La Jordanie a mis en place des mesures inédites pour museler la couverture médiatique de manifestations d’enseignants après la fermeture de leur syndicat. Le 25 juillet, la justice jordanienne a interdit d’activité l’Association des enseignants et ordonné la fermeture de ses locaux pour une durée de deux ans, après une manifestation organisée par le syndicat pour réclamer au gouvernement d’honorer un accord sur des hausses de salaire (voir notre article). Les autorités ont arrêté au moins deux journalistes en raison de leur couverture des manifestations d’enseignants, deux autres ont été frappés par les forces de sécurité en voulant couvrir la protestation. L’interdiction de couvrir les manifestations d’enseignants est la dernière d’une série de restrictions visant les médias ( harcèlement par les forces de sécurité, confiscations de cartes de presse, etc.).

manifestation des enseignants à Amman (archive)

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Mercredi 29 juillet, des centaines d’enseignants ont marché vers le bureau du Premier ministre dans la capitale Amman. La police est intervenue et a battu plusieurs manifestants, dont certains, blessés, sont tombés au sol. Des dizaines d’enseignants ont été arrêtés. Un journaliste a également été frappé à la tête avec un gourdin. Il est tombé au sol, et un autre policier lui a alors donné des coups de pied. La police a brisé son téléphone portable, détruisant les images qu’il avait filmées des affrontements.

Les manifestants dénonçaient l’arrestation de 13 membres de leur syndicat et l’interdiction d’activité pour celui-ci pendant deux ans. Ils avaient été arrêtés après avoir menacé de manifester parce que le gouvernement refusait d’augmenter les salaires des enseignants de 50% comme convenu après une dure grève l’année dernière (voir notre article). Mais après que les restrictions liées à l’épidémie de coronavirus ont frappé l’économie, le gouvernement a “reporté” l’augmentation promise. Les autorités avaient averti que tout rassemblement de plus de 20 personnes, en violation des restrictions relatives aux coronavirus, susciterait une réaction sévère.

Manifest

Des affrontements ont éclaté à Amman, dans la capitale jordanienne, après que des enseignants jordaniens aient protesté contre l’incapacité du gouvernement à accorder les augmentations de salaire promises aux instituteurs. Une semaine plus tôt, l’Association des Instituteurs Jordaniens avait publié un communiqué dans lequel elle annonçait qu’un sit-in était prévu jeudi pour appeler les enseignants de tout le pays à participer à la grève. Celle-ci devait faire pression sur le gouvernement pour qu’il accorde l’augmentation de salaire aux enseignants convenue il y a cinq ans, en 2014. Jeudi matin, des forces de police ont été déployées à travers Amman pour empêcher les manifestants d’atteindre le centre. Quelques heures plus tard, lorsque les manifestants ont réussi à se rassembler en plusieurs endroits, les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène, blessant plusieurs enseignants et procédant à plusieurs arrestations visant les organisateurs du sit-in.

Enseignante jordanienne face à la police

 

Suhaib Nasrallah, Malik al-Jaizawi et Mohammed Ajaj ont tous été arrêtés par les forces de sécurité jordaniennes sous l’accusation de « perturbation des relations avec un pays frère ». Ces trois jeunes hommes ont été arrêtés parce qu’ils faisaient partie des manifestations massives dénonçant la Conférence économique de Bahreïn organisée à la demande des États-Unis et de leurs alliés les plus réactionnaires du monde arabe. Toutes ces attaques s’inscrivent dans le prolongement d’une série de mesures répressives prises en Jordanie à l’encontre des militants palestiniens et de jordaniens anti-impérialistes et anti-sionistes.

Les manifestants arrêtés

Les manifestants arrêtés

Pour la deuxième année consécutive, le régime jordanien a interdit une cérémonie pour honorer le dirigeant du FPLP Abu Ali Mustafa à l’occasion du 17e anniversaire de son assassinat par les forces d’occupation israéliennes.
L’événement devait avoir lieu le mercredi 29 août au bureau du Parti Wihda (Parti de l’Unité Démocratique Populaire). Le gouverneur d’Amman a émis un ordre empêchant l’événement, et le Parti Wihda a convoqué une réunion d’urgence pour déterminer comment procéder à la lumière de ces événements.

Abu Ali Mustafa

Abu Ali Mustafa

Une manifestation contre les hausses de prix dans la ville jordanienne d’As-Salt, à l’ouest d’Amman, est tourné à l’émeute lorsque les manifestants ont brûlé des pneus et affronté les forces de sécurité. La manifestation dénonçait les augmentations de taxes et les réductions de subventions de produits de base. Les forces de sécurité ont tenté de disperser les manifestants tandis que les dirigeants civils et tribaux tentaient de calmer la situation. Les manifestations se poursuivent depuis maintenant quatre jours. Le gouvernement a augmenté les taxes sur plus de 150 produits et levé les subventions gouvernementales sur le pain, dont le prix a augmenté jusqu’à 60 pour cent, suivant en cela les consignes du FMI.

Barricade à As-Salt

Barricade à As-Salt

En plein désert jordanien, trente-trois groupes de soldats d”élites venant de dix-huit nations ont participé à la cinquième édition de la Warrior Competition. Ils se sont mesurés les uns aux autres pendant cinq jours dans des épreuves de “prise d’otages”, “détournement d’avion”, “assaut d’immeuble” etc.

Tarmac, immeubles, faux village, stands de tirs ultramodernes … Le KASOTC (King Abdullah II Special Operations Training Center) s’étale du 2.500 hectares à une vingtaine de kilomètres au nord d’Amman. C’est ici que, fin 2012, les Américains avaient déployé une task force afin d’aider l’armée jordanienne à se préparer contre une éventuelle attaque syrienne. Inauguré en 2009 et presque entièrement financé par Washington (près de 100 millions de dollars), le centre est géré par une société de sécurité privée américaine, ViaGlobal. Tout au long de l’année, le centre propose des formations sur mesure: soldats d’élite, gardiens d’ambassade, agents de sécurité privée…

KASOTC

KASOTC

La gendarmerie jordanienne est intervenue ce jeudi pour disperser des émeutiers dans le gouvernorat de Ma’an, sud du pays. Des groupes épars de jeunes gens manifestaient et s’ameutaient dans la ville de Ma’an en protestation contre le refus du Vocational Training Institute d’employer plus de 200 jeunes gens de la ville ayant obtenu leurs diplômes par cet institut. Les jeunes gens déclaraient que des emplois leur avaient été promis après la période d’essai. Ils ont mis le feu à des pneus en pleine ville et lancé des cocktails Molotov sur les forces de sécurité alors que celles-ci faisaient usage de lacrymogènes pour disperser la foule.