Vingt-deux policiers indiens ont été tués ce dimanche par des guérilleros maoïstes au cours d’une embuscade dans l’est de l’Inde, a affirmé dimanche un responsable policier. L’attaque a eu lieu dans le district de Rajnandangaon, à 90 kilomètres de Raipur, la capitale régionale de l’Etat de Chhattisgarh. Deux policiers en patrouille ont été tués par la guérilla qui a tendu une embuscade aux 20 autres dépêchés sur place.

Le ministère indien de l’Intérieur a placé lundi ses forces de sécurité en état d’alerte dans cinq Etats de l’Est de l’Inde en raison d’un appel à la grève lancé par des rebelles maoïstes actifs dans cette région. Le ministère a prévenu que le Bengale occidental, le Bihar, l’Orissa, Jharkhand et Chhattisgarh devaient se préparer à des ‘actes spectaculaires de violences‘ perpétrés contre des policiers, des soldats et les ‘infrastructures économiques‘. PCI-Maoïste (Parti communiste de l’Inde-Maoïste) a lancé lundi un appel à une grève de deux jours pour protester contre les atrocités auxquelles les forces de l’ordre se seraient livrées dans le département de Lalgarh, au Bengale occidental, une zone sous contrôle rebelle depuis novembre et que l’armée tente de reprendre depuis jeudi. Quelque 1.800 soldats, paramilitaires et policiers sont déployés à Lalgarh, à 130 km de Calcutta, la capitale de l’Etat du Bengale occidental.

Au moins 15 des 28 Etats de l’Inde, sur un corridor courant de l’Est au Sud-Est du sous-continent, sont confrontés depuis 1967 à des poches de rébellions maoïstes. Au total, 165 des 600 départements du pays seraient, à des degrés divers, sous l’influence de ces 10.000 à 20.000 guérilleros maoïstes que les indiens appellent les ‘naxalites’, et qui luttent contre de grands propriétaires terriens et des sociétés exploitant des minerais, pour défendre les paysans sans terre et les tribus. ‘La décision a été prise d’interdire le PCI-Maoïste (Parti communiste de l’Inde-Maoïste) en tant qu’organisation terroriste, conformément à la loi sur la prévention des activités illégales‘, ont indiqué des sources du ministère de l’Intérieur à l’agence Press Trust of India. Le PCI-M, était de facto clandestin depuis sa naissance en 2004 de la fusion de deux organisations maoïstes.

Une section de la Central Reserve Police Force (CRPF) qui était à la recherche d’une unité de la guérilla maoïste (People’s Liberation Guerrilla Army) dans l’Etat du Chhattisgarh est tombé ce mercredi 18 dans une embuscade tendue par cette denrière près d’un village Manhakal Naxal, à proximité de Kanker, à environ 240km au sud de Raipur. Trois policiers sont morts et neuf autres blessés dans l’engagement qui a duré jusque tard dans la nuit. Les policiers ont été récupérés jeudi matin. Sur les neufs blessés, quatre sont dans un état critique. La guérilla naxalite est née en mars 1967, quand les paysans du village de Naxalbari (Bengale-Occidental) ont saisi le riz d’un propriétaire foncier. Depuis cette jacquerie, différentes organisations armés maoïstes ont implanté leurs maquis dans les jungles et les campagnes. En septembre 2004, les deux principaux mouvements, le Groupe de la Guerre Populaire (People’s War Group, PWG), établi dans le centre du pays, et le Centre Communiste Maoïste d’Inde (Maoist Communist Center of India, MCCI), actif au Bihar, ont fusionné pour former le Parti Communiste Indien maoïste (PCI-m).

La People’s Liberation Guerrilla Army du PCI-m est forte de 10.000 à 20.000 combattants, auxquels s’ajoutent 40.000 militants assurant la logistique. Elle a étendu ses activités à seize des vingt-huit Etats indiens, traçant, de la frontière népalaise aux côtes du Sud-Ouest, un véritable ‘corridor rouge’ de quatre-vingt-douze mille kilomètres carrés. Le Chhattisgarh se trouve au coeur de ce corridor rouge. Trois mille insurgés y contrôlent vingt-cinq mille kilomètres carrés. Le sud de l’Etat est peuplé à 80% de minorité adivasi, pauvres et en majorité illettrés. Le pouvoir étatique ne s’étant jamais manifesté que par l’arbitraire de fonctionnaires corrompus. Le Chhattisgarh expérimente depuis trois ans une vaste politique similaire à celle menée par Washington lors de la guerre du Vietnam: développement de milices anti-guérilla et regroupement forcé des civils dans des ‘hameaux stratégiques’. Vides, les campagnes ne ravitaillent plus les insurgés, et la voie est dégagée pour les opérations commandos. Conséquence de cette stratégie, le Chhattisgarh rassemble à lui seul la moitié des victimes du conflit. Des dizaines de milliers de personnes sont devenues des réfugiés, et les violations des droits humains sont récurrentes.

Contrôle du CRPF en Inde

Contrôle du CRPF en Inde

Guérilleros maoïstes

Guérilleros maoïstes

Carte de l'Inde

Carte de l’Inde