Dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez sont assassinées au cœur de Paris. Depuis 8 ans, la communauté kurde d’Europe exige la justice sur cette affaire et appelle à se mobiliser partout en France autour de la date anniversaire de ce triple féminicide (voir l’appel). À Toulouse, une manifestation est organisée samedi 9 janvier à 13H30 devant la Gare de Matabiau.

L’événement Facebook

« Don’t talk to the police ». Cette phrase qui se traduit par : « Ne parles pas à la police » nous a semblé être une bonne base pour lancer une campagne de sensibilisation dans les milieux militants mais aussi pour un large public.

La crise sanitaire étant un prélude à une crise sociale, le contexte nous a semblé opportun à la production de matériel appelant à la construction d’une culture du silence. Partout la contestation gronde et la répression s’abat sur les masses. De plus, même dans les groupes le plus « militants », lors d’arrestations, trop de personnes décident de parler avec la police. Il est donc impératif de nous armer des outils nécessaires à notre défense collective.
Nous avons donc produit une brochure rappelant pourquoi il est nécessaire de se taire face à la police. Nous la distribuerons lors de manifestations et autres événements politiques ainsi que sur le web. Nous vous encourageons à la partager massivement. Trop peu de personnes connaissent leur droit à garder le silence.
Se taire face à la police c’est protéger tes camarades. C’est sauvegarder tes projets politiques. C’est te protéger. C’est saboter l’appareil répressif bourgeois. C’est te permettre une défense politique par la suite.

#donttalktothepolice

Secours Rouge Genève

Brochure version PDF

Louise, ancienne président d’Act Up Sud-Ouest, a été condamnée en première instance pour “injures publiques” suite à une action de dénonciation contre La Manif pour Tous, qui a porté plainte. L’audience en appel se déroulera le mardi 8 décembre 2020. Un rassemblement en solidarité est appelé devant le Tribunal de Grande Instance de Toulouse à 13h30.

L’événement Facebook.

Dans le cadre de la mobilisation contre le projet de loi de « sécurité globale », le Secours Rouge Toulouse a réalisé un entretien avec Gwenola Ricordeau sur les questions que posent ce mouvement. Française installée aux États-Unis depuis quelques années, Gwenola Ricordeau est professeure de justice criminelle à la California State University, Chico. Militante de longue date pour l’abolition du système pénal, elle est notamment l’auteure de Les détenus et leurs proches. Sentiments et solidarités à l’ombre des murs (Autrement, 2008) et Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux, 2019).

Crédit photo : Léopold Lambert

 

Le mouvement actuel contre la loi « sécurité globale » semble se polariser sur le retrait de la loi ou juste une partie (notamment l’article 24), qu’en penses-tu ?

 

Oui, j’observe aussi cette polarisation. L’article 24 permet au gouvernement d’avoir une marge de négociation (amender ou retirer cet article) et, tactiquement, il a un réel avantage à ce que les mobilisations se focalisent sur les images prises des policiers. En effet, la loi prévoit beaucoup d’autres dispositions, comme l’élargissement du champ d’intervention des polices municipales, l’extension des missions pour le secteur de la sécurité privée, l’utilisation des drones comme outils de surveillance… Beaucoup de dispositions qui échappent ainsi à l’attention du débat public, alors qu’il n’y a pas besoin d’être radical pour mesurer le recul qu’elles représentent pour les libertés publiques.

Les dispositions de la loi « sécurité globale » constituent une offensive sécuritaire, mais elles s’inscrivent dans une offensive plus générale, marquée notamment par le projet de loi de criminalisation des blocages et mobilisation dans les universités, une politique islamophobe et la loi à venir sur « les séparatismes ». Or cette offensive intervient dans un contexte de crise sociale majeure dans le sillage du Covid, ce qui n’est évidemment pas le fruit du hasard.

 

Crédit photo : acta.zone

 

À ton avis, est-ce que le retrait de l’article 24 est quand même important ?

 

Bien sûr, l’article 24 est scandaleux… Mais il faut dire les choses clairement : on ne peut pas réduire le débat sur les « violences policières » (on pourra revenir sur cette expression) à celui de la prise d’images de policiers ! D’abord, parce qu’il faut s’interroger sur les usages sociaux et le statut de ces images. Je vais faire une parenthèse. Pendant des années, les mouvements progressistes ont été en faveur des caméras-piétons (ou cameras embarquées) par les policiers – ce qui figure d’ailleurs dans la loi « sécurité globale » (article 21). Leur généralisation aux USA notamment a montré que leur usage n’entrainait pas une baisse du recours à la force par la police. Par ailleurs, les jurés tendent à davantage croire les images prises par la police que par des témoins. Ensuite, le fait d’avoir davantage d’images à disposition induit un nouveau standard en matière de preuve : la vraie victime, c’est celle dont on a des images… Le copwatching est une pratique de défense collective face à la police, mais il en existe d’autres. Il est d’ailleurs important de réaffirmer qu’on croit les personnes qui sont victimes de l’institution policière, quel que soit le type de violences qu’elles ont subi.

La focalisation des débats autour des violences policières sur la question des images pose un autre problème : Quelles sont les images possibles d’une violence qui fait système ? L’enfant contrôlé sur le chemin de l’école, celui à qui ses parents ont expliqué qu’il ne fallait pas courir devant la police car il est Noir ou arabe, l’enfant qui a vu un proche se faire arrêter, qui a assisté à une perquisition ou à une arrestation… Ce sont juste quelques exemples, mais il n’y a pas d’images pour cela, et pourtant cela façonne profondément l’existence de la jeunesse issue des quartiers populaires, de l’histoire coloniale et de l’immigration. Plus généralement, je pense qu’on fait face à un manque de réflexion critique sur l’usage des images. Je dis cela notamment au regard de la banalisation de l’usage des téléphones et des prises de photo dans les manifestations (voir par exemple ce texte du Collectif Auto Media Énervé ou la campagne « No photo » du Secours Rouge de Belgique).

 

Comment lutter contre les violences policières ?

 

Je pense d’abord qu’il faut éviter de mettre la focale sur les policiers ou des policiers en particulier plutôt que sur l’institution policière. On sait que cela fait partie de la ligne de défense de la police : évoquer des « brebis galeuses » et des cas individuels (des hommes possiblement fatigués, défaillants ou autre), et donc des erreurs « humaines ». Cela permet de détourner la discussion du vrai sujet : la fonction de la police. Plutôt que de dire que la police fonctionne mal, il faut au contraire dire qu’elle fonctionne très bien au regard de ce qui est attendu d’elle : protéger l’État, le système capitaliste, le racisme structurel et le patriarcat.

Les analyses qui pointent les supposés dysfonctionnements de la police s’accompagnent souvent d’une critique de l’impunité des policiers. Cette impunité est évidemment scandaleuse, mais il faut aussi voir que la responsabilisation pénale des policiers (le fait que des policiers soient poursuivis et condamnés) ne remet pas en cause fondamentalement l’institution. Cela peut même lui permettre de se dédouaner de toutes les nuisances induites par son existence en se présentant comme une institution qui prend au sérieux ses « dysfonctionnements ».

Pour dire les choses vite, les violences policières ne disparaîtront pas tant que la police existera. Et donc la meilleure manière de lutter contre les violences policières, c’est de lutter contre l’existence même de la police, donc pour son abolition.

 

Tu rejettes les expressions de « bavures policières » et de « violences policières ». Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

 

L’idée implicite, dans le terme « bavure », c’est celle du « débordement », du « dérapage », de l’« erreur ». Parler de « bavure » lorsqu’une personne a été frappée ou tuée par la police, c’est minimiser la responsabilité de l’institution. Le problème avec l’expression « violences policières » est un peu différent. Si on parle de « violences policières », on fait comme s’il s’agissait là d’un phénomène certes lié à la police, mais dont on peut discuter des moyens d’en venir à bout sans pour autant discuter de l’existence de la police elle-même. On en revient au discours en termes de « brebis galeuses » que j’évoquais précédemment.

Pour ma part, comme je l’ai dit dans cette interview pour Acta, je préfère réfléchir en termes de « crimes d’État ». Pour plusieurs raisons. D’abord, ça permet de dépasser la réduction des méfaits de l’existence de la police aux cas les plus dramatiques et au spectacle de la violence physique comme je l’ai dit tout à l’heure. Ensuite, cela permet de penser ensemble les crimes policiers et les crimes pénitentiaires et donc de parler plus généralement du système pénal (c’est-à-dire de la police, de la prison et de la justice). Enfin, je crois que l’expression « crimes d’État » dit assez bien l’absurdité d’attendre de la justice une réparation et de l’État des changements qui éviteraient que des faits similaires se produisent de nouveau. Ainsi, cela permet de mieux désigner quelle doit être la véritable cible des mobilisations politiques, c’est-à-dire l’État.

 

Tu vis aux États-Unis et là-bas il y a tout un mouvement pour l’abolition de la police. Tu peux nous en dire plus ?

 

Comme le raconte Kristian Williams dans cette interview, « le mouvement pour l’abolition de la police est issu, d’une part, du mouvement pour la responsabilisation de la police (qui visait simplement à placer la police sous une sorte de contrôle public), et d’autre part, du mouvement pour l’abolition des prisons. » Ce mouvement est né pour l’essentiel au milieu des années 2010 avec la dynamique politique de Black Lives Matter. Mais il a gagné beaucoup de force et de visibilité après la mort de George Floyd, notamment avec le mouvement #8ToAbolition (voir sa plateforme en français).

Le mouvement pour l’abolition de la police recouvre différentes tendances politiques et analyses, mais il partage un constat : les propositions de réformes de la police – qui sont toujours les mêmes (améliorer le recrutement des policiers et leur formation, plus de police « de proximité », davantage de « diversité » parmi les policiers, plus de « contrôle citoyen » de la police, etc.) – n’ont pas de réels effets. Il faut rappeler que George Floyd a été tué par la police de Minneapolis qui était citée en exemple pour toutes les reformes qu’elle avait mise en place depuis des années. Le mouvement pour l’abolition de la police partage également largement la réflexion de la militante Mariame Kaba : « Le moyen le plus sûr de réduire la violence policière est de réduire le pouvoir de la police, en réduisant les budgets et le nombre d’agents. » A partir de là, le mouvement pour l’abolition de la police s’appuie en grande partie sur la proposition de Critical Resistance, une des principales organisations abolitionnistes, de distinguer entre les réformes qui renforcent et celles qui affaiblissent la police (voir le document traduit en français par la revue Jef Klak). La revendication de « définancement de la police » qui a été l’objet de nombreuses mobilisations au printemps s’inscrit dans cette stratégie de reformes qui affaiblissent la police.

 

Peux-tu revenir sur l’abolitionnisme pénal et ses objectifs ? Penses-tu que c’est compatible avec un système capitaliste ?

 

Ce qu’on désigne par « abolitionnisme pénal » est en fait tout un ensemble de critiques radicales du système pénal et de mouvements depuis les années 1970. Il y a, en son sein, une diversité en termes d’analyses et de pratiques, selon les époques et les pays. Mais ce qui rassemble les abolitionnistes, c’est le projet d’abolir le système pénal et donc ses institutions (la police, les prisons et les tribunaux en particulier) en partant du constat de leur nuisance sociale et qu’elles assurent très mal des besoins légitimes, tels que la sécurité ou la prise en charge des victimes.

La question de la compatibilité avec le système capitaliste amène à mon sens plusieurs remarques. D’abord, il y a des courants au sein de l’abolitionnisme qui sont compatibles avec le capitalisme. Par exemple, certains mouvements qui ne se focalisent que sur l’abolition de la prison (certaines luttes anticarcérales) ont un projet qui sera sans doute, à mon avis, mis en œuvre par d’autres qu’eux ! En effet, les moyens technologiques rendront un jour l’enfermement peu rentables et socialement inacceptables. Mais une grande partie de l’abolitionnisme défend plutôt l’idée que l’abolition ne peut se penser en dehors du renversement du capitalisme. Aujourd’hui, aux USA, la proposition stratégique que j’évoquais tout à l’heure autour des reformes qui affaiblissent la police – mais aussi la prison – occupe une position centrale. En clair, il y a un mot qui n’est pas souvent prononcé aux USA, c’est « révolution »

 

Dans ton livre Pour elles toutes. Femmes contre la prison, tu exposes les théories abolitionnistes et tu en proposes une lecture féministe. Penses-tu que cette ligne politique progresse alors que l’on voit en France de grandes mobilisations féministes et anti-répressives ?

 

Le « féminisme carcéral », c’est-à-dire un féminisme qui s’appuie sur les outils répressifs de l’État (en demandant plus de criminalisation des auteurs de violences sexuelles, par exemple), est encore assez dominant en France. Il est néanmoins de plus en plus questionné, comme en témoigne le dernier ouvrage de Françoise Vergès, Une théorie féministe de la violence. Je pense que globalement, ces dernières années, l’abolitionnisme pénal a beaucoup avancé parmi les féministes. Pour autant, il reste beaucoup de travail politique à effectuer. Pour refuser que les femmes servent de prétexte à des politiques racistes et à des offensives contre les populations des quartiers populaires, issues de l’immigration et de la colonisation. Bref, pour construire un féminisme populaire et antiraciste !

 

Voilà 20 ans que le Secours Rouge est actif en Belgique sur le front de l’anti-répression. S’il a pu développer des relations privilégiées, lors d’expériences heureuses et moins heureuses, avec d’autres forces politiques, il avait jusqu’à présent résolument gardé son indépendance politique et organisationnelle.

C’est une page qui est maintenant tournée.

Le Secours rouge de Belgique devient partie intégrante de l’organisation révolutionnaire « Classe contre classe », tout en restant une section du Secours Rouge International.

Qu’est-ce que cela change ? À la fois tout et à la fois rien.

Tout, parce que le Secours Rouge, quoique centré sur la thématique de l’anti-répression (ou plus exactement de la ligne de front dialectique révolution/contre-révolution), était une organisation politique révolutionnaire ; désormais, elle ne définira plus sa propre ligne mais appliquera, dans son champ de lutte, celle de l’organisation Classe contre classe.

Rien, parce que l’organisation Classe contre classe s’est construite à partir de l’expérience du Secours rouge. Bien qu’intégrant, dès sa fondation, des membres non-issus du Secours rouge, Classe contre classe peut être considérée comme l’extension des principes, expériences et choix politiques du Secours rouge à l’ensemble des champs de lutte – et non plus au seul domaine de l’anti-répression.

Rien, parce qu’au sein de l’organisation Classe contre classe, en tant que commission anti-répression, le Secours rouge va poursuivre, intensifier et étendre le travail qui est le sien depuis 20 ans.

La loi de « sécurité globale », discutée ces derniers jours à l’assemblée nationale, est une nouvelle étape dans l’arsenal répressif de l’État français. Elle prévoit d’étendre l’usage des drones pour le maintien de l’ordre et l’extension des pouvoirs des policiers municipaux. De plus, cette loi veut renforcer l’impunité de la police et la gendarmerie en limitant la possibilité de filmer ceux-ci dans l’exercice de leur fonction.

Mais de quoi la loi de « sécurité globale » est-elle le nom ?

Ces dernières années, de fortes crises politiques et de légitimité ont eu lieu en particulier durant le mouvement des Gilets Jaunes ou par le développement des mouvements contre le racisme d’État et les crimes policiers. Cette loi est donc un geste fort de soutien et d’appui à l’appareil répressif qu’est la police et la gendarmerie. Rien de plus normal pour un État capitaliste, sa police ne sera jamais « démocratique » ou au service du plus grand nombre. Qu’elle soit filmée ou non, la police restera le bras armé du capital assurant sa propre survie.

Attention, une loi peut en cacher une autre !

La « loi de sécurité globale » n’est pas la seule offensive de l’État français. Par exemple, la nouvelle loi de programmation de la recherche prévoit la criminalisation des blocages et mobilisation dans les universités, anticipant ainsi les futures mobilisations étudiantes. Dernièrement, la « loi sur le séparatisme » est une énième offensive islamophobe qui stigmatise une partie de la population, accusée de cessation avec les « valeurs » démocratiques. Cette dernière s’inscrit directement dans la politique de l’État français de consolidation de l’idée d’un « ennemi intérieur », qui « menacerait » les fondements même de la République.

La contre-révolution préventive, une dynamique continue

La loi de « sécurité globale » est donc une nouvelle offensive qui s’inscrit dans une dynamique générale. Si elles sont loin d’être « anecdotiques », ces nouvelles lois ne sont pas une nouveauté. Elles ne sont pas non plus un « virage » autoritaire de l’État français. Elles sont dans la continuité de la contre-révolution préventive que l’État français met en place pour répondre aux dernières crises politiques continues et pour renforcer sa domination face à un avenir qui s’annonce instable.

Les outils de la contre-révolution préventive sont un moyen pour l’État d’anticiper toute remise en cause de son pouvoir « légitime ». Les différentes composantes de la gauche révolutionnaire (anarchistes, autonomes, communistes…) doivent faire front ensemble pour combattre ces mesures et renforcer le camp révolutionnaire face à l’État et au capital.

 

Tract du Secours Rouge Toulouse, le 21 novembre 2020

Alors que les députés français commencent à examiner la loi dite de « sécurité globale », des dizaines de rassemblements pour s’y opposer ont eu lieu partout en France. Ce projet de loi vise notamment à renforcer l’impunité et les pouvoirs de la police. À Toulouse, le rassemblement a réuni plusieurs milliers de personnes qui s’est poursuivi par un départ en manifestation « sauvage ». Après à peine 100 mètres, la manifestation a été stoppée par la police qui a lancé de nombreuses grenades lacrymogènes.

 

Samedi 7 novembre 2020, une manifestation s’est tenue dans les rues de Toulouse à l’initiative des syndicats CGT et Sud du CHU de Toulouse afin de réclamer plus de moyen pour l’hôpital public et dénoncer les mesures liberticides du gouvernement. Plus de 5000 manifestant·e·s étaient présent·e·s malgré le confinement en vigueur en France.

Dans la manifestation, de nombreux secteurs étaient présents. Un pôle rouge et noir a été formé ainsi qu’un cortège de salarié·e·s de l’aéronautique avec une banderole « De l’aéro aux hôpitaux, ensemble contre le macronavirus ». Deux initiatives auxquelles des membres du Secours Rouge Toulouse ont participé.

Crédit photo : Révolution Permanente Toulouse

Dans le cadre de la semaine d’action Rise Up 4 Rojava nous tenons à rendre hommage à notre camarade Ceren Güneş. Communiste turc tombée martyr le 3 novembre 2019 dans des combats proche de Serekaniye. Nous publions un texte écrit par l’une de ses camarades.

“La révolution au Rojava est l’espoir grandissant des peuples ».

Le 3 novembre 2019, notre camarde Ceren Güneş est tombée martyr lors des attaques de l’Etat fasciste Turc contre le Rojava.  Elle, tout comme ses camarades de Turquie, du Kurdistan et du monde entier, étaient en première ligne de Serekaniye à Til Temir.

Elle est née dans l’ouest de la Turquie, à Muğla, au sein d’une famille religieuse sunnite fortement imprégnée par la tradition turque. Sa vision du monde a énormément évolué lorsqu’elle est entrée à l’université. C’est pendant cette période qu’elle a construit son identité politique marxiste-léniniste et anti-patriarcale. Elle faisait déjà preuve d’un grand courage et d’un fort leadership.

Grâce à son dévouement à la révolution, elle a pu terminer ses études de médecine dans l’une des meilleures universités de Turquie. Elle est devenue médecin et a exercé la médecine pendant une courte période. Elle a ensuite dû faire face à la nouvelle dynamique révolutionnaire de la région.

Au Kurdistan deux mondes s’affrontaient, les peuples opprimés et leurs oppresseurs. Au cours de cette révolution, les femmes se sont levées afin de faire cesser l’exploitation dont elles étaient victimes. Elles ont lutté avec acharnement afin de mettre un terme définitif aux atrocités commises par Daech et leurs marchés d’esclaves.  A cette période, les djihadistes wahhabites s’organisaient partout et essayaient de transformer la Rojava en leur « paradis ».  Ces gangs ne travaillaient jamais seuls. En effet, l’État fasciste turc et d’autres forces impérialistes les ont soutenus logistiquement, financièrement et leurs ont ouvert les frontières.

A cette époque, la camarade Ceren était active dans la guérilla urbaine en Turquie. Elle participa à une action de sabotage d’un centre organisationnel de Daech à Istanbul. C’était un message très clair pour les fascistes turcs menés par Erdogan et pour les gangs de Daech qui essayaient de s’organiser en Turquie. C’est au cours de cette action qu’elle rejoint définitivement le DKP-BOG*. Cette attaque était la première menée par cette organisation crée à Kobané.

L’action avait aussi une grande importance symbolique car elle a permis d’envoyer un message à toutes les femmes de Turquie et du Kurdistan. Elle avait pour but de leur faire comprendre qu’elles étaient capables de lutter contre l’obscurantisme et toutes les formes d’oppression.

Suite à cette action, il était temps pour Ceren de rejoindre les terres de Mésopotamie. Tout comme Ernesto Che Guevarra à son époque, lorsqu’elle est partie rejoindre les forces révolutionnaires au Rojava elle emporta deux sacs avec elle. L’un était pour la médecine, l’autre était un sac rempli de munitions afin de combattre les fascistes turques et les islamistes de Daech en Syrie. Pendant 4 ans, elle a été combattante puis commandante et a pris part aux conflits les plus durs sur de nombreux fronts. De Menbiç à Rakka , de Serekaniye  jusqu’à la ligne de front de Til Temir. Lorsqu’elle était en première ligne à Rakka, elle commandait le Bataillon International de Libération**. Grace à son courage et sa sagesse, elle mena à trois reprises et avec succès des opérations spéciales contre Daesh.

En parallèle de son activité combattante, elle menait une lutte pratique et théorique contre les vielles lignes au sein du mouvement révolutionnaire. Son but était de construire une nouvelle révolution en Turquie avec toute l’expérience acquise au Rojava. Elle se dédiait totalement au combat contre le fascisme et le patriarcat turc. Lorsqu’elle est tombée martyr, elle faisait partie du comité central du DKP-Birlik.

Ceren Günes n’est jamais morte. Elle a donné un sens à l’existence physique de l’humanité et laisse derrière elle un héritage révolutionnaire conséquent qui éclaire nos vies. Camarades du monde entier, c’est à nous de réaliser les idéaux pour lesquelles cette jeune révolutionnaire s’est battue !

« CHAQUE COEUR EST UNE CELLULE RÉVOLUTIONNAIRE ! »

*Devrimci Komünarlar Partisi ( Le Parti communard révolutionnaire )

**Organisation internationaliste combattante participant à la défense de la révolution au Rojava. Elle regroupe différentes organisations ou combattantEs communistes et anarchistes.

#RiseUp4Rojava