À la veille de l’ouverture de leur procès devant la Cour régionale supérieure de Düsseldorf (voir notre article), plusieurs antifascistes poursuivis ont publié une déclaration politique dans laquelle ils dénoncent une criminalisation ciblée de l’antifascisme. Ils qualifient l’accusation de tentative de meurtre « d’escalade politiquement motivée et totalement absurde » et affirment que les autorités cherchent avant tout à « dissuader toute activité antifasciste ». Rejetant les représentations médiatiques les décrivant comme un groupe violent et structuré, ils dénoncent des récits construits en synergie avec l’extrême droite. Inscrivant leur procès dans un contexte de montée de l’extrême droite et de banalisation des violences néonazies, ils rappellent que « la violence d’extrême droite est une réalité » et interrogent frontalement le monopole étatique de la force : « dans quelle mesure privilégions-nous le monopole de l’État sur l’usage de la violence à la nécessité de combattre le fascisme ? ». Revendiquant l’héritage historique de l’antifascisme, ils soulignent enfin que, « une fois le fascisme au pouvoir, il est impossible de le dissuader par la discussion », et présentent leur procès comme un moment éminemment politique, dépassant largement les faits qui leur sont reprochés.

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Le 13 janvier 2026 s’ouvre à Düsseldorf un vaste procès s’inscrivant dans l’affaire dite de Budapest, visant Paula, Nele, Emi, Moritz, Clara et Luca, accusés d’avoir participé en février 2023 à des affrontements avec des néonazis dans la capitale hongroise, en marge du rassemblement d’extrême droite du « Jour de l’honneur ». La justice allemande retient des chefs d’accusation lourds : violences aggravées, appartenance à une organisation criminelle et tentative de meurtre. Les six militants, en détention provisoire depuis qu’ils se sont rendus début 2025 après deux ans de clandestinité, comparaissent dans un procès ultra-sécurisé prévu sur 72 audiences jusqu’en janvier 2027, accompagné d’une mobilisation solidaire et de critiques sur une criminalisation de l’antifascisme.

En Allemagne, la surveillance numérique s’est considérablement intensifiée ces dernières années, encadrée par des lois comme la récente réforme du Polizeigesetz à Berlin, qui autorise l’usage de Staatstrojaner, la surveillance des communications et le placement sous garde préventive, ou le Polizeiaufgabengesetz en Bavière, permettant des interventions préventives en cas de “danger potentiel”. À cela s’ajoutent la Vorratsdatenspeicherung (conservation des données de communication) et la collecte de données dans les infrastructures de santé, les identités électroniques et les objets connectés. Les autorités allemandes justifient ces dispositifs pour des raisons liées à la sécurité, la lutte contre le terrorisme et la modernisation numérique. Face à cela, de nombreuses organisations militantes proposent des alternatives comme l’utilisation des services de messagerie chiffrée comme Signal ou Threema, des fournisseurs de courriels respectueux de la vie privée comme Posteo, des réseaux décentralisés comme Freifunk ou encore par l’utilisation de TOR et de VPN.

Lors des célébrations du Nouvel An 2026 en Allemagne, au moins deux personnes sont mortes et des centaines d’autres ont été arrêtées dans un contexte de violences et de répression policière. Deux jeunes de 18 ans ont perdu la vie à Bielefeld en manipulant des engins pyrotechniques, tandis que de nombreux blessés ont été recensés dans plusieurs villes, dont Berlin où des hôpitaux ont accueilli des patients souffrant de mutilations graves. La police a procédé à environ 400 arrestations dans la capitale et a fait état d’au moins 24 policiers blessés. Des affrontements ont éclaté dans plusieurs grandes villes, avec usage massif de feux d’artifice contre les forces de l’ordre, mise en place de barricades et incendies de poubelles.

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Près de trois mois après le placement en détention provisoire des Ulm 5, cinq personnes poursuivies pour une action visant une usine d’armement d’Elbit Systems, plusieurs rassemblements de solidarité ont eu lieu les 30 et 31 décembre devant les différents établissements pénitentiaires où elles sont incarcérées (voir notre article). Portées depuis Berlin avec le soutien de collectifs locaux, ces mobilisations se sont déployées sur deux jours devant cinq prisons, dans le but de dénoncer le rôle d’Elbit Systems dans l’industrie de l’armement et de rompre l’isolement carcéral. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de soutien aux prisonniers politiques et de dénonciation de la répression des luttes internationalistes, avec également des expressions de solidarité envers Daniela Klette, des antifascistes poursuivis et plusieurs militants kurdes emprisonnés.

Depuis octobre 2023, les autorités allemandes poursuivent massivement les militants solidaires de la Palestine (voir notre article), ciblant notamment l’expression « From the river to the sea ». Selon les avocats berlinois Jessica Grimm et Benjamin Düsberg, cette criminalisation résulte d’une volonté politique d’interdire cette opinion, assimilée à tort à un symbole du Hamas après une décision du ministère de l’Intérieur en novembre 2023. Bien que des expertises démontrent que le slogan existe depuis les années 1960 et n’est pas exclusivement utilisé par la Hamas, la justice berlinoise a initié des milliers de procédures, parfois transférées à la chambre de sûreté de l’État du Landgericht Berlin.

Un nouvel expert nommé par cette chambre, Dr Guido Steinberg, spécialiste en islamisme et terrorisme au sein de la fondation Science et Politique, a présenté une analyse biaisée, affirmant que le slogan « From the river to the sea » serait presque exclusivement utilisé par des personnes favorables à la « violence », sans fournir de preuves concrètes ni s’appuyer sur des sources primaires récentes. La défense conteste cette partialité dans le cadre d’un procès visant un militant poursuivi pour avoir crié ce slogan lors d’une manifestation de solidarité avec la Palestine après le 7 octobre 2023. Pour démontrer que le slogan est largement utilisé dans des contextes politiques divers et ne constitue pas un emblème d’organisation, la défense a fourni au tribunal un dossier de 2 500 textes, totalisant plus de 7 000 pages.

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Depuis octobre 2023, plus de 9 000 procédures judiciaires ont été ouvertes à Berlin contre des personnes exprimant leur solidarité avec la Palestine, selon plusieurs groupes de soutien et observateurs. Les arrestations portent sur des slogans, drapeaux, autocollants et autres, souvent qualifiés d’« antisémites » par les autorités. Par ailleurs, de nombreuses violences et brutalités policières sont régulièrement signalées lors des interpellations. En dépit de cette situation, de nombreux procès se soldent par des relaxes ou l’abandon des charges, notamment pour les slogans et symboles, grâce à des preuves vidéo démontrant la brutalité policière. Les observateurs dénoncent une persistance des arrestations arbitraires et une application discriminatoire de la loi, reflétant le racisme et l’impunité dont jouit la police, même devant les tribunaux.

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À Brême en décembre 2025, la syndicaliste Ariane Müller s’est vu interdire l’accès au Klinikum Bremen-Mitte après avoir participé à une campagne électorale en faveur d’une liste syndicale de gauche lors des élections du comité d’entreprise. Ancienne salariée et élue du personnel, elle avait déjà été licenciée en 2024 par le groupe hospitalier public Gesundheit Nord pour avoir organisé, à titre privé, un rassemblement de soutien à Daniela Klette, une décision qui n’a jamais été examinée par la justice (voir notre article). Fin 2025, alors qu’elle accompagnait des collègues dans une distribution de tracts liée au scrutin interne, la direction a justifié cette décision par des motifs de sécurité et de bon fonctionnement de l’établissement.

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En Allemagne, l’Anarchist Black Cross de Dresde organise le 31 décembre 2025, pour le réveillon du Nouvel An, des rassemblements devant des prisons pour exprimer leur solidarité avec les prisonniers politiques et migrants détenus, dénonçant en particulier la répression croissante des militants antifascistes et du mouvement kurde. L’action vise notamment à soutenir les détenus Aziz et Johann, poursuivis pour leurs activités politiques, ainsi que d’autres prisonniers.

En parallèle, leur travail de collecte de dons a été interrompu par GLS Bank et d’autres établissements, qui ont fermé des comptes bancaires sans explication. Ceux-ci visaient à soutenir des prisonniers politiques en Allemagne mais aussi en Europe de l’Est. Récemment, des procédures similaires ont également touché le DKP et le Rote Hilfe (voir notre article).

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Les banques GLS et Sparkasse Göttingen ont résilié les comptes du Rote Hilfe, une organisation de soutien juridique de gauche en Allemagne, en lien avec l’inscription du groupe « Antifa Ost » sur la liste terroriste des États-Unis et sur la liste de sanctions du Trésor états-unien (voir notre article). Craignant des conséquences comme l’exclusion du système de paiement international SWIFT, les banques ont appliqué ces sanctions, après avoir interrogé le Rote Hilfe et sur la base d’une évaluation de risque jugée « élevée » par un prestataire privé, ce qui impose la fermeture des comptes sous deux mois. Cette situation rappelle celles similaires qui ont déjà eu lieu contre l’Anarchist Black Cross ou encore le DKP (voir notre article).