Notre site avait gardé une réserve prudente sur les événements de Kiev (comme sur ceux de Caracas) en raisons de la présence massive, ouverte et dirigeante de forces ouvertement réactionnaires dans les manifestations. Ces événements étaient d’ailleurs largement couverts par les médias officiels.

Comme en Syrie, une partie des forces de la gauche refusent de joindre l’insurrection pour cette raison, voire même soutenir le régime comme le fait l’important Parti Communiste Ukrainien (hériter du vieux parti soviétique) qui a créé un Front populaire antifasciste qui (nous citons) “comprend des représentants de diverses organisations sociales, unies pour lutter contre la menace d’une rébellion fasciste dans le pays”. A l’inverse, mettant en avant le caractère anti-populaire du régime, une partie des forces de gauche se joignent à l’insurrection où elles veulent combattre l’influence fasciste (plusieurs incidents ont opposés des fascistes à des membres de la gauche révolutionnaire place Maidan). C’est notamment le cas des anarchistes. L’un d’entre eux, Sergei Kemskiy, a été tué par balle lors de la fusillade mortelle de la place Maidan.

Sergei Kemskiy

Sergei Kemskiy

Alors que les manifestations pro-européennes ont fait 4 morts et 400 blessés à Kiev en Ukraine, les personnes présentes aux alentours des affrontements ont reçu sur leur portable le message suivant: «Cher abonné, vous êtes enregistré comme participant à un trouble massif à l’ordre public.» Ce texto a été envoyé par les forces de police ukrainiennes, qui a utilisé la technologie mobile pour localiser les téléphones portables en activité près des affrontements opposant des policiers anti-émeutes et des manifestants le 21 janvier. Les trois opérateurs téléphoniques ukrainiens auraient nié avoir fourni les données de localisation au gouvernement ou envoyé les messages. L’une de ces compagnies aurait néanmoins suggéré que ces textos avaient été envoyé d’«une antenne relai pirate» installée à proximité.

Plus de 400 manifestants de l’opposition s’étaient rassemblés devant l’hôtel de ville de Kiev alors que s’y tenait une audience visant à prolonger l’autorité de l’actuelle législature de la ville. Cela fait plusieurs mois maintenant que l’opposition réclame de nouvelles élections. Hier, les manifestants ont tenté de forcer le barrage policier à l’entrée du bâtiment mais en ont été violemment empêchés par les forces de sécurité. Celles-ci ont tiré des gaz lacrymogènes et fait usage de leurs matraques pour disperser la foule. Quatre membres de l’opposition et un journaliste ont été interpellés en marge des affrontements qui ont fait plusieurs blessés.

Manifestation de l’opposition à Kiev

Manifestation de l'opposition à Kiev

La police ukrainienne anti-émeute a dispersé vendredi à l’aube une manifestation organisée dans le centre de Kiev pour protester contre le viol d’une femme qui accuse deux policiers d’avoir commis ce crime. L’administration de la capitale avait autorisé la manifestation qui a rassemblé environ 150 personnes sur la place principale. Mais, certains manifestants ayant installé des tentes pour passer la nuit sur place, les autorités leur ont demandé de partir. La police est arrivée peu après et a procédé à une dizaine d’interpellations.

Début juillet, plusieurs centaines de personnes étaient descendues dans les rues à Vradiyevka, à 400 km au sud de Kiev après les informations concernant l’agression d’une femme de 29 ans qui avait dit avoir été battue et violée par deux policiers. Les deux violeurs présumés ont été arrêtés. Depuis, de nouvelles manifestations contre les brutalités policières et la corruption ont été organisées dans différentes villes d’Ukraine.

manifestation viol kiev

manifestation viol kiev

A la fin du mois d’août, nous évoquions la situation de deux militants russes de l’Union de la Jeunesse Communiste Léniniste qui, après avoir purgé une peine en Ukraine pour avoir ‘organisé un groupe terroriste stable secret dans le but d’un renversement de l’ordre constitutionnel de l’Ukraine et de la prise du pouvoir de l’état’ avaient été extradés vers la Russie et condamnés à une nouvelle peine (notre article du 27 août). Or, deux autres inculpés devraient subir le même sort dans un nouveau procès à Moscou. Andrey Yakovenko et Oleg Alekseev sont accusés, comme Smirnov et Danilov, d’avoir mené des expropriations à Moscou entre 2000 et 2002. Au cours de l’audience, un ‘témoignage’ transmis par le service fédéral de sécurité de la Russie a été rendu public. Il s’agit d’une déclaration faite par un des membres du groupe qui, après avoir subi la torture, s’est repenti. Ce témoignage est le seul élément dont le tribunal dispose, mais il semblerait que cela soit suffisant pour que les autorités russes imposent une seconde peine à Yakovenko et à Alekseev alors qu’ils ont déjà tous deux purgé neuf ans en Ukraine.

Il faut noter que suite aux violences subies en prison en Ukraine, un des inculpés dans cette affaire d’Odessa est décédé le 1er novembre 2003 alors que tous les autres ont souffert de multiples fractures et autres séquelles (perte d’un oeil, …)

Quelques inculpés dans l’affaire d’Odessa

En janvier 2002, alors que de vaste manifestations populaires antigouvernementales se transformaient en affrontements avec les forces de sécurités, la police arrêtait, à Odessa, 12 militants de l’Union de la Jeunesse Communiste Léniniste, parmi lesquels quatre Russes, sept Ukrainiens et un Moldave. Ils étaient accusés d’ “organisation d’un groupe terroriste stable secret dans le but d’un reversement violent de l’ordre constitutionnel de l’Ukraine et de la prise du pouvoir d’état”. Leur projet était de développer un mouvement révolutionnaire dans ces régions à grandes concentrations ouvrières multinationales, dans le but de fonder une République socialiste soviétique de la Mer noire, première étape vers une refondation de l’URSS.

Des expropriations ont été menées pour l’achat d’armes, pour le financement de la presse clandestine, pour l’aide aux ouvriers grévistes et aux prisonniers révolutionnaires (ainsi ceux de la NRA). Le siège des forces de sécurité a été attaqué à la bombe et un policier a été blessé dans la fusillade qui a eu lieu entre la police et des membres du groupe qui ont pu échapper à l’arrestation. L’opération policière de janvier 2002 ne s’est pas faite sans mal: les membres de l’organisation ont résisté aux forces spéciales.

Les procès ont suivis, ainsi que les condamnations et de longues années de détentions dans des conditions très dures. Mais la peine s’ajoute à la peine parce que les inculpés Russes sont extradés en Russie après avoir purgé leur peine en Ukraine, et ils doivent subir une nouvelle peine en Russie (une attaque de bijouterie avait été faite à Moscou). Igor Danilov avait purgé 14 ans en Ukraine (il a contracté la tuberculose en prison), il doit maintenant purger 13 ans en Russie, Alexandre Smirnov avait purgé 8 années en Ukraine et il doit purger maintenant 9 ans en Russie

odessa case


Igor Danilov et Alexandre Smirnov

odessa case
Igor Danilov et Alexandre Smirnov

Vétérans de la guerre d’Afghanistan ou encore liquidateurs de la centrale de Tchernobyl, chargés de son nettoyage au lendemain de la catastrophe, ils étaient près de 3000 à manifester à Kiev ce mardi pour dénoncer la réduction des pensions attribuées jusque-là à certaines catégories de métier, en raison de leur pénibilité et de leur dangerosité.

Dimanche, un ancien de ses “liquidateurs” qui avait entamé une grève de la faim a été tué à Donetsk dans des affrontements avec la police. La situation a dégénéré quand une trentaine de policiers ont commencé à démonter la grande tente dans laquelle se trouvaient les grévistes. Violemment bousculé par les policiers, la manifestant aurait péri lors de son transfert à l’hôpital.

Denis Solopov, Maxime Solopov et Alekseï Gaskarov sont persécutés pour une participation présumée à la manifestation du 28 juillet 2010 contre la déforestation pour la construction d’une autoroute à péage reliant Moscou à St-Petersbourg et contre l’arbitraire de la municipalité de Khimki (dont le bâtiment avait été légèrement endommagé). Cette manif répondait à l’attaque d’une bande d’extrême-droite payée par le sous-traitant contre le campement des éco-activistes qui occupaient une partie de la forêt au niveau du chantier.

L’automne 2010, Alekseï Gaskarov et Maxime Solopov ont passé trois mois en prison suite à de fausses accusations portées contre eux. L’instruction a usé de menaces et de tortures, autant que de faux témoins (mouchards de la police). La prochaine audience pénale aura lieu le 14 avril. Denis Solopov est détenu à Kiev dans des conditions inhumaines, les prisonniers entassés dans leurs cellules doivent dormir tour à tour. Malgré le fait que Denis soit reconnu réfugié sous le mandat de l’UNHCR, et a donc le droit à la protection, le Service des migrations de l’Ukraine a refusé sa demande d’asile. La durée de sa détention provisoire est de 40 jours et se termine le 11 avril, après quoi il doit soit être libéré, soit mis en maintenu en détention en vue d’extradition, ce qui peut durer jusqu’à un an et demi.

Une nouvelle semaine d’action internationale, du 2 au 9 avril 2011, revendiquera la mise en liberté immédiate de Denis Solopov, l’arrêt des poursuites judiciaires contre Alexeï Gaskarov et Maxime Solopov et de la déforestation à Khimki. Pour plus d’information :
http://khimkibattle.org/