Au Pays Basque, sept militants poursuivis pour avoir aidé des migrants à franchir la frontière franco-espagnole lors de la Korrika 2024 (voir notre article), course bisannuelle en faveur de la langue basque, ont été relaxés le 17 février 2026 par le tribunal judiciaire de Bayonne. Les prévenus avaient expliqué leur action comme un geste de désobéissance civile, facilitant le passage de 36 migrants entre Irun et Hendaye sur le pont Saint-Jacques. Initialement, le procureur avait requis des peines d’amende pour six d’entre eux et la relaxe pour un seul, mais le délibéré final a accordé la relaxe totale.

À Anglet, un bracelet portant le drapeau espagnol et la devise de la Guardia Civil, « El honor es mi divisa » (« L’honneur, c’est ma devise »), a été retrouvé accroché à la porte d’un logement où résident des proches de Josu Urrutikoetxea ( Josu Ternera), ancien prisonnier politique basque. Bien qu’il n’habite plus ce logement depuis septembre 2024, ce message est évidemment une menace directe, signe que sa localisation était connue, et a déposé une main courante au commissariat de Saint-Jean-de-Luz tout en dénonçant publiquement l’intimidation. Cette menace survient dans un contexte judiciaire complexe : Josu Urrutikoetxea fait l’objet de plusieurs procédures, dont un mandat d’arrêt européen émis par la justice espagnole et un procès prévu à Paris le 25 février (voir notre article), ainsi qu’une audience en avril devant la cour d’appel de Paris pour « association de malfaiteurs ». Le militant est accusé d’avoir participé à différentes opérations de l’ETA à deux périodes distinctes (2002-2005 et 2011-2013). Après plusieurs procès et recours, il a été acquitté lors du second procès concernant la période 2011-2013, le tribunal estimant l’absence de preuves suffisantes et tenant compte de sa participation au processus de négociation.

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Le parquet de Bayonne a ouvert une enquête après l’incendie d’un mannequin représentant le leader d’extrême droite Jordan Bardella lors d’un carnaval traditionnel à Hasparren le 7 février. Les faits, filmés et diffusés sur les réseaux sociaux, pourraient relever d’infractions telles que l’outrage à une personne investie d’un mandat public, la provocation à la violence ou la menace envers un élu. Cette action s’inscrit dans la tradition carnavalesque de Zan Pantzar, attestée depuis au moins le XVIᵉ siècle, où un mannequin symbolique est jugé puis brûlé pour marquer la fin d’un cycle annuel.

Le Tribunal suprême espagnol a confirmé les peines prononcées contre 12 personnes suite à leur participation à une manifestation antifasciste contre un meeting du parti d’extrême droite Vox à Bilbao le 20 octobre dernier. Les condamnés écopent de peines allant jusqu’à deux ans de prison pour troubles à l’ordre public et dégradations, après le rejet d’un recours. Selon la décision judiciaire, ils ont été condamnés en lien avec des affrontements qui ont éclaté près du Palais Euskalduna, avec jets d’objets contre la police basque, barricades et incendies de conteneurs, lors d’une mobilisation non autorisée visant à perturber l’événement.

Malgré une pluie incessante, environ 65 000 personnes se sont rassemblées ce samedi 10 janvier à Bilbao, à l’appel du réseau Sare, pour exiger la fin de la législation pénitentiaire d’exception appliquée aux prisonniers basques. Soutenue par une large coalition d’organisations, la marche a revendiqué l’application du droit commun permettant la mise en liberté conditionnelle ou le régime ouvert pour les 120 prisonniers restants, dont beaucoup ont déjà purgé plus de 20 ans de prison.

Une journée de solidarité est organisée le 24 janvier à Txiberrin (Urduliz) en soutien aux personnes de la ville de Berango poursuivies en justice pour leur engagement en faveur de l’accueil et de la solidarité aux personnes migrantes criminalisées.  Cette mobilisation entend dénoncer la répression judiciaire visant des initiatives locales d’entraide et défendre le droit à l’accueil. La journée prévoit une chaîne humaine, des prises de parole, un repas populaire et des concerts, et s’inscrit dans une campagne plus large en faveur de l’amnistie et de la défense des droits civils et politiques face à la criminalisation des mouvements solidaires au Pays Basque.

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Quatre jeunes militants du mouvement indépendantiste U14 ont été interpellés à l’aube du 6 janvier, notamment à Larressore et à Hendaye, lors d’opérations menées par la gendarmerie. Selon le collectif, ces arrestations seraient liées à la manifestation organisée le 14 juillet dernier à Espelette, où environ 200 personnes avaient dénoncé la fête nationale française, la touristification et la marchandisation de la culture basque. En réaction, U14 appelle à un rassemblement de soutien dès 13H devant la gendarmerie de Cambo afin d’exiger la libération des militants arrêtés.

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Le collectif basque antirépressif Tinko recense dix prisonnier·es politiques basques refusant la ligne politique du collectif majoritaire EPPK (qui rassemble 105 prisonnier.e.s). L’EPPK, qui évolue dans le cadre de la Gauche patriote officielle, a récemment accepté d’étudier des démarches individuelles (aménagements de peine, rapprochements) dans le cadre légal espagnol, tout en refusant certaines conditions humiliantes (repentir, collaboration). Ceux et celles soutenu·es par Tinko critiquent cette position et inscrivent leur combat dans la recherche d’une solution politique collective, incluant une amnistie globale pour les prisonnier·es politiques basques et les réprimé·es de ce combat en général, dans la perspective de la continuité de la lutte de libération nationale et sociale du peuple basque, pour l’indépendance et le socialisme.

Le site de Tinko

Le prisonnier politique Patxi Ruiz, qui avait déjà observé en septembre 2025 une grève de la faim de 24 heures pour protester contre la « gestion déplorable » des services médicaux de la prison d’Iruñea (voir notre article), a repris une grève de la faim illimitée face à une situation qu’il estime inchangée. Dans une note adressée à la direction pénitentiaire, Patxi déclare : « Le 9 décembre, j’entamerai une grève de la faim en signe de protestation contre le manque d’attention médicale que nous subissons dans cette prison et qui, cette fois, a provoqué la mort d’une femme âgée nommée Begoña. »

Dans une lettre depuis la prison de Zaballa, le détenu basque Jesús Mari Etxeberria annonce qu’il quitte le Collectif des prisonniers politiques basques (Euskal Preso Politikoen Kolektiboa – EPPK), estimant que cette organisation a renoncé à son engagement politique en privilégiant une logique individuelle de sortie de prison. Par ailleurs, il critique la « politique du retour à la maison » qu’il considère comme une capitulation, l’abandon de la mémoire des militants morts et l’acceptation humiliée du système pénitentiaire. Il dénonce aussi le silence du collectif face au génocide contre le peuple palestinien, attribué selon lui à la peur de compromettre les procédures carcérales. Pour Etxeberria, la lutte, l’amnistie et la dignité restent indispensables malgré les renoncements qu’il observe autour de lui, affirmant que l’avenir du Pays Basque passera par le maintien de cet engagement.

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