La justice turque a décidé le placement en détention « préventive » de 36 journalistes, arrêtés le 20 décembre pendant la rafle visant tous les medias kurdes. Interrogés pendant plus 20h consécutives, 49 journalistes et collaborateurs des médias ont comparus le 23 et 24 décembre devant la 9e cour d’assises d’Istanbul.

Treize journalistes dont le photographe de l’AFP ont été remis en liberté. Le juge a décidé le placement en détention « préventive » de 36 journalistes sous l’accusation d’être membres du PKK. Aujourd’hui, le nombre des journalistes emprisonnés se rapprochent de 100, ce qui fait la Turquie incontestablement la plus grande prison du monde pour les journalistes, très loin devant la Chine et l’Iran.

L’armée turque affirmle avoir tué depuis samedi 21 combattants kurdes, dont un commandant régional, lors d’une opération au Kurdistan. L’opération, entrée dans son cinquième jour, et le vice-Premier ministre a annoncé lundi qu’il n’y aurait pas de trêve des opérations militaires cet hiver, contrairement à l’habitude. L’armée a lancé l’opération, impliquant quelque 3.000 soldats turcs soutenus par des hélicoptères d’attaque et des avions de combat, après avoir identifié un groupe de 30 combattants du PKK à la frontière entre les provinces d’Elazik et Diyarbakir.

Ce mardi matin, sur ordre du Parque d’Istanbul, la police a perquisitionné tous les locaux de l’agence kurde DIHA, le quotidien kurde Özgür Gündem, l’agence Etik, l’imprimerie Gün et la revue Demokratik Modernite, à Istanbul, Ankara, Adana, Diyarbakir et à Van. Au moins 37 journalistes et collaborateurs des médias personnes ont été arrêtés lors de ces opérations simultanées lancées tôt le matin, visant tous les médias kurdes et les journalistes qui collaboraient avec ces médias, dans le cadre de l’affaire KCK, considérée par les autorités comme la branche politique du PKK. Au moins 71 journalistes sont actuellement en prison en Turquie, 44 d’entre eux sont kurdes.

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En mai 2010, à Adana (sud de la Turquie), la police avait interpellé un jeune homme kurde de 14 ans dans une manifestation pour avoir jeté un cocktail Molotov sur un commissariat de police. Accusé d’avoir blessé un policier, il a été mis en examen pour ‘tentative de meurtre’ et ‘action armée contre la police’. Au cours du procès, à la demande du directeur de la police d’Adana, le parquet a estimé que le cocktail Molotov était une bombe. Ce même directeur a par ailleurs demandé le droit d’ouvrir le feu sur les manifestants qui jettent des cocktails Molotovs. Ce 6 décembre, le parquet a requis 24 ans de prison contre l’adolescent: vingt ans pour ‘tentative de meurtre’, trois ans pour ‘action armée’ et un an pour ‘outrage’.

Cocktail Molotov

Cocktail Molotov

Le 22 novembre dernier, les autorités turques ont procédé à une nouvelle vague d’arrestation visant la communauté kurde. Plus de cent personnes ont été arrêtées à Istanbul, à Diyarbakir et à Kocaeli de manière quasi simultanée. Parmi elles figurent une quarantaine d’avocats d’Ocalan (dirigeant emprisonné du PKK), un journaliste kurde, des étudiants, des membres du parti pro-kurde BDP (Peace and Democracy Party) et du DTK (Congrès pour une Société Démocratique), qui est une plateforme d’associations et de mouvements kurdes. Toutes ces interpellations interviennent dans le cadre de l’affaire KCK (Kurdistan Communities Union) lancée en 2009 suite à son large succès aux élections municipal et à la menace qu’il continue à poser au pouvoir turc qui l’accuse d’être la branche politique du PKK.

Le 28 novembre, au moins quinze personnes ont été arrêtées à Yuksekova (Hakkari) lors d’une manifestation anti-répression. Le 27 novembre, une trentaine de membres du BDP ont été interpellés dans la région de Sirnak. Et selon certaines sources, le gouvernement turc envisagerait actuellement d’enfermer des députés kurdes: ‘Selon les informations qui nous sont parvenues, on cherche à arrêter cinq députés. Ils planifient des complots et les mettront en oeuvre’. Cinq députés du BDP se trouvent déjà actuellement en prison. Selon le BDP, au moins 4 547 personnes ont été arrêtées et environ 2000 personnes parmi elles ont été envoyées en prison, au cours des sept derniers mois dans le cadre de l’affaire KCK. Et cela sans compter toutes celles qui ont été incarcérée pour leurs liens présumés avec le PKK.

Les guérilleros du PKK ont mené une action ce matin dans la province de Bitlis, dans l’est de la Turquie. Ces derniers ont fait explosé des IED au passage de véhicules militaires. L’explosion a fait cinq blessés dans le convoi. Les autorités ont immédiatement déclenché une vaste opération de ratissage afin de retrouver les guérilleros.

Opération de ratissage en Turquie

Opération de ratissage en Turquie

Ce lundi, le tribunal de Van (sud-est), a condamné deux personnes pour ‘avoir fourni des armes à une organisation terroriste’ après qu’ils aient été interpellés et leurs domiciles perquisitionnés. La décision de la cour, qui est sans précédent, a condamné les deux hommes à douze ans et six mois de prison ferme. En 2010, dans le cadre d’une enquête visant la KCK (Kurdistan Communities Union – considérée par les autorités comme la branche urbaine du PKK), les autorités avaient, notamment, placé de nombreux téléphones sur écoute. Sur base de certaines conversations, la police avait interpellés Kadir C. et Hakan Z. et saisi, lors de la perquisition, quatre cocktails Molotovs, seize feux d’artifice et des bouteilles contenant du matériel incendiaire. Dans son arrêt, le tribunal déclare: ‘Le code pénal ne spécifie pas quelles doivent être les quantité ni la qualité du matériel pour qu’il soit considéré comme une arme’.

Ce vendredi, la 4ème cour d’assise d’Erzurum a prononcé son verdict à l’encontre du chanteur Seyithan Karatas, le soliste du groupe Gimgim. Ce dernier était jugé pour avoir, en juin dernier, chanté en kurde lors d’un meeting du parti pro-kurde BDP (Peace and Democracy Party) dans le cadre de sa campagne électorale. Karatas a été déclaré coupable de ‘propagande d’une organisation terroriste et d’être membre de cette organisation’ et a écopé d’une peine de neuf ans et six mois de prison ferme. Son avocat a d’ores et déjà annoncé son intention d’interjeter appel devant la cour de Cassation turque.

Dans le courant de la nuit, un groupe de guérilleros a déclenché une attaque à proximité d’un gisement de pétrole exploité par la société canadienne Transatlantic Petroleum Ltd. Les militants du PKK ont abattu trois hommes, dont deux membres du personnel de sécurité, alors qu’ils sortaient de leur véhicule sur le champ de pétrole Selmo à Kozluk, dans la province de Batman (sud-est). Transatlantic, qui affirme que Selmo est le deuxième plus grand gisement de Turquie, a déclaré avoir pris contact avec les autorités afin de mener une enquête commune. Néanmoins, dès l’aube, une opération terrestre et aérienne a été lancée à la recherche des guérilleros.

Opération aérienne de contre-guérilla

Opération aérienne de contre-guérilla