Ali est un réfugié palestinien emprisonné en France depuis plus de deux ans. Dans une nouvelle lettre, il exprime son engagement en faveur de son peuple et dénonce la responsabilité du monde face aux violences coloniales. Son message dénonçe l’indifférence et le silence entourant la souffrance faite au peuple palestinien et appelle à une prise de conscience.
Ô monde injuste, ne te suffit-il donc pas de voir les corps déchiquetés de nos enfants pour que ta conscience s’éveille ?
Quelle est la faute d’un peuple né sur sa propre terre, qui se retrouve accusé simplement d’exister, assiégé jusque dans ses rêves et privé de son droit à la vie ?
Au nom de quelle loi les peuples sont-ils punis pour leur attachement à leur patrie ? Et au nom de quoi justifie-t-on le meurtre d’enfants, la destruction de maisons et la privation des droits les plus élémentaires de l’être humain ?
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une tragédie qui ne met pas seulement à l’épreuve la capacité des êtres humains à endurer la souffrance, mais aussi la sincérité des valeurs dont le monde se réclame.
Alors que les discours sur la liberté, la justice et les droits humains se multiplient, nos enfants continuent d’être extraits des décombres, des mères continuent de faire leurs adieux à leurs fils et filles, et des familles entières cherchent encore la sécurité au milieu de la peur et de la destruction.
Nous demandons au monde : comment les images d’enfants tués peuvent-elles devenir une simple actualité passagère ? Comment les scènes douloureuses liées aux prisonniers peuvent-elles se répéter jour après jour sans ébranler la conscience humaine ? Le sang de certains aurait-il moins de valeur que celui des autres ?
Nous ne demandons ni pitié ni compassion éphémère. Nous réclamons des droits garantis par notre humanité commune avant même de l’être par les lois : notre droit à la vie, le droit de nos enfants à la sécurité et le droit de notre peuple à vivre dignement sur sa terre.
L’histoire nous a appris que l’injustice ne dure jamais éternellement et que les peuples attachés à leur droit à la vie ne peuvent être brisés, quelles que soient les épreuves. Mais elle nous a également appris que le silence face à une tragédie n’est pas une position neutre ; il contribue à ce que celle ci continue.
C’est pourquoi nous élevons aujourd’hui notre voix, non seulement pour raconter la douleur, mais aussi pour rappeler que derrière chaque chiffre se trouve un être humain, derrière chaque martyr une histoire, et derrière chaque enfant un rêve qui méritait de vivre.
Une question demeure alors suspendue à la conscience du monde :
Quand notre droit à la vie deviendra-t-il une cause humaine qui ne peut plus attendre ? Et quand nous regardera-t-on comme des êtres humains qui méritent de vivre, de rêver et de connaître la sécurité, comme tous les autres peuples de la Terre ?
Votre frère Ali, prisonnier palestinien sur les terres françaises