayer de dire quelque chose, mais ils restaient simplement assis sans rien faire tandis que l’accusation me traitait de terroriste pour provoquer un effet de choc, en utilisant des arguments vraiment faibles et sans fondement.

Cela ne se reproduira PAS.

Je ne vais pas simplement rester ici en silence ; tous ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas ma façon de faire.

Et je dirai également à ceux qui sont tellement préoccupés par ma protection : je vais être lynché par ce gouvernement, cela ne fait aucun doute.

Le prochain procureur est blanc, le juge est blanc et était auparavant procureur, les agents du FBI sont blancs, et même le jury sera blanc.

Je n’aurai pas droit à un procès équitable.

Il n’y aura pas un seul Arabe musulman dans le panel des jurés, des gens qui comprennent réellement notre humour, notre douleur, notre joie, nos difficultés, nos cœurs.

Ce seront les seuls qui sauraient véritablement ce qu’il y a dans mon cœur.

Tous les autres sont trop influencés par le traumatisme du 11 septembre dans ce pays et par plus de 25 ans de propagande et d’hystérie anti-musulmanes véhiculées par nos médias, nos politiciens, notre culture populaire, nos films et partout ailleurs dans ce pays.

Un procès est censé se dérouler devant un jury composé de vos pairs, mais comme je viens de l’expliquer, c’est tout sauf cela.

C’est également pour cela que l’accusation adore continuer à utiliser ce mot, parce qu’il provoque une réaction émotionnelle automatique et empreinte de peur à partir des traumatismes présents dans ce pays, qu’ils soient conscients ou inconscients, alors que, comme je l’ai dit, je ne suis même pas accusé de la moindre infraction terroriste.

Ce sera un lynchage des temps modernes, mais j’aimerais vous tenir la main pendant que cela se produit.

J’aimerais savoir que mes amis et ma communauté ont fait de leur mieux pour me soutenir.

Mais oui, sur ce point, ne vous méprenez pas : nous allons nous battre comme des fous jusqu’au bout.

Je ne vais pas simplement me laisser faire et encaisser tout ça.

Ce n’est pas comme ça que je fonctionne.

Comme je l’ai dit, je vais avoir besoin de lettres de témoignage sur ma personnalité, de témoignages, de pétitions et de tout ce que vous pourrez trouver.

Mais la première chose que nous devons faire, c’est rendre tout cela public.

Diffusez ceci partout où vous le pouvez, partagez-le dans vos stories, demandez aux organisations de publier des déclarations publiques, faites pression sur ce gouvernement, exercez votre droit de manifester, scandez nos noms et, surtout, sachez que nous, en tant que personnes opprimées, apprécions énormément tout cela.

Je suis sûr que beaucoup de gens, après avoir été témoins de la mort et de la destruction de notre peuple, se demandent : « Que puis-je faire ? »

Très souvent, ils arrivent à la conclusion qu’ils ne peuvent rien faire.

Ils sont trop loin et impuissants.

Si seulement les personnes opprimées vivaient ici, ils les soutiendraient sûrement et leur feraient savoir qu’elles sont aimées.

Eh bien, à cela je réponds : je suis un Arabe libanais musulman, ici, juste devant vous, et je vous demande votre aide.

M’abandonnerez-vous vous aussi au moment où j’ai besoin de vous ?

Avec amour,

Votre Arabe préféré,

Muhammad