Alors que les audiences des prisonniers basques Ion Parot et Jakes Esnal se tiendront dans un peu moins d’un mois, les forces solidaires annoncent une action de blocage de tout le Pays Basque Nord pour cet été. Cette annonce a été faite le 19 avril, dans la perspective des audiences de Ion Parot et Jakes Esnal, respectivement les 13 et 19 mai prochains. Des rassemblements sont prévus à ces deux dates : le 13 à Bayonne et le 19 à Saint-Jean-de-Luz  afin que soit enfin accordée la libération conditionnelle à ces prisonniers âgés de plus de 70 ans. Une manifestation est également organisée le 11 juin à Lauga, à la veille des délibérés d’audiences. Après quatre actions de désobéissance civile, d’autres sont promises, plus impactantes et plus importantes, dans les semaines à venir. Ion, Jakes et Unai sont détenus depuis 32 ans et ils auraient déjà pu être libérés si des mesures d’exception ne leur avaient pas été appliquées.

(archive)

Vendredi 1er avril, une cinquantaine de militant·es des collectifs Artisans de la paix et Bake Bidea ont mené une occupation d’un centre d’impôts en soutien aux prisonniers basques. Cette action fut organisée pour soutenir plus spécifiquement Jakes Esnal (un ancien militant d’ETA, voir nos articles) et Ion Parot (un ancien membre du commando Itinérant d’ETA). La police est intervenue en nombre, peu avant 20h, pour déloger les manifestants qui avaient l’intention de passer la nuit sur place.

Occupation d'un centre d'impôt en soutien aux prisonniers indépendantistes

Occupation d’un centre d’impôt en soutien aux prisonniers indépendantistes

Le stade de pelote basque de Berango était plein à craquer ce dimanche pour accueillir Ibai Aginaga, militant communiste et indépendantiste, revenu dans sa ville après une absence de 21 ans, dont 2 dans la clandestinité dans ETA et 19 autres passés dans différentes prisons d’Espagne. Au petit matin, Ibai a quitté la prison de Basauri et est arrivé peu après à Berango pour participer à l’Ongi Etorri (l’accueil populaire) que les voisins et les militants voulaient lui offrir, malgré l’interdiction du gouvernement espagnol et la dissociation de la direction de la gauche nationaliste officielle qui demande « instamment » que l’accueil des prisonniers se fasse de manière discrète et privée. Accepter cet accueil était pour Ibai une nouvelle manière de critiquer les choix de cette direction et de la ligne adoptée par la gauche nationaliste officielle depuis que l’ETA a déposé les armes.

Ibai est populaire dans la localité, tout comme sa mère, qui l’a soutenu pendant ces 20 ans de lutte carcérale, mais Berango est aussi une ville particulière, rebelle et combattive. Dès les premières heures du matin, les rues étaient remplies d’affiches et de banderoles saluant l’événement. Celui-ci s’est déroulé parfaitement. Des centaines de personnes se pressaient dans le lieu. Il y était interdit d’entrer avec des téléphones portables et la presse espagnole était tenue à l’écart. L’assistance a scandé « Presoak kalera, amnistía osoa » (prisonniers dans les rues, amnistie maintenant) ou « Jotake Irabazi arte » (Lutte jusqu’à la victoire). Un concert a précédé la montée sur scène d’Ibai qui a reçu dix minutes d’ovation. Des discours ont suivi et une nouvelle ovation a salué l’arrivée à la tribune de la mère d’Ibai fleurie par les enfants de la localité. D’autres prisonniers étaient présents, comme Josemari Sagarduy (« Gatza »), arrêté à l’âge de 22 ans et libéré à 53 ans, ou Iñaki Etxeberría « Mortadelo », qui a purgé 25 ans de prison.

Ibai a ensuite pris la parole. Très ému, il a souligné sa joie de retrouver plusieurs camarades de lutte. Il a rappelé la situation d’autres prisonniers indépendantistes comme Kepa Preciado, Dani Pastor, « Txikito » et tous les prisonniers antifascistes, y compris ceux du PCE (r) et des GRAPO (voir notre dossier). Il a appelés à continuer à se battre et a terminé son discours en disant : « Je suis entré en prison comme militant de l’ETA et je suis sorti comme militant communiste », ce qui a provoqué la dernière ovation prolongée de cet événement mémorable.

Le prisonnier politique basque Mikel Otegi a été admis d’urgence à l’hôpital de Navarre la semaine dernière, de la prison d’Iruñea. Après avoir été testé positif au COVID19, il a été conduit au secteur COVID du centre hospitalier. Une fois cette infection surmontée, après avoir été testé négatif au COVID, Mikel a été emmené dans une autre section. Il y a subi des tests qui ont permis de lui diagnostiquer une tuberculose pulmonaire. Mikel Otegi fait partie du groupe de 19 prisonniers et prisonniers politiques basques atteints de maladies graves. Etxerat et d’autres organisations solidaires revendiquent la libération pour Mikel Otegi ainsi que pour les autres prisonniers et prisonniers politiques basques souffrant de maladies graves et incurables.

Le prisonnier politique basque Francisco José Ramada Estevez a été admis vendredi dernier dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital de Donostia, après avoir subi un incident cardiaque. Il a été transféré d’urgence après s’être évanoui dans la prison de Martutene, où il est actuellement détenu. Ramada Estevez, militant d’ETA, 58 ans, est en prison depuis 21 ans. Pendant son emprisonnement à Murcia I, à 830 km du Pays basque, il a subi une intervention chirurgicale, après laquelle ‘il avait été immédiatement transféré à nouveau en prison, malgré la douleur intense dont il souffrait encore. En juin 2020, il a été transféré à la prison d’Iruñea et finalement, l’année dernière, il a été transféré à Martutene. En septembre 2020, Ramada Estévez avait déjà purgé les trois quarts de sa peine, étant déjà dans la dernière phase de sa peine, ce qui devrait lui permettre d’avoir des permissions.

 

Comme chaque année, un appel a été lancé à manifester pour les droits des prisonniers de l’ETA le 8 janvier, mais en raison de la pandémie, et pour la deuxième année consécutive, la traditionnellement manifestations de masse (voir notre article sur la dernière en date) a été remplacée par 191 manifestations dans autant de villes du Pays basque pour demander la fin de la politique pénitentiaire d’exception pour les détenus et le transfert de tous ces derniers au pays. La moitié des prisonniers de l’ETA se trouvent toujours hors du Pays basque et que des mesures exceptionnelles continuent à s’appliquer à eux, tant en ce qui concerne le régime de détention qu’en ce qui concerne les libérations anticipées.

Daniel Pastor, est un communiste basque condamné à plusieurs milliers d’années de prison pour son engagement dans ETA, dont 3.860 années pour l’attaque à la camionnette piégée contre une caserne de Burgos en juillet 2009. En 2015, il avait rendu publique sa rupture avec la « gauche nationaliste officielle » parce qu’elle a pactisé avec l’état espagnol. Incarcéré à la prison de Zuera, il est en grève de la faim depuis le 1er décembre. Le 15 novembre, Daniel est transféré et confiné dans un autre module après avoir été testé positif au Covid-19. Un test devrait déterminer si le confinement peut cesser. Mais les jours passent et le test n’est pas effectué et il est est menacé à plusieurs reprises par des gardiens fascistes. Dans la nuit du 24 novembre, il doit être changé de cellule, le corps plein de morsures des punaises qui infectaient le lit. Nous sommes en décembre et il reste à l’isolement absolu, sans radio, ni livres ni rien.

 

Trois jeunes ont été arrêtés à 6 heures du matin, hier mercredi, et placés en garde à vue au commissariat de Bayonne, dans le cadre de l’enquête liée aux événements du 14 juillet à Saint-Jean-de-Luz. Ces arrestations ont eu lieu à Urrugne et Hendaye. Un quatrième jeune recherché car il n’était pas à son domicile, s’est présenté au commissariat dans la matinée. 200 manifestants s’étaient aussitôt rassemblés pour exiger leurs libération. Les quatre ont été libérés en milieu d’après-midi. Deux d’entre eux étaient poursuivis pour des faits de vol en réunion, et le troisième pour des faits de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.

Le 14 juillet dernier, quelque 200 personnes avaient manifesté à Saint-Jean-de-Luz à l’appel du collectif U14 contre la Fête nationale française. Des drapeaux tricolores auraient été arrachés devant le monument aux morts de la ville (le fameux « vol en réunion »). Un peu plus tard, une banderole accrochée sur les grilles de l’hôtel de ville indiquant : « Hau ez da Frantzia, ezta Espania ere, Euskal Herria da » (Ici ce n’est pas la France, ni l’Espagne, ici c’est le Pays Basque) ». A la demande du préfet des Pyrénées-Atlantiques, le procureur de la République de Bayonne avait ouvert une enquête confiée à la police judiciaire de Bayonne.

Le rassemblement solidaire

Des dizaines de familles et d’amis ont accueilli lundi matin Agustin Almaraz Larrañaga à sa sortie de la prison de Basauri. Almaraz, originaire de Santutxu, a été arrêté par l’Ertzaintza à Noël 1995 à Gasteiz, accusé de faire partie du « commandement Araba » de l’ETA. Dans la même opération, Iñaki Alonso et Nerea Bengoa avaient été capturés. Almaraz a été détenu pendant 25 ans à Carabanchel, Valdemoro, Ocaña, Burgos et Puerto. Il a ensuite été transféré à Estremera (Madrid), Zuera et enfin à Basauri. Il n’a pas eu de permission, comme c’est le cas pour la plupart des détenus autres que ceux de la gauche nationaliste basque. De la même manière, le fait qu’il était libérable dès 2014 ne l’a pas empêcher d’être détenu jusqu’à lundi.

Agus Almarza (t-shirt CCCP) à sa libération

La Garde civile a arrêté Carlos Sáez de Eguilaz et Felipe San Epifanio, deux anciens prisonniers d’ETA, pour leur relation présumée avec l’organisation d’hommages aux prisonniers de l’ETA à leur sortie de prison. Les arrestations ont été ordonnées par la Cour centrale d’instruction numéro 6 de la Haute Cour nationale pour « crime d’exaltation du terrorisme et d’humiliation des victimes ». Les arrestations ont eu lieu dans le cadre de l’opération Kabat au cours de laquelle quatre personnes ont déjà été arrêtées en janvier 2020 (voir notre article).