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Hongrie : L’antifa emprisonné·e Maja salue la lutte de Prosfygika

Ce texte est une lettre écrite depuis sa détention en Hongrie par Maja, militant·e antifasciste allemand·e extradé·e en 2024 vers la Hongrie dans le cadre de l’affaire dite de Budapest. Iel a été condamné·e à 8 ans de prison par la justice hongroise. Depuis sa cellule, iel adresse ce message de soutien aux habitant·es et militant·es de Prosfygika à Athènes, un lieu d’occupation et de lutte urbaine, qui ont mené une lutte victorieuse contre un projet de gentrification.

Chères personnes de Prosfygika, chers compagnons qui luttez ensemble.

On dit qu’une personne puissante a déclaré un jour que notre parole était écrite sur l’eau, submergée et noyée par la vague suivante, perdue dans la prochaine tempête de violence et de destruction.

Vous n’avez pas peur de ce mensonge ; vous regardez le monstre droit dans les yeux.

Qu’il y ait pour vous des lieux de force, où que vos chemins vous mènent, et que la vie ose effacer toute trace d’origine.

Sans ombre vous ne l’êtes pas, non, dans vos ombres nous nous reposons, comme à midi au pied des mûriers. Le vent dans les branches chante, portant votre parole de douleur et de perte. Là, dans l’ombre, les feuilles dansent, transmettant votre courage de vivre. Que vos luttes portent de nouveaux bourgeons, consolident votre certitude, interpellent notre conscience. Pour que vous sachiez : votre lutte n’est ni perdue ni solitaire ; elle nous demande quand nous agirons.

Tout à l’heure, j’étais allongé au sol, j’ai levé les yeux et j’ai vu du blanc, le blanc du coton. J’ai regardé vers le ciel, j’ai vu le plafond d’une cellule, et je me suis reposé, me souvenant des jours, il y a un an, où j’ai entamé une grève de la faim pour priver ces murs blancs de leur silence, mettant à nu leurs ombres. Je ne me suis jamais senti vide ; j’ai lutté, lutté aux côtés de tant d’autres, les implacables. Je savais pourquoi : pour que les ombres de l’avidité deviennent dangereuses pour les indifférents et les corruptibles, afin qu’eux aussi, à nos côtés, se libèrent de la peur.

Aujourd’hui vous êtes là-bas, je suis ici, et tout ce qu’il me reste, c’est le mot de la connexion, le lien qui nous unit en tant que camarades, le besoin impérieux de me tenir à vos côtés, malgré la distance, malgré les murs peints en blanc, malgré la violence qui s’immisce de force dans vos jardins, vos maisons, vos communautés. Que la rage et le chagrin aiguisent notre regard sur ce que nous avons créé. Qu’ils croient que nous avons simplement écrit sur l’eau. Qu’il en soit ainsi, car nous nous sommes inscrits dans la vie, car la goutte d’eau n’est jamais privée du pouvoir d’éveiller les fleurs des bourgeons, les fruits et les graines, les ombres et les jardins, sans jamais s’éteindre. Il en va de même pour la lutte pour la liberté.

Que la vie reste avec vous, en toute solidarité,

Maja