Mercredi 11 mars, six militant·es anarchistes ont étendu une banderole en solidarité avec les prisonniers révoltés en face de la prison de Marassi à Gênes en Italie. Reconnu par les caméras de surveillance, il font l’objet d’une enquête menée par la Divisione Investigazioni Generali e Operazioni Speciali (DIGOS) et risquent des poursuites pour violation du confinement. Jeudi 26 mars, des militant·es anti-carcéraux ont accroché une banderole en solidarité avec les prisonniers révoltés de la prison de Nivelles.

Banderole en solidarité avec les prisonniers révoltés

S’organiser contre le capitalisme et le coronavirus

À l’attention des personnes et des forces militantes,

La crise du coronavirus est une crise capitaliste. D’abord parce que les économies dans les soins de santé ont préparé les conditions de la crise sanitaire, ensuite parce que la bourgeoisie doit maintenir certains secteurs économiques en activité pour générer les profits nécessaires à sa survie, enfin parce que là où les soins de santé sont privatisés, les considérations de rentabilité interfèrent, voire priment, sur les considérations de santé publique.

De nombreuses personnes sont ainsi forcées de travailler dans des conditions insupportables, autant de par la charge démultipliée que par les conditions sanitaires dangereuses. Les gouvernements successifs ont quant-à-eux liquidé le service de santé publique, démultiplié la charge des travail des soignant·e·s, offert des milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux entreprises, dépensé sans compter dans les guerres d’Irak, d’Afghanistan et d’ailleurs. Ce sont les mêmes qui ont dépensé €4 milliards pour l’achat des avions F35 et qui annonçaient juste avant l’épidémie que les hôpitaux publics devaient faire €50 millions d’économie supplémentaires.

Et c’est, une fois encore, les classes populaires qui payent la note. Car si le virus peut contaminer tout le monde, nous ne sommes pas égaux/égales face à lui. Entre l’accès aux soins de santé, l’accès au remboursement, l’accès à une existence administrative, la précarité de ceux/celles qui sont emprisonné·e·s, sans-papiers, sans-domicile.

La bourgeoisie nous prouve, une fois encore, sont incapacité systémique a gérer les crises que son système génère. Cette crise, comme les autres crises du système capitaliste, lui offre des perspectives de renforcement tout en l’affaiblissant temporairement. Cette crise est également un défi pour nous car nous devront apprendre à faire de la politique en période de confinement et saisir les opportunités historiques de cette situation.

Il n’est pour autant pas question de nier le danger sanitaire que cette pandémie représente pour nous et pour les plus fragiles d’entre nous. Nous devons réfléchir à ce confinement en nos propres termes, nous approprier les moyens de l’autonomie sanitaire, dans nos milieux d’abord, plus largement ensuite. Nous éviter aussi bien l’erreur de « faire dans l’humanitaire » que de déserter le terrain des problèmes matériels. Nous devons encourager toutes les initiatives qui vont dans le sens de l’auto-organisation populaire, fondées sur les valeurs d’entraide et de solidarité. De la même manière, nous ne devons pas laisser les autorités récupérer les manifestations, d’abord spontanées, de soutien symboliques aux travailleurs soignants. Il faut les soutenir et leur donner un sens irrécupérable pour la bourgeoisie.

Nous devons réfléchir à de nouveaux moyens d’action et d’organisation et ne pas se laisser immobiliser par les termes de la bourgeoisie. Il n’est pas question de faire une “pause” dans le cadre d’une soit-disant guerre contre un ennemi commun.

Elle aimerait nous faire croire qu’il existe une “guerre” de l’Humanité contre le coronavirus. En réalité, elle a déjà profité de notre désarmement pour intensifier sa guerre contre les exploité·es. Suspension du droit de grève au Portugal, attaque contre les congés payés et le temps de travail en France, chasse aux SDF et aux migrant·es, rallongement des horaires d’ouvertures des magasins, en Belgique, les exemples se comptent par dizaines.

Nous avons un immense défi à relever sur les moyens d’organisation, notamment dans l’usage des outils par internet. A cet égard, nous recommandons l’usage d’outils chiffrés et/ou auto-hébergés (par exemple, préférer l’usage de Signal, Riot.im, Jitsi, Nextcloud plutôt que de Facebook, Skype, Discord ou Zoom). Il nous faudra également entamer une réflexion plus large sur la forme que pourraient avoir de futures crises, ou le futur de celle-ci, qui nous empêcheraient de communiquer par internet, pour mieux nous y préparer.

Plus qu’à des solutions techniques, ce sont des solutions structurelles qu’il nous faut trouver, non seulement face à la pandémie mais également face à répression et aux moyens qu’elle se permet de déployer dans ce cadre, comme l’utilisation massive des données de géo-localisation des téléphones.

Enfin, il nous faut garder l’esprit ouvert, combattre les sectarismes qui nous divisent pour pouvoir, ensemble, comprendre et combattre les crises actuelles et futur du capital. Ce “confinement” là n’a pas attendu le coronavirus pour nous immobiliser. Si nous n’arrivons pas à affronter cette responsabilité, les crises capitalistes continueront à renforcer la bourgeoisie tout en nous affaiblissant. Saisissons les opportunités, retournons la situation à notre avantage. N’ayons aucune confiance envers la capacité de la classe dominante à gérer cette crise. Et face à cette incapacité, elle n’hésitera pas à normaliser certains aspects du confinement plutôt que d’interrompre la circulation marchande plus longtemps.

Nous devons reprendre le travail dans la rue, ajuster nos modes de fonctionnement et adopter les méthodes d’intervention praticables. Reprendre le travail politique dans la rue aujourd’hui, dans les conditions sanitaires requises, c’est aussi se préparer aux exigences de demain et à un éventuel renforcement du confinement (couvre-feu, permis de circulation sur la voie publique, etc.)

Nous vous donnons rendez-vous sur les fronts de lutte, Courage et force à tou·te·s !

Ces derniers jours, plusieurs mouvements de révoltes des prisonniers ont éclaté dans différentes prisons de France d’Italie et de Belgique dans le cadre de la crise liée au Coronavirus. Voici un compte-rendu non-exhaustif des événements.

En Italie, depuis l’annonce, le 7 mars, de la suspension des visites de proches, des troubles majeurs ont éclatés dans 49 prison du pays sur un total de 189. En date du 11 mars, on comptait : 6 000 prisonnier révoltés, 600 lits détruits, ainsi que des dégâts matériels estimés à 35 millions d’euros. Dimanche 8 mars, des mutineries ont éclaté dans quatre prisons du pays. Au moins six prisonniers y sont morts. À Modène, la révolte, particulièrement intense, a fait au moins un mort parmi les détenus alors que 20 gardiens ont été blessés et que le reste du personnel a du être évacué. Les prisonniers sont parvenus à se barricader et à s’emparer d’armes. Dans la prison de Frosinone (sud de Rome), une centaine de prisonniers se sont barricadés dans une section de l’établissement, et la police est intervenue pour réprimer la mutinerie. Les prisonniers ont dressé une liste de revendications, dont la possibilité de visites de leurs proches, et tentent de négocier avec la direction. À la prison Torre del Gallo à Pavie, les prisonniers sont parvenus à prendre deux agents de la police pénitentiaire en otage, et à libérer des dizaines de leurs camarades. Par ailleurs, les familles sont venues soutenir dans la rue la fronde des prisonniers dans plusieurs prisons du pays. Enfin, à la prison de Poggia, dans les Pouilles, plusieurs prisonniers étaient parvenus à s’échapper avant d’être rattrapé par la police.

Des révoltes similaires ont également eut lieu cette semaine en France. Dans les région Alpes-Maritimes, une mutinerie a éclaté à la prison de Grasse, après une révolte de prisonniers inquiets face au coronavirus. Un groupe de six à sept hommes sont notamment montés sur le toit d’un des bâtiments de la prison et ont jeté des projectiles sur les gardiens. Le Raid est intervenu pour réprimer la mutinerie. La lendemain, on dénombrait une dizaine de mouvements de révolte dans tout le pays, principalement des refus par les prisonniers de réintégrer leur cellule après la promenade. Une mutinerie a cependant éclaté au centre de détention de Val-de-Reuil. Les corps d’intervention d’élite de l’administration pénitentiaire (Eris) étaient débordés par le nombre d’incidents et n’ont pas pu intervenir en même temps pour réprimer tous les mouvements.  Jeudi 19 mars, une autre mutinerie a également éclaté à la prison d’Argentan (Orne) avant d’être réprimée par les Eris. Une quinzaine de prisonniers révoltés sont montés sur le toit de la prison et refusaient d’en descendre.

En Belgique, une mouvement de révolte a éclaté à la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) lorsqu’une vingtaine de prisonniers sont montés sur le toit pour protester contre la réduction de leur temps de préau.

Révolte de prisonniers en Italie dans le cadre de la crise du Coronavirus

Révolte de prisonniers en Italie dans le cadre de la crise du Coronavirus

Début de semaine, Eddi (Maria Edgarda), une internationaliste ayant combattu dans les unités des YPJ, a appris par la presse sa condamnation à deux ans de surveillance spéciale. La surveillance spéciale est un vestige des codes fascistes et s’applique aux personnes qui ne sont coupables d’aucun crime, mais qui sont considérées comme “socialement dangereuses”. Eddie fait partie des cinq internationalistes poursuivi.e.s à leur retour du Rojava (voir notre article). Au final, le procureur a modifié ses arguments, limitant l’accusation de “danger social” à trois personnes : Jacopo, Eddi et Paolo, considéré.e.s comme dangereux en raison des manifestations et des activités politiques menées en Italie. Selon les informations, cette procédure de surveillance spéciale ne sera pas appliqué aux deux autres internationalistes.

Maria Edgarda Marcucci, Davide Grasso, Paolo Andolina, Fabrizio Maniero, Jacopo Bindi

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Le 7 mai 2016, environ 600 personnes manifestaient contre la mise en place par l’Autriche d’un dispositif anti-migrants. Cette manifestation avait mené à de violents affrontements avec de nombreux policiers et carabiniers en tenue anti-émeutes (voir notre article). Cette année, 64 anarchistes, la plupart arrêté·es au cours de la manifestation, passent en procès et de nombreuses peines d’emprisonnement ont été demandées.

Affrontements au Brenner

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La Cour de Cassation italienne a confirmé vendredi la validité de la libération en juillet de Carola Rackete. La capitaine allemande du navire humanitaire Sea Watch 3 avait accosté de force sur l’île de Lampedusa avec 42 migrants rescapés à son bord. La cour a rejeté le recours que le parquet avait formé à la suite de la libération de Carola Rackete, et doit désormais déposer ses motivations dans un délai de 30 jours. À l’issue de l’accostage, Carola Rackete avait été placée aux arrêts domiciliaires et présentée à un juge début juillet. Ce dernier avait alors décidé de la libérer estimant que la jeune femme avait fait simplement son devoir en sauvant des vies humaines.

Immobilisé par la justice pendant plusieurs mois, le Sea Watch 3 a, depuis, repris ses sauvetages au large de la Libye avec d’autres capitaines à son bord. Les dernières opérations de sauvetage en date, survenues il y a à peine quelques jours, lui ont permis de secourir 119 migrants. Après une escale technique, la navire remettra le cap vers la Libye d’ici quelques jours. Le verdict concernant Carola Rackete intervient 10 jours après qu’une cour d’appel maltaise a annulé la condamnation d’un autre capitaine allemand officiant pour l’ONG Lifeline. La justice a estimé que Claus Peter Reisch, capitaine du navire du même nom que l’ONG, n’avait aucune intention criminelle lorsqu’il est entré dans les eaux maltaises avec plus de 200 rescapés à son bord en juin dernier.

Carola Rackete

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Mardi 21 mai 2019, les trois anarchistes Natascia, Giuseppe et Robert avaient été été arrêté·es à Milan par le Raggruppamento Operativo Speciale (ROS, l’unité anti-terroriste des Carabinieri) dans le cadre d’une opération répressive appelée “Prometeo” (voir notre article). Les trois activistes sont accusé·es principalement “d’attaque terroriste ou de subversion”. Natascia est toujours en prison, alors que Robert a été libéré. Quant à Giuseppe, dans la matinée du mardi 17 décembre, il a en plus été accusé, dans le cadre de l’opération “Spark” (une opération du ROS de Turin cette fois), d’avoir tenté de détruire un distributeur automatique de billet de La Poste de Gênes, en juin 2016, à l’aide d’un engin incendiaire (voir notre article).

Pour lui écrire:
Giuseppe Bruna
C. C. di Pavia
via Vigentina 85
27100 Pavia
Italia – Italy

Emblème du ROS

Le 8 juin 2016, deux personnes au visage masqué avaient été filmées en train de poser un engin incendiaire (un réservoir de 5 litres d’essence avec un dispositif d’allumage déclenché par un réveil) devant le distributeur de billets du bureau d’un poste de Gênes. L’engin n’avait pas explosé en raison d’un dysfonctionnement du système d’allumage. Cette action prenait place dans le cadre de la campagne annoncée fin 2015 contre les CPR, les centres fermés italiens.  Les forces spéciales des Carabiniers (les ROS), ont arrêté mardi Giuseppe Bruna, un anarchiste originaire d’Agrigente. La police affirme avoir trouver les traces de son ADN  sur les gants ayant servi à l’action. L’arrestation a été réalisée suivant une ordonnance émise par le juge d’instruction du tribunal de Turin. Giuseppe avait déjà été inquiété par la justice italienne pour l’affaire des colis piégés envoyés aux procureurs dirigeant l’opération “Scripta Manent” contre les anarchistes.

L'intervention des démineurs à Gênes

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Une vaste opération policière a eu lieu jeudi en Italie. Elle visait les militants anarchistes suspectés d’avoir participé, le 9 février, aux violentes manifestations de protestation contre l’attaque par la police du grand squat historique de Turin, l’asilo occupato (voir notre article). L’opération a donné lieu à 17 perquisitions qui se sont déroulées simultanément dans le Piémont, en Lombardie et en Sardaigne. 37 personnes ont été inquiétées, 14 font l’objet de “mesures de précaution” (notamment l’interdiction de séjourner à Turin) et trois ont été incarcérées. L’opération a conduit à l’arrestation de Patrik Bernardone, un Turinois de 24 ans, de Federico Daneluzzo, 23 ans, et d’un Suisse âgé de 19 ans. Celui-ci avait échappé à son arrestation, mais il s’est rendu à la police après s’être barricadé toute la matinée au centre social Brancaleone à Milan. Ils sont accusés de blessures graves et résistance à un agent public. Onze autres personnes résidant à Sassari, Savone, Livourne, Ravenne et en Suisse, en Slovaquie et en Serbie se sont vu interdire de se rendre à Turin.

L'attaque de l'asilo occupato

 

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Un homme qui est accusé par les autorités péruviennes d’avoir été le “médecin de la guérilla” (du PCP-SL) a été arrêté hier par la police italienne dans un hôtel du centre de Gênes. Luis Enrique Paredes Del Pino, alias “Juan Carlos” faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Le Procureur de la Cour d’appel de Gênes sera appelé dans les quarante prochains jours à évaluer la demande d’extradition. Luis Enrique Paredes Del Pino, qui est détenteur de la double nationalité et d’un passeport espagnol, avait déjà été arrêté en 2013 à Tolède. Madrid avait refusé l’extradition et, depuis lors, le médecin avait obtenu l’autorisation de rester en Espagne, où il travaille comme urgentologue dans le district de Castilla-La Mancha. Après le rejet de l’Espagne, le Pérou avait lancé un nouveau mandat d’arrêt international.

Luis Enrique Paredes Del Pino, lors d'une précédente arrestation