Un accord de cessez-le-feu a été conclu mardi entre le régime syrien et les forces kurdes après une semaine de combats meurtriers à Hassaka (voire notre article) sous les auspices des responsables militaires russes. L’accord prévoit que les forces du régime et les miliciens kurdes du YPG (Unités de protection du peuple kurde) se retirent de la ville et laissent le contrôle d’Hassaka aux Assayish (forces de sécurité du Rojava) et à la police gouvernementale.

Les Kurdes contrôlent aujourd’hui 90 % de cette ville tandis que les forces gouvernementales n’occupent que le centre où se trouvent les bâtiments gouvernementaux. Un échange de dépouilles, blessés et otages devrait également avoir lieu ainsi que l’ouverture de toutes les routes fermées par les combats. Dans lma ville, la situation est redevenue calme: des habitants s’étaient rendus au marché central pour faire des courses tandis que d’autres revenaient chez eux avec leur valises.

Les positions gouvernementales fortement réduites à Hassakah

Les positions gouvernementales fortement réduites à Hassakah

À Hasaka, l’une des deux villes du Rojava restée partagée avec le régime d’Assad, les YPG ont lancé tôt ce lundi une opération contre les forces loyalistes qui opèrent dans la ville (les milices NDF). Des tracts ont été distribués et les hauts-parleurs se sont allumés demandant aux milices « de rendre leurs armes ou de se compter pour mort », « à tous les éléments du régime, vous êtes là cible de nos unités ». Au cours de la nuit, les Asayish (forces de sécurité du Rojava) ont pris le contrôle de Ghwairan, un quartier arabe du régime. Ils s’apprêtent à présent à prendre le contrôle de Nashwa, au sud-est de la ville, où se trouve un complexe sécuritaire du régime.

Bataille de Hasaka

Bataille de Hasaka

Dans certains quartiers de Qamishlo et à Hassakah, des milices loyalistes du régime d’Assad gardent le contrôle. Une nouvelle escalade des tensions à Hassakah entre les Asayish (forces de sécurité des YPG) et les NDF (National Defence Forces, milices pro-Assad) ont conduit à des bombardements aériens sur des zones civiles ainsi que sur les batiments des Asayish de la part du régime qui a tué six civils et deux officiers kurdes. Le commandement YPG a promis de réagir à l’agression. Des sources confirmées affirment que ce sont les avions de la coalition qui ont éloigné ceux du régime.

Bombardements du régime à Hassakah

Bombardements du régime à Hassakah

Les Forces Démocratiques Syriennes ont achevé aujourd’hui samedi la libération de Manbij un peu plus de deux mois après avoir lancé leur offensive contre cette localité stratégique. Toute résistance organisée du Daesh a cessé et les combattants des QSD ratissent le centre-ville à la recherche des derniers djihadistes encore présents dans la ville. Les QSD avaient lancé le 31 mai une offensive visant à reprendre Manbij, qui était alors le principal carrefour d’approvisionnement de l’EI, de la frontière turque vers Raqa, sa capitale de facto en Syrie située plus à l’est.

La position stratégique de Manbij (ici transcrit Minbej)

La position stratégique de Manbij (ici transcrit Minbej)

La bataille de Manbij continue depuis le mois de juin, la progression dans la ville se fait mètre par mètre. L’Etat Islamique tient toujours le centre-ville mais une partie de ses combattants a été isolée et encerclée dans l’est de la ville. 90% de la zone serait à présent libérée, mais cela ne veut pas dire pour autant que la bataille est terminée.

Mise à jour 22h: Selon une source sûre, il ne reste en effet que 5 à 10% de la ville aux mains des islamistes.

Manbij, situation au 5 août

Manbij, situation au 5 août

Eylem Atas à été tuée le 27 juin dernier sur le front de Manbij , elle avait 23 ans et était membres des BÖG, l’une des composantes du Bataillon International de Libération. Eylem était d’origine turque, elle militait depuis des années à Cukurova, Istanbul et Ankara où la police lui avait fait perdre l’usage d’un oeil. Elle à milité pour les droits des Femmes, pour les droits des personnes LGBT, elle a manifesté dans la ville de Cizré rasée par l’armée turque. Son corps est à présent coincé à la frontière (probablement à Kobané), puisque la préfecture de Suruc refuse de la laisser entrer pour qu’elle puisse être enterrée à Cukurova.

Eylam Atas

Eylam Atas

Au moins 44 personnes ont été tuées et 140 blessées hier mercredi dans deux explosions provoquées par un attentat dans la ville de Qamichli, au Rojava. Il s’agit du plus gros attentat jamais perpétré dans la ville de Qamichli. Il a fait état de dégâts très importants et de corps ensevelis sous les décombres. L’attentat a été mené par un kamikaze qui s’est fait exploser à bord d’un gros camion près d’un point de contrôle proche des administrations de la zone autonome kurde dans la ville, dont l’organisme chargé des affaires de Défense. Cette explosion a provoqué celle d’une citerne de gaz. Les hôpitaux débordés par le grand nombre de victimes. Les forces du régime syrien contrôlent l’aéroport et certains quartiers de Qamichli. Le reste de la province fait partie de la zone autonome kurde et est défendue par les YPG et son équivalent féminin, les YPJ.

Le théâtre de l’attentat à Qamichli

Le théâtre de l'attentat à Qamichli

Le Daesh ayant refusé l’offre qui lui était faite d’évacuer la ville de Manbij, les combats ont repris dans la ville. Après avoir pris les silos situés au sud de Manbij, les QSD, surplombent désormais la moitié de la ville, en contrôle les principaux axes de ravitaillement, et gagnent petit à petit dans la ville et alentours les positions stratégiques qui réduisent les capacités de manœuvres des combattants du Daesh. Les affrontements se concentrent dans le quartier de Binawi, à l’intérieur de Manbij, et à la périphérie sud-ouest de la ville. C’est une lutte difficile et meurtrière. La tactique des jihadistes consiste à harceler les assaillants avec des snipers, à utiliser les civils comme boucliers humains, à piéger le terrain avec des mines et des IED, et à lancer de brèves contre-attaques au moyen de kamikazes conduisant des voitures bourrées d’explosifs.

Le Daesh est affaibli par les frappes aériennes des puissances impérialistes occidentales dont l’intensité s’explique par le fait que, parmi les quelques 2.000 jihadistes retranchés à Manbij, on compte un important contingent européen, dont de nombreux Français. Ces frappes ont fait de nombreuses victimes civiles à Manbij et dans quelques localités voisines, comme les villages d’al-Nawajah, et de Toukhan al-Koubra, où l’aviation française aurait tué 120 civils dans des raids de représailles après l’attentat de Nice.

Combattants du QSD au nord de Manbij

Au Rojava, l’Assemblée générale du canton de Cizire avait voté une loi rendant obligatoire un service militaire de courtes périodes régulières pour les habitants âgés de 21 à 30 ans. L’assemblée vient de modifier cette loi en reconnaissant aux habitants du cantons le droit à l’objection de conscience.

Combattants du QSD au nord de Manbij

La ville de Manbij, dont la libération a commencé le 30 mai dernier, est toujours le théâtre d’affrontements entre les QSD (représentés sur place par le ‘Conseil Militaire de Manbij’) et Daesh. Les combats sont difficiles et ont lieu dans le centre-ville. L’issue de la bataille ne fait aucun doute, mais l’Etat Islamique inflige de lourdes pertes aux combattants QSD, de très nombreux combattants ont probablement été tués depuis le début de l’opération il y a 6 semaines sans que l’on ait de chiffres exacts. La ville est totalement encerclée par les QSD, et un autre front est ouvert à l’ouest.

Les Forces Démocratiques Syriennes ont déployés des unités de snipers dans le centre-ville:

Les QSD arrachent le centre-ville de Manbij à Daesh.

Les QSD arrachent le centre-ville de Manbij à Daesh.

Une délégation internationale comprenant des membres du Secours Rouge International s’est récemment rendue au Rojava et a pu remettre en main propre un premier lot de pansements hémostatiques Celox, ainsi que du matériel médical et informatique au service médical du Bataillon international. D’autres livraisons suivront. A l’heure actuelle, près de 8.000€ ont été récoltés par les organisations participantes dont 2.600€ ont déjà été convertis en pansements et 1.000€ donnés en cash au Bataillon International de Libération.

Notre Celox au Rojava

Le soutien au Rojava est actuellement difficile. Certains présentent les Forces Démocratiques Syriennes (QSD) comme une marionnette américaine, mais il n’en est rien: le « soutien » américain se limite aux frappes contre l’État islamique. De soutien politique il n’y en a pas, il n’y en aura jamais, le projet du Rojava est un projet révolutionnaire et anticapitaliste. Les représentants du Rojava ne sont considérés comme des « alliés » qu’à l’intérieur des frontières syriennes, face à Daesh. Les représentants du PYD se voient refuser l’accès aux Etats-Unis, les internationalistes qui ont combattu aux côtés des YPG/YPJ sont inquiétés en Europe alors que les combattants sont emprisonnés et parfois torturés par le régime de Barzani au Kurdistan irakien et en Turquie. Les Etats-Unis ont distribué armes et entraîneurs à de nombreuses officines islamistes (dont le Front al Nusra, la succursale syrienne d’Al Qaeda…).

Alors que les QSD sont en train de devenir la première force politico-militaire en Syrie et la seule qui résiste efficacement à l’Etat Islamique, la totalité des autres forces voisines s’accordent à l’étouffer dans l’embargo. Au nord, la Turquie impose un blocus féroce, tout en assassinant des centaines de civils dans les villes kurdes de Turquie; à l’est le Kurdistan irakien, dirigé par des forces féodales liées à l’impérialisme, mène aussi un embargo contre le Rojava, ne laissant pas même passer les convois humanitaires.

Malgré ces difficultés, notre campagne a su apporter un soutien réel à ceux qui portent un projet révolutionnaire au Rojava et dans le nord de la Syrie, à ceux qui combattent l’Etat Islamique et à ceux qui ont aujourd’hui plus que jamais besoin de notre soutien. Pour participer à cette campagne de solidarité: continuez à envoyer vos dons. Nous remercions ceux qui ont déjà fait un don.

Notre Celox au Rojava

Notre Celox au Rojava