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USA : Des prisonniers lancent un journal révolutionnaire pour organiser la lutte en détention

Des personnes incarcérées en Caroline du Nord ont lancé We Be the Vision, un nouveau journal trimestriel d’éducation politique destiné aux prisonniers. Dirigée par des détenus avec le soutien de militants extérieurs, la publication souligne que les prisons états-uniennes sont des instruments de répression politique et raciale, dénonçant un système conçu pour maintenir les populations opprimées dans la soumission. Inspiré notamment par les écrits des révolutionnaires noirs George Jackson et James Yaki Sayles, le journal appelle à remplacer la « mentalité criminelle » par une conscience révolutionnaire fondée sur l’organisation collective.

Les initiateurs de We Be the Vision souhaitent faire de cette publication une plateforme d’échange d’analyses, de témoignages, de textes et d’œuvres artistiques afin de renforcer l’organisation des détenus. Ils invitent les prisonniers, quelles que soient leurs convictions politiques, à contribuer au journal, avec l’objectif de transformer les prisons en « écoles de libération » et de développer un mouvement de solidarité entre les personnes incarcérées et leurs soutiens à l’extérieur. A l’occasion de son lancement, le prisonnier politique Shine Whine a rédigé un éditorial que nous reproduisons ci-dessous.

Les prisons ne sont pas là par hasard. Ces plantations de barbelés remplissent leur rôle de bras répressif de la nation oppressive, opprimant les New Afrikans et les autres peuples opprimés sur les plans politique, économique et social.

Ces lieux ne sont pas de simples espaces de punition : ce sont des usines à identité. Ils nous enseignent ce que nous sommes censés être. Ils enseignent la soumission, la compétition, la suspicion et l’endurcissement émotionnel. Ils vous répètent chaque jour que vous êtes dangereux, jetables et incapables de changer. La mentalité criminelle survit en prison parce que la prison a besoin d’elle pour survivre. Une population divisée et sans espoir est plus facile à gérer qu’une population consciente.

Le camarade George Jackson avait compris cela mieux que quiconque lorsqu’il écrivait que la prison est un microcosme de l’État capitaliste, où la hiérarchie, la pénurie et la violence sont imposées pour maintenir le contrôle. Il prévenait que sans clarté politique, les prisonniers ne feraient que reproduire derrière ces murs les mêmes schémas destructeurs qui existaient dans la rue. C’est pourquoi il insistait sur le fait que la conscience révolutionnaire n’était pas facultative ; elle était nécessaire à la survie. Sans elle, l’emprisonnement ne devient rien de plus qu’un enclos de détention pour un potentiel gâché.

Le camarade Owusu Yaki Yakubu (James Yaki Sayles) a approfondi cette idée en expliquant que la prison intensifie les contradictions de la mentalité criminelle. À l’intérieur, les mêmes combines existent, mais avec des risques plus élevés et des récompenses moindres. Les mêmes rivalités persistent, mais sans aucun territoire à contrôler réellement. Les mêmes politiques de réputation dominent, mais avec des conséquences qui vous poursuivent pendant des décennies. L’environnement force à se poser une question que la rue permet souvent de repousser : pour quoi est-ce que je me bats réellement ? Sans éducation politique, la réponse par défaut se tourne vers l’ego, la peur et la survie. Avec l’éducation politique, la réponse devient la libération collective.

Les camarades de différentes organisations — et plus particulièrement ceux qui s’organisent à travers le mouvement National Prison Lives Matter et la branche de Caroline du Nord, récemment formée et en pleine croissance — ont compris que ces lieux sont aussi des terreaux où les révolutionnaires sont formés, éprouvés et nourris pour devenir des guerriers sans peur et résilients pour les opprimés. En même temps, ce travail est renforcé par une base de soutien croissante à l’extérieur, créant des liens qui s’étendent au-delà de ces murs.

Cependant, pour devenir un tel guerrier, il faut subir une transition par laquelle la mentalité criminelle, enracinée en chacun de nous, se transforme en une mentalité révolutionnaire — une mentalité qui nous permet de nous décoloniser… de nous détacher de la voie capitaliste.

Comme mentionné précédemment, l’un des éléments clés pour opérer une telle transition est l’éducation politique. C’est pourquoi nous avons décidé d’apporter aux prisonniers de Caroline du Nord le journal We Be the Vision, dans le but de nous aider à comprendre la complexité de notre situation. Ainsi, une fois que nous commençons à comprendre nos conditions et à identifier nos problèmes, nous pouvons commencer à les aborder collectivement. Ce journal servira de plateforme pour partager nos problématiques et de véhicule pour transmettre les stratégies et les tactiques nécessaires pour y remédier.

L’interruption de Bumping My Musik a porté préjudice à notre capacité à partager l’information, laissant beaucoup d’entre nous désorganisés et mal informés. Nous avons l’intention de changer cela.

Certaines circonstances indépendantes de ma volonté ont conduit à l’arrêt de cette publication. Cette période a exigé un regroupement et une reconstruction avec des camarades qui partagent cette vision et s’engagent dans le travail d’éducation politique, d’organisation et de lutte collective. Avec leur soutien — tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces murs — nous vous apportons We Be the Vision et continuons à bâtir quelque chose de plus fort pour l’avenir.

Quoi qu’il en soit, nous encourageons tous les prisonniers, quelles que soient leurs convictions politiques, à soumettre leurs textes, poèmes ou œuvres d’art pour les prochains numéros. Ce journal sera envoyé trimestriellement aux prisonniers de Caroline du Nord (et au-delà !). Nous espérons que vous vous joindrez à nous pour transformer ces plantations de barbelés en écoles de libération, et pour construire quelque chose capable de servir les prisonniers et leurs familles, à l’intérieur comme à l’extérieur de ces murs.

je suis ici. je suis vivant. je lutte.

Camarade Shine White