Jeudi 8 janvier à Istanbul, une manifestation organisée pour dénoncer les attaques contre les quartiers kurdes d’Alep a été violemment réprimée. Au moins 30 participants ont été interpellés, certains après avoir été frappés, et plusieurs manifestants ont été emmenés sous escorte policière. Les témoins rapportent des scènes d’intimidation, avec des arrestations ciblant des figures associatives et militantes. Cela intervient alors que les forces de sécurité locales résistent aux assauts meurtries dans la ville d’Alep et que de nombreux rassemblements sont organisés en Europe et ailleurs (voir notre article).

Depuis mardi 6 janvier, les quartiers de Şêxmeqsûd (Cheikh Maqsoud) et Eşrefiyê (Achrafieh) subissent les attaques de groupes affiliés au gouvernement de transition syrien (voir notre article). Ce jeudi 8 janvier, ces forces ont intensifié les bombardements sur la zone avec des drones et de l’artillerie lourde. En deux jours, 11 personnes ont été tuées et plus de 60 ont été blessées.

Des manifestations se sont organisées et continuent à s’organiser dans différentes villes d’Europe depuis le début de l’attaque. Un rassemblement se tiendra à Bruxelles le vendredi 9 janvier à 15h devant la gare centrale. Le samedi 10 janvier, la grande manifestation « Justice & Vérité » se tiendra à Paris pour les militant·es kurdes assassiné·es à Paris en 2013 et 2022 (voir notre article).

En Turquie, la répression judiciaire visant les avocats engagés se poursuit. Le 5 janvier dernier, l’avocat du Halkın Hukuk Bürosu (Bureau juridique du peuple) et prisonnier politique Aytaç Ünsal a entamé une grève de la faim d’une semaine. Celle-ci vise à dénoncer deux décisions emblématiques de cette politique répressive : l’incarcération de l’avocat Naim Eminoğlu et le blocage de la libération de Selçuk Kozağaçlı, pourtant éligible à une remise en liberté, empêchée par une décision arbitraire du conseil administratif et de surveillance. À travers cette action, Aytaç Ünsal dénonce l’acharnement des autorités contre les avocats qui défendent les opposants politiques.

Le leader kurde Selahattin Demirtas, détenu depuis 2016 à la prison d’Edirne, a été condamné le 6 janvier à un an, cinq mois et 15 jours de prison pour « insulte au président ». Les accusations portent sur plusieurs discours prononcés il y a plus de dix ans et ont été regroupées dans un même dossier. Son équipe juridique n’a pas obtenu de délai supplémentaire pour préparer sa défense et prévoit de faire appel. Déjà condamné en 2021 pour des critiques du gouvernement concernant l’abattage d’un avion russe en 2015, Demirtas bénéficie par ailleurs d’une décision définitive de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) exigeant sa libération, jusqu’à présent ignorée par les autorités turques.

En Turquie, la libération de Taylan Turunç, prisonnier politique et militant de Partizan détenu depuis mars 2016 à la prison de haute sécurité de Tekirdağ (F-Type n°2), a été bloquée pour la septième fois par décision du Conseil d’administration et d’observation pénitentiaire. Depuis décembre 2023, sa sortie a été systématiquement reportée, les autorités invoquant son refus de se présenter devant le conseil, le contenu politique de ses lettres et le fait qu’il aurait apporté « soutien moral et motivation » à d’autres détenus. Sa détention a été prolongée de six mois supplémentaires et sa situation doit être réexaminée à la fin du mois de mai, illustrant l’usage récurrent de mécanismes administratifs pour maintenir en prison des détenus politiques au-delà de leur peine.

Mardi 6 janvier à Izmir, quatre personnes, membres de la Nouvelle Jeunesse démocratique (YDG) et lecteurs du magazine Partizan, ont été interpellées à l’aube lors de perquisitions à leur domicile, les autorités invoquant leur participation à des actions liées aux mobilisations de la jeunesse et des travailleur·euses. Placées en garde à vue, elles ont ensuite été libérées, l’une d’entre elles étant toutefois placée sous contrôle judiciaire.

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En Turquie, le parquet d’Istanbul a requis des peines de cinq à dix ans de prison contre sept journalistes, une traductrice et une sociologue accusés d’« aide à une organisation terroriste armée » pour leurs collaborations avec les médias pro-kurdes Yeni Özgür Politika et PolitikArt, publiés en Allemagne. Selon le procureur, leurs articles, le langage employé et les droits d’auteur perçus constitueraient un soutien au PKK, organisation interdite, et ne relèveraient pas d’une activité journalistique dite « normale ». Le procès doit reprendre le 17 février, date à laquelle le tribunal devrait rendre son verdict.

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Dimanche 4 janvier, des prisonniers membres et/ou sympathisants du DKP (Parti Communard Révolutionnaire) ont annoncé un jeûne d’avertissement de trois jours, simultanément dans les prisons de Kocaeli, Tekirdağ et Marmara, pour affirmer leur volonté contre ce qu’ils qualifient de système de torture d’État. En particulier, ils dénoncent les prisons de type « puits » qui sont des lieux où la répression s’exerce le plus brutalement, avec des violations systématiques des droits des prisonniers politiques révolutionnaires, notamment par l’isolement. Les grévistes de la faim réclament la restitution immédiate de leurs droits fondamentaux, l’amélioration des conditions de vie en prison et la fermeture de toutes les prisons de type « puits ».

Les prisonniers politiques révolutionnaires Fergil Fırat et Celal Punar ont obtenu gain de cause à l’issue de leur grève de la faim entamée pour dénoncer les conditions inhumaines des prisons de type « puits ». Selon leur avocat, Umut Vedat Açar, cette action, commencée le 5 décembre 2025 après le rejet prolongé de leurs demandes de transfert, n’a été prise en compte par l’administration pénitentiaire et le ministère qu’une fois la grève annoncée publiquement. À la suite de l’examen de leurs revendications, les deux détenus ont suspendu leur action (voir notre article), et le 2 janvier 2026, leurs demandes ont été satisfaites : Celal Punar a été transféré à la prison de type F n°1 de Tekirdağ et Fergil Fırat à la prison de type F d’Edirne.

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Les prisonniers révolutionnaires Ayberk Demirdögen, Ulaş İnci et Nazım Şafak Korkmaz ont mis fin à leurs grèves de la faim après avoir obtenu gain de cause, une victoire attribuée à la mobilisation conjointe des détenus, de leurs familles et de leurs partisans. Ils étaient respectivement mobilisés depuis 290, 78 et 68 jours. Toutefois, la lutte se poursuit contre les prisons de type puits, plusieurs prisonniers restant en grève de la faim illimitée dans des prisons de haute sécurité à Antalya, Çorlu Karatepe et Kandıra, tandis que les familles maintiennent des actions de soutien à Ankara et İzmir. En effet, Tahsin Sağaltıcı et Gürkan Türkoğlu sont en grève de la faim depuis le 30 juillet 2025, tandis qu’Ali Dilmen l’est depuis le 11 août, Hüseyin Özen depuis le 18 août et Doğan Karataş depuis le 15 octobre 2025.