Entretien avec la sociologue, militante féministe et abolitionniste pénal Gwenola Ricordeau à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Tant qu’il y aura des prisons » (Le passager clandestin) à propos de l’abolitionnisme pénal et des perspectives révolutionnaires.

Jeudi 12 février à Lyon, le collectif d’extrême droite Némésis organisait une action contre une conférence de la députée européenne insoumise Rima Hassan. Dans le cadre de cette opération, une vingtaine de fascistes armés ont tendu un guet-apens à des militant·es antifascistes. À l’issue des affrontements, le militant fasciste Quentin Deranque est décédé des suites de ses blessures. Cette nouvelle a provoqué une onde de choc, non pas tant pour pleurer la mort accidentelle d’un ennemi, mais pour ce qu’elle révélait de la séquence politique actuelle : la fascisation est là et nous ne sommes pas prêt·es.

Immédiatement après cet événement, toutes les franges de la bourgeoisie, ses partis et son appareil d’État se sont mobilisés pour poursuivre et renforcer la radicalisation autoritaire en cours. Après une minute de silence pour un fasciste à l’Assemblée nationale, validée par tous les groupes parlementaires de gauche, le ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé sa volonté d’interdire les meetings politiques dans les universités. De son côté, le ministre de l’Intérieur a défendu le maintien du défilé fasciste organisé à Lyon le 21 février, qui a finalement réuni des milliers de personnes, dont des figures historiques des mouvements néonazis, négationnistes et antisémites.

Cela n’est qu’un énième rappel : face aux forces fascistes et au système capitaliste qui les nourrit, l’État fait partie du problème, jamais de la solution.

Parallèlement, la criminalisation de l’antifascisme s’est poursuivie, y compris par de larges secteurs dits de gauche, qui, emprunts d’une posture morale, ont renvoyé dos à dos antifas et néonazis, et délégitimant ainsi la nécessité de l’autodéfense populaire face aux fascistes. Ceux et celles-là mêmes qui rendent hommage chaque année aux résistant·es FTP-MOI ou à la résistance kurde contre Daesh. Dans plusieurs villes, des locaux syndicaux et politiques ont été attaqués avec la complaisance des autorités et le soutien d’une campagne médiatique ordurière et révisionniste, faisant de l’antifascisme l’ennemi à abattre. Rappelons s’il le faut ici que l’antifascisme trouve ses racines dans le combat contre la violence fasciste et son projet mortifère. 

Rapidement, six hommes âgés de 20 à 26 ans ont été mis en examen pour « homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs ». Une septième personne est poursuivie pour « complicité d’homicide volontaire » ainsi que pour les mêmes qualifications connexes. Six des suspects ont été placés en détention provisoire et le septième placé sous contrôle judiciaire. Quatre autres personnes interpellées ont été entendues puis libérées.

Iels ont toustes été jeté·es en pâture au système pénal et à un procès médiatique. Mais quand la tempête fait rage, quand les coups pleuvent, la solidarité de notre camp doit être implacable, indépendamment des désaccords tactiques ou stratégiques. 

Aujourd’hui, nous devons être épaule contre épaule dans cette épreuve et apporter notre solidarité inconditionnelle aux personnes interpellées. Aucune dissociation, aucun appel à voter aux municipales, aucune adaptation aux discours réactionnaires ne sera jamais une solution face à la fascisation. Au contraire, la gauche révolutionnaire doit prendre ses responsabilités et avancer ensemble. Faire front, faire bloc.

Hier, aujourd’hui, comme demain.
Ici, comme ailleurs.
Free all antifas!

Secours Rouge Toulouse
23 février 2026

A l’occasion de la soirée co-organisée par le Secours Rouge Toulouse et l’AFA Tolosa le 14 janvier dernier, le militant antifasciste Zaid revient sur son parcours et le sens de son engagement révolutionnaire. Mercredi 18 février, les antifas Gino et Zaid comparaîtront devant la Cour d’Appel de Paris pour statuer sur les demandes d’extradition : la Hongrie réclame Zaid, tandis que l’Allemagne demande Gino, malgré le refus de la justice française d’appliquer le mandat d’arrêt hongrois l’an dernier (voir notre article).

Samedi 13 décembre, le Secours Rouge Toulouse organisait une ACAB Party à la Chapelle. L’annonce de son organisation a provoqué de vives réactions de la part du maire de la ville, Jean-Luc Moudenc, qui a lancé une série d’attaques durant une semaine accompagnée et soutenue par une partie de la fachosphere et des médias de Bolloré. Le jour J, un important dispositif policier était déployé aux abords du lieu pour procéder à des contrôles d’identités, faire des provocations et intimider les participant·es.

En dépit de ce contexte, des centaines de personnes ont participé dès 13h12 à l’événement. La salle était pleine à craquer devant la projection du film « Sainte-Soline, autopsie d’un carnage », (contre)récit de la répression de la mobilisation contre les mégabassines, suivie d’une table ronde intitulée « Racisme et violences d’État » en présence de Toulouse Anti CRA et Fatou Dieng du Réseau d’entraide Vérité et Justice. Nous avons dû sonoriser l’extérieur du lieu pour permettre à toustes de profiter de leurs analyses et de leurs expériences face au déchaînement de la violence de l’État et aux résistances pour y faire face.

Alors que l’événement battait son plein, un arrêté municipal d’interdiction a été annoncé sur les réseaux sociaux puis notifié par la police aux alentours de 18h. Respectant l’accord que nous avions avec le lieu et prenant la décision conjointement, nous avons interrompu la dernière conférence qui se tenait avec la militante abolitionniste pénale et sociologue Gwenola Ricordeau, puis fait évacuer le lieu.

Cette décision est la conséquence de deux contextes qui s’entrechoquent. D’abord, la bourgeoisie et ses relais ne supportent pas de voir être remis en cause la police, l’Etat et leur système, surtout quand l’initiative rassemble aussi largement des centaines de personnes aux parcours différents. Par ailleurs, la mairie a réprimé la soirée afin de poursuivre son offensive contre La Chapelle, lieu historique toulousain, visant à remettre en cause la promesse de vente du bâtiment et même de son bail emphytéotique à en croire leurs récentes déclarations.

Cette censure orchestrée par le maire de la ville n’est qu’une énième démonstration de la radicalisation autoritaire en cours et témoigne de leur fébrilité dès qu’une alternative et une contestation de leur système commencent à émerger.

Face à cette situation, le Secours Rouge Toulouse continuera le travail qu’il a engagé depuis plusieurs années en participant au renforcement de la gauche révolutionnaire face à la répression et à la contre-révolution préventive.

Une fois de plus, merci aux personnes qui ont contribué au marché de l’acaberie, aux organisations qui sont venues tenir des tables de presse, aux intervenant·es et bien-sûr toutes les personnes qui ont fait le déplacement ainsi que toustes les volontaires, collectifs, organisations qui ont donné un coup de main ! Plus que jamais, la solidarité est notre arme !

Artículo de Secours Rouge Toulouse sobre la militarización, el imperialismo francés y la izquierda revolucionaria publicado el 28 de noviembre de 2025.

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«La guerra no es más que la continuación de la política por otros medios», escribió Clausewitz. En Francia, esta frase resuena hoy con gran intensidad. Se suceden los anuncios, formando un conjunto coherente: militarización acelerada, discurso de «sacrificios», normalización de la economía de guerra y, a continuación, refuerzo del mantenimiento del orden y del aparato represivo. Dos aspectos inseparables de un mismo proyecto: preparar la confrontación exterior y neutralizar la oposición interior en beneficio del imperialismo francés.

Como expresión de la intensificación de las contradicciones interimperialistas, la militarización de Francia y Europa alcanza hoy un nivel sin precedentes desde la Guerra Fría. Esto se hace patente en los distintos anuncios articulados para construir la idea de un futuro conflicto presentado como inevitable, en particular contra Rusia. Y el frente ruso es solo el más evidente: desde 2022, la Fuerza Aérea y Espacial francesa lleva a cabo cada año operaciones de despliegue rápido en el Pacífico, a través de la misión PEGASE, para responder a la «amenaza china». La Unión Europea ha marcado la pauta al desvelar su proyecto de «Schengen militar», destinado a transformar el continente en un vasto corredor logístico para los ejércitos. Carreteras, puentes, vías férreas, infraestructuras civiles: todo debe adaptarse a las necesidades de las tropas.

Esta dinámica se amplifica especialmente en Francia. El Gobierno promueve sin complejos la idea de que el país debe prepararse psicológica y materialmente para un enfrentamiento importante. La publicación de la guía «Tous responsables» (Todos responsables), presentada como un manual ciudadano para «actuar eficazmente en situaciones de crisis», lleva aún más lejos esta normalización de la guerra. El documento evoca explícitamente la posibilidad de una «amenaza relacionada con un compromiso importante de nuestras fuerzas armadas fuera del territorio nacional», tras meses de discursos sobre el «rearme demográfico» y la obligación de disponer de una mochila de supervivencia para 2026. En esta línea, Emmanuel Macron anunció el jueves 27 de noviembre un servicio militar voluntario con el fin de reforzar «la importancia de la preparación de la nación y de sus fuerzas morales frente a las crecientes amenazas», según el comunicado del Elíseo.

El ámbito de la salud tampoco escapa a esta lógica. El Ministerio ha pedido oficialmente a los hospitales que se preparen para un escenario de conflicto armado de aquí a marzo de 2026. Según una nota interna revelada por Le Canard Enchaîné, los hospitales civiles franceses deben prepararse ahora para recibir oleadas masivas de heridos militares, con previsiones que pueden alcanzar hasta 50 000 pacientes en seis meses. Se está haciendo todo lo posible para inculcar en la mente de la gente la idea de que podría estallar un conflicto en un plazo de tres o cuatro años, como si ese plazo ya se hubiera validado entre bastidores.

Este es precisamente el plazo que asumió con escalofriante brutalidad Fabien Mandon, jefe del Estado Mayor de las Fuerzas Armadas, durante el 107.º Congreso de Alcaldes, celebrado del 18 al 20 de noviembre de 2025. Pidió a los representantes electos que prepararan a la población para «aceptar el riesgo de perder a nuestros hijxs» y «sufrir económicamente», al tiempo que retomaba la retórica belicista sobre Rusia.
Detrás de estas palabras no se esconde la opinión de un militar aislado, sino la línea estratégica asumida por el Estado francés, coherente con el aumento masivo del presupuesto militar, los proyectos de servicio nacional para los jóvenes y las ambiciones imperialistas reafirmadas en la Revista Estratégica Nacional.

Esta militarización se extiende también al ámbito espacial. Toulouse se convierte en un eje central de este dispositivo con la instalación del Mando Espacial y del Centro de Excelencia Espacial de la OTAN, inaugurados como símbolos de la nueva doctrina: «el espacio ya no es un santuario». Los satélites patrulleros Toutatis y Orbit Guard, diseñados para vigilar o neutralizar amenazas, encarnan la entrada asumida de Francia en la militarización completa de la órbita terrestre.

Así, conviene recordar que Francia, segundo exportador mundial de armas, no es un país «amenazado», sino un actor central en los conflictos que pretende temer. Hoy en día, alimenta, equipa y apoya las dinámicas bélicas que asolan el planeta, como los genocidios en Palestina y Sudán. Evidentemente, no se trata de un fenómeno nuevo, sino que tiene su origen en el colonialismo francés y sus cientos de años de saqueos, despojos y masacres de los pueblos colonizados.

Su antiguo imperio colonial sirvió de base material y territorial para la afirmación del imperialismo francés después de 1945, al proporcionar el uranio necesario para el desarrollo nuclear y ofrecer lugares de ensayo remotos (Sáhara argelino, Polinesia) o la base de lanzamiento espacial en Guayana. Esta potencia nuclear garantizó la independencia estratégica y el estatus de potencia mundial de Francia, actuando como principal catalizador del desarrollo de un complejo militar-industrial de vanguardia. Este complejo, que combina las industrias nucleares y la exportación de armamento sofisticado, se ha convertido tanto en un pilar económico nacional como en una de las herramientas que permiten a Francia mantener sus intereses, su influencia y un papel de primer orden en el mundo, en particular mediante el mantenimiento de varias de sus colonias (Reunión, Guayana, Kanaky, Guadalupe, Martinica, Polinesia, etc.).

Iniciado en 2018, el aumento masivo del presupuesto de «Defensa» francés (+56 % entre 2017 y 2025) continuará hasta alcanzar el objetivo de 68 000 millones de euros en 2030. La reciente Ley de Programación Militar 2024-2030 da a la industria armamentística una visibilidad sin precedentes y provoca un fuerte aumento de los pedidos. Impulsados por la «economía de guerra», los industriales aceleran sus ritmos, reducen los plazos y relocalizan ciertas capacidades críticas para prepararse para conflictos de alta intensidad. Asi, todo el sector se está reorganizando para producir más y más rápido. Por ejemplo, los aviones Rafale se producen hoy tres veces más rápido que en 2022.

Si la primera fase de este programa tiene como objetivo preparar al aparato militar y condicionar a la población para la guerra, la segunda fase se centra en el frente interno. Porque para llevar a cabo una política de militarización exterior, es necesario asegurarse de que la sociedad no se rebele contra las consecuencias sociales, políticas y humanas de esta decisión. Ahí es donde entran en escena la represión y el mantenimiento del orden, como instrumentos de contrarrevolución preventiva destinados a sofocar cualquier oposición antes de que aparezca.

Desde 2018, las fuerzas del orden francesas disparan cada año entre 15 000 y 20 000 municiones LBD y granadas explosivas, frente a menos de 500 antes de 2015. La feria Milipol, escaparate mundial de las tecnologías de control, ilustra la dirección tomada: drones, armas denominadas «no letales», sistemas biométricos, dispositivos de vigilancia algorítmica, todo contribuye a reforzar el mantenimiento del orden como un campo de experimentación militarizado.

Con el fin de imponer esta política, el ministro del Interior, Laurent Nuñez, interrogado por una comisión parlamentaria el pasado 18 de noviembre, reafirmó su voluntad de crear un nuevo delito de «atentado contra la cohesión nacional». Esta propuesta se suma a un conjunto de medidas que refuerzan las capacidades de vigilancia, amplían las posibilidades de disolución de organizaciones y extienden los ámbitos de incriminación penal, refuerzan las prisiones y las políticas de aislamiento, cuyo objetivo declarado es neutralizar cualquier contestación a la política llevada a cabo por el imperialismo francés.

Esta lógica llega hasta el Senado, que ha validado medidas que permiten a France Travail (oficina de desempleo fancesa) consultar registros telefónicos o archivos aéreos para controlar a los beneficiarios de ayudas, así como nuevas obligaciones administrativas que restringen el acceso a los derechos sociales. Al ampliar aún más la vigilancia en el ámbito de la precariedad, el Gobierno crea un clima de amenaza permanente que intenta desalentar la contestación y debilita aún más a las clases populares, en particular a las racializadas. Este proceso se ve reforzado, evidentemente, por la exacerbación de la islamofobia de Estado y sus dramáticas consecuencias para millones de personas, cuya intensificación también tiene como objetivo responder a esta exigencia: reunir a las clases populares detrás del imperialismo francés designando un «enemigo interno». Este sirve a la vez como terreno de experimentación para políticas liberticidas y autoritarias, que el racismo permite que sean aceptadas por amplios sectores, como medio para debilitar las capacidades de autoorganización —en particular de las personas racializadas— susceptibles de cuestionar el orden imperialista.

La coherencia de su estrategia salta a la vista: en el exterior, una militarización destinada a defender sus intereses imperialistas; en el interior, un aparato represivo reforzado para impedir que la población cuestione esta orientación. Se trata de una auténtica contrarrevolución preventiva, que ataca incluso antes de que exista una revuelta.

Ante esta situación, la izquierda revolucionaria debe abordar el período de manera consecuente. Es indispensable combatir todas las formas de chovinismo, así como la idea de que existe un militarismo «progresista», posición que hoy se encuentra en La France insoumise. Cuando políticos como François Piquemal se preocupan más por el alojamiento de los futuros soldados de Toulouse que por la lógica militarista en sí misma, esto ilustra perfectamente una política que consiste en acompañar, aunque sea marginalmente, la maquinaria bélica del Estado.
Más que nunca, hacemos nuestra la fórmula de Karl Liebknecht: «El enemigo principal está en nuestro propio país». Solo construyendo una perspectiva revolucionaria, profundamente internacionalista y antiimperialista, puede surgir un verdadero horizonte antimilitarista. No será posible ninguna paz duradera, ninguna salida a esta espiral de guerra, sin atacar la raíz: el capitalismo. No existe ninguna alternativa reformista. Es desde esta perspectiva que Secours Rouge Toulouse pretende situarse, basándose en sus características específicas: un espacio de apoyo, solidaridad y ayuda mutua para todas las formas de autoorganización autónoma de la izquierda revolucionaria, con el fin de hacer frente a la contrarrevolución preventiva y llevar adelante las perspectivas revolucionarias para el futuro.

Article du Secours Rouge Toulouse sur la militarisation, l’impérialisme français et la gauche révolutionnaire publié le 28 novembre 2025.

Traduction en castillan

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« La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens », écrivait Clausewitz. En France, cette phrase résonne aujourd’hui avec une grande acuité. Les annonces se succèdent, formant un ensemble cohérent : militarisation accélérée, discours de « sacrifices », normalisation de l’économie de guerre, puis renforcement du maintien de l’ordre et de l’appareil répressif. Deux volets indissociables d’un même projet : préparer la confrontation extérieure et neutraliser l’opposition intérieure au profit de l’impérialisme français.

Expression de l’intensification des contradictions inter-impérialistes, la militarisation de la France et de l’Europe atteint aujourd’hui un niveau inégalé depuis la guerre froide. C’est visible dans les différentes annonces articulées pour construire l’idée d’un futur conflit présenté comme inévitable, en particulier contre la Russie. Et le front russe n’est que le plus évident : des opérations de déploiement rapide menées par l’Armée de l’Air et de l’Espace française – à travers la mission PEGASE – ont lieu chaque année dans le Pacifique depuis 2022 pour répondre à la « menace chinoise ». L’Union européenne a donné le ton en dévoilant son projet de « Schengen militaire » destiné à transformer le continent en un vaste corridor logistique pour les armées. Routes, ponts, voies ferrées, infrastructures civiles : tout doit être adapté aux besoins des troupes.

Cette dynamique s’amplifie particulièrement en France. Le gouvernement promeut sans complexe l’idée d’un pays devant se préparer psychologiquement et matériellement à un affrontement majeur. La publication du guide « Tous responsables », présenté comme un manuel citoyen pour « agir efficacement en situation de crise », pousse encore un peu plus loin cette normalisation de la guerre. Le document évoque explicitement la possibilité d’une « menace liée à un engagement majeur de nos forces armées hors du territoire national », après des mois de discours sur le « réarmement démographique » et l’obligation de disposer d’un sac de survie d’ici 2026. Dans cette continuité, un service militaire volontaire a été annoncé ce jeudi 27 novembre par Emmanuel Macron, afin de renforcer « l’importance de la préparation de la Nation, et de ses forces morales, face aux menaces croissantes » selon la communication de l’Elysée.

Le domaine de la santé n’échappe pas non plus à cette logique. Le ministère a officiellement demandé aux hôpitaux de se préparer à un scénario de conflit armé d’ici mars 2026. Selon une note interne dévoilée par Le Canard Enchaîné, les hôpitaux civils français doivent désormais se préparer à recevoir des vagues massives de blessés militaires, avec des projections pouvant atteindre jusqu’à 50 000 patients sur six mois. Tout est fait pour installer dans les esprits l’idée qu’un conflit pourrait éclater dans les trois ou quatre ans, comme si cette échéance était déjà validée en coulisses.

C’est précisément ce délai qu’a assumé avec une brutalité glaçante Fabien Mandon, chef d’État-major des armées, lors du 107ᵉ Congrès des maires qui s’est tenu du 18 au 20 novembre 2025. Il a demandé aux élus de préparer la population à « accepter le risque de perdre nos enfants » et « de souffrir économiquement », tout en reprenant la rhétorique guerrière sur la Russie. Derrière ces propos, ce n’est pas un militaire isolé qui s’exprime, mais la ligne stratégique assumée de l’État français, cohérente avec l’augmentation massive du budget militaire, les projets de service national pour la jeunesse et les ambitions impérialistes réaffirmées dans la Revue nationale stratégique.

Cette militarisation s’étend aussi au domaine spatial. Toulouse devient un pivot central de ce dispositif avec l’installation du Commandement de l’Espace et du Centre d’Excellence Spatiale de l’OTAN, inaugurés comme des symboles de la nouvelle doctrine : « l’espace n’est plus un sanctuaire ». Les satellites patrouilleurs Toutatis et Orbit Guard, conçus pour surveiller ou neutraliser des menaces, incarnent l’entrée assumée de la France dans la militarisation complète de l’orbite terrestre.

Ainsi, il est utile de rappeler que la France, deuxième exportateur mondial d’armes, n’est pas un pays « menacé », mais un acteur central des conflits qu’elle prétend redouter. Aujourd’hui, elle alimente, équipe et soutient les dynamiques guerrières qui ravagent la planète, comme les génocides en Palestine et au Soudan. Ce n’est évidemment pas un phénomène nouveau, il trouve sa source dans le colonialisme français et ses centaines d’années de pillages, dépossessions et massacres des peuples colonisés.

Son ancien empire colonial a servi de socle matériel et territorial pour l’affirmation de l’impérialisme français post-1945, en fournissant l’uranium nécessaire au développement du nucléaire et en offrant les sites d’essais éloignés (Sahara algérien, Polynésie), ou encore la base de lancement spatiale en Guyane. Cette puissance nucléaire a garanti l’indépendance stratégique et le statut de puissance mondiale à la France, agissant comme le principal catalyseur du développement d’un complexe militaro-industriel de pointe. Ce complexe, combinant les filières nucléaires et exportant des armements sophistiqués, est devenu à la fois un pilier économique national et l’un des outils permettant à la France de maintenir ses intérêts, ses influences et un rôle de premier plan dans le monde, notamment par le maintien de plusieurs de ses colonies (Réunion, Guyane, Kanaky, Guadeloupe, Martinique, Polynésie, etc.).

Entamée en 2018, la hausse massive du budget de la « Défense » française (+56% entre 2017 et 2025) va continuer pour atteindre l’objectif de 68Md€ en 2030. La récente Loi de Programmation Militaire 2024-2030 donnent à l’industrie d’armement une visibilité inédite et entraînent une forte augmentation des commandes. Sous l’impulsion de « l’économie de guerre », les industriels accélèrent leurs cadences, réduisent les délais et relocalisent certaines capacités critiques pour préparer des conflits de haute intensité. L’ensemble du secteur se réorganise ainsi pour produire en plus grande quantité, plus vite. Par exemple, les avions Rafale sont produits aujourd’hui trois fois plus vite qu’en 2022.

Si la première phase de ce programme vise à préparer l’appareil militaire et à conditionner la population à la guerre, la seconde phase s’attaque au front intérieur. Car pour mener une politique de militarisation extérieure, encore faut-il s’assurer que la société ne se soulève pas contre les conséquences sociales, politiques et humaines de ce choix. C’est là que la répression et le maintien de l’ordre entrent en scène, comme des instruments de contre-révolution préventive destinés à étouffer toute opposition avant qu’elle n’apparaisse.

Depuis 2018, les forces de l’ordre françaises tirent chaque année entre 15 000 et 20 000 munitions de LBD et de grenades explosives, contre moins de 500 avant 2015. Le salon Milipol, vitrine mondiale des technologies de contrôle, illustre la direction prise : drones, armes dites « non létales », systèmes biométriques, dispositifs de surveillance algorithmique, tout concourt afin de renforcer le maintien de l’ordre comme un champ d’expérimentation militarisé.

Afin d’imposer cette politique, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, auditionné par une commission parlementaire le 18 novembre dernier, a réaffirmé sa volonté de créer un nouveau délit « d’atteinte à la cohésion nationale ». Cette proposition s’ajoute à tout un ensemble de mesures renforçant les capacités de surveillance, élargissant les possibilités de dissolution d’organisations et étendant les champs d’incrimination pénale, renforçant les prisons et les politiques d’isolement, dont l’objectif affiché est de neutraliser toute contestation de la politique menée par l’impérialisme français.

Cette logique va jusqu’au Sénat qui a validé des mesures permettant à France Travail de consulter des relevés téléphoniques ou des fichiers aériens pour contrôler les allocataires, ainsi que de nouvelles obligations administratives restreignant l’accès aux droits sociaux. En élargissant encore un peu plus la surveillance dans le champ de la précarité, le gouvernement crée un climat de menace permanente qui tente de décourager la contestation et fragilise encore davantage les classes populaires, en particulier racisées. Ce processus est évidemment renforcé par l’exacerbation de l’islamophobie d’État, et ses conséquences dramatiques pour des millions de personnes, dont l’intensification vise également à répondre à cette exigence : rassembler les classes populaires derrière l’impérialisme français en désignant un “ennemi intérieur”. Celui-ci sert à la fois de terrain d’expérimentation pour des politiques liberticides et autoritaires, que le racisme permet de faire consentir par de larges secteurs, et de moyen pour affaiblir les capacités d’auto-organisation – notamment des personnes racisé·es – susceptibles de remettre en cause l’ordre impérialiste.

La cohérence de sa stratégie saute aux yeux : à l’extérieur, une militarisation destinée à défendre ses intérêts impérialistes ; à l’intérieur, un appareil répressif renforcé pour empêcher la population de contester cette orientation. C’est une véritable contre-révolution préventive, qui frappe avant même qu’une révolte n’existe.

Face à cette situation, la gauche révolutionnaire doit aborder la période de manière conséquente. Il est indispensable de combattre toutes les formes de chauvinisme ainsi que l’idée qu’il existerait un militarisme « progressiste », position que l’on retrouve aujourd’hui chez La France insoumise. Lorsque des élus comme François Piquemal se préoccupent davantage du logement des futurs soldats de Toulouse que de la logique militariste elle-même, cela illustre parfaitement une politique qui consiste à accompagner, même à la marge, la machine de guerre de l’État.
Plus que jamais, nous faisons nôtre la formule de Karl Liebknecht : « L’ennemi principal est dans notre propre pays ». C’est uniquement en construisant une perspective révolutionnaire, profondément internationaliste et anti-impérialiste, qu’un véritable horizon antimilitariste peut émerger. Aucune paix durable, aucune sortie de cette spirale de guerre, ne sera possible sans s’attaquer à la racine : le capitalisme. Il n’existe pas d’alternative réformiste. C’est dans cette perspective que le Secours Rouge Toulouse entend se situer sur la base de ses spécificités : un espace d’appui, de solidarité et d’entraide pour toutes les formes d’auto-organisation autonomes de la gauche révolutionnaire, afin de faire face à la contre-révolution préventive et porter les perspectives révolutionnaires pour demain.

Dimanche 16 février, Young Struggle (YS) organisait une projection d’un film antifasciste dans les locaux de l’ACTIT à Paris. À cette occasion, plusieurs dizaines de fascistes ont attaqué l’événement, armés de bâtons et de couteaux. Un camarade de YS a été blessé et pris en charge à l’hôpital. Cette attaque intervient alors que l’organisation de jeunes internationalistes et socialistes mène une campagne « Lève-toi, résiste, détruis le fascisme » partout en Europe.

Le Secours Rouge Toulouse exprime sa profonde solidarité avec nos camarades de Young Struggle. Plus largement, nous apportons toute notre solidarité avec l’ensemble des antifascistes attaqués, que ce soit par des bandes armées, des organisations d’extrême droite ou par l’Etat. En particulier, nous exprimons à nouveau notre solidarité avec Gino, antifa emprisonné et menacé d’extradition vers la Hongrie, ou encore auprès de la Jeune Garde Antifasciste dont la dissolution est discutée au plus haut sommet de l’Etat. A Toulouse, les provocations et exactions se multiplient comme en témoignent les récents tags néo-nazis à l’Université du Mirail ou à La Chapelle ainsi que plusieurs agressions verbales et physiques.

Face à cette situation, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces ! Plus que jamais, faisons front contre le fascisme, mais aussi l’impérialisme français, ses institutions et son racisme d’Etat !

Secours Rouge Toulouse, 17 février 2025

À travers ce guide, nous voulons donner des informations, loin d’être exhaustives, afin d’aider à faire les meilleurs choix et de se protéger au mieux face à la répression. Si tu repères une erreur ou si tu veux contribuer à l’enrichir, n’hésite pas, contacte-nous.

Pour des raisons de simplicité, le terme « police » désigne indifféremment la police nationale ou la gendarmerie nationale.

Ce guide n’est en aucun cas une invitation à respecter la loi.

 

Avant la manifestation :

 

La manifestation

Manifestation déclarée : une déclaration doit être faite à la préfecture « trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus » avant la date de la manifestation ; elle est signée par au moins trois organisateurs/trices domicilié·e·s dans le département, qui doivent détailler leurs noms, prénoms et adresses ; le but de la manifestation, la date, l’heure et l’itinéraire doivent être précisés.

Manifestation non déclarée : elle est de fait illégale. Même dans ce cas, la manifestation peut être tolérée, c’est-à-dire que la police la laissera se dérouler (généralement dans un temps imparti, selon la logique de la police). Si la manifestation se tient quand même, les organisateurs risquent 6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Si les forces de l’ordre donnent l’ordre à un rassemblement de se disperser et que les personnes visées ne suivent pas cet ordre après « deux sommations », les manifestant·e·s encourent une peine d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Manifestation interdite par la préfecture : c’est souvent un moyen utilisé par la préfecture afin de mettre la pression sur les éventuel·le·s participant·e·s. La manifestation est de fait « non déclarée », mais en plus elle a été interdite. Les organisateurs encourent également 6 mois d’emprisonnement et 7500 euros d’amende. Le fait de participer à une manifestation interdite par la préfecture t’expose, en théorie, à une amende de 135 euros.

=> Dans tout les cas, la répression de la police est possible, voire probable. Mais tout cela dépend du rapport de force que les manifestant·e·s sont en capacité d’instaurer face à la police qui permet parfois d’imposer son itinéraire, son horaire, etc.

Se préparer à la manif :
Si on y va seul·e, pensons à prévenir un·e proche, en cas de pépin. Si nous y allons en groupe, ce qui est plus prudent, pensons à discuter avec les autres de nos limites de nos peurs, de nos appréhensions. Avoir peur de la répression ou de la police ne doit pas être honteux.
Pensons à bien nous nourrir et à nous hydrater avant d’y aller. Pensons également à prendre de l’eau et de petites choses à manger en cas de coup de mou. Prenons notre traitement si nous en avons un : inhalateur, insuline, etc. Prévoir plusieurs jours de traitement en cas d’arrestation.

Comment s’habiller :
Pensons à s’habiller selon le type de manifestation et ce que nous voulons y faire. Si nous envisageons des activités illégales lors de la manifestation : pensons à mettre des vêtements qui seront adaptés (vêtement de sport). Pensons également à retirer le maximum de bijoux (piercing, etc.).
Si nous ne voulons pas être trop repérables, privilégions les habits noirs et sombres qui recouvrent tout ton corps, cachons également nos tatouages ! Pensons à mettre des gants afin de ne pas laisser nos empreintes partout !

Pour se protéger des armes de la police :
Pour que les lacrymogènes aient moins d’effet : masques FFP2, masques à gaz, lunette de piscine, parapluie… Contre les effets des lacrymogènes : sérum physiologique et/ou Maloox (1 sachet de Maloox ou Xaloom buvable en 300ml d’eau) à asperger sur les yeux.

Vérifions nos poches et notre sac :
Pensons à ne prendre que le strict nécessaire avec nous. Regardons bien dans notre sac et dans nos poches que nous n’ayons pas laissé traîner quelque chose de compromettant (ou alors faisons-le en connaissance de cause) : substances classées comme illicites, mais aussi une paire de ciseaux ou autres objets qui pourraient être considérés comme une arme.

Anticiper la répression :
Pensons à prendre un numéro d’un·e avocat·e de confiance en cas d’arrestation. Pensons également à avoir le numéro de la Legal Team de notre ville ! (s’il y en a une). Pensons également à préparer des « garanties de représentation » (fiche de paie, contrat de travail, attestation de participation à une association, attestation de domicile…). Donnons-les à des personnes de confiance qui pourront réagir si nous sommes arrêté·es et inculpé·es. Notre téléphone : Pensons à vider notre téléphone de toute matière compromettante pour nous ou pour d’autres, en cas d’arrestation : les photos compromettantes, mais aussi les conversations que nous ne voudrions pas partager avec la police ! Vérifions par la même occasion que notre tel est verrouillé.

Vos papiers !
En France, il n’est pas obligatoire, pour les personnes ayant la nationalité française, d’avoir les papiers d’identité sur soi. Par contre, il peut être demandé par la police de justifier de notre identité. Nous pouvons éventuellement les cacher pour les sortir (ou non) suivant la situation donnée. Si nous n’avons pas la nationalité française et que nous sommes en « situation régulière », prenons une photocopie du récépissé ou de la demande en cours.

Préservons notre santé mentale !
Avant, pendant, après une manifestation, nous pouvons être éprouvé·e·s par les événements. Une manifestation peut nous affecter, que celle-ci soit soumise à la répression ou pas. Au sujet de la préservation de sa santé mentale avant, pendant et après une manif, voici un tract instructif issu des manifestations Black Lives Matter de Portland, traduit et mis en page par le @Cametoulouse : voir ici.

 

Pendant la manifestation :

A chacun·e sa manif :
Il existe différents moyens d’expression lors d’une manifestation. La force d’une manifestation réside souvent dans la co-existence de tous ces moyens. Alors, respectons le mode d’expression de tout le monde.

Surveillance partout : La police peut voir : cela peut se faire avec les caméras de vidéos surveillance de la ville, les caméras maniées par la police, les drones… Pour s’en prémunir, nous pouvons nous renseigner sur les caméras de notre ville !

La police peut également écouter : en étant infiltrée dans la manifestation ou à l’aide de micros. Pensons à ce que nous disons lors de la manifestation. Pensons aussi à ne pas utiliser de noms (ni même de prénoms) pour interpeller d’autres personnes.

Attention au flic dans notre poche !
Notre téléphone peut nous géolocaliser, la police pourra alors connaître tous nos déplacements si elle le souhaite. Notre téléphone peut, dans certains cas, être mis sur écoute. Faisons attention à ce que nous pouvons dire ou ce que peuvent dire les gens autour de nous en présence de notre téléphone. Pour les discussions qui nous porteraient préjudice, nous pouvons éloigner notre téléphone. Si nous devons communiquer pendant la manifestation, privilégions les applications cryptées (Signal est l’application de référence dans ce domaine). Aucune application est inviolable, n’écrivons pas des choses que nous ne voulons pas que la police lise !

Les photos : On voit se multiplier dans nos manifestations les prises de photos et de vidéos. La police utilise régulièrement cette base de données pour incriminer des personnes.
Si la manif en question a été interdite ou si elle a été « sauvage » (c’est à dire non déclarée), il est très important de ne pas publier les visages sur tes photos. Une personne peut être inculpée seulement avec les preuves que tu fourniras avec ces photos.
Même si la manif était légale, il est toujours préférable de ne pas publier la photo des visages (à part si nous avons eu l’autorisation de la personne en question). En effet, se retrouver sur internet pour avoir participer à une manif (même légale) pourra être préjudiciable à certaines personnes, au niveau de son travail, de sa famille… Si la publication de photos de manifs sur internet peut être importante politiquement, cela ne doit pas se faire sans quelques précautions avant :
• floutons les visages et les signes facilement reconnaissables ;
• nettoyons les photos qui contiennent des informations (la date, l’heure de la prise de vue, la marque et le modèle de l’appareil, etc.) Pour flouter et nettoyer, nous pouvons utiliser l’application Signal. Pour apprendre à flouter (avec Photoshop), c’est par ici

Face à la répression, la solidarité est notre arme !

La répression peut s’abattre à tout moment sur une manifestation. La solidarité et le collectif doivent être nos réponses. Ne restons pas passifs face à une arrestation. Nous pouvons nous regrouper, crier sur la police pour faire pression. Dans certains cas, un « repêchage » est possible, c’est-à-dire de s’agripper à la personne interpellée jusqu’à ce que la police la lâche. Filmer la police peut être aussi un moyen efficace pour mettre la pression et/ou pour documenter après coup des violences policières. Dans ce cas, faisons attention à ne pas filmer également des actions illégales de la part de manifestant·e·s !

Après la manifestation :

Ce que peut faire la police :

La palpation, la fouille et le contrôle d’identité sont à priori encadré·es par loi. La police n’a pas le droit, théoriquement, de les pratiquer comme bon lui semble. Bien évidemment, le Code de procédure pénale prévoit tellement d’exceptions qu’en pratique la police peut les réaliser quasiment quand elle le veut, en trouvant le prétexte qui le rendra légal.

Palpation de sécurité : Lors d’une interpellation et éventuellement d’un contrôle d’identité, la police ne peut en principe accomplir sur nous qu’une palpation de sécurité. Il s’agit d’une recherche extérieure, au-dessus des vêtements, d’objets dangereux pour la sécurité du porteur ou d’autrui. Cette palpation doit être accomplie par un policier du même genre.

La fouille : c’est-à-dire la recherche de preuves d’une infraction dans un sac ou dans des poches, ne peut en principe être faite que par un officier de police judiciaire ou un agent de police judiciaire. Plusieurs lois ont récemment étendu la possibilité de procéder à des fouilles, notamment de personnes, bagages et véhicules sur les lieux d’une manifestation sur la voie publique et à ses abords immédiats. La fouille à corps doit être accomplie par un policier du même genre.

Le contrôle d’identité : Le contrôle d’identité pourra se dérouler de manière différente, selon que nous ayons ou non sur nous de quoi justifier de notre identité. Si nous sommes de nationalité française, nous pouvons établir notre identité par tout moyen, il n’est pas obligatoire d’avoir sur nous une pièce d’identité. Mais, si nous ne possédons pas de document d’identité, les policiers pourront déclencher une procédure de vérification d’identité. Nous pouvons être retenu·e dans ce cadre pendant 4 heures au maximum à partir du début du contrôle. Ce délai ne peut servir qu’à déterminer ou vérifier notre identité. Nous devons être remis en liberté dès que notre identité est certaine. Pendant la procédure, nous avons le droit de prévenir une personne proche. Si nous sommes de nationalité étrangère (hors Union Européenne), nous devons, en principe, toujours avoir le titre ou les documents nous autorisant à circuler ou à séjourner en France (une carte de séjour, un passeport avec un visa en cours de validité, un récépissé de demande d’asile ou de titre de séjour ou encore une convocation à la préfecture, etc.). Si ce n’est pas le cas, la police pourra mettre en œuvre une procédure de vérification de notre droit de séjour et est autorisée à nous retenir pendant une durée de 24 heures.

=> Si nous refusons de collaborer à la vérification de notre identité, nos empreintes et des photographies peuvent être prises, sur autorisation du procureur de la République. Si nous refusons de nous soumettre à cette mesure, nous pouvons encourir une peine de 3 mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende.

La garde à vue : La durée est, sauf en matière de criminalité organisée, de 24 heures renouvelables une fois (cas très fréquent) soit au total 48 heures maximum. Nous avons le droit de savoir quelle infraction nous est reprochée. Dès le début de la garde à vue, sauf si le procureur de la République s’y oppose, nous pouvons faire prévenir, par l’intermédiaire d’un policier, par téléphone, un·e proche. Sauf circonstance insurmontable dûment constatée ou autorisation spéciale du procureur de la République, cet avis à nos proches doit intervenir impérativement dans les 3 heures de notre placement en garde à vue. Nous avons le droit de rencontrer un.e avocat.e que nous avons choisi ou un.e avocat·e qui est mis à notre disposition (commis d’office). Dès l’arrivée de notre avocat·e, nous avons le droit de s’entretenir confidentiellement avec lui/elle pour une durée de 30 minutes. Si notre garde à vue est prolongée, l’officier de police judiciaire devra nous proposer un nouvel entretien avec notre avocat·e, dans les mêmes conditions. Nous avons également le droit de demander une visite médicale. Il est conseillé d’utiliser la totalité de ces droits.

Avec la police, le silence est notre ami !

Nous avons le droit de garder le silence lors de l’interrogatoire de la garde à vue. Il est plus que conseillé de le faire. En effet, nous ne gagnerons en rien d’essayer de convaincre les policiers de notre bonne foi. Tout ce que nous dirons pourra se retourner contre nous ou quelqu’un d’autre lors d’un éventuel procès. Si nous pensons nous disculper ou disculper une personne en répondant à des questions, nous pouvons, sans le savoir de suite, donner des éléments contre nous ou contre une / des autres personnes.

Il est donc préférable de ne rien dire, de se laisser le temps de préparer sa défense. La police essayera peut être de marchander : « avoue et tu sors ». C’est légalement interdit et ça ne fonctionne pas à chaque fois. Il vaut mieux parfois se taper une garde à vue plutôt qu’un procès perdu d’avance puisqu’ils auront nos aveux… Enfin, le silence est conseillé dans tous les moments où nous sommes en contact avec la police. Ainsi, si la police nous propose une « pause clope », entre deux interrogatoires mais aussi en cellule de garde à vue avec une personne que nous ne connaissons pas, le silence sera notre meilleur ami.

Autres choses à savoir en garde à vue :
=> En garde à vue, nous pouvons demander un « kit de règles » si nous en avons besoin. Si nous portons un voile, la police pourra nous le retirer au même titre que tout autre vêtement. Nous pouvons le demander lors des interrogatoires, comme objet nécessaire à notre dignité.

Empreintes, photos et ADN :

Lors d’une garde à vue, la police nous demandera de prendre des photos de nous, nos empreintes ainsi que notre ADN.
Le refus de se prêter à la prise d’empreintes digitales ou à la prise de photographies est un délit, puni d’1 an d’emprisonnement lorsque le refus émane d’une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction et de 3 mois d’emprisonnement lorsqu’il émane d’une personne faisant l’objet d’un contrôle ne pouvant justifier de son identité. Le refus peut donc entraîner des poursuites.
Le refus du prélèvement ADN est passible d’1 an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Lorsque ces faits sont commis par une personne condamnée pour crime, la peine est de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Dans les faits, le refus entraîne (non-systématiquement) une convocation pour un procès. A noter que si nous refusons de donner notre ADN, la police pourra se le procurer par ruse, sur un gobelet que nous avons touché, un cheveux tombé, une cigarette que nous aurions fumé… A savoir aussi que la Cour européenne des droits de l’homme encadre plus ce refus que celui des empreintes (elle pose une condition de proportionnalité entre l’atteinte causé et le but poursuivi), donc même en cas de procès, possible qu’il y ait des décisions qui relaxent (plus que pour les empreintes).

Si un·e ou des proches sont au commissariat, ne les laissons pas seul·e·s face à la répression !

Contactons la Legal Team pour faire état de l’arrestation, leur donner le plus d’informations possibles. Contactons l’avocat·e que vous aviez convenu ensemble si c’est le cas. Il sera peut être nécessaire de lui donner les « garanties de représentation » si l’affaire se corse. Dans certains cas, il sera nécessaire de rendre public l’arrestation, d’envisager un rassemblement devant le commissariat en question. Cela permettra à la fois d’exprimer notre solidarité envers la/les personne.s incarcéré.e.s et de mettre la pression à la répression !

Accès à notre téléphone portable : il peut t’être demandé de délivrer notre code PIN pour que les policier·e·s aient accès au contenu de notre téléphone. Nous pouvons refuser (ou avoir oublié, ou donner un autre…), mais cela peut constituer une infraction.

Après la garde à vue :

Dans le meilleur des cas, la/les personne·s sortent de la garde à vue. Sinon, le procureur peut enclencher une procédure de comparution immédiate. Nous serons rapidement (hors jours du week-end) amené au tribunal pour passer devant un juge. Nous aurons le droit alors de revoir notre avocat·e à ce moment là. Au début de l’audience, le président nous demandera si nous souhaitons être jugé·e immédiatement ou si nous préfèrons bénéficier d’un délai pour préparer ta défense.
=> Il est fortement conseillé de refuser la comparution immédiate et de nous laisser le temps.
Si nous refusons la comparution immédiate, le tribunal pourra éventuellement décider de nous placer en détention (surtout si nous n’avons pas de pièce d’identité et pas de justificatif de domicile ou attestation d’hébergement) ou sous contrôle judiciaire dans l’attente de notre jugement. C’est aussi possible que le procureur décide d’une autre procédure : convocation par procès-verbal par exemple. C’est une convocation qui nous sera remise à la fin de la garde-à-vue pour une date d’audience prochaine.

L’avocat·e :

Nous avons donc le droit de voir une avocat·e dès la garde à vue puis nous pourrons ensuite préparer notre défense sur le plan légal avec lui/elle. Il est important que l’avocat·e se plie à notre défense (ou à la défense du collectif), ce n’est pas lui/elle qui doit décider pour nous. Notre avocat·e veut notre libération mais ne perdons pas de vue les enjeux politiques et collectifs. Il sera peut être préférable de perdre sur le terrain juridique que de charger d’autres personnes ou de trahir nos logiques politiques.

Sources :

Nous n’avons rien inventé pour constituer ce guide. Il existe une multitude de sources sur les différents sujets abordés ici. Ci-dessous nous avons mis une sélection de sources que nous compléterons au fur et à mesure de nos découvertes.

Secours Rouge de Belgique : secoursrouge.org
Guide légal des manifestant·e·s (Attention, le côté légal est fait pour la juridiction belge !)
Campagne « No photo » 

Secours Rouge Genève : secoursrouge.org/geneve
Guide « Don’t talk to the police » sur le nescessaire silence à avoir face à la police en toute circonstance (Attention, le côté légal est fait pour la juridiction suisse !)

La Défense Collective de Toulouse : https://defensecollectivetoulouse.noblogs.org/
Ses conseils de manifs
Ses conseils en cas d’attaque de la police

Le guide d’autodéfense juridique
Paru pour la première fois en 2007 et repris, actualisé et augmenté par le collectif CADECOL – Caisse d’auto-défense collective Paris/Banlieue en 2016

Guide de Medic’ Action des gestes à adopter en manifestation

Collectif Auto Média Enervé Toulouse : https://came2016.wordpress.com/
Guide « Préserver sa santé mentale »

Permis de visite : https://permisdevisite.noblogs.org/
Site dédié au « Guide à l’usage des proche incarcérées ». Réalisé par des proches de détenus, ce guide donne des pistes concrètes pour répondre aux problèmes juridiques, sociaux et pratiques posés par l’incarcération d’une personne proche.

Brochure à destination des proches de personnes emprisonnées à la maison d’arrêt de Toulouse – Seysses

ACTA Zone : https://acta.zone/
Guide du / de la manifestante, avant, pendant et après la manif

A bas les CRA : https://abaslescra.noblogs.org/
Guide « Faire face à la machine à expulser quand on est sans-papier » 

Marseille Infos Autonome : https://mars-infos.org/
Guide pour faire effacer son ADN des bases de données de la police
Guide pour faire effacer ses empreintes digitales des bases de données de la police

Toulouse sous surveillance : https://toulouse.sous-surveillance.net/
Cartographie collaborative, revue de presse, ressources documentaires contre la surveillance en général et la vidéo-surveillance en particulier.

Les applications pratiques :
Pour communiquer de façon sécurisée : Signal – https://signal.org/fr/download/
Pour flouter les photos : Gimp – https://www.gimp.org/
Pour nettoyer les photos : Jstrip 3.3 – https://www.majorgeeks.com/files/details/jstrip.html