Lors de la 31ᵉ Conférence internationale Rosa-Luxemburg, un message de Burkhard Garweg, ancien militant de la Fraction Armée Rouge (RAF) vivant dans la clandestinité, a été lu, dénonçant la répression de l’État allemand et appelant à la solidarité avec Daniela Klette (lire en intégralité).

Nous, persécutés comme militants du passé, ainsi que nos camarades antifascistes recherchés, sommes aujourd’hui contraints à la clandestinité par la répression d’un État de plus en plus autoritaire. En Allemagne, l’illégalité est aujourd’hui une position défensive nécessaire. Pendant 30 ans, malgré de nombreuses épreuves, nous avons vécu une vie empreinte de solidarité, au-delà de l’isolement et de l’exploitation inhérents au capitalisme. Aujourd’hui, cela nous est reproché. Néanmoins, nous pourrions imaginer autre chose que de nous frayer un chemin à travers les broussailles parfois épineuses de l’illégalité et, de toute façon, de la prison. C’était ainsi et c’est encore ainsi. C’est l’appareil répressif qui nous contraint à l’illégalité et qui en porte l’entière responsabilité. Devons-nous nous soumettre à un État dont la police et le parquet nous menacent ouvertement d’exécution par les forces spéciales dès notre arrestation ? Un État dont la police et le parquet mentent effrontément, au point que même le dernier croyant à la version officielle de notre brutalité. Leur but ? Dénoncer l’histoire de la résistance. Ils cherchent à nous isoler du reste du monde, à nous enfermer à jamais dans leurs prisons. Je ne peux que vous dire : ne croyez pas un mot de ce qu’ils disent. Face à la réalité de la répression et du terrorisme d’État, nous avons naturellement le droit à l’illégalité. […] L’État est déterminé à juger l’histoire de la résistance, même des décennies plus tard. Cela se traduit par un comportement policier et judiciaire agressif et répressif, dont la cible principale aujourd’hui est Daniela. La tentative de l’État d’emprisonner Daniela pendant de nombreuses années nous affecte tous, militants de gauche issus de divers mouvements. L’emprisonnement et les verdicts qui pèsent sur elle sont injustes. Le premier procès touche à sa fin : soutenez Daniela ! Surveillez de près le système judiciaire, suivez les procès par tous les moyens possibles. Faites preuve de solidarité. Sensibilisez l’opinion publique. Unissons-nous et trouvons des formes de résistance. La volonté manifeste de juger l’histoire de la résistance lors des procès contre Daniela, et la tentative d’utiliser la répression pour dissuader la violence en temps de crise, exigent notre solidarité et la protection qui ne peut être obtenue que par l’attention et la sensibilisation du public. Seule la liberté de Daniela Klette est justifiée. Tous les camarades emprisonnés, où qu’ils soient dans le monde, méritent la liberté, et le système carcéral tout entier mérite d’être anéanti. […]

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Le 3 janvier 2026, un incendie volontaire sur une câble haute tension à Berlin‑Lichterfelde a provoqué une panne d’électricité touchant environ 45 000 foyers et 2 200 entreprises dans le sud‑ouest de la capitale, la plus longue coupure d’électricité depuis la Seconde Guerre mondiale. Le groupe écologiste radical Vulkangruppe a publié une lettre revendiquant l’attaque. Celle-ci visait à dénoncer l’industrie énergétique et les combustibles fossiles. Cette revendication a été prise au sérieux par les autorités et ils ont déclenché une enquête pour terrorisme et sabotage. Parallèlement, le ministre fédéral de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a annoncé un plan de mesures renforçant les pouvoirs de surveillance et la protection des infrastructures critiques contre les « extrémistes de gauche », y compris des nouvelles compétences numériques et des lois plus strictes pour la sécurité des réseaux énergétiques et des aéroports. Les autorités débattent également de la réduction des obligations de transparence pour certaines entreprises, notamment dans le secteur énergétique.

Une trentaine d’antifascistes se sont rassemblés dimanche 11 janvier devant la prison de Gelsenkirchen pour exprimer leur solidarité avec l’antifasciste Luca, récemment transférée d’Ostwestfalen vers la Ruhr avant l’ouverture de son procès dans le cadre de l’affaire de Budapest (voir notre article). Cette mobilisation a réuni plusieurs prises de parole, ainsi que des messages de proches tandis que des drapeaux et pancartes étaient déployés par les participants.

Malgré la neige et le froid, plus de 15 000 personnes ont défilé à Berlin pour commémorer Lénine, Liebknecht et Luxemburg. Ces deux dernières années, ces manifestations ont été marquées par une répression policière intense. Cette année,  les forces de l’ordre ont encadré strictement les cortèges, déployant environ 500 agents. En particulier, elles avaient annoncé intervenir si le slogan « From the river to the sea » était scandé. Peu avant d’atteindre le mémorial dédié aux socialistes du cimetière central de Friedrichsfelde, un groupe de jeunes a été brièvement intercepté par la police. Par ailleurs, huit manifestants ont été arrêtés. Parmi les motifs invoqués figuraient la suspicion d’utilisation de symboles d’organisations anticonstitutionnelles ou terroristes, ainsi que des insultes envers les forces de l’ordre. Un agent a été blessé lors des arrestations.

La Commission pour la protection de la jeunesse dans les médias (KJM), rattachée aux autorités de régulation des médias de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, a ordonné le blocage du site du réseau de soutien aux prisonniers palestiniens Samidoun, accusé de diffuser « de manière significative » de la propagande antisémite, d’appeler à la violence et de remettre en cause le droit à l’existence d’Israël. En application de cette décision, l’autorité des médias du Land a enjoint l’ensemble des fournisseurs d’accès et opérateurs assurant la transmission de données de rendre le site inaccessible sur leur réseau. La mesure, qui doit être mise en œuvre au plus tard le 5 février, s’inscrit dans un cadre plus large de criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine, Samidoun faisant déjà l’objet d’une interdiction d’activité prononcée par le ministère fédéral de l’Intérieur allemand (voir notre article).

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À la veille de l’ouverture de leur procès devant la Cour régionale supérieure de Düsseldorf (voir notre article), plusieurs antifascistes poursuivis ont publié une déclaration politique dans laquelle ils dénoncent une criminalisation ciblée de l’antifascisme. Ils qualifient l’accusation de tentative de meurtre « d’escalade politiquement motivée et totalement absurde » et affirment que les autorités cherchent avant tout à « dissuader toute activité antifasciste ». Rejetant les représentations médiatiques les décrivant comme un groupe violent et structuré, ils dénoncent des récits construits en synergie avec l’extrême droite. Inscrivant leur procès dans un contexte de montée de l’extrême droite et de banalisation des violences néonazies, ils rappellent que « la violence d’extrême droite est une réalité » et interrogent frontalement le monopole étatique de la force : « dans quelle mesure privilégions-nous le monopole de l’État sur l’usage de la violence à la nécessité de combattre le fascisme ? ». Revendiquant l’héritage historique de l’antifascisme, ils soulignent enfin que, « une fois le fascisme au pouvoir, il est impossible de le dissuader par la discussion », et présentent leur procès comme un moment éminemment politique, dépassant largement les faits qui leur sont reprochés.

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Le 13 janvier 2026 s’ouvre à Düsseldorf un vaste procès s’inscrivant dans l’affaire dite de Budapest, visant Paula, Nele, Emi, Moritz, Clara et Luca, accusés d’avoir participé en février 2023 à des affrontements avec des néonazis dans la capitale hongroise, en marge du rassemblement d’extrême droite du « Jour de l’honneur ». La justice allemande retient des chefs d’accusation lourds : violences aggravées, appartenance à une organisation criminelle et tentative de meurtre. Les six militants, en détention provisoire depuis qu’ils se sont rendus début 2025 après deux ans de clandestinité, comparaissent dans un procès ultra-sécurisé prévu sur 72 audiences jusqu’en janvier 2027, accompagné d’une mobilisation solidaire et de critiques sur une criminalisation de l’antifascisme.

En Allemagne, la surveillance numérique s’est considérablement intensifiée ces dernières années, encadrée par des lois comme la récente réforme du Polizeigesetz à Berlin, qui autorise l’usage de Staatstrojaner, la surveillance des communications et le placement sous garde préventive, ou le Polizeiaufgabengesetz en Bavière, permettant des interventions préventives en cas de “danger potentiel”. À cela s’ajoutent la Vorratsdatenspeicherung (conservation des données de communication) et la collecte de données dans les infrastructures de santé, les identités électroniques et les objets connectés. Les autorités allemandes justifient ces dispositifs pour des raisons liées à la sécurité, la lutte contre le terrorisme et la modernisation numérique. Face à cela, de nombreuses organisations militantes proposent des alternatives comme l’utilisation des services de messagerie chiffrée comme Signal ou Threema, des fournisseurs de courriels respectueux de la vie privée comme Posteo, des réseaux décentralisés comme Freifunk ou encore par l’utilisation de TOR et de VPN.

Lors des célébrations du Nouvel An 2026 en Allemagne, au moins deux personnes sont mortes et des centaines d’autres ont été arrêtées dans un contexte de violences et de répression policière. Deux jeunes de 18 ans ont perdu la vie à Bielefeld en manipulant des engins pyrotechniques, tandis que de nombreux blessés ont été recensés dans plusieurs villes, dont Berlin où des hôpitaux ont accueilli des patients souffrant de mutilations graves. La police a procédé à environ 400 arrestations dans la capitale et a fait état d’au moins 24 policiers blessés. Des affrontements ont éclaté dans plusieurs grandes villes, avec usage massif de feux d’artifice contre les forces de l’ordre, mise en place de barricades et incendies de poubelles.

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Près de trois mois après le placement en détention provisoire des Ulm 5, cinq personnes poursuivies pour une action visant une usine d’armement d’Elbit Systems, plusieurs rassemblements de solidarité ont eu lieu les 30 et 31 décembre devant les différents établissements pénitentiaires où elles sont incarcérées (voir notre article). Portées depuis Berlin avec le soutien de collectifs locaux, ces mobilisations se sont déployées sur deux jours devant cinq prisons, dans le but de dénoncer le rôle d’Elbit Systems dans l’industrie de l’armement et de rompre l’isolement carcéral. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de soutien aux prisonniers politiques et de dénonciation de la répression des luttes internationalistes, avec également des expressions de solidarité envers Daniela Klette, des antifascistes poursuivis et plusieurs militants kurdes emprisonnés.