Le Nord-Est syrien auto-administré, comprenant les parties non-occupées du Rojava, est sous le feu d’une offensive militaire du nouveau pouvoir islamiste syrien appuyée par la Turquie. Les combattant·es kurdes, arabes et assyrien·nes ont déclaré une mobilisation générale pour protéger les fruits de la révolution démocratique, socialiste et féministe. Alors que des milliers de combattant·es de tous âges répondent à l’appel, y compris celles et ceux provenant d’autres régions du Kurdistan, des mobilisations ont lieu en Europe pour soutenir la résistance. Le réseau international Rise Up 4 Rojava, auquel appartient notre Secours Rouge Belgique, appelle à deux rassemblements le 20 (13H) et 21 janvier (10H) place du Luxembourg, à Bruxelles.

L’incertitude domine en Syrie après une offensive majeure, alors que le chef de HTS, Abou Mohammed al-Scharaa, a annoncé dimanche soir un cessez-le-feu et un accord avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), sans confirmation de ces dernières. Le commandant en chef des FDS, Mazlum Abdi, a seulement indiqué que des discussions étaient prévues à Damas ce lundi 19 janvier, précisant que ses forces s’étaient retirées des zones de Raqqa et de Deir ez-Zor. Par ailleurs, il a affirmé que : « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir ; nous en avons la force. C’est une résistance, et je suis convaincu que, comme nous l’avons fait ces quatorze dernières années, nous réussirons à nouveau à l’avenir. » Il a également dénoncé l’alliance entre le gouvernement de transition syrien, la Turquie et les puissances impérialistes visant à démanteler l’autonomie du Rojava. Selon plusieurs analyses de la situation militaire et territoriale dans le nord-est de la Syrie, les forces des kurdes et leurs alliés (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie et Forces démocratiques syriennes) auraient perdu une part très significative de leur territoire, de 40% à 66% selon les différentes estimations. Parallèlement, Damas a annoncé la signature de décrets reconnaissant certains droits culturels et administratifs kurdes, une mesure jugée largement insuffisante par les dirigeants kurdes, qui dénoncent l’absence de garanties réelles sur l’autonomie politique, la sécurité et l’avenir du Rojava.

Lors d’une audience tenue le 14 janvier devant la 13ᵉ cour pénale de grande instance d’Istanbul, Muharrem Cengiz, membre de Grup Yorum, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité aggravée. Les autorités turques lui reprochent d’avoir mené, dans le quartier de Gazi, des actions contre la corruption ainsi que contre des trafiquants de drogue. Cette décision s’inscrit dans un contexte de répression croissante visant les milieux de gauche et progressistes, dont Grup Yorum constitue une illustration brutale. Depuis 2016, plus de trente personnes liées au groupe de musique ont été détenues. Plus d’une dizaine sont actuellement incarcérées pour des accusations en lien avec leur activité musicale et politique, tandis que six membres figurent sur la liste des personnes les plus recherchées par le ministère de l’Intérieur turc.

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Les groupes liés au gouvernement de transition syrien de Hayat Tahrir al-Sham (HTS, héritier d’al-Nosra affilié à al-Qaïda) et soutenus par l’État turc poursuivent leurs attaques autour du barrage de Tichrine. Par ailleurs, ils ont déclaré Deir Hafir et sa province comme zone militaire et ont commencé à bombarder la région avec de l’artillerie, après avoir déjà mené une offensive brutale contre les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh à Alep (voir notre article). L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie a déclaré un couvre-feu à Raqqa et Tabqa en raison des attaques de ces groupes. Les commandants des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ont affirmé leur détermination à résister à toute offensive. Ces attaques s’inscrivent dans une offensive plus large, où HTS, soutenu par la Turquie et appuyé par des puissances occidentales telles que la France, l’Union européenne et les États-Unis, s’attaque au Rojava avec comme toile de fond les négociations au point mort après l’accord du 10 mars 2025 sur l’intégration des institutions civiles et militaires du nord‑est syrien (où les Kurdes sont majoritaires) à l’État syrien. Selon les forces kurdes, cet accord a été rompu par HTS après ces nombreuses attaques. Par ailleurs, l’Union des Communautés du Kurdistan (KCK) a annoncé que son cessez-le-feu avec la Turquie serait remis en cause si Ankara continuait à soutenir cette offensive contre les forces kurdes en Syrie.

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Le 11 janvier 2026, à Batman, une ville à majorité kurde du Sud-Est de la Turquie, quatre jeunes (Selahattin İrekür, Diyar Yarma, Argeş Toparlı et Süleyman Avşar) ont été interpellés à leur domicile après avoir participé à une manifestation contre les attaques de groupes affiliés au gouvernement syrien dans les quartiers kurdes Şêxmeqsûd et Eşrefiyê d’Alep. Les perquisitions ont eu lieu dans les quartiers de Bağlar, Çamlıtepe et Bayındırlık au matin, et les quatre jeunes ont été conduits au commissariat central de la ville.

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Le prisonnier politique Kenan Yanen, militant accusé d’être membre du MLKP (Parti communiste marxiste-léniniste) et détenu depuis 31 ans, a été libéré le 9 janvier 2026 de la prison de haute sécurité F de Tekirdağ n°2, après que sa libération avait été retardée à plusieurs reprises par le Conseil d’observation administrative. Bien qu’il ait purgé la durée légale de 30 ans, sa libération avait été ajournée trois fois au motif de « mauvaise conduite », des décisions dénoncées comme arbitraires, avant qu’il ne soit finalement remis en liberté. À sa sortie, il a été accueilli par des membres de sa famille et ses camarades (au centre de la photo avec un bouquet de fleurs).

Jeudi 8 janvier à Istanbul, une manifestation organisée pour dénoncer les attaques contre les quartiers kurdes d’Alep a été violemment réprimée. Au moins 30 participants ont été interpellés, certains après avoir été frappés, et plusieurs manifestants ont été emmenés sous escorte policière. Les témoins rapportent des scènes d’intimidation, avec des arrestations ciblant des figures associatives et militantes. Cela intervient alors que les forces de sécurité locales résistent aux assauts meurtries dans la ville d’Alep et que de nombreux rassemblements sont organisés en Europe et ailleurs (voir notre article).

Depuis mardi 6 janvier, les quartiers de Şêxmeqsûd (Cheikh Maqsoud) et Eşrefiyê (Achrafieh) subissent les attaques de groupes affiliés au gouvernement de transition syrien (voir notre article). Ce jeudi 8 janvier, ces forces ont intensifié les bombardements sur la zone avec des drones et de l’artillerie lourde. En deux jours, 11 personnes ont été tuées et plus de 60 ont été blessées.

Des manifestations se sont organisées et continuent à s’organiser dans différentes villes d’Europe depuis le début de l’attaque. Un rassemblement se tiendra à Bruxelles le vendredi 9 janvier à 15h devant la gare centrale. Le samedi 10 janvier, la grande manifestation « Justice & Vérité » se tiendra à Paris pour les militant·es kurdes assassiné·es à Paris en 2013 et 2022 (voir notre article).

En Turquie, la répression judiciaire visant les avocats engagés se poursuit. Le 5 janvier dernier, l’avocat du Halkın Hukuk Bürosu (Bureau juridique du peuple) et prisonnier politique Aytaç Ünsal a entamé une grève de la faim d’une semaine. Celle-ci vise à dénoncer deux décisions emblématiques de cette politique répressive : l’incarcération de l’avocat Naim Eminoğlu et le blocage de la libération de Selçuk Kozağaçlı, pourtant éligible à une remise en liberté, empêchée par une décision arbitraire du conseil administratif et de surveillance. À travers cette action, Aytaç Ünsal dénonce l’acharnement des autorités contre les avocats qui défendent les opposants politiques.

Le leader kurde Selahattin Demirtas, détenu depuis 2016 à la prison d’Edirne, a été condamné le 6 janvier à un an, cinq mois et 15 jours de prison pour « insulte au président ». Les accusations portent sur plusieurs discours prononcés il y a plus de dix ans et ont été regroupées dans un même dossier. Son équipe juridique n’a pas obtenu de délai supplémentaire pour préparer sa défense et prévoit de faire appel. Déjà condamné en 2021 pour des critiques du gouvernement concernant l’abattage d’un avion russe en 2015, Demirtas bénéficie par ailleurs d’une décision définitive de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) exigeant sa libération, jusqu’à présent ignorée par les autorités turques.