Trois Yéménites manifestant contre le régime du président Ali Abdallah Saleh ont été tués mardi avant une rencontre de représentants du pouvoir avec des médiateurs du Golfe et une réunion du Conseil de sécurité sur la crise politique dans ce pays. La police est intervenue en début de soirée pour empêcher par la force une marche dans l’ouest de la capitale mais a été obligée de battre en retraite.

Dans la matinée, une personne a été tuée et plusieurs blessées par les forces de sécurité qui ont tiré sur des milliers de manifestants hostiles au régime à Taëz (sud-ouest). Des hommes armés en civils ont été vus en train de tirer en l’air ou en direction des manifestants qui les accusent d’être des hommes de main du régime du président Saleh. Des milliers de manifestants ont assiégé en soirée les bureaux de la Brigade criminelle à Taëz pour protester contre la mort du manifestant tué dans la matinée, et exiger la libération de personnes arrêtées dans la foulée de cet incident meurtrier. D’autres manifestations ont eu lieu à Ibb, Aden, Chabwa, dans le sud et le sud-est ainsi qu’à Hodeïda (ouest), Damar (centre) et Saada, dans le nord.

Hier, les forces de l’ordre ont tiré sur des participants à une marche de contestation à Taëz, faisant des dizaines de blessés et au moins quinze morts. Les membres des forces de sécurité et de l’armée ont fait feu dès le départ du cortège, qui a malgré tout atteint sa destination finale, le bâtiment du siège du gouverneur de province. Les manifestants sont parvenus à entrer dans la cour, où ils ont été accueillis par de nouvelles salves de tirs d’hommes armés, dont certains étaient postés sur les toits. Selon le médecin qui dirige l’hôpital de campagne qui soigne les manifestants, le bilan de ce lundi devrait s’alourdir, vu le nombre de blessés graves.

A Sanaa, le sit-in en cours depuis le 21 février est encerclé depuis quelques jours par des militaires ralliés à l’opposition qui protègent le millier de manifestants qui campent sur la place. Hier, les soldats ont empêché l’assaut du camp par plus de 200 policiers qui tentaient encore une fois de disperser les protestataires.

L’état a siège a été instauré au Yémen. Pendant 30 jours, les forces de sécurité peuvent arrêter et détenir des suspects sans passer par la justice. Il suspend la Constitution, permet de censurer les médias et interdit les manifestations de rue. Le texte vient d’être approuvé par le parlement. Le président Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, a proposé mardi de quitter son poste d’ici à la fin de l’année, alors que son mandat s’achève normalement en septembre 2013, mais l’opposition a rejeté ce compromis, exigeant désormais qu’il parte immédiatement. Plusieurs dizaines de milliers de Yéménites ont manifesté en ce sens dans l’après-midi à Sanaa, la capitale. Des notables du régime ont démissionné pour protester contre la répression violente de la contestation, et la mort d’une quarantaine de manifestants vendredi. Il y aurait eu 80 morts dans tout le pays depuis le début du mouvement il y a plus d’un mois. Des militaires, gradés ou simples soldats (photo) ont également rallié l’opposition.

Yemen: Etat de siège

Le sit-in des manifestants yéménites devant l’université de Sanaa, qui dure depuis le 21 février, a une nouvelle fois été la cible des forces de l’ordre ce vendredi matin. Les manifestants brandissaient des cartons jaunes à l’initiative d’un groupe de jeunes qui avait qualifié cette journée de ‘vendredi de l’avertissement’. Selon des témoins, des hommes positionnés sur les toits des immeubles entourant la place ont tiré à balles réelles sur la foule. Trente personnes ont été tuées et plus de cent autres blessées, dont plusieurs dizaines se trouvent dans un état critique. La police a également lancé des grenades lacrymogènes sur les manifestants.

La police a ouvert le feu et lancé des grenades lacrymogènes sur les protestataires rassemblés à Hodeïda, ville portuaire de la mer Rouge, alors que des partisans du régime les attaquaient à coups de bâtons et de pierres. De nombreuses personnes ont été blessées par balles et certaines ont été intoxiquées par les gaz lacrymogènes. Une quarantaine de personnes ont été tuées dans les troubles au Yémen depuis le début fin janvier du mouvement de contestation appelant au départ du président Ali Abdallah Saleh.

Ce samedi, la police a lancé un nouvel assaut contre les manifestants qui campent depuis le 21 février devant l’université de Sanaa. L’un d’entre eux a été tué et 300 autres blessés, dont trente par balles, les autres ayant été intoxiqués par les gaz lacrymogènes. Plus tôt dans la journée, un homme qui tentait de se joindre au sit-in a été tué par les tirs d’un sniper. Des rassemblements ont également eu lieu dans d’autres villes du pays. A Aden, un manifestant a été tué par les tirs policiers lors de la dispersion de la foule qui tentait de mettre le feu à un poste de police.

Depuis la mi-février, une foule d’étudiants campe dans un sit-in pacifique devant l’université de Sanaa. Ils demandent la démission de l’actuel président, ainsi que plus de perspectives d’emploi, la fin de la corruption et une distribution plus équitable de la richesse. Hier, un grand nombre de manifestants, parmi lesquels énormément de femmes qui souhaitaient marquer la Journée Internationale de la Femme, ont tenté de rejoindre le camp des étudiants en solidarité. Mais les forces de sécurité les en ont violemment empêchés, en tirant des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène. Au moins vingt personnes ont reçu des décharges de pistolets hypodermiques et plus de 85 personnes ont subi les effets néfastes subi des troubles suite à l’inhalation des gaz lacrymogènes.

Loin de se calmer, les heurts se sont poursuivis dans plusieurs pays arabes, les régime autocratiques hésitant entre une sévère répression, qui a déjà fait plusieurs dizaines de morts dans l’ensemble des pays, et un début de négociations avec les représentants de l’opposition “officielle”.
Ce samedi après midi, la tension était très vive à Alger, théâtre d’une nouvelle manifestation de l’opposition. Des policiers algériens ont dispersé samedi après-midi dans le centre d’Alger un demi-millier de manifestants. A Manama, capitale du Bahrein, la police vient de relever l’armée après sa sanglante intervention du milieu de la semaine. dont le bilan s’élève à au moins 4 morts et plusieurs centaines de blesses.
En Lybie, la répression aurait fait 35 morts vendredi à Benghazi, selon des sources venant des hôpitaux et des témoins, ce qui porte à 84 selon son décompte le nombre de personnes tuées ces trois deniers jours dans le pays. Au Yemen, où l’armée a tiré sur le foule, sept personnes ont été tuées dans le pays depuis le début des manifestations.

Manifestation au Yemen

Manifestation au Yemen