Tunis a de nouveau été dimanche le théâtre d’une confrontation entre manifestants anti-gouvernementaux et policers au lendemain de l’imposition d’un couvre-feu. A Ettadhamen, une banlieue défavorisée, des bandes de jeunes se sont livrés à des pillages et saccages dans la nuit de samedi à dimanche malgré le couvre-feu. Des islamistes se sont mobilisés pour tenter de rétablir l’ordre en l’absence d’intervention des forces de l’ordre.

Dimanche, dans le centre de Tunis, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui s’étaient réunis pour la quatrième journée consécutive. Au nombre d’environ 200, ils ont entonné à plusieurs reprises l’hymne national avant de scander des slogans hostiles à la police qui leur a demandé de se disperser. Mais les manifestants qui réclament plus de réformes malgré la chute du régime autoritaire du président Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier, ont de nouveau scandé « gouvernement dégage », « flics, bande de lâches ». Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes, dispersant les manifestants. De petits groupes sont revenus mais un important dispositif policier restait déployé sur l’avenue. Deux motards, dont l’un portait un couteau, ont été arrêtés. Un couvre-feu nocturne avait été décrété samedi soir à Tunis et dans sa banlieue, de 21H00 à 05H00 (22H00 à 06H00 GMT) pour une durée indéterminée.

Cinq postes de police et de la garde nationale ont été incendiés dans les troubles qui ont secoué Tunis et sa banlieue samedi avant l’entrée en vigueur du couvre-feu nocturne, a-t-on appris dimanche auprès du ministère de l’Intérieur. Des jeunes armés de couteaux, de chaînes, de sabres et de cocktails Molotov ont incendié des commissariats et des postes de la garde nationale dans les cités de Mnihla, d’Intilaka, d’Ibn Khaldoun, d’El-Mourouj V et dans la ville de Kasserine.Le couvre-feu n’a pas empêché des scènes de violences et de chaos dans la grande banlieue, notamment la cité d’Etthadamen. Le principal mouvement islamiste Ennahda (Renaissance) a déployé un nombre de volontaires pour protéger les gens des pillages. Un hélicoptère de l’armée équipé d’un projecteur a survolé la zone en prenant des [fond rouge]photos[/fond rouge]

Dimanche soir, pour dénoncer les violences policières ayant entraîné la mort de deux élèves, des centaines de personnes se sont réunies en sit-in sur la principale avenue de Taëz (deuxième plus grande ville du pays, au sud de Sanaa). Ce matin, les forces de l’ordre sont intervenues pour les déloger. Elles ont lancé des bombes lacrymogènes avant de tirer à balles réelles dans la foule. Le bilan s’élèverait à cinq morts et des dizaines de blessés.

Ce samedi, des centaines d’élèves réclamant le report de leurs examens suite aux grèves ayant accompagné le mouvement de révolte s’étaient rassemblés dans un village au sud de Sanaa. Ils ont rapidement été rejoints par des milliers de manifestants anti-régime. Les forces de l’ordre ont tenté de disperser la foule à coups de matraques, avant de tirer à balles réelles. Deux élèves sont décédés des suites de ces coups de feu, et quinze autres ont été blessés.

La répression de la contestation a fait, selon des ONG, quelque 600 morts à travers la Syrie, en majorité à Deraa (sud), où est né le mouvement mi-mars, alors que le nombre de personnes détenues ou disparues pourrait dépasser les 8.000. Sur le terrain, l’armée a commencé jeudi à se retirer de la ville de Deraa, place forte de la contestation, située à une centaine de km au sud de Damas. Mais elle a poursuivi sa campagne d’arrestations avec les forces de sécurité notamment à Saqba, près de Damas, où 300 personnes auraient été arrêtées.

Par ailleurs, des dizaines de chars et blindés et d’importants renforts de troupes se sont massés jeudi à Sahm Al-Bahar, à 10 km au sud de Banias (nord-ouest), ville encerclée par l’armée depuis plus d’une semaine (photo). Il semble qu’ils s’apprêtent à attaquer la ville comme ils l’ont fait à Deraa. À Alep, deuxième ville de Syrie, des partisans du régime ont dispersé par la force un sit-in d’étudiants, selon des militants. Les étudiants, qui se trouvaient dans la faculté de la ville, demandaient la libération de leurs collègues arrêtés récemment.

l'armée syrienne contre le mouvement populaire

l’armée syrienne contre le mouvement populaire

Ce vendredi, quelques 200 Tunisiens s’étaient rassemblés dans le coeur de Tunis pour réclamer la démission du gouvernement transitoire et une nouvelle révolution. Après avoir scandé différents slogans durant une vingtaine de minutes devant un important cordon policier, les forces de l’ordre ont chargé la foule en tirant massivement des gaz lacrymogènes. La majorité des effectifs policiers était cagoulée. Plusieurs manifestants ont été frappés à coups de matraques et de bâtons et l’un d’entre eux est décédé des suites de ses blessures.

Le 3 mai, le tribunal en audience à la prison de Beersheba a pris la décision de prolonger la détention en isolement du dirigeant palestinien Ahmad Sa’adat. Le secrétaire général du FPLP subi ce régime depuis le 19 mars 2009, soit plus de deux ans. Et mardi, le tribunal l’a reconduit jusqu’au 3 novembre prochain. Sa’adat a refusé d’assister à l’audience, la qualifiant de manifestation illégale d’une occupation et d’un enlèvement illégitime, affirmant qu’il refusait de légitimer ce qui est clairement une parodie de justice. Ce prolongement de l’isolement du prisonnier intervient alors que les prisonniers palestiniens ont déclenché une série de grèves de la faim sporadiques pour protester contre les conditions de détention de Sa’adat, ainsi que pour exiger leur libération à tous.

Ce mercredi à Sanaa, les troupes yéménites et des policiers en civil ont ouvert le feu sur des manifestants qui tentaient de rejoindre une zone au-delà du district urbain où ils campent depuis plusieurs semaines. Au lendemain de l’accord passé entre le gouvernement et l’opposition, les manifestants souhaitaient dénoncer l’immunité accordée au président en vertu de cet accord. Au moins douze d’entre eux ont été tués par les tirs des forces de l’ordre et plusieurs dizaines d’entre eux ont été blessés, par balles ou à coups de poignards. Depuis le début du mouvement au Yemen au mois de janvier, plus de 130 personnes ont été tuées par les forces de sécurité et les partisans du président.

Manifestation à Sanaa

Manifestation à Sanaa

Ce dimanche, des manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes du Maroc afin de réclamer des changements politiques et sociaux dans le pays. Samedi après-midi, à Casablanca, plusieurs jeunes du Mouvement 20 février ont effectué une distribution de tracts, notamment aux alentours du stade de la ville où se déroulait un match de football. Cinq d’entre eux ont rapidement été interpellés par les forces de l’ordre. Après une heure de détention, ils ont tous été relâchés.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des centaines de membres des services de sécurité et des milliers de membres des troupes syriennes ont été dépêchés à Deraa, à 100 kilomètres au sud de Damas. Avant l’aube, ces hommes appuyés par des blindés et des chars sont entrés dans la ville, la soumettant à un pillonage intensif à l’artillerie lourde et aux mitrailleuse. Des snipers se sont également postés sur les toits et des chars bloquaient l’entrée dans la ville. Au moins 25 personnes seraient décédées suite à cette démonstration de force des autorités durant la seule journée d’hier. Depuis le 15 mars et le début du mouvement de protestation en Syrie, 390 personnes sont mortes selon un bilan dressé par des militants locaux.

Char des autorités à Deraa

Char des autorités à Deraa

Après la sanglante journée d’hier qui aurait fait au total plus de cent morts, des dizaines de milliers de Syriens ont participé ce samedi aux funérailles des victimes des manifestations de la veille. Malgré le caractère de recueillement des rassemblements d’aujourd’hui, les forces de sécurité ont une nouvelle fois tiré à balles réelles sur la foule. A Douma, cinq personnes ont été tuées par des tireurs embusqués postés dans les immeubles au passage du cortège funèbre. Dans la région de Deraa, cinq autres personnes ont été tuées par des policiers qui ont tiré sur les habitants qui se rendaient à Ezreh pour assister aux funérailles. Une dernière personne a été tuée à Damas. A noter également que plusieurs dizaines de personnes blessées hier et aujourd’hui par les tirs des forces de sécurité se trouvent toujours dans un état critique.