En novembre dernier, le tribunal de Pau avait accepté le mandat d’arrêt européen émis par l’Audience Nationale de Madrid à l’encontre d’Aurore Martin, militante de Batasuna (organisation autorisée en France mais interdite en Espagne pour ses liens présumés avec le groupe indépendantiste armé ETA). Au mois de décembre, la Cour de cassation avait rejeté son pourvoi en cassation, autorisant dès lors son transfert vers l’Espagne, qui lui reproche sa participation publique aux activités d’une organisation interdite. Le 21 décembre, Aurore Martin est entrée dans la clandestinité, affirmant qu’elle n’avait pas l’intention de se soumettre aux autorités espagnoles, ni de faciliter la tâche de la France à exécuter le mandat d’arrêt à son encontre, et surtout que la seule manière de poursuivre son travail au sein de Batasuna était de se cacher.

Hier, le militante basque a annoncé son intention de sortir de cette clandestinité. Depuis plusieurs mois, elle bénéficie d’un large soutien dans le monde politique et associatif au Pays Basque. De nombreuses actions ont eu lieu pour dénoncer et demander l’abrogation de cette législation liberticide dans le cas de militantisme politique. Aurore Martin a déclaré hier dans un communiqué: ‘Certes je serai probablement livrée à Madrid, mais nous avons créé les conditions de mettre un réel frein ou coup d’arrêt à la dérive répressive de l’Etat français.

Une importante journée de mobilisation contre le mandat d’arrêt européen aura lieu à Biarritz le 18 juin prochain.

Dix personnes ont entamé ce mardi une grève de la faim en solidarité avec Aurore Martin, militante de Batasuna frappée d’un mandat d’arrêt européen émis par Madrid pour ‘participation à une organisation terroriste’. Le 21 décembre, elle a annoncé son entrée dans la clandestinité pour échapper à son transfert. Les grévistes, vêtus de T-shirt floqués du slogan ‘Non au mandat d’arrêt européen! Pour les droits civils et politiques’ ont entamé leur jeûne devant une église de Saint-Jean-de-Luz où ils dorment chaque nuit. Ils sont soutenus par une dizaine de proches. Des photos d’Aurore Martin et des pancartes ont été installées devant le bâtiment et les militants font des distributions de tracts dans les rues afin d’informer la population de la situation de la militante basque. Ils organisent également chaque jour deux rassemblements qui réunissent une centaine de personnes.

Manifestation pour Aurore Martin

Manifestation pour Aurore Martin

Jeudi dernier, la Cour de Cassation avait rejeté le pourvoi formé par Aurore Martin, militante de Batasuna. Le 23 novembre dernier, le tribunal de Pau avait accepté le mandat d’arrêt européen à son encontre émis par l’Audience Nationale de Madrid, et c’est contre cette décision que la militante en avait fait appel à la Cour de Cassation. Suite à ce refus, et afin d’éviter son transfert vers l’Espagne, Aurore Martin a annoncé hier soir qu’elle était entrée dans la clandestinité, via un courrier publié dans ‘Le Journal du Pays-Basque’: “Je n’ai pas l’intention de me soumettre aux autorités espagnoles, ni de faciliter à la France l’exécution de mon mandat d’arrêt européen. Je n’ai pas d’autre choix que de me cacher pour pouvoir continuer mon activité politique au sein de Batasuna. J’ai donc décidé d’arrêter mon contrôle judiciaire et de ne plus me montrer publiquement. Si elle était transférée en Espagne, Aurore Martin serait inculpée par les autorités espagnoles pour ‘participation à une organisation terroriste”, ce qui peut valoir douze ans de prison. Rappelons que contrairement à l’Espagne, la France considère Batasuna comme une organisation légale. Le 4 décembre, 2000 personnes avaient défilé à Bayonne en soutien à Aurore Martin.

Manifestation pour Aurore Martin

Manifestation pour Aurore Martin

Le leader indépendantiste basque Arnaldo Otegi, emprisonné et jugé depuis mercredi à Madrid pour apologie du terrorisme, est en grève de la faim dans le cadre d’un mouvement de protestation collectif des détenus basques. Arnaldo Otegi, ex-porte-parole de Batasuna, a comparu mercredi pour avoir participé en 2005 à un hommage rendu à un membre de l’ETA en prison, José Maria Sagarduy. Il est poursuivi dans ce dossier avec trois autres indépendantistes, dont deux n’ont pas comparu mercredi. Un mandat d’arrêt a été émis contre ceux-ci.

L’organisation regroupant les détenus basques (EPPK) a annoncé lundi le début d’un mouvement collectif de grève de la faim pour protester contre la politique d’éloignement des détenus du Pays-Basque suivie en Espagne, et pour réclamer l’autodétermination pour le Pays Basque. Otegi, qui est en prison depuis octobre, a refusé de répondre à une question de la présidente du tribunal, Angela Murillo, sur la violence de l’ETA. ‘Condamnez-vous la violence de l’ETA?’ a demandé la magistrate. ‘Je ne vais pas répondre’, a rétorqué l’accusé.

Le leader indépendantiste risque une peine de 18 mois de prison pour avoir participé à cet hommage pour le membre d’un groupe armé considéré comme terroriste par l’Union européenne. Parallèlement, Otegi sera jugé, à une date encore non fixée, pour avoir tenté de reconstituer la direction de Batasuna, alors que ce parti est interdit par la justice espagnole depuis 2003.

Le 24 novembre, 35 jeunes militants de la gauche indépendantiste basque membres présumés de l’organisation Segi, étaient interpelés. Segi est considérée comme terroriste par la Cour suprême espagnole depuis 2007, suspectée d’être un des viviers de l’ETA. Sur les 35 personnes interpellées, 31 ont été placée en détention par la juge de la plus haute instance pénale espagnole et accusées d’appartenir et de collaborer avec une organisation terroriste. Les quatre autres ont été remises en liberté.

Ce samedi soir, plus de 20.000 personnes ont manifesté dans les rues de Bilbao afin de réclamer la remise en liberté des jeunes militants (photo). De nombreux cris pour l’indépendance et en faveur des organisations interdites par la justice espagnole ont été entendus. A Bayonne, vendredi soir, une soixantaine de personnes s’étaient réunies à l’appel de Segi et de Batasuna devant le consulat général d’Espagne pour dénoncer les arrestations et la répression des états français et espagnol.

Manifestation pour Segi

Manifestation pour Segi

En 2003, la justice espagnole déclarait Batasuna parti illégal et prononçait sa dissolution. En juin dernier, la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg confirmait cette décision, affirmant qu’elle ‘répondait à une nécessité sociale impérieuse‘.

Batasuna s’était directement pourvu en appel et c’est ce 6 novembre qu’est tombée la décision définitive. Le collège de la grande chambre, qui fait office de cour d’appel à la Cour européenne, a confirmé les trois décisions prises fin juin, qui avaient affirmé l’illégalité de l’organisation. Pour la Cour, le projet de Batasuna est ‘en contradiction avec la conception de la société démocratique‘ et ‘comporte un fort danger pour la démocratie espagnole.’ Et donc de confirmer l’action du Tribunal Suprême espagnol, jugée par la Cour comme inscrite ‘dans le souci international de la condamnation de l’apologie du terrorisme‘. Définitivement, les juges ont donc décrété qu’il n’y a pas, dans le jugement espagnol, de violation de l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme consacrant le droit à la liberté d’association et de l’article 10, consacrant la liberté d’expression.

Le 14 octobre, la police espagnole arrêtait au siège du syndicat de la gauche indépendantiste LAB, à Donostia (Saint-Sébastien), dix militants indépendantistes très connus dans les milieux politiques, sous l’accusation d’essayer de constituer une nouvelle direction politique de Batasuna. Cette organisation populaire de la gauche indépendantiste avait été mise hors la loi par les tribunaux espagnols en 2003, mais elle continuait toujours son activité politique. Le siège du syndicat a été complètement entouré, bloqué et pris par les forces de répression pendant de longues heures.

Les syndicalistes qui se trouvaient au siège de LAB (parmi eux, l’ex dirigeant de LAB Rafa Diaz Usabiaga) ont été identifiés et retenus dans une salle pendant des heures

Dans une autre salle se trouvaient arrêtés Arnaldo Otegi, Rufi Etxebarria, Sonia Jacinto et Arkaitz Rodriguez et peu de temps après, Rafa Diaz Usabiaga les a rejoint. En même temps, dans d’autres localités, Mañel Ugarte, Amaia Esnal, Ainara Oiz, Txeluis Moreno et Miren Zabaleta étaient également arrêtés. Toutes les personnes arrêtées se trouvent en garde à vue au secret.

Ces faits d’une extrême gravité, menés sous la direction du juge de l’Audience Nationale espagnole Baltasar Garzón, ont néanmoins une origine politique indiscutable dans le gouvernement de Rodriguez Zapatero. Il y a quelques jours, le quotidien du gouvernement El País avait commencé une campagne d’intoxication disant que ces dirigeants qui viennent d’être arrêtés avaient été désavoués par l’ETA à cause de leur supposée opinion politique contraire à la lutte armée.

La politique des gouvernements espagnols de la dernière décennie de mettre hors la loi partis et associations politiques et sociales est complètement stérile dans son objectif: paralyser et anéantir ce mouvement, la gauche indépendantiste basque. Ni ETA a disparu, ni Batasuna, ni le mouvement contre la répression, ni les luttes sociales soutenues par la gauche indépendantiste, ni tout le travail de reconstruction linguistique et culturelle. Tout au contraire, la gauche indépendantiste basque a montré une grande vitalité dans les quelques mobilisations de masses qui ont été permises, et mêmes dans quelques unes interdites. La gauche indépendantiste, même dans l’illégalité, a su se présenter aux élections, renouveler sa participation dans des institutions, en démontrant de façon répétée sa force avec un 15-20% de l’électorat, dans toutes les élections de ces dernières années, alors qu’elle se trouve dans l’illégalité. C’est-à-dire qu’elle continue à maintenir avec force l’initiative politique.

La police a arrêté dix membres de Batasuna, le parti séparatiste basque interdit par les autorités espagnoles, dont un dirigeant du parti, Arnaldo Otegi, a annoncé mercredi le ministère espagnol de l’Intérieur. Dans un communiqué, le ministère précise que les détenus sont soupçonnés de former un nouveau groupe qui opérerait suivant les instructions de l’organisation séparatiste armée ETA. L’Audience nationale a fait savoir que le juge antiterroriste Baltasar Garzon avait ordonné leur arrestation mardi soir. Après avoir purgé 15 mois de prison pour apologie du terrorisme, Otegi est sorti de prison l’an dernier.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a confirmé, mardi 30 juin, à Strasbourg, la décision de la justice espagnole qui, en 2003, avait déclaré ce parti illégal. Et non seulement la CEDH n’a pas jugé que le Tribunal suprême espagnol avait violé la Convention européenne des droits de l’homme en prononçant leur dissolution, mais elle dit que cette décision ‘répondait à une nécessité sociale impérieuse‘. Pour l’instance strasbourgeoise, ‘un parti politique dont les responsables incitent à recourir à la violence ou qui propose un projet ne respectant pas les règles de la démocratie ne peut recourir à la protection de la Convention européenne des droits de l’homme‘. Pour les mêmes motifs, les juges ont rejeté à l’unanimité les recours de candidats au Parlement de Navarre et aux élections européennes déclarés inéligibles. Avec ces décisions s’éteignent les derniers espoirs de la gauche nationaliste d’être représentée électoralement. Lors des élections européennes du 7 juin, la liste de la gauche nationaliste radicale, un temps interdite puis finalement autorisée à se présenter, a recueilli 116.000 votes au Pays-Basque, soit environ 16% des suffrages exprimés. En Guipuzcoa, la province de Saint-Sébastien, près d’un électeur sur quatre (23,4%) avait voté pour elle.

L’ancien prisonnier politique basque Peio Fagan a été arrêté le 10 février à son domicile de Bidart, où la police française a effectué une perquisition, dans ce qui semble être la suite de ‘l’enquête’ sur les bars de la gauche nationaliste. Il a été emmené au commissariat de Bayonne peu après 8h. Par ailleurs, au moins 6 personnes sont convoquées cette semaine au commissariat de Bayonne dans le cadre de la même procédure, la plupart d’entre elles ayant déjà été soit convoquées, soit arrêtées pour répondre aux mêmes questions.

Près de 90 personnes ont déjà été soit arrêtées, soit convoquées (et une bonne partie d’entre elles mises en garde-à-vue aussitôt), en tout cas interrogées sur toute la militance basque au prétexte de questions sur la gestion des bars. La théorie de départ selon laquelle Batasuna financerait la lutte armée par le biais de ces bars s’étant effondrée – le Procureur Jean-Claude Marin lui-même l’a reconnu en novembre dernier, déclarant qu’aucun élément n’avait prouvé le lien entre ETA et Batasuna – , les autorités françaises ont retourné l’hypothèse, cherchant maintenant à prouver que c’est la lutte armée qui finance ces bars! Il apparaît de plus en plus clairement que le Parquet est à la recherche de n’importe quel prétexte dans un but politique: criminaliser un mouvement politique, harceler ses membres et leurs proches, et détourner ces militants de leur travail quotidien, les obligeant à se justifier et à se débattre dans des procédures arbitraires.

Au sujet des bars: il s’agit de projets largement soutenus, de lieux populaires, euskaldun, ouverts à toutes les associations et partis, instruments indispensables à la mobilisation et à la solidarité. C’est en cela aussi qu’ils sont dans la ligne de mire d’un pouvoir qui préfère largement le modèle individualiste du chacun chez soi. Des dizaines et des dizaines de personnes sont aujourd’hui inquiétées et parfois maltraitées pour un simple chèque de soutien! Au sujet des méthodes: la convocation est de plus en plus utilisée, et est présentée par la police comme une faveur, leur demandant s’ils préfèreraient être arrêtés et perquisitionnées à 6h du matin par trente agents. Ce n’est pas une faveur, c’est un chantage. Ces interrogatoires servent à un fichage massif et à préparer les prochains montages policiers et judiciaires.

Il faut ajouter à cela le véritable harcèlement auquel sont en train de se livrer la police et la gendarmerie française ces dernières semaines: contrôles incessants, présence étouffante; interrogatoires politiques à l’occasion de soi-disant contrôles d’alcoolémie; convocations de jeunes sous des prétextes ridicules (comme par exemple: ‘nous avons retrouvé votre portefeuille devant un graffiti’ avec prises d’empreintes, ADN et centaines de questions); contrôle d’une militante de SEGI avec fouille de son véhicule ‘sur ordre du procureur’; etc.