Un juge d’instruction a renoncé jeudi à poursuivre une militante catalane des Comités de défense de la République (CDR) pour “appartenance à une organisation terroriste”, et l’a laissée libre. La militante avait été arrêtée mardi dans une enquête pour “rébellion” et “terrorisme”, une première s’agissant des actuels mouvements indépendantistes catalans (voir notre article).

Le juge a finalement seulement inculpé la militante pour “troubles à l’ordre public”, et lui a imposé un contrôle judiciaire l’obligeant à se présenter une fois par semaine dans un commissariat. L’arrestation de la militante avait suscité, mardi, une manifestation à Barcelone et dans d’autres villes de Catalogne. Le parquet l’accusait, avec un autre homme qui n’a pas été arrêté, d’“activités de direction et de coordination des actes de sabotage menés pendant la Semaine sainte”. Dans la nuit du 25 au 26 mars, après l’arrestation de l’ancien président catalan Carles Puigdemont en Allemagne, des milliers de manifestants avaient affronté la police. Ces échauffourées avaient fait une centaine de blessés légers. Les 27 et 28 mars, des manifestants avaient installé des barrages sur des routes et des autoroutes.

Un des blocages de la Semaine sainte

Un des blocages de la Semaine sainte

Des milliers de manifestants se sont rassemblés, dimanche après-midi à Barcelone, à l’appel des séparatistes catalans. Brandissant des drapeaux indépendantistes, ils se sont retrouvés sur les Ramblas en criant : « Liberté pour les prisonniers politiques » ou « Puigdemont, notre président ». Les militants ont lancé des œufs, des bouteilles, des grilles de fer, et ont même tenté de lancer des conteneurs d’ordures en direction de la police. Des manifestants ont tenté ce dimanche d’approcher de la préfecture de Barcelone et les policiers catalans les ont contenus à coups de matraque et en tirant en l’air. Selon les services de secours, 90 personnes ont été blessées légèrement à Barcelone, dont 22 policiers. Auparavant, les secours avait fait état de sept personnes blessées dans la ville de Lleida, à 150 km à l’ouest, et d’un blessé à Tarragone, plus au sud.

Les affrontements de ce dimanche

Les affrontements de ce dimanche

Accusée par la justice espagnole de rébellion, elle risque jusqu’à 30 ans de prison. Son procès doit commencer ce mercredi. La députée du parti Candidature d’Unité Populaire (CUP) ne s’y rendra pas. Elle attend de savoir si une demande d’extradition sera formulée par le tribunal. Dans ce cas la, elle demandera l’asile politique en Suisse.

La CUP est un parti indépendantiste catalan et anticapitaliste. Il a joué un rôle déterminant durant le référendum d’autodétermination en 2017. Actuellement plus de 900 personnes sont sous enquête de la justice espagnole pour des faits liés au mouvement d’indépendance catalan.

Anna Gabriel

Anna Gabriel

Joan Manel Gómez Sanz, l’un des 14 haut-responsables catalans arrêtés par l’État espagnol, il était plutôt visé secondairement par la police dans la répression qui a visé le référendum, mais son téléphone portable est devenu un élément clé de l’enquête. Le téléphone n’était pas suffisamment protégé et les enquêteurs ont pu découvrir que les indépendantistes utilisaient la messagerie Signal pour s’organiser. Deux erreurs ont été commises: premièrement le téléphone n’était pas suffisamment protégé (il aurait dû être chiffré -même avec le chiffrement par défaut d’Android- et éteint), et les messages de certaines conversations n’avaient pas de temps de disparition. Ce dernier point a permis aux enquêteurs d’accéder à plusieurs messages échangés, le premier a permis aux enquêteurs de savoir qui communiquait avec qui, à quelle fréquence, etc. Cette “cartographie” de la communication effectuée par la police est un phénomène extrêmement courant mais trop souvent ignorés. Plusieurs discussions sont menées sur les forums de Signal afin d’identifier sur quels points l’application aurait pu être plus efficaces. Par exemple, même lorsque le temps de disparition des messages est réglé, les heures auxquelles ont lieu les appels Signal ne sont pas effacés de la conversation.

Une vidéo (en espagnol) qui explique cette affaire.

Le téléphone saisi

Le téléphone saisi

Le procureur général de l’Etat espagnol a annoncé ce lundi la poursuite des responsables de la déclaration unilatérale d’indépendance proclamée ce vendredi pour rébellion, sédition et malversation. L’accusation vise entre autres, le président destitué catalan Carles Puigdemont et la présidente destituée du Parlement de Catalogne Carme Forcadell. La mise sous tutelle de la Catalogne se précise: Madrid a indiqué que les ministres destitués qui se rendraient à leur bureau dans un autre but que celui de récupérer leurs effets personnels commettraient un crime après l’application de l’article 155. Carles Puigdemont et cinq de ses conseillers sont arrivés aujourd’hui à Bruxelles, sans doute pour y demander l’asile politique.

La direction indépendantiste

La direction indépendantiste

De bonne heure ce matin, quatorze activistes du mouvement altermondialistes Bizi ! sont montés sur la devanture du consulat d’Espagne, à Bayonne, pour dérouler une banderole. Sur celle-ci est écrit “Dérive totalitaire BASTA !” et apparaît “Free #Jordis”. Le premier objectif de cette action : réclamer la libération immédiate des leaders catalans de l’ANC et Omnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart qui risquent 15 ans de prison pour sédition. Le deuxième objectif de cette action est de dénoncer l’activation de l’article 155 par le gouvernement espagnol impliquant la mise sous tutelle de la Catalogne.

A Bayonne ce matin

A Bayonne ce matin

200.000 Catalans sont descendus dans la rue hier mardi contre la mise en détention de deux importants responsables indépendantistes inculpés de sédition. A midi, des milliers d’employés avaient déjà quitté sous un ciel bleu leur poste de travail pour se masser en silence dans la rue, quelques minutes, le temps de réclamer “la libération des prisonniers politiques”. En début de soirée, 200.000 personnes s’étaient massées sur l’une des plus grandes intersections de la ville armées de bougies, et criant “Libertad, Libertad, Libertad”.

Les deux responsables indépendantistes incarcérés lundi soir sont Jordi Cuixart et Jordi Sanchez, qui dirigent les deux principales associations indépendantistes de Catalogne, Omnium Cultural et l’Assemblée nationale catalane (ANC), à l’énorme capacité de mobilisation. La juge a estimé qu’ils risquaient de “détruire des preuves” et “récidiver”, expliquant qu’ils appartenaient à un “groupe organisé” dont le but est de rechercher “en dehors de la légalité” l’indépendance de la Catalogne. Toujours sur le front judiciaire, la Cour constitutionnelle espagnole a définitivement annulé, a posteriori, la loi catalane organisant le référendum. Dans son arrêt, elle souligne qu’il n’existe pas un “droit à l’autodétermination” pour les “peuples d’Espagne”.

Le rassemblement d’hier à Barcelone

Le rassemblement d'hier à Barcelone

Au moins 700.000 Catalans ont manifesté ce mardi à Barcelone dans le cadre d’une grève générale visant à dénoncer les violences policières ayant émaillé le référendum interdit de dimanche. Alors que différents défilés paralysaient des rues du centre, plusieurs manifestations indépendantistes ont eu lieu depuis mardi matin notamment devant le siège du Parti Populaire (conservateur), au pouvoir en Espagne, et devant la préfecture. Les manifestants scandaient «Forces d’occupation dehors! Les rues seront toujours à nous».

Plusieurs syndicats de police se plaignent de “harcèlement” de la part de la population. Depuis lundi soir, des rassemblements se forment autour d’hôtels et de commissariats. Des centaines de policiers et les gardes civils, envoyés en renfort en Catalogne avant le référendum, ont été délogés de leurs hôtels par des indépendantistes. À Pineda de Mar, à 70km au nord de Barcelone, la police catalane, les Mossos d’Esquadra, a dû se déployer pour protéger leur hôtel. «Je n’ai jamais vécu une situation pareille, l’intégrité physique de policiers est menacée. Ils fuient d’hôtel en hôtel, ils sont poursuivis, ils sont comme des rats qui doivent se cacher», a déclaré à un porte-parole du syndicat SUP, majoritaire dans la police.

Des équipes du FC Barcelone aux salariés de la cathédrale de la Sagrada Familia, la grève est visible dans tous les secteurs. Les universités publiques et les transports sont également touchés. Le port de Barcelone, troisième d’Espagne, et le marché alimentaire de gros de Catalogne, l’un des plus importants d’Europe, sont presque à l’arrêt. Il n’y a ni activité maritime ni terrestre: seul un service minimum est assuré, permettant la circulation des passagers et des produits périssables ou dangereux.

La manifestation à Barcelone

La manifestation à Barcelone

Des barrières en fil barbelé assortis de policiers aux boucliers et matraques dégainés et de quelques militaires avaient été déployés à plusieurs endroits devant la représentation espagnole de la Rue de la Science à Bruxelles. Une centaine de manifestants se sont toutefois rassemblés à une cinquantaine de mètres de l’ambassade et ont entonné des slogans en solidarité avec le peuple catalan qui a souffert d’une lourde répression hier lors du référendum pour son indépendance. Malgré les 800 blessés et un mort (décédé d’une crise cardiaque alors qu’il se faisait matraquer), le “Oui” a été écrasant avec plus de 90% de votes et plus de 40% de participations (hormis les nombreuses urnes saisies par la police espagnole).

Manifestation de solidarité avec le peuple catalan

Et quelques images de Catalogne:

Manifestation de solidarité avec le peuple catalan

La police espagnole est intervenue en force dimanche en Catalogne pour empêcher la tenue d’un référendum d’autodétermination. Au moins 92 personnes ont été blessées ont annoncé les services de santé de la région. Au total, 465 personnes ont reçu une assistance médicale. Les policiers anti-émeutes ont utilisé des balles en caoutchouc à Barcelone où des milliers de personnes étaient descendues dans la rue tôt le matin pour prendre part au scrutin. Les manifestants ont aussi tenté de protéger les bureaux de vote lorsque la police y a pénétré de force pour saisir des urnes et le matériel de vote.

.

Suite à la sévère répression qui a frappé les Catalans qui souhaitaient voter au référendum, un rassemblement aura lieu demain à Bruxelles à 18h devant l’ambassade d’Espagne, Rue de la Science 19.

Rassemblement en solidarité avec la Catalogne

.
Rassemblement en solidarité avec la Catalogne