Un nouveau projet de loi du gouvernement fédéral prévoit d’obliger les fournisseurs de services de télécommunication de permettre aux forces de l’ordre (police, justice, sécurité de l’Etat…) de déchiffrer ce qui est échangé dans les applications de messageries cryptées de type Whatsapp ou Signal par certains utilisateurs spécifiques. Autrement dit, les fournisseurs de services seront obligés de « désactiver » le cryptage pour des utilisateurs visés par des enquêtes policières et judiciaires.

Le problème généralement soulevé, c’est qu’il n’existe aucun moyen de simplement « désactiver » le cryptage pour certains utilisateurs. Par conséquent, c’est l’ensemble des communications cryptées qui deviendra accessible, et non plus exclusivement celles de personnes qui intéressent la police et la justice. Certains dénoncent que l’affaiblissement du cryptage rendra les Belges beaucoup plus vulnérables aux attaques malveillantes. La protection de la vie privée est aussi évoquée. Cinquante ONG, universités et entreprises impliquées dans la protection de la vie privée et le cryptage ont publié une lettre ouverte contre le projet de loi. L’autorité belge de protection des données a déjà fait part de ses vives préoccupations dans un avis antérieur sur le projet de loi.

Mais surtout et plus fondamentalement, comme de nombreuses propositions de lois du même genre, celle-ci ne semble pas comprendre les techniques et technologies impliquées ni proposer de solution réaliste à son application.

Il y a un an et demi, une liste de clients fuitée établissait que divers services de police et gouvernementaux recouraient à Clearview AI, y compris en Belgique. La nouvelle fut en son temps démentie par la Police Fédérale (voir notre article). Un porte-parole avait à l’époque déclaré qu’à sa connaissance, ce logiciel n’avait jamais été utilisé, qu’il n’y avait aucune preuve qu’il en soit ainsi et qu’on n’envisageait pas de recourir à Clearview AI. Cela apparait comme un mensonge.

En réaction à quelques questions parlementaires, la ministre de l’intérieur a confirmé  que le logiciel de reconnaissance faciale illégal a quand même été utilisé. « En octobre 2019, deux enquêteurs, dans le cadre d’une taskforce Europol d’identification de victimes, ont eu accès à une licence d’essai valable une durée limitée », a reconnu la ministre à la Chambre. Elle insiste cependant sur le fait qu’il ne s’est pas agi d’une utilisation structurelle du logiciel (il s’agirait de « test ») et que la loi belge ne le permet du reste pas. Clearview a collecté et collecte des milliards d’images d’Instagram, Facebook, Twitter et YouTube entre autres et peut ainsi par exemple aisément relier une caméra de surveillance à une identité ou à un profil sur des médias sociaux. Or ces images sont collectées sans autorisation. Aux Etats-Unis notamment, l’entreprise a déjà été mise en accusation, et au Canada, le contrôleur national de la confidentialité déclare que ClearView enfreint la loi (voir notre article).

Publicité de Clearview AI

Une paire de Xaviers, des robots à roues alimentés par l’IA avec des caméras à 360 degrés, se déploieront dans le Toa Payoh Central, très fréquenté par les piétons, pour surveiller la zone à la recherche de “comportements sociaux indésirables” comme fumer, vendre des marchandises à la sauvette, ou sortir en groupes de plus de cinq personnes (interdiction liée aux mesures contre la pandémie). Le robot autonome est équipé de capteurs pour éviter les obstacles de toutes sortes, de caméras pour fournir une puissance vidéo à 360 degrés et d’un tableau de bord pour montrer des détails tels que la batterie du robot et ses signes vitaux. Son itinéraire sera déterminé à l’avance par les agents, qui pourront répondre aux incidents en temps réel grâce à un interphone bidirectionnel intégré au tableau de bord. Le ministre de l’Intérieur de Singapour, K Shanmugam, avait par ailleurs déclaré en août que la cité-État vise à disposer de plus de 200 000 caméras de police d’ici 2030, soit plus du double du nombre actuel.

Il y a quelques jours, nous avons relayé le fait que Protonmail avait fournit des informations à la police française via une demande Europol vers la Suisse, dans le cadre d’une enquête contre les occupant·e·s d’un bâtiment de la place Sainte Marthe, militant·e·s pour le climat. Les adresses IP n’étant effectivement pas enregistrées par défaut par Protonmail, la société a activé l’enregistrement d’IP pour l’adresse e-mail visée par le mandat.

Protonmail a depuis réagi à l’information en déclarant avoir agit dans le cadre de ses obligations vis à vis de la loi suisse et de ses propres conditions d’utilisation, qui précisent que les IP ne sont pas enregistrées « par défaut » mais qu’elles peuvent être enregistrées pour des adresses spécifiquement visées par une requête légale. Protonmail suggère à ses utilisateurs et utilisatrices qui auraient des besoins « spécifiques » en matière de vie privée d’utiliser le site .onion, accessible uniquement via TOR. Il est toutefois toujours impossible d’ouvrir un nouveau compte sans devoir fournir un numéro de téléphone ou de carte de crédit.

Les protocoles e-mail sont réputés pour être des technologies fondamentalement difficiles à sécuriser. Auparavant, la seule façon de garantir le chiffrement de ses e-mails était d’utiliser le logiciel OpenPGP, mais là encore avec une immense faille puisque la plupart des méta-données (émetteur, destinataire, sujet, date et heure) sont très difficiles ou impossibles à chiffrer, dû au fonctionnement même des e-mails. En plus de ça, OpenPGP est difficile à utiliser, et encore plus à utiliser collectivement avec des personnes aux compétences informatiques variables. L’arrivée de fournisseurs d’e-mails chiffrés associatifs (comme Riseup) ou commerciaux (comme Protonmail ou Tutanota) a massivement augmenté la facilité d’utilisation du chiffrement des e-mails, comparés aux fournisseurs classiques comme Gmail et Outlook. Le fait que le contenu des e-mails n’ait pas pu être transmis à la police française est donc un point important à noter. Protonmail n’est pas anonyme (pas plus que Tutanota qui peut également être légalement forcé d’enregistrer l’adresse IP d’un utilisateur spécifique, par la justice allemande). L’utilisation d’un bon VPN ou de TOR est la seule façon d’être anonyme vis-à-vis de son fournisseur d’accès à internet ou des sites web visités.

Ces dernières années ont enfin vu se développer de nouveaux protocoles de messagerie chiffrée comme Signal ou Session qui permettent le chiffrement de la quasi-totalité des méta-données par défaut. Contrairement à OpenPGP qui utilise toujours la même clé pour chiffrer, ces nouveaux protocoles utilisent de nouvelles clés pour chaque message.

Malgré le fait que Protonmail est transmis cette information, il est toujours préférable d’utiliser un tel service plutôt qu’un fournisseur d’e-mail classique, en gardant à l’esprit que contrairement à Signal, les méta-données des e-mails ne sont généralement pas chiffrées. En toutes circonstances, sur tous les appareils que vous utilisez (smartphones, tablettes, ordinateurs) et pour toute activité sur le web, nous recommandons fortement l’utilisation d’un VPN réputé en matière de vie privée comme Mullvad, ou de TOR.

Une équipe de chercheurs de l’université Ben Gourion s’est spécialisée dans les attaques dites airgap, ou attaques déconnectées, qui visent des systèmes isolés du réseau global, et donc théoriquement inviolables pour un pirate. Ces chercheurs étaient parvenus, l’an dernier, à espionner une conversation en filmant une ampoule. Depuis, ils sont parvenus à capter le son d’un haut-parleur à distance en filmant sa LED d’alimentation. Dans de nombreux appareils, le voyant d’alimentation est connecté directement à la ligne électrique. L’intensité du voyant est donc corrélée à la consommation d’énergie, qui dépend directement du son émis. En braquant un télescope (muni d’un capteur électro-optique et un convertisseur analogique/numérique) sur la LED choisie, les chercheurs ont pu mesurer les variations de son intensité. Un algorithme a ensuite interprétés ces variations et reconstitué le signal sonore…

Cette technique nécessite de savoir quelle intensité de la LED correspond à quel signal sonore. Pour connaître cette donnée, différente pour chaque appareil, il faut donc construire une courbe de réponse, ce qui implique de pouvoir étudier l’appareil en amont. Mais outre cette restriction, le système fonctionne remarquablement bien : les chercheurs sont parvenus à extraire des phrases intelligibles à une distance de 35 mètres. La technique fonctionne avec des enceintes standard, mais pas seulement. Elle est aussi applicable à des appareils domotiques ou des équipements d’une infrastructure réseau.

Amazon prévoit de déployer un logiciel surveillant le rythme de frappe et les mouvements de souris de ses employés du service client. Ce logiciel, appelé BehavioSec, surveille les mouvements naturels effectués par les employés sur leur clavier ou souris afin de détecter tous les comportements inhabituels. Son développement a couté 360 000 dollars et a notamment été poussé par la généralisation du télétravail.

Un dépôt d'Amazon

Un dépôt d’Amazon

Dans plus d’une centaine de comtés des États-Unis, les technologies de la société ShotSpotter est utilisé afin de détecter les potentiels coups de feu se produisant au sein d’une ville (voir notre article). Cette détection acoustique des coups de feu repose sur une série de capteurs, souvent placés sur des lampadaires ou des bâtiments. Si un coup de feu est tiré, les capteurs détectent la signature acoustique spécifique d’un coup de feu et envoient l’heure et le lieu à la police. L’emplacement est mesuré en mesurant le temps qu’il faut au son pour atteindre les capteurs à différents endroits. Selon ShotSpotter, ces informations sont ensuite vérifiées par des experts acoustiques humains pour confirmer que le son est un coup de feu, et non un retour de flamme de voiture, un pétard ou d’autres sons qui pourraient être confondus avec des coups de feu.

Le 31 mai 2020, Safarian Herring, âgé de 26 ans, est mortellement blessé d’une balle dans la tête. La police de Chicago arrête un homme qui soutient qu’il n’est pas l’auteur du crime, mais qu’une fusillade en voiture aurait éclaté. L’élément à charge est une vidéo de surveillance montrant la voiture du suspect, stationné à l’heure et l’endroit où Safarian Herring aurait été abattu. La police a alors déclaré que ShotSpotter a généré une alerte à ce moment précis et à cet endroit précis. Sauf que cette nuit-là, 19 capteurs ShotSpotter ont détecté un son de percussion à 23 h 46 (soit l’heure du crime), mais ont déterminé un emplacement situé à environ 1,5 kilomètre du lieu de l’assassinat. Les algorithmes de la société ont initialement classé le son comme un feu d’artifice. Mais après l’alerte de 23h46, un analyste de ShotSpotter a annulé manuellement les algorithmes et “reclassifié” le son comme un coup de feu. Puis, des mois plus tard et après le post-traitement, un autre analyste de ShotSpotter a changé les coordonnées de l’alerte avec celles du meurtre…

Lorsque ces manipulations ont été révélées, les procureurs ont dû, à la demande de la défense, retiré les « preuves » de ShotSpotter. Ce n’est pas la première affaire de ce genre et de nombreuses ville aux USA ont annulé leur contrat avec ShotSpotter

Apple prévoit déjà d’utiliser des outils de cryptographie pour comparer les photos sur ses iPhone, iPad et son serveur iCloud aux Etats-Unis avec celles entreposées dans un fichier géré par le Centre national des enfants disparus et exploités. Quand une photo semble similaire à celle du fichier, Apple ira manuellement vérifier et enverra un rapport au Centre. Le groupe prévoit par ailleurs de scanner les images envoyées ou reçues via le service de messagerie iMessage sur les comptes d’enfants liés à un abonnement familial pour repérer des photos explicites. Ces outils seront disponibles progressivement avec les prochaines mises à jour des systèmes d’exploitation sur les iPhone, iPad, iWatch et iMac aux Etats-Unis.

Ces changements marquent une rupture significative par rapport aux protocoles de confidentialité et de sécurité établis de longue date. Apple remplace son système de messagerie crypté de bout en bout par une infrastructure de surveillance et de censure, qui est naturellement appelé à s’élargir selon le mécanisme classique qui voit des procédures d’abord appliquées aux pédophiles, puis aux copkillers, puis aux « terroristes », puis à l’ensemble des « criminels » tels que chaque état peut les définir. Il suffit qu’Apple modifie un peu les paramètres pour chercher d’autres types de contenus ou pour scanner les comptes non seulement d’enfants mais aussi de tout le monde. En savoir plus

Image retweeté par Edward Snowden

Le système Glonass, comparable au GPS américain, est un système de positionnement russe, basé sur un réseau globale de satellites et utilisé pour le repérage et la localisation. Il est utilisé aussi en tant que système de positionnement de réserve ou de support et, par rapport au GPS, il peut garantir plus de rapidité pour retrouver une position ainsi que plus de précision. Des anarchistes italiens ont trouvé un appareil dans leur voiture. Relié à l’alimentation du contrôleur, sous le volant, vers la gauche, il était fixé par un aimant, du ruban adhésif et du tissu isolant thermique. Il est composé d’une antenne (QC, dans la photo) reliée à un boîtier récepteur de position multifréquence, qui contient une carte micro SIM. Du même côté, un long câble suivait l’intérieur des revêtements des montants latéraux du pare-brise, jusqu’au ciel de toit. Tout du côté du conducteur. Au bout du fil il y avait deux micros.

La police de Las Vegas (LVMPD), a annoncé avoir résolu le meurtre datant de 1989 grâce à une quantité infime d’ADN couplée à des données généalogiques publiques. L’affaire avait été classée car les échantillons d’ADN trouvés sur la scène de crime n’étaient pas assez volumineux pour les analyser. Dernièrement, ces échantillons ont été confiés à Othram Labs, un laboratoire d’analyses privé spécialisé dans l’analyse de preuves médico-légales dégradées. Les enquêteurs ont envoyé seulement 0,12 nanogramme d’échantillons d’ADN, soit environ 15 cellules, au laboratoire pour trouver une correspondance. Pour comparaison, un kit de test ADN à domicile nécessite en moyenne au moins 750 nanogrammes.

Les enquêteurs ont utilisé la plateforme de séquençage Forensic-Grade Genome Sequencing, développée par Othram Labs, qui combine l’intelligence artificielle et l’exploitation de bases de données pour établir des profils génétiques même lorsque les échantillons sont minimes. Ainsi en combinant cette technologique aux bases de données généalogiques publiques, ils ont réussi à identifier le cousin du suspect puis l’auteur présumé, qui avait laissé son ADN sur une autre scène de meurtre et qui s’était suicidé en 1995.