Il reste deux jours avant la fin du cessez-le-feu de quatre jours entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et l’Armée arabe syrienne (AAS), alors que les accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu persistent. Le territoire contrôlé par les FDS est passé de 50 000 km² à 10 000 km² en deux semaines, seules les villes et villages kurdes restant sous leur contrôle (contrairement à ce que nous avions annoncé, la ville de Sarrine, au sud de Kobané, est finalement restée sous le contrôle des FDS). Les attaques de l’AAS dans les environs de Hasaka menacent de couper les routes entre les centres urbains, tandis que le siège de Kobané s’intensifie. Au moins 18 000 personnes, principalement kurdes, ont été déplacées de Raqqa et Tabqa, portant le total à 170 000 personnes déplacées depuis le 6 janvier. Le siège de Kobané se resserre, environ 150 000 civils y sont piégés. L’électricité est coupée, les pompes à eau ne fonctionnent pas et l’accès à Internet est instable, tandis que l’AAS poursuit ses attaques. L’encerclement empêche l’acheminement de carburant, de nourriture et de fournitures médicales. La Turquie renforce sa présence à la frontière avec la Syrie, face à Kobané, avec des chars et des armes lourdes.

Le réseau Rise Up 4 Rojava, auquel appartient le Secours Rouge de Belgique, organise une soirée publique d’information le lundi 26 janvier à 18H30 au Steki, 6 rue Gustave Defnet à 1060 Bruxelles.

Ali Dilmen, prisonnier révolutionnaire à la prison de type F de Kandira, était en grève de la faim depuis 163 jours pour soutenir Ufuk Keskin, malade, et leurs demandes ont été satisfaites, selon l’association TAYAD. Parmi les mesures obtenues : un régime médical pour Keskin, l’augmentation de la limite de communication de 7 à 10 heures, la levée des restrictions sur les livres et le placement d’un ami à ses côtés. Ali Dilmen a été admis à l’hôpital pour traitement. Par ailleurs, Ali Teke et Hüseyin Karaoğlan ont également vu leurs demandes respectives acceptées. Ces victoires s’inscrivent dans une lutte plus large des prisonniers de Turquie contre l’isolement et les conditions carcérales strictes, avec d’autres grèves de la faim toujours en cours à travers le pays.

Une enquête a été ouverte contre 356 personnes ayant « attaqué » des drapeaux turcs à la frontière entre la Turquie et la Syrie, a annoncé le ministre de la Justice, Yılmaz Tunç, alors que les populations kurdes ont franchi des barrières pour soutenir le Rojava en proie aux attaques du régime syrien (voir notre article). À ce jour, 35 personnes ont été arrêtées, 45 font l’objet de mesures judiciaires de contrôle, et 77 restent en garde à vue.

Une nouvelle offensive a été lancée contre le Rojava démocratique, cette fois par l’armée et les forces de sécurité du nouveau gouvernement islamiste de Damas. Les forces gouvernementales syriennes ont pris le contrôle des quartiers kurdes d’Alep la semaine dernière, puis a pénétré samedi matin dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de km à l’est d’Alep, sur la rive occidentale de l’Euphrate. A ce moment un accord de cessez-le-feu était survenu, patronné par les USA, mais cet accord a été violé et les forces gouvernementales qui, lourdement appuyées par la Turquie (au moyen de frappes de drones), ont attaqué et pris la ville de Tabka, la dernière ville liée à l’administration autonome démocratique du Nord-Est syrien à l’Ouest de l’Euphrate et défendue par les Forces Démocratiques Syriennes. Les forces islamistes ont ensuite franchit l’Euphrate à Deir ez-Zor et  progressé dans les gouvernorats de Raqqa et Deir ez-Zor, largement évacués par les FDS qui se sont retranchée dans les gouvernorats de Hassaka et du Jazira. La progression des forces de Damas a été facilitée par le soulèvement armé, dans le dos des Forces Démocratiques Syriennes, des forces jihadistes et des forces tribales. La ville de Kobané et ses environs sont isolées du reste du Rojava. L’armée de Damas approche de la grande ville d’Hassaka que les FDS semblent résolues à défendre.

Mise à jour (21/01) : Le grand camp d’Al-Hol, où sont confinées des dizaines de milliers de membres des familles de militants de l’État islamique, est passé sous le contrôle des forces du régime. Des drones turcs ont de nouveau frappé des installations des YPG-YPJ, notamment à Qamishlo. Des poches de résistance des FDS se maintiennent à Raqqa, essentiellement autour de la prison d’al-Aqtan. Le commandant en chef des FDS, Mazlum Abdi, a déclaré que ses forces s’étaient retirées dans les zones à population majoritairement kurde afin de les défendre. La ville de Sarrine, au sud de Kobané, est également tombée aux mains des forces gouvernementales islamistes.

Le Nord-Est syrien auto-administré, comprenant les parties non-occupées du Rojava, est sous le feu d’une offensive militaire du nouveau pouvoir islamiste syrien appuyée par la Turquie. Les combattant·es kurdes, arabes et assyrien·nes ont déclaré une mobilisation générale pour protéger les fruits de la révolution démocratique, socialiste et féministe. Alors que des milliers de combattant·es de tous âges répondent à l’appel, y compris celles et ceux provenant d’autres régions du Kurdistan, des mobilisations ont lieu en Europe pour soutenir la résistance. Le réseau international Rise Up 4 Rojava, auquel appartient notre Secours Rouge Belgique, appelle à deux rassemblements le 20 (13H) et 21 janvier (10H) place du Luxembourg, à Bruxelles.

L’incertitude domine en Syrie après une offensive majeure, alors que le chef de HTS, Abou Mohammed al-Scharaa, a annoncé dimanche soir un cessez-le-feu et un accord avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), sans confirmation de ces dernières. Le commandant en chef des FDS, Mazlum Abdi, a seulement indiqué que des discussions étaient prévues à Damas ce lundi 19 janvier, précisant que ses forces s’étaient retirées des zones de Raqqa et de Deir ez-Zor. Par ailleurs, il a affirmé que : « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir ; nous en avons la force. C’est une résistance, et je suis convaincu que, comme nous l’avons fait ces quatorze dernières années, nous réussirons à nouveau à l’avenir. » Il a également dénoncé l’alliance entre le gouvernement de transition syrien, la Turquie et les puissances impérialistes visant à démanteler l’autonomie du Rojava. Selon plusieurs analyses de la situation militaire et territoriale dans le nord-est de la Syrie, les forces des kurdes et leurs alliés (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie et Forces démocratiques syriennes) auraient perdu une part très significative de leur territoire, de 40% à 66% selon les différentes estimations. Parallèlement, Damas a annoncé la signature de décrets reconnaissant certains droits culturels et administratifs kurdes, une mesure jugée largement insuffisante par les dirigeants kurdes, qui dénoncent l’absence de garanties réelles sur l’autonomie politique, la sécurité et l’avenir du Rojava.

Lors d’une audience tenue le 14 janvier devant la 13ᵉ cour pénale de grande instance d’Istanbul, Muharrem Cengiz, membre de Grup Yorum, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité aggravée. Les autorités turques lui reprochent d’avoir mené, dans le quartier de Gazi, des actions contre la corruption ainsi que contre des trafiquants de drogue. Cette décision s’inscrit dans un contexte de répression croissante visant les milieux de gauche et progressistes, dont Grup Yorum constitue une illustration brutale. Depuis 2016, plus de trente personnes liées au groupe de musique ont été détenues. Plus d’une dizaine sont actuellement incarcérées pour des accusations en lien avec leur activité musicale et politique, tandis que six membres figurent sur la liste des personnes les plus recherchées par le ministère de l’Intérieur turc.

Dossier(s): Turquie-Kurdistan Tags: ,

Les groupes liés au gouvernement de transition syrien de Hayat Tahrir al-Sham (HTS, héritier d’al-Nosra affilié à al-Qaïda) et soutenus par l’État turc poursuivent leurs attaques autour du barrage de Tichrine. Par ailleurs, ils ont déclaré Deir Hafir et sa province comme zone militaire et ont commencé à bombarder la région avec de l’artillerie, après avoir déjà mené une offensive brutale contre les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh à Alep (voir notre article). L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie a déclaré un couvre-feu à Raqqa et Tabqa en raison des attaques de ces groupes. Les commandants des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ont affirmé leur détermination à résister à toute offensive. Ces attaques s’inscrivent dans une offensive plus large, où HTS, soutenu par la Turquie et appuyé par des puissances occidentales telles que la France, l’Union européenne et les États-Unis, s’attaque au Rojava avec comme toile de fond les négociations au point mort après l’accord du 10 mars 2025 sur l’intégration des institutions civiles et militaires du nord‑est syrien (où les Kurdes sont majoritaires) à l’État syrien. Selon les forces kurdes, cet accord a été rompu par HTS après ces nombreuses attaques. Par ailleurs, l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK) a annoncé que son cessez-le-feu avec la Turquie serait remis en cause si Ankara continuait à soutenir cette offensive contre les forces kurdes en Syrie.

Dossier(s): Turquie-Kurdistan Tags: ,

Le 11 janvier 2026, à Batman, une ville à majorité kurde du Sud-Est de la Turquie, quatre jeunes (Selahattin İrekür, Diyar Yarma, Argeş Toparlı et Süleyman Avşar) ont été interpellés à leur domicile après avoir participé à une manifestation contre les attaques de groupes affiliés au gouvernement syrien dans les quartiers kurdes Şêxmeqsûd et Eşrefiyê d’Alep. Les perquisitions ont eu lieu dans les quartiers de Bağlar, Çamlıtepe et Bayındırlık au matin, et les quatre jeunes ont été conduits au commissariat central de la ville.

Dossier(s): Turquie-Kurdistan Tags: ,

Le prisonnier politique Kenan Yanen, militant accusé d’être membre du MLKP (Parti communiste marxiste-léniniste) et détenu depuis 31 ans, a été libéré le 9 janvier 2026 de la prison de haute sécurité F de Tekirdağ n°2, après que sa libération avait été retardée à plusieurs reprises par le Conseil d’observation administrative. Bien qu’il ait purgé la durée légale de 30 ans, sa libération avait été ajournée trois fois au motif de « mauvaise conduite », des décisions dénoncées comme arbitraires, avant qu’il ne soit finalement remis en liberté. À sa sortie, il a été accueilli par des membres de sa famille et ses camarades (au centre de la photo avec un bouquet de fleurs).