Depuis décembre, 42 000 Koweïtiens et Koweïtiennes ont été déchus de leur nationalité au mépris du droit international. Suite au virage autoritaire du nouvel émir du Koweït, Mechaal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, officiellement, il invoque la lutte contre la fraude, « atteinte à la morale » ou « menace à la sécurité de l’État ». Opposants, tribus nomades, femmes étrangères mariées à des Koweïtiens sont privées de leur nationalité et transformées en fantômes administratifs. Plus de papiers, plus de soins, plus d’écoles pour leurs enfants. Idem pour les bidouns, 100 000 sans-patrie coincés depuis des générations dans un vide juridique. Le souverain de 83 ans a décidé de suspendre le Parlement le 10 juin 2024 et veut modifier la constitution, il affirme qu’il ne laissera pas la démocratie « détruire l’État ». Plusieurs personnes ayant critiqué cette initiative ont été arrêtées, des députés ont été poursuivis dans une vague de répression.

Dans les Etats du Conseil de coopération du Golfe (l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar et les Emirats arabes unis) qui interdisent pour la plupart les partis politiques et les manifestations, de nombreux dissidents se sont tournés vers les plateformes des réseaux sociaux. Des centaines d’entre eux ont été emprisonnées à l’issue de procédure incluant parfois des tortures et de retrait de nationalité. Parmi eux figurent l’opposant bahreïni Nabil Rajab, accusé d’avoir «insulté» les autorités de Manama et de Ryad, et l’activiste saoudien Walid Abulkhair qui purge une peine de 15 ans de prison, ou l’avocat émirati Mohammed al-Roken, emprisonné depuis 2013 pour «complot».

Les gouvernements du CCG ont utilisé de la technologie de surveillance achetée à des entreprises occidentales et israéliennes pour suivre les activités en ligne de certains de leurs citoyens. A l’exception du Koweït, tous les gouvernements de cette région ont utilisé un logiciel intrusif qui permet à un gouvernement d’accéder aux emails, aux messages texte, à l’historique des appels (téléphoniques), aux listes de contacts, aux dossiers et, potentiellement, aux mots de passe de l’internaute surveillé.

Walid Abulkhai

Walid Abulkhai

Suite à un attentat suicide de l’EI le mois dernier qui avait fait 26 morts, le gouvernement koweitien vient d’approuver une loi extrêmement lourde puisqu’elle va imposer à toute sa population (1.3 millions de Koweitiens et 2.9 millions de résidents étrangers) de fournir un échantillon d’ADN à une base de données nationale. Toute personne refusant sera passible d’une condamnation à un an de prison et à une amende de 33.000$ (30.000€). Toute personne qui fournira un faux échantillon sera passible de 7 années d’emprisonnement. Le budget total de l’opération est estimé à 400 millions de dollars américains.

En 2005, le Portugal avait souhaité faire passer une telle loi, avant de se raviser pour des questions de coût. En 2008, l’Union Européenne avait finalement interdit le fichage d’une personne tant qu’elle n’a pas été accusée d’un crime.

Tous les Koweitiens devront donner leur ADN à une base de données nationale

Tous les Koweitiens devront donner leur ADN à une base de données nationale

Un tribunal de Koweït a acquitté mardi les 67 apatrides qui avaient été arrêtés en octobre 2012 alors qu’ils manifestaient à l’occasion de la journée mondiale de la non-violence pour demander le droit à la nationalité koweïtienne. Libérés sous caution peu après leur arrestation, ils étaient aussi accusés d’avoir agressé des policiers, ce qu’ils ont nié devant le tribunal. Le verdict n’est pas définitif et le procureur a la possibilité d’interjeter appel.

Environ 110.000 apatrides sont nés au Koweït et en revendiquent la nationalité. Ces deux dernières années, ils ont manifesté à plusieurs reprises pour demander la nationalité et l’accès aux services publics. Les autorités en ont naturalisé 34.000 mais affirment que les autres détiennent d’autres nationalités. Ces manifestations ont été réprimées par la police et des centaines de manifestants ont été arrêtés et certains condamnés à des peines de prison.

Lundi matin 7 juillet, au Koweït, s’ouvrait un nouveau procès à l’encontre d’un leader de l’opposition, Musallam al-Barrak. Accusé d’avoir insulté la justice, il a été placé en garde à vue pour 10 jours mercredi dernier, provoquant la colère de ses partisans. Des centaines de personnes ont tenté de se rassembler vers 22h dimanche soir 6 juillet mais très vite, la police koweïtienne les a dispersées à coups de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, avant de poursuivre les manifestants dans les ruelles.

Depuis l’arrestation le 2 juillet de Musallam al-Barrak, ancien syndicaliste et député, les manifestations ont donné lieu chaque soir à des heurts avec la police. Outre la libération de l’opposant le plus populaire du Koweït, c’est une purge du ministère de la Justice que les jeunes manifestants réclament. Musallam al-Barrak est accusé d’insulte à la Cour suprême et à son président. Lors d’un rassemblement le 10 juin, il avait dénoncé l’inaction de la justice et accusé de hauts responsables d’avoir détourné plus de 50 milliards de dollars de fonds publics dans des banques étrangères. Parmi eux, figurent des membres de la famille princière dont l’ancien Premier ministre. Pour appuyer ses propos, il avait diffusé devant des centaines de personnes les extraits de comptes bancaires sur un grand écran. Des accusations corroborées par un autre membre de la famille princière en rivalité dans la succession à l’émir. Musallam al-Barrak fait l’objet de dizaines d’autres poursuites pour insulte ou diffamation, au point qu’il ne peut assister à lui seul à toutes les auditions.

Koweit: Manifestation réprimée

Hejab al-Hajeri, un étudiant en droit, avait été condamné en avril 2013 à deux ans de prison par un tribunal de première instance qui l’avait reconnu coupable de tweets jugés critiques à l’égard de l’émir. Une cour d’appel a confirmé le jugement six mois plus tard. Le militant, qui avait été libéré sous caution, doit maintenant purger sa peine, le jugement de la Cour suprême étant sans appel. Des tribunaux koweïtiens ont, au cours des deux dernières années, inculpé et condamné à des peines de prison nombre d’internautes de l’opposition sous l’accusation d’offense envers l’émir, qui a par la suite accordé sa grâce à plusieurs d’entre eux. D’autres sont jugés pour des charges similaires. Au Koweït, critiquer l’émir constitue une infraction à la Constitution, dont l’auteur est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

Houda al-Ajmi a été reconnue coupable de trois chefs d’accusations: insulte envers l’émir, appel à renverser le régime et mauvaise utilisation de son téléphone portable. Elle a écopé de cinq ans de prison pour chacune des deux premières accusations et à un an pour la troisième, soit la plus lourde peine de prison prononcée par un tribunal koweïtien dans ce genre d’affaire depuis que le gouvernement a lancé en octobre une campagne de répression contre les militants en ligne.