Les soldats israéliens ont abattu vendredi après-midi Fahed el-Astal, âgé de 16 ans, et blessé légèrement un autre adolescent près de la barrière de la frontière. L’adolescent qui manifestait à l’est de la ville de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, près de la frontière, a reçu une balle dans le ventre et est décédé peu après son arrivée à l’hôpital. Le Hamas ayant annulé pour la troisième semaine consécutive la manifestation hebdomadaire, le jeune Palestinien tué participait à un rassemblement indépendant.
Jeudi 28 novembre, plusieurs manifestations pour la chute du régime se tenaient en Irak notamment à Bagdad, Najaf et Nassiriya. Dans les rues de Nassiriya, à 300 km au sud de Bagdad, des centaines de personnes ont défié le couvre-feu pour former un cortège funéraire en hommage aux manifestant·es tué·es. Au moins 25 personnes ont été tuées en quelques heures et on recense au moins 250 blessé·es lorsque les forces de sécurité ont tenté de reprendre le contrôle des ponts bloqués par les manifestant·es depuis trois jours. Des manifestant·es armé·es auraient alors bloqué l’autoroute venant de Bagdad pour empêcher l’arrivée de plus de renforts policiers ou militaires et auraient également incendié un QG de la police puis encerclé le commandement militaire de la province. La veille au soir, le consulat iranien avait été brûlé à Najaf car le mouvement accuse le gouvernement iranien de tirer les ficelles chez eux. À Bagdad, le mouvement se poursuit de jour comme de nuit. Au total, la journée de jeudi a fait 44 mort·es et plusieurs centaines de blessé·es. En deux mois, la contestation a fait près de 400 mort·es et quelques 15 000 blessé·es dans l’ensemble du pays.
Irak - 44 manifestant·es tué·es et plusieurs centaines de blessé·es
Deux manifestants ont été tués dans le coeur historique et commerçant de Bagdad et dans la ville sainte chiite de Kerbala, à 100 km plus au sud. Dans l’un des pays les plus riches en pétrole du monde -mais aussi l’un des plus corrompus-, les protestataires réclament la refonte du système politique et le renouvellement total de leur classe dirigeante. Ils s’en prennent également au voisin iranien qu’ils accusent de tirer les ficelles chez eux. A Bagdad, dans un nuage de lacrymogène, alors qu’il tentait de se protéger avec un maigre bouclier de tôle, un jeune a été mortellement blessé par les balles en caoutchouc des forces de l’ordre. Une vingtaine d’autres ont été blessés. Aux abords du pont al-Ahrar, près de la place Tahrir, épicentre du mouvement de contestation, protégés par des murs de béton montés en travers des rues, les forces tirent, parfois à balles réelles sur les jeunes manifestants.
Mardi semble marquer un tournant: les violences qui ont déjà fait plus de 350 morts en deux mois ont gagné des villes du sud. Les manifestants brûlent des pneus pour barrer les principaux axes, comme à Kerbala. Là, les violences sont habituellement nocturnes mais mardi des policiers casqués et brandissant des boucliers antiémeutes ont tiré en plein jour sur les manifestants qui jetaient des pierres. Un manifestant a été touché d’une balle à la tête et les médecins ont fait état d’un mort. Dans la province de Zi Qar, les protestataires essayent de frapper le pouvoir au seul endroit qui peut lui faire mal, ses ressources en pétrole, unique source de devises du pays. Ils bloquent les accès à trois champs pétroliers –Garraf, Nassiriya et Soubba. A Diwaniya, des milliers de manifestants bloquent le centre-ville, des ponts, une des trois centrales électriques de la province et les autoroutes menant vers le nord, le sud et l’ouest. Al-Hilla, où la contestation était jusque là pacifique, a été aussi gagnée par les violences, avec une soixantaine de manifestants blessés par des tirs de grenades lacrymogènes.
Depuis 40 jours, des manifestations de masse dénoncent la corruption des dirigeants de tous les partis politiques. Les chefs respectifs des deux puissants mouvements chiites, Amal et le Hezbollah, Nabih Berri (président du Parlement depuis 1992) et Hassan Nasrallah, sont conspués au même titre que l’ensemble de la classe dirigeante. Des heurts ont éclaté, dans la nuit de dimanche à lundi à Beyrouth, entre les manifestants antigouvernementaux et des miliciens du Hezbollah et d’Amal. Ces derniers ont attaqué des manifestants antigouvernementaux qui avaient bloqué l’un des principaux axes de la capitale, faisant dix blessés. Des militaires ont fini par s’interposer. Des incidents similaires ont été signalés à d’autres endroits de la capitale, et dans d’autres villes du Liban.
Les miliciens chiites derrière un barrage de militaires
Ce samedi 23 novembre, une manifestation se tiendra à 13h devant l’ambassade iranienne en soutien au soulèvement de la population en Iran (voir notre article). Depuis le début du soulèvement, près de 200 personnes ont été tuées et plus de 3000 blessées. Le rassemblement exprimera aussi sa solidarité avec les insurrections populaires du Chili, du Liban et d’ailleurs.
Rendez-vous à 13h, devant l’ambassade d’Iran, avenue Franklin Roosevelt 15, 1050 Bruxelles
Le Parlement libanais a dû renoncer mardi, pour la deuxième fois, à l’examen de propositions de lois dénoncées par le mouvement de contestation qui secoue le pays depuis plus d’un mois, après de vives tensions dans le centre-ville de Beyrouth. Des bousculades, concert de casseroles et même tirs de semonce avaient auparavant eu lieu dans le centre de Beyrouth, placé sous haute sécurité, où des centaines de manifestants s’efforçaient d’empêcher la tenue de la séance. Des accrochages limités ont opposé des protestataires aux forces de l’ordre équipées de casques et de boucliers, notamment lorsqu’ils ont essayé à plusieurs reprises d’arracher les fils barbelés et les barrières en fer bloquant les rues et avenues menant à la place de l’Etoile, où se trouve le Parlement. Les tirs de semonce ont résonné au passage d’un convoi, suscitant la colère des contestataires. « Révolution, révolution » ont scandé les manifestants, le poing levé, brandissant des drapeaux libanais.
Le Liban, qui se trouve dans une situation économique et financière très délicate, est secoué depuis le 17 octobre par un soulèvement inédit réclamant le départ d’une classe dirigeante dénoncée comme corrompue et incompétente. Ce mouvement mobilise des centaines de milliers de Libanais. Dans ce contexte, l’examen de plusieurs propositions de loi controversées, notamment une loi d’amnistie générale qui engloberait des milliers de personnes, a suscité le courroux des protestataires. Les manifestants assurent que cette loi d’amnistie pourrait exonérer des personnes condamnées ou soupçonnées d’implication dans des affaires d’évasion fiscale ou encore de crimes environnementaux, dans un pays confronté au fléau de la corruption.
L’Iran est touché depuis vendredi soir par une vague de mécontentement provoquée par l’annonce d’une réforme du mode de subvention de l’essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés mais s’accompagnant d’une très forte hausse du prix à la pompe. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants. Certaines sources parlent de dizaines de morts. Au moins 25 villes ont été touchées par les troubles, qui surviennent à quelques mois des législatives prévues pour février, dont Téhéran, Machhad (Nord-Est) et Ispahan (Centre), les trois premières agglomérations du pays. Le prix de l’essence, très subventionnée en Iran, doit augmenter de 50 %, passant de 10 000 à 15 000 rials (11 centimes d’euros) pour les 60 premiers litres achetés chaque mois, et de 300 % (à 30 000 rials) pour les litres suivants. Les autorités assurent que les recettes dégagées doivent bénéficier aux 60 millions d’Iraniens les moins favorisés, mais cette mesure a soulevé une levée de boucliers.
Selon les agences locales, près de 400 personnes ont été appréhendées depuis vendredi : 40 à Yazd (centre), 180 dans la province du Khouzestan (sud-ouest), et 150 dans la province d’Alborz, au nord-ouest de Téhéran. Selon l’agence Tasnim, proche des ultraconservateurs, les 150 personnes arrêtées en Alborz étaient des « meneurs » de la contestation. Le porte-parole de l’autorité judiciaire a fait état de l’arrestation de personnes ayant incendié des mosquées ou des banques, et d’« individus ayant fourni des films et des informations à des médias étrangers et à des ennemis » de la République islamique, autrement dit, des internautes ayant posté des vidéos des incidents. Un officier des gardiens de la révolution et deux membres du Bassidj, corps de volontaires islamistes, ont été tués dans les affrontements. Dès samedi soir internet était presque entièrement coupé en Iran. Fait plutôt rare, la télévision publique iranienne a diffusé dès samedi des images de jeunes gens masqués dans des rues jonchées de débris en train d’incendier des bâtiments publics.
Au cours du week-end, les forces de sécurité irakiennes ont lancé une nouvelle vague de répression contre les manifestant·e·s, faisant au moins neuf mort·e·s et une centaine de blessé·e·s. Depuis le début des manifestations en octobre, la répression exercée par le gouvernement a fait au moins 300 mort·e·s et 15 000 blessé·e·s. Les forces de sécurité utilisent à nouveau des balles réelles contre les manifestant·e·s ainsi que des grenades étourdissantes souvent létales (voir notre article) et du gaz lacrymogène 10 fois plus puissant que celui couramment utilisé.
La plupart des affrontements de ce week-end entre les forces de sécurité et les manifestant·e·s avaient pour enjeu le contrôle de plusieurs ponts qui traversent le Tigre, reliant le cœur de Bagdad à la Green Zone, une zone fortement sécurisée dans laquelle se trouvent notamment le parlement, les services du gouvernement irakien et l’ambassade des États-Unis. La nouvelle offensive gouvernementale a été lancée pour reprendre ces ponts ainsi que plusieurs routes importantes bloquées par les manifestant·e·s. Les manifestant·e·s ont cependant pu défendre avec succès la place Tahrir (qui constitue l’épicentre du mouvement) ainsi que le pont Al-Jumhuriyah.
Au moins 300 manifestant·e·s tué·e·s depuis le début du mouvement en Irak
En Irak, les manifestants, qui réclament la chute du régime, redoutent que la coupure d’internet, inaccessible depuis ce lundi 4 novembre, ne soit un signe précurseur d’un retour au pire, les forces de sécurité tirant de nouveau à balles réelles dans la capitale. Depuis le 1er octobre, début d’un mouvement spontané de contestation, près de 280 personnes – en majorité des manifestants – ont été tuées, selon un bilan provisoire. Les autorités ont proposé des réformes sociales et amendements constitutionnels, mais les manifestants continuent de réclamer le départ de tous les responsables qu’ils jugent corrompus et incompétents ainsi qu’une refonte totale du système politique mis en place après la chute de Saddam Hussein.
Dans le sud, chiite et tribal, la désobéissance civile continue de paralyser écoles, administrations et gagne les infrastructures portuaires et pétrolières vitales pour l’Irak – deuxième producteur de l’Opep -, pays dont les habitants étranglés par le chômage et la pauvreté réclament leur « part du pétrole ». À Bagdad, les protestataires ont été une nouvelle fois pris mercredi sous les tirs à balles réelles des forces de sécurité sur le pont al-Chouhada. Les policiers anti-émeutes ont d’abord tabassé des manifestants à coups de matraques, les manifestants ont répondu avec des jets de pierre et ensuite les forces ont tiré. Depuis lundi soir, Internet est de nouveau aux abonnés absents. Les campagnes d’arrestations de militants vont bon train, selon des sources de sécurité et activistes. Des sources médicales s’inquiètent aussi de la disparition de plusieurs médecins, alors que de nombreuses voix en Irak dénoncent des opérations d’enlèvement organisées.
Jeudi dès 18h, les Algérois se sont regroupés aux alentours de la place de la Grande-Poste, en scandant des slogans hostiles au régime et à la tenue de l’élection présidentielle. Ne s’attendant probablement pas à une mobilisation forte, dès lors que les entrées de la capitale avaient été quadrillées par des barrages filtrants, aucun dispositif de sécurité n’était encore mis en place à l’heure du départ de la manifestation. Des policiers, en uniforme et en civil, ont procédé, néanmoins, à des dizaines d’interpellations, ciblant les gens ne résidant pas à Alger. La tentative sera vaine, les manifestants ne quitteront pas les lieux.
À 20h30, les forces anti-émeutes repousseront brutalement les manifestants, les empêchant d’occuper la place de la Grande-Poste, mais les manifestants resteront malgré tout jusque tard dans la nuit en scandant « Les martyrs l’ont arrachée (l’indépendance du pays), les traîtres l’ont vendue » en déployant l’emblème amazigh (interdit) aux côtés du drapeau national.