A Bapaume:

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Manifestation à Bapaume pour Action Directe

Voir aussi le site du photographe Arnaud Robin

Appel de la Commission pour un Secours Rouge International: 25 février: Journée de solidarité avec les prisonniers d’Action Directe

Arrêtés début 1987, condamnés à la réclusion à perpétuité (peine assortie d’une période dite ‘de sécurité’ de 18 ans), les militants de l’organisation révolutionnaire française Action Directe, Georges Cipriani, Nathalie Ménigon et Jean-Marc Rouillan, ont subi des conditions de détention ‘spéciales’ qui visaient à les détruire physiquement et psychologiquement. De longues années d’isolement total ont été suivies d’un statut de DPS (détenu particulièrement surveillé), avec absence de soins médicaux, restriction des parloirs, du courrier, des appels téléphoniques, etc. Ce programme d’anéantissement n’a été enrayé que grâce à la mobilisation, dans et hors les murs (grèves de la faim en détention, manifestations, réunions publiques et occupations dehors). Ils ont pu introduire en juin 2005, dans leur dix-neuvième année de prison, leurs premières requêtes de libération conditionnelle – toutes refusées, ainsi que les suivantes.

Nathalie Ménigon a été victime en prison de plusieurs attaques vasculaires cérébrales: elle est depuis plusieurs années partiellement hémiplégique. Le 30 septembre dernier, Nathalie a dû être emmenée à l’hôpital d’Arras suite à un nouveau malaise cérébral. Son état de santé se dégrade inexorablement. Il est clair que les autorités politiques et judiciaires françaises entendent s’acharner contre elle, malgré le risque majeur, voire mortel, que constitue son maintien en prison. Outre la question très grave de son état de santé, des conditions de détentions restrictives lui sont toujours appliquées: limitation des visites (sept demandes de permis ont été refusées ou sont restées sans réponse en un an!), limitation des contacts téléphoniques (alors que les autres prisonnières peuvent téléphoner tous les jours, Nathalie n’a droit qu’à deux communications mensuelles), etc.

Georges Cipriani a aussi vu sa demande de libération rejetée début juillet 2005 par un tribunal de Mulhouse. Les motifs invoqués sont une nouvelle fois aussi absurdes qu’hypocrites et odieux. Ouvrier manoeuvre, âgé de 55 ans et déstabilisé psychologiquement par bientôt deux décennies d’emprisonnement dans des conditions strictes, le tribunal lui reproche de ne pas offrir assez de garantie quant à son ‘avenir professionnel’. Georges, qui a vécu un épisode délirant provoqué par les années d’isolement et qui ne fut soigné qu’à la suite d’une campagne de mobilisation intense, a quitté l’hôpital pénitentiaire pour retourner en détention à Eisisheim… c’est-à-dire dans les conditions qui avaient provoqué ses troubles.

Jean-Marc Rouillan, détenu à Lannemezan, a vu sa demande de libération examinée le 26 décembre à Pau; la décision du tribunal sera connue le 28 février. Il est convaincu qu’il ne sortira pas de prison de sitôt, il a fait remarquer que l’échéance suivante se situera en période électorale… Quand on sait que le nouveau ministre de la justice prétend faire modifier le code de procédure pénale afin que le suivi des condamnations pour ‘terrorisme’ soit centralisé par un juge d’application des peines parisien, on ne peut plus imaginer une décision qui échapperait peu ou prou aux plus hautes instances de l’Etat. Pour avoir dénoncé cela lors d’une interview à un journal, Jean-Marc a fait l’objet d’une sanction par l’administration pénitentiaire.

La répression sans fin contre les militants d’Action Directe s’explique au premier chef par leur fidélité à leur cause politique. Derrière les procédures en cours, les attendus des décisions judiciaires, le chantage est flagrant: le repentir, l’abjuration, ou le maintien à perpétuité en prison. Pour les prisonniers d’Action Directe, comme pour tous les prisonniers révolutionnaires dans les démocraties bourgeoises, la question de la libération relève à présent exclusivement d’un rapport de force. Seule une mobilisation politique, solidaire, croissante peut amener les autorités en place à ouvrir les portes de leurs prisons. A nous d’y oeuvrer, dans une relation constructive avec eux.

La mobilisation doit aussi s’étendre aux autres prisonniers révolutionnaires légalement libérables en France depuis des mois, voire des années, ainsi Régis Schleicher, autre membre d’Action Directe, emprisonné pour sa part depuis plus de vingt-deux ans… il vient de se voir condamner à une peine de cinq années supplémentaires pour une tentative d’évasion. Ainsi Georges Ibrahim Abdallah, membre des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises, détenu depuis plus de vingt-deux ans également.

La Commission pour un Secours Rouge International s’associe donc aux rassemblements qui auront lieu devant les prisons de Bapaume, d’Ensisheim et de Lannemezan le samedi 25 février 2006, comme elle s’était associée aux précédents rassemblements.

La Commission invite toutes les forces solidaires avec les prisonniers révolutionnaires à participer à cette initiative ou, à défaut, de mener une initiative autonome ce 25 février en solidarité avec les prisonniers d’Action Directe.

La solidarité est notre arme!

Commission pour un Secours Rouge International, Zürich-Bruxelles, 8 février 2006

Appel des prisonniers d’Action Directe pour la manifestation

Rassemblement à l’appel du Secours Rouge/APAPC, de l’Anarchist Black Cross et de l’Union des Jeunes Progressistes Arabes de Belgique devant les communautés européennes, rond-point Schuman.

Affichage pour GI Abdallah

Affichage pour GI Abdallah

Affiche pour la manifestation

Affiche pour la manifestation

Affiche pour la manifestation

Affiche pour la manifestation

Communiqué de NLPF:

Vendredi 30 septembre, Nathalie Ménigon, militante d’Action Directe emprisonnée au CD de Bapaume, a dû être emmenée à l’hôpital d’Arras à la suite d’un nouveau malaise cérébral. Elle avait été prise de violents maux de tête et de tremblements incontrôlables, troubles de toute évidence consécutifs aux deux accidents vasculaires cérébraux dont elle a été victime au cours de sa détention.

Reconduite quelques heures plus tard dans sa cellule, elle ressort très affaiblie par cet événement alarmant et ses proches plus inquiets que jamais. Niant l’évidence, le pouvoir, ses magistrats et ses experts médicaux continuent de la maintenir en détention malgré le risque majeur, voire mortel encouru. L’acharnement de l’Etat contre Nathalie, le lynchage judiciaire auquel elle a été soumise à l’audience de demande de mise en liberté conditionnelle, la négation de son état de santé critique lors de ses deux demandes de suspension de peine pour raison médicale s’apparentent à de la discrimination judiciaire et constituent un traitement dégradant et inhumain.

Il faut que cette tragique mascarade cesse au plus vite. Dans les tous prochains jours, une nouvelle demande de suspension de peine sera déposée par Nathalie. Le combat pour la libération des militant-e-s d’Action Directe est l’affaire de tous. Il est de notre responsabilité collective de ne pas laisser faire. Le collectif NLPF appelle à élargir et renforcer la solidarité et proposera très rapidement des actions publiques dans ce sens.

Collectif NLPF! Le 2 octobre 2005

Si vous êtes à la recherche d’une abréviation ou d’un mot en particulier. Essayez de rechercher dans la page à l’aide de la commande “Ctrl+F” (Cmd+F sur Mac) sur votre clavier. Cette page sera complétée avec le temps.

Note 8 mai 2016: La page des Amitiés Kurdes de Bretagne est très complète.
Note 15 décembre 2016: Ajout du dossier « Que sont « l’Armée Syrienne Libre » et la rébellion syrienne ? »

L’actualité de la répression et de la contre-répression étant particulièrement riche au Kurdistan ces derniers mois, il peut-être utile de situer quelques détails pour les personnes qui arrivent en cour de route ou pour ne pas se perdre dans le déluge d’abréviations qu’apporte une scène politique aussi active que celle-là.

Nous avons l’habitude d’utiliser sur notre site un ‘glossaire’ qui permet de passer sa souris au-dessus d’un terme pour obtenir plus d’informations. En plus de celui-ci, cette page rassemblera la plupart des expressions courantes et permettra de les situer entre-elles. Voici donc quelques notes pour mieux comprendre la situation au Kurdistan.

I. Géographie: Rojava, Rojhilat, Bakuré, Basuré
Le Kurdistan est actuellement séparé sur les quatre pays qu’il recouvre. Sur environ 40-45 millions de Kurdes dans le monde, 25-30 millions sont répartis dans ces quatre pays: la Turquie (12-15 millions), l’Iran (6-9 millions), l’Irak (5-7 millions) et la Syrie (2-3 millions).

Carte du Kurdistan.

Carte du Kurdistan.

1. Le Bakuré: La partie turque du Kurdistan (en kurde Bakûrê Kurdistan pour ‘Kurdistan du Nord’) reprend la majeure partie de la population kurde (15 millions, soit 18% de la population turque). Elle abrite également la principale organisation kurde, le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) qui contrôle via sa guérilla une partie du Nord-Kurdistan. La Turquie est très farouchement opposée au projet kurde, ou même à concéder certains droits élémentaires (l’enseignement en langue kurde par exemple), il n’y a donc pas un début de reconnaissance comme on peut le voir à divers niveaux dans les trois autres régions.

Votes pour le principal parti kurde légal en 2011.

Votes pour le principal parti kurde légal en 2011.

On parle souvent indistinctement du PKK pour désigner d’autres organisations qui en sont proches ou qui n’en sont que des parties.

HPG : Force de Défense du Peuple. Branche armée.
YJA-Star : Unités des Femmes Libres. Branche armée des femmes.
PAJK : Parti des Femmes Libres du Kurdistan. Organisation politique des femmes.
YPS : Unités de Protection Civile.
YDG-H: Mouvement de la Jeunesse Révolutionnaire Patriotique. C’est une organisation de jeunesse armée proche de l’idéologie apoïste. De fait, il s’est produit que les HPG étaient une « guérilla de campagne » et la YDG-H une guérilla de ville.

HDP : Parti Démocratique des Peuples. C’est un parti légal qui se présente aux élections. Le HDP est un front regroupant de nombreuses organisations révolutionnaires en Turquie, dont certaines ont des structures clandestines. Le HDP n’est pas un parti kurde mais il prend régulièrement la défense du PKK ou de son pendant syrien.
DBP : Parti Démocratique des Régions. Le DBP succède au BDP qui succède lui-même au DTP. Le DBP est au Nord-Kurdistan ce que le HDP est à la Turquie. HDP et BDP agissent comme des organisations soeurs. A l’occasion des élections de 2015, le HDP et le BDP fusionnent dans les urnes et présentent une seule liste ‘HDP’ pour toute la Turquie (mêmes si elles existent encore distinctement).
HDK: Congrès Démocratique des Peuples. Mouvement plus large que le HDP. Le HDP est la branche politique du HDK.

Notons également les noms d’autres organisations révolutionnaires turques:
MLKP: Parti Communiste Marxiste-Léniniste.
DHKP-C: Parti-Front Révolutionnaire pour la Libération du Peuple.
TKP-ML: Parti Communiste Turc – Marxiste-Léniniste. Sa branche armée est le Tikko.
MKP : Parti Communiste Maoïste.
MLSPB : Union Marxiste-Léniniste pour la Propagande Armée.
DAF: Action Révolutionnaire Anarchiste.

Drapeau du PKK.

Drapeau du PKK.

2. Le Rojava : Le Kurdistan Occidental
Le Rojava (‘ouest’ en kurde) est une région de facto autonome depuis novembre 2013. Il abrite 2,2 millions de Kurdes, représentant 10% de la population syrienne. Le Rojava reprend tout le nord de la Syrie et est composé de trois cantons : Afrin (à l’ouest), Kobané (au centre) et Ciziré (dit aussi Jazira, à l’est). Le mouvement qui contrôle le Rojava est le PYD (Parti de l’Union Démocratique), une organisation soeur du PKK.

La situation en janvier 2016

A l’heure actuelle, il ne reste qu’une bande de territoire de 100km le long de la frontière turque, entre les villes de Jarabulus (sur la rive de l’Euphrate opposée à celle de Kobané) et de Mare, qui sont toujours sous occupation islamiste et qui sépare le canton d’Afrin du reste du Rojava.

Cette bande est à l’heure actuelle sous le contrôle partagé de l’Etat Islamique, du Front al-Nusra et du Front Islamique. La Turquie protège les islamistes depuis l’autre coté de la frontière en mitraillant toute tentative de traverser l’Euphrate de la part des forces kurdes. La Turquie a d’ailleurs mis en garde le PYD que la traversée de l’Euphrate constituerait une “ligne rouge” qui entraînerait une riposte. Cette ligne rouge a été franchie par les YPG le 26 décembre 2015 lorsqu’ils ont pris le Barrage de Tichrin à l’Etat Islamique.

La prise du Barrage de Tichrin (qui suivait celle de Howl à la frontière irako-syrienne, à l’ouest de Shengal) constituait un tournant dans la stratégie des YPG. Ils inauguraient la coalition récemment formée des “Forces Démocratiques Syriennes” (QSD), une alliance multi-ethnique (kurde, arabe, turkmène, assyrienne,…) démocrate et anti-islamiste. Les YPG refusant de se comporter comme une “armée d’occupation kurde“, cette alliance leur permet de libérer les villes “non-kurdes”. La prise du Barrage est également l’entrée des forces kurdes dans la province d’Alep.

L’objectif affiché des forces kurdes est donc la prise de Jarabulus par le sud, évitant les tirs de l’armée turque, permettant l’unification du Rojava et coupant la voie à l’aide que la Turquie apporte à l’Etat Islamique.

Voire la carte en haute-définition.

Situation au Rojava au 6 janvier 2016

Situation au Rojava au 6 janvier 2016

Organisations liées au PYD:
YPG: Unités de Protection du Peuple. Branche armée.
YPJ: Unités de Protection des Femmes. Branche armée des femmes.
Asayîş : C’est le mot kurde pour ‘sécurité’ c’est la ‘police’ du Rojava.
Brigades Burkan el Firat : (ou Burkan al Furat) “Volcans de l’Euphrate”, brigade unifiée de combattants FSA et YPG. Remplacée par les QSD.
IFB : Brigade Internationale de Libération (ou Bataillion International de la Liberté). Ce sont les Brigades Internationales, créées à l’initiative du MLKP dans un esprit similaires aux brigades éponymes de la guerre d’Espagne. L’IFB regroupe de nombreuses organisations marxistes-léninistes, maoïstes, hoxhaïstes et anarchistes de nombreux pays (Turquie, Europe, Etats-Unis,…). Le Secours Rouge fait campagne pour envoyer des équipements médicaux à ce Bataillon, voyez la page dédiée.
BOG : Forces Unies pour la Liberté (UFF, United Freedom Forces). C’est l’une des forces intégrée dans l’IFB. Ces forces regroupent les combattants des organisations qui n’ont pas de branche armée propre, notamment les anarchistes turcs, les européens et plusieurs groupes communistes turcs.
MFS : Conseil Militaire Syriaque. Groupe Syriaque/Assyrien/Chrétien, pro-YPG.
QSD : Fondée au milieu du mois d’octobre 2015, les Forces Démocratiques Syriennes (désignées comme SDF ou QSD) sont une alliance regroupant une quarantaine de groupes armés actifs dans le Rojava et dans le nord de la Syrie. L’alliance est multi-ethnique (Kurdes, Arabes, Turkmènes, Circassiens,…) et anti-islamiste. Les plus gros groupes composants l’alliance sont les YPG/YPJ (revendiquant 50.000 combattants) et le Jaysh al-Thuwar (Armée des Révolutionnaires, revendiquant 5.000 combattants).
TEV-DEM: « Mouvement pour une société démocratique », le gouvernement du Rojava.

Forces Démocratiques Syriennes

Forces Démocratiques Syriennes

Groupes armés défendant le Rojava.

Groupes armés défendant le Rojava.

Organisations majeures de la guerre civile en Syrie:

ASL: Voir notre dossier « Que sont « l’Armée Syrienne Libre » et la rébellion syrienne ? »
ASA : Armée Syrienne Arabe. Ce sont les forces loyales au régime de Bashar al-Assad, l’armée officielle. Le PYD et le régime s’affrontent rarement, et lorsque cela se produit, c’est souvent “par accident”.
EI : Etat Islamique (également désigné par EIIL, ISIS, IS, DAESH). Malheureusement, il n’y a plus besoin de les présenter.
Front al-Nosra : Aussi connu comme al-Nusra ou Jabhat al-Nosra. Salafistes brièvement affilié à l’EI, ils sont à présent la succursale d’al-Qaïda en Syrie. Leur territoire (morcelé) se limite au nord-ouest du pays.

Ce diagramme -qui n’a pas été créé par le SR et ne reflète pas ses positions- peut donner une idée de la composition de l’Armée Syrienne Libre. Comme on peut le voir, la FSA est plus un nom générique donné à de nombreuses factions qui combattent le régime et ne reflète aucune forme d’unité.

Armée Syrienne Libre

Armée Syrienne Libre

Drapeau du PYD.

Drapeau du PYD.

3. Le Kurdistan du Sud
C’est la partie irakienne du Kurdistan, elle est politiquement singulière à plusieurs niveaux. Le Kurdistan Sud est la seule des 4 parties qui dispose d’une quasi-autonomie. Il est gouverné par le KRG (Gouvernement Régional Kurde) et pourrait probablement devenir un état indépendant dans les prochaines années selon la tournure que prendra la guerre en Irak.

Le Kurdistan du Sud a un parlement, un président, une armée officielle… Son président est Massoud Barzani, du PDK (aussi appelé KDP), le Parti Démocrate du Kurdistan. Le PDK est un parti libéral et bourgeois.
Malgré qu’il règne sur un territoire pratiquement indépendant, le PDK n’a pas l’hégémonie sur le territoire. De nombreuses troupes du PKK sont stationnées en Irak, troupes qui sont naturellement présentes près de la frontière turque, mais également dans la chaîne montagneuse du Sinjar (aussi appelé Shengal) et dans l’est (près de la frontière iranienne, dans les montagnes de Qandil). Les zones contrôlées sont souvent désignées comme “Medya Defense Zones”.

A l’heure actuelle, il n’y a pas encore eu de conflit ouvert (armé) entre le PKK et le PDK, mais le PDK voit d’un mauvais oeil la présence de la guérilla sur ‘son’ sol. Le PDK est également en très bon termes avec les gouvernements états-unien et turc, ce qui n’arrange rien à l’affaire.

Notons également que le PDK contrôle la frontière à Sêmalka, un checkpoint important par lequel les combattants des YPG/YPJ qui sont morts au combat sont exfiltrés vers le Nord-Kurdistan pour y être enterrés. Le PDK empêche à présent ces cortèges funéraires de passer, sur demande de la Turquie.

Camps du PKK en Irak bombardés par la Turquie, juillet 2015.

Camps du PKK en Irak bombardés par la Turquie, juillet 2015.

Les organisations politiques du Kurdistan irakien.
PUK : Parti de l’Union Patriotique. C’est un parti de droite. Le parti Change (Gorran) en est une scission.
PÇDK : Parti pour une Solution Démocratique du Kurdistan (aussi connu domme KDSP). C’est l’organisation soeur du PKK en Irak.
Peshmerga : Les Peshmergas sont souvent confondus dans la presse bourgeoise avec les YPG. En kurde, ‘peshmerga’ veut dire ‘celui qui affronte la mort’. C’est à la base une formule pour désigner les combattants kurdes, mais à présent c’est le nom de l’armée officielle du Kurdistan Sud, et donc le bras armé du PDK.
YPS : Unités de Protection du Sinjar. C’est une organisation armée commandée par le PKK. Elle a été créée suite à l’opération de sauvetage de 200.000 Yézidis (abandonnés par les Peshmergas) par le PKK-PYD. Les Yézidis étaient pourchassés par les troupes de l’EI et ont été massacrés et kidnappés par milliers. Le Yézidisme est une religion kurde très ancienne, régulièrement persécutée à travers l’histoire.

Drapeau du PÇDK.

Drapeau du PÇDK.

4. Le Rojhilat, le Kurdistan de l’Est : C’est la partie iranienne du Kurdistan (rojhilat veut dire ‘Est’ en kurde). Elle abrite 10% de la population kurde (13% de la population iranienne). Il faut noter qu’il existe une région iranienne qui s’appelle officiellement ‘Kurdistan’ qui est l’une des 4 régions iraniennes constituant le Rojhilat (la seconde en partant du haut sur la carte suivante).

Le Kurdistan iranien en vert.

Le Kurdistan iranien en vert.

PJAK : Parti pour une Vie Libre au Kurdistan. Organisation soeur du PKK en Iran.
KJAR : Société des Femmes Libres du Kurdistan Oriental. Mouvement des Femmes.
YRK : Unités de Défense du Rojhilat. La branche armée.
HPJ : Force de Protection des Femmes. La branche armée des femmes.
KODAR: Société Libre et Démocratique du Kurdistan de l’Est. Organisation politique faisant la promotion de l’idéologie d’Apo, le confédéralisme démocratique.
Komala: Comité des Révolutionnaires du Kurdistan Iranien. Organisation marxiste-léniniste créée en 1969 et ayant lutté contre le Shas et contre la république islamique avec une grande guérilla.
PDKI: Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (également appelé KDPI). Parti social-démocrate. N’est pas lié au PJAK.

Drapeau du PJAK.

Drapeau du PJAK.

II. Organisations transrégionales kurdes

KCK: Groupe des Communautés du Kurdistan (anciennement KKK). Souvent défini comme le ‘parapluie’ qui regroupe les 4 partis (PKK, PYD, PÇDK, PJAK), le HPG et d’autres organisations.
KONGRA GEL: Congrès des Peuples du Kurdistan (anciennement KADEK). Organe éxécutif du KCK. Parlement exilé.
KNK: Congrès National du Kurdistan. Organisation qui regroupe à peu près tous les partis kurdes existants.

Cet organigramme reprend la plupart des organisations kurdes. Voir en grand.

Organisations kurdes

Organisations kurdes

1. Histoire et actualité du mouvement naxalite

Dès les années cinquante et les premières années de l’Inde indépendante, de nombreux mouvements paysans militants se sont développés contre le caractère féodal du pays. Ceux-ci n’ont jamais pu aboutir totalement, principalement en raison du manque d’organisation et de leur caractère spontané.
Le plus important fut le mouvement du Telengana de 1946, activement soutenu par le Communist Party of India. Sa nature insurrectionnelle et l’intention formelle de renverser les seigneurs féodaux par la force armée ont entraîné une répression terrible de la part des autorités indiennes. Des milliers de personnes furent assassinées, des dizaines de milliers emprisonnées et encore davantage de personnes furent torturées par les militaires. En 1951, le Communist Party of India, divisé en interne sur la question de ce soutien, l’arrêta officiellement. Cette décision entraîna une scission et la formation du Communist Party of India (Marxist).
C’est en 1967 que s’est déclenché la révolte de Naxalbari, au Bengale occidental, portée par des militants communistes à la tête d’un mouvement solidement structuré et dont l’objectif était une guerre populaire sur le modèle chinois. C’est soutenus par ces militants qu’au début de l’année 1967, trois cultivateurs appuyés de quelques travailleurs du CPI (Marxist) équipés d’armes rudimentaires, ont saisi tout le stock de paddy du grenier d’un propriétaire foncier. Au cours des mois suivants, les occupations de terre, saisies des stocks de grains et incendies de registres fonciers se sont multipliés.
Les propriétaires fonciers n’ont pas tardé à réagir, se débarrassant de ceux qui travaillaient dans « leurs » champs. Un jour, des paysans parti travailler dans les champs ne sont pas rentrés. Le lendemain, d’autres hommes sont allés dans les champs, mais ne sont pas revenus non plus. Des hommes et des femmes se sont alors cachés à proximité pour voir ce qu’il se passait. A peine un autre lot d’hommes avait-il commencé à labourer les terres occupées qu’une brigade de police est apparue et les a emmené. Mise devant le fait accompli, la police a déclaré agir pour le compte du propriétaire foncier, provoquant une colère énorme parmi les paysans, ceux-ci se constituant en brigades clandestines, sous la direction Charu Mazumdar, considéré comme le principal théoricien de mouvement révolutionnaire indien.
Bientôt devait suivre une guerre sanglante qui ferait de Naxalbari la première pierre du mouvement maoïste en Inde et qui lui donnerait aussi un nom: le mouvement naxal. Le 23 mai 1967, l’inspecteur de police qui dirigeait une brigade de police chargée d’arrêter les dirigeants à l’origine de l’agitation, fut blessé à mort par une flèche tirée dans un affrontement avec les tribaux en colère. Deux jours plus tard, un plus gros contingent fut dépêché sur place. Les hommes et les femmes, armés de tout ce qu’ils avaient pu trouver, sont sortis pour affronter la police. Le police a tiré, tuant neuf tribaux dont six femmes et deux enfants. La guerre était déclenchée.

Tag naxalite

Tag naxalite

Elle a duré 72 jours. 72 jours durant lesquels Naxalbari fut une « zone libérée ». En juillet 1967, les forces de répression envoyées par le gouvernement du Bengale occidental et de New Delhi ont repris le contrôle de la zone, par la force des armes. La majeure partie des dirigeants communistes sont arrêtés. Un des seuls à éviter l’arrestation fut Charu Mazumdar, qui s’est dès lors engagé à développer le mouvement et à déclencher d’autres insurrections pour avancer vers la prise du pouvoir révolutionnaire. De multiples mouvements paysans furent engagés dans diverses régions de l’Inde, notamment au Srikakulam et dans plusieurs districts de l’Andhra Pradesh.
De 1971 à 1972, la contre-révolution en Inde a volé d’un succès à l’autre, ouvrant des brèches dans les rangs révolutionnaires communistes par de violentes représailles, en terrorisant la population par des lois draconiennes et des actions de gangstérisme. Cette contre-révolution violente eut de fortes répercussions sur le CPI (M-L), faction dissidente du CPI(Marxist) et architecte de la continuité de l’insurrection après la révolte de Naxalbari. Le 16 juillet 1972, Charu Mazumdar fut arrêté par la police à Kolkata. L’arrestation avait été rendue possible par la révélation, arrachée sous la torture à un de ses camarades arrêtés, de la cachette de Charu Mazumdar. Une fois arrêté, il fut une victime condamnée d’avance par la vengeance de la classe dirigeante. Il n’a survécu que douze jours à arrestation. Il était atteint d’une affection cardiaque grave. Les rigueurs de la vie clandestine s’étaient fait sentir toutes ces années. En cellule, il fut soumis à des interrogatoires incessants, à des pressions et à la torture. Il dû être hospitalisé le 27 juillet. Privé du traitement médical adéquat, il est mort le lendemain.

Charu Mazumdar

Charu Mazumdar

En 1973, on compte 32.000 prisonniers naxalites, et à la moitié des années ’70, le mouvement était presque anéanti. Néanmoins, de nombreuses factions militantes ont continué à mener la guérilla dans plusieurs états, travaillant principalement dans les zones tribales, avec pour base principale les plus démunis.
A la formation du CPI (M-L), un des groupes a décidé de pas y adhéré et à formé le Dakshin Desh. En 1975, le groupe a pris le nom de MCC (Maoist Communist Center). Jusqu’en 1982 et la mort de son leader Kanhai Chaterjee, il fut particulièrement actif au Bengale occidental, prônant la constitution de mouvements de masse afin de permettre le développement de la lutte armée. En 1982, de nombreux militants rejoignirent le CPI (M-L), ceci n’empêchant pas le MCC de poursuivre son travail.
En 1979, le CPI (M-L) avait de nombreux cadres ‘publics’ et ‘clandestins’, principalement en Andhra Pradesh. L’un d’entre eux, Kondapalli Seetharamaiah, critiqua le mouvement en déclarant en 1979 que celui-ci n’avait pas encore pris la forme de la lutte armée. Selon lui, les actions isolées menées depuis des années ne pouvaient être qualifiées de lutte armée. Le 22 avril 1980, il annonce la création du CPI-ML (People’s War), un nouveau parti qui ferait avancer la ligne de la lutte armée.
En 2004, les deux partis, qui avaient entre-temps absorbés diverses fractions du CPI (M-L) d’origine, prirent la décision de fusionner, pour former le CPI(Maoist). Ils publient alors plusieurs documents fondateurs, parmi lesquels la Constitution du CPI (Maoist), la Résolution politique du CPI (Maoist), le Programme du CPI (Maoist), la Perspective urbaine du CPI (Maoist), Stratégie et tactiques de la révolution indienne et Porter haut la bannière rouge éclatante du marxisme-léninisme-maoïsme.
Le développement de la lutte armée basée parmi la paysannerie, avec pour but avoué la révolution agraire et la stratégie de la guerre populaire prolongée a eu lieu en parallèle du processus de mondialisation en cours en Inde depuis de nombreuses années. Cette lutte, menée d’abord par le CPI-ML (People’s War), le MCC et divers autres partis marginaux, s’est étendue dans les régions adivasis et y a trouvé un terrain fertile. Les conditions objectives dans ces régions, la pauvreté extrême et la marginalisation des population, le lien gouvernement-petits entrepreneurs-grosses sociétés-parti politique qui a maintenu le cycle d’exploitation et d’oppression et l’inaccessibilité et l’inhospitalité du terrain ont permis aux partis naxalites de gagner en influence. Les Adivasis, avec leur faible intérêt dans les systèmes économiques et politiques indiens, avec leur faible dépendance à l’égard de la terre agricole en propriété privée et leurs solides notions de propriété collective et communautaire, se sont révélés être une puissante force révolutionnaire. Le CPI(Maoist) a donc trouvé une base solide parmi les populations tribales du centre de l’Inde, où il a pu établir une zone libérée et développer le système de gouvernement populaire parmi les Adivasis de la région.

Guérilleros naxalites

Guérilleros naxalites

En août 2006, le magazine The Economist a publié un reportage sur l’État du Chhattisgarh où il a visité, dans la forêt de Bastar, au sud de la capitale Raipur, un maquis tenu par le CPI (Maoist). Ce maquis combattait contre les projets du capital financier d’exploiter les richesses minérales de la forêt. Quelques heures avant la rencontre, plusieurs centaines de combattants avaient attaqué un commissariat de police à Errabore, une base paramilitaire et un camp de personnes déplacées dans cette région sous-développée à 9 heures de route de la capitale, Raipur.
Les naxalites contrôlent un vaste territoire aux villages miséreux. Ici, il y a bien une pompe à eau mais le puits est à sec. Il n’y a pas de routes, pas de canalisations, pas d’électricité ni de téléphone. Là, il y a bien un instituteur, mais pas d’école. Il fait donc la classe en plein air. On ne voit jamais aucun policier, aucun travailleur de santé, aucun fonctionnaire. Les trois quarts des 1.220 villages de Dantewada sont habités par des aborigènes adivasis, 1.161 villages n’ont aucune installation médicale, 214 n’ont pas d’école primaire. La région a bien une ligne de chemin de fer mais elle est destinée au transport du minerai de fer exploité à la mine de Bailadilla, dont les déchets colorent, à la saison des pluies, la rivière en orange, rendant l’eau imbuvable…
Les aborigènes adivasis sont, avec les dalits, opprimés parmi les opprimés. Les dalits (ou ‘intouchables’) constituent une caste de 160 millions de personnes misérables et méprisées. La caste des brahmanes (dont le colonisateur britannique s’est acquis la complicité) truste les postes dirigeants et utilise le système de caste pour justifier l’exploitation des masses populaires. Les grands propriétaires brahmanes disposent de milices, les senas, qui brisent de manière barbare toute velléité de résistance des paysans pauvres à la surexploitation (43% des paysans indiens sont sans terre). L’image de l’Inde technologique, paradis de l’informatique, masque une réalité sociale épouvantable: 47% des enfants soufrent de dénutrition, 80% de la population vit avec moins de deux dollars par jour.
Dès 2006, le premier ministre Manmohan Singh avait qualifié la rébellion naxalite de « plus grand défi pour la sécurité intérieure qu’ait jamais dû relever notre pays ». Depuis, la situation n’a cessé d’empirer. A la mi-juillet 2009, le ministre de l’intérieur, M. Chidambaram a dû admettre que la menace avait été ‘sous-estimée’. Les naxalites agissent dans 14 des 28 Etats de l’Inde (Chhattisgarh, Jharkhand, Uttar Pradesh, Asma, Uttaranchal, Kerala, Tamil Nadu, Bengala Occidental, Gujarat, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh, Orissa, Maharashtra y Bihar) et ce qui, en chiffres, signifie que dans 182 districts sur un total de 602 dans lesquels est divisé administrativement le pays, ce sont les maoïstes qui contrôlent la situation.
Cette influence est en progression non seulement dans les campagnes, mais dans les villes également, spécialement dans les zones ouvrières et industrielles de Dheli, de Mumbai, de Raipur, de Pune et de Jammu en alternant les actions de propagande avec les militaires. Le gouvernement indien lui-même considérait qu’en 2008 entre 30% et 35% du territoire de l’Inde était sous le contrôle des naxalites, pourcentage qui serait encore majoré aujourd’hui.

Carte des zones occupées par la guérilla en 2015

Carte des zones occupées par la guérilla en 2015

Les succès révolutionnaires dans les campagnes sont indiscutables: ni la police, ni les fonctionnaires de l’Etat n’osent entrer dans le Bastar, une zone étendue de l’état de Chhattisgarh d’environ 100.000 kilomètres carrés, et ses actions contre les paramilitaires de la Salwa Judum, des miliciens fascistes formés à la contre-guérilla, armés par les propriétaires fonciers et payés par l’État, provoquent démoralisation et désertions. Le périodique Indian Express relatait d’une manière crue comment après une attaque maoïste qui a causé 55 morts à une force composée de policiers et de paramilitaires en se faisant l’écho d’un rapport officiel qui rapportait les événements: « la lâcheté, la désertion, la dépendance excessive des employés de police par rapport à la Police Spéciale Locale [la Salwa Judum], l’absence d’un entraînement approprié et la consommation de substances toxiques ont été la cause de l’assassinat des 19 policiers et des 39 PEL [miliciens Salwa Judum] ». Dans les zones libérées, les naxalites interdisent l’usure, organisent des coopératives, des travaux collectifs d’irrigation, un système de médecine populaire et un système d’enseignement. Les comités de pouvoir populaire décident aussi de mesures de préservation de l’écosystème et veillent à imposer les droits de la femme (lutte contre les mariages forcés, etc.).
En février 2007, le parti organise son 9e Congrès, intitulé le « Unity Congress », dans les jungles de l’état du Bihar. De nombreuses décisions quant à la stratégie et aux tactiques du parti furent prises, tant au niveau des luttes dans les campagnes que de leur implantation dans les zones urbaines. Les naxalites sont passés de la guerre de guérillas à la guerre de mouvements. Les attaques contre des postes de police et des paramilitaires, des entreprises minières, des chemins de fer, des stations de télécommunications, des constructions électriques et, même, des attaques de prisons (en décembre 2007, ils ont attaqué la prison de Raipur, la capitale de Chhattisgarth, libérant 299 prisonniers, avec parmi eux une centaine de guérilleros) sont le fait de groupes d’environ 40 à 150 combattants qui parfois atteignent même 400.

Rassemblement de la guérilla

Rassemblement de la guérilla

En 2007, les naxalites ont réalisé 8.488 attaques contre des établissements policiers dans 91 districts de 11 états, selon un rapport présenté par le Ministre de l’Intérieur devant le parlement indien. La guérilla commence à chercher la complicité des policiers. Depuis juin 2007, chaque fois qu’une attaque est réalisée contre un établissement policier, les guérilleros laissent sur place des pamphlets où l’on peut lire « Tu luttes pour empêcher le soulèvement du peuple, parce que ta vie est en jeu, parce que le peuple celui que tu tues appartient à ta propre classe. Lève-toi contre le système ».
La situation est arrivée à un tel paroxysme que le gouvernement a décidé de mettre en marche un plan pour contenir l’avancée de la guérilla: commencer un programme de développement des zones les plus pauvres de l’Inde, modernisation de la Police, création d’infrastructures routières qui servent aussi bien aux populations qu’à faciliter les mouvements de la police et la création de six écoles de guerre, c’est-à-dire la formation d’unités antiguérillas pour pouvoir attaquer et détruire les campements naxalites dans la jungle. L’idée du gouvernement est de créer quelques bataillons spéciaux pour la lutte contre la guérilla qui comprendraient des effectifs de 14.000 soldats. Actuellement, la Force Centrale de Réserve de la Police (CRPF), unie aux paramilitaires de la Salwa Judum, sont les principaux protagonistes de la lutte contre les maoïstes. Mais ils ont fait preuve d’une rare inefficacité et c’est pourquoi il a été décidé la création des bataillons antiguérilla.

Véhicule de contre-guérilla

Véhicule de contre-guérilla

Opération de contre-guérilla

Opération de contre-guérilla

Miliciens

Jusqu’à maintenant, la guérilla ne s’occupait pas des villes pour se concentrer sur les campagnes, en suivant la stratégie d’encerclement des villes à partir des campagnes. La stratégie est de pénétrer dans les aires rurales, de se consolider dans celles-ci et d’établir des coordinations efficaces entre différentes cellules dans d’autres États.
Les maoïstes ne frappent pas les fonctionnaires locaux si le peuple considère qu’ils sont honnêtes, ni corrompus, ni répressifs. Ils taxent les entreprises qui sont installées sur leurs zones d’influence d’un impôt révolutionnaire, qui oscille entre 15 et 20% de leurs bénéfices, avec lequel ils financent leurs activités. Mais les naxalites sont implacables dans leur lutte contre les Zones Économiques Spéciales (ZES). En Inde, le gouvernement a prévu d’approuver 339 ZES où doivent travailler 800.000 personnes. Ce sont des aires où les entreprises ne payent aucun impôt, où elles jouissent d’avantages économique pour favoriser la productivité et où peuvent être aboli la législation normale du pays en matière du droit du travail, du respect de l’environnement. L’’objectif est d’attirer les investisseurs locaux et étrangers. Ces ZES sont en train de provoquer le déplacement de leurs foyers de dizaines de milliers de ruraux, qui par conséquent sont en train de perdre leurs moyens d’existence. L’énorme majorité des déplacés sont des métayers sans terre, des artisans et petits commerçants, issues des communautés défavorisées de dalits et adivasis et de minorités religieuses.
Le travail avec les dalits, les intouchables dans le système des castes et les parias en Inde, est au centre du travail politique de la guérilla naxalite, selon les décisions de son 9e Congrès. Ce Congrès a décidé, de surcroît, comme axe central du travail politique et militaire, l’extension de la guerre populaire à tout le pays, « l’appui aux luttes nationales contre l’expansionnisme indien » au Jammu et Cachemire, l’expansion du mouvement vers les villes pour avoir une présence dans les masses urbaines, appauvries, et la classe moyenne dans le but « d’obtenir un mouvement massif contre les politiques néolibérales » et, par conséquent, la lutte contre les Zones Économiques Spéciales qui ont été créées ces dernières années en Inde et qui ont provoqué en conséquence, « la dislocation des petites industries et des commerçants, qui ont été poussés à la banqueroute par l’offensive massive des compagnies impérialistes transnationales et des importateurs-bureaucrates-bourgeois » et qui sont qualifiées de « enclaves néocoloniales ».
Des cellules naxalites sont actives dans les zones ouvrières et industrielles de Delhi, Mumbai, Raipur, Pune et Jammu. Bien que pour le moment l’activité principale soit la propagande, dans quelques zones où le mouvement naxalite est spécialement fort, des actions militaires sont déjà menées. C’est le cas de Nayararh, l’une de villes les plus importantes de l’état d’Orissa, où un commando naxalite a réalisé l’une de ses actions les plus audacieuses jusqu’à présent: le 16 février 2009 s’est produit l’assaut d’une caserne de police et la réquisition de 1.069 armes qui s’y trouvaient.
La présence naxalite dans les cités et les centres industriels a apporté un saut qualitatif à la guerre populaire prolongée. Depuis la seconde moitié de 2007, les naxalites ont privilégiés leurs actions contre les ZES dans une frange qui comprend les villes de Bhilai-Ranchi-Dhanbad-Calcutta d’un côté, et de Mumbai-Pune-Surat-Ahmadabad de l’autre, dans le même temps où ils imposaient d’une manière inégale des blocus dans les zones où ils ont une force plus grande comme c’est le cas dans les états de Jharkhand, d’Orissa, de Chhattisgarh et du Bengale occidental et dans ceux où ils en ont moins comme en Haryana et dans le Punjab. Dans le Bengale occidental, un État gouverné par la gauche réformiste, la ZES prévue a du être suspendue après une révolte populaire, forte de l’appui maoïste, qui a été noyée dans le sang. Cela a provoqué un discrédit de la gauche traditionnelle, et favorisé l’insurrection naxalite qui a vu les paysans pauvres la rejoindre en masse.
Le CPI(Maoist) a mené plusieurs grandes attaques victorieuses contre les forces de sécurité. Le 6 avril 2010, des guérilleros ont tendu une embuscade à un convoi de la contre-guérilla, tuant 75 policiers militarisés (CRPF). Le 25 mai 2013, dans l’attaque contre un convoi du parti du Congrès dans le Bastar, 27 personnes ont été tuées dont Mahendra Karma, l’homme à l’origine de la création de la Salwa Judum. Le parti organise également des opérations visant à saisir des armes ou la destruction de matériel destiné à la construction d’équipements visant à faciliter la contre-insurrection. Le 14 mars, 200 guérilleros attaquent un convoi de la contre-guérilla : 11 policiers militarisés (CRPF) et quatre Salwa Judum sont tués dans l’état du Chattisgarh. Le 1er décembre 2014, toujours dans le Chattisgarh , 13 paramilitaires de la CRPF sont tués et 12 autres blessés dans un embuscade.
Les autorités ont effectué plusieurs opérations répressives tant dans le cadre de l’Opération Green Hunt qu’en marge de luttes populaires soutenues par le CPI (Maoist). Citons par exemple le meurtre de Kishenji, membre du Politburo et à la lutte du mouvement populaire de Jangal Mahal, au Bengale occidental. Selon les autorités, il aurait été abattu lors d’une fusillade entre des guérilleros et les forces de sécurité le 24 novembre 2011. Mais les rapports d’autopsie ainsi que différents témoignages révèlent qu’il aurait été capturé 24h avant sa mort et que son corps portait des traces de torture. Le 1er juillet 2010, les autorités ont annoncé avoir assassiné Azad, porte-parole du CPI (Maoist) et membre du Politburo, dépêché par le parti pour mener des pourparlers avec le gouvernement. Il a été abattu alors qu’il circulait en compagnie d’un journaliste afin de transmettre une note des autorités à la direction du parti en vue de poursuivre les négociations. Selon les chiffres officiels, 2.193 militants maoïstes auraient été abattus par les forces de sécurité entre 2005 et 2015, et la guérilla aurait abattu 1.753 membres des forces de sécurité au cours de la même période.
Les révolutionnaires indiens ont réussi, dans les zones rurales qu’ils contrôlent à améliorer le niveau de vie de la population, et où ils sont en situation d’offrir une alternative à la gauche traditionnelle et réformiste. Spécialement après le massacre de paysans ordonné par le gouvernement du Bengale occidental (gouverné par le Front de gauche réformiste) en mars 2007, quand ils s’opposaient à la ZES prévue dans Nandigram. .
Les maoïstes font dépendre le progrès de leur guerre populaire de la création d’une plate-forme culturelle et politiquement différente de celle qui a existé jusqu’à présent en Inde – et spécialement en ce qui concerne la séparation des castes, l’oppression féodale de la famille et des coutumes – et, surtout, loin des allées du pouvoir qu’affectionne la gauche traditionnelle. Ce qui amène certains secteurs des intellectuels indiens à afficher une certaine sympathie envers eux, comme Arundhati Roy, qui se refuse à qualifier leur lutte d’immorale ou terroriste, ou comme le célèbre musicien Ravi Shankar, qui a déclaré publiquement que les maoïstes sont « admirables ».

2. Les Adivasis ou peuples aborigènes de l’Inde

Les Adivasis, ou aborigènes de l’Inde forment une minorité substantielle de la population du pays. Ils sont particulièrement nombreux dans l’Orissa, le Bihar, le Jharkhand et dans les états du Nord-Est tels que le Mizoram. Ils sont officiellement reconnus, en vertu de la Constitution, comme Scheduled Tribes (‘tribus répertoriées’). Ils ne constituent en aucun cas un groupe homogène – plus de 200 tribus parlant plus de 100 langues différentes, qui varient énormément de par leur ethnicité, leur culture et leurs langues. Ils constituent environ 8% de la population de l’Inde, ce qui représente environ 68 millions de personnes selon le dernier recensement de 1991. Ils se répartissent géographiquement entre différentes régions du pays, mais ce sont les états du centre qui abritent les plus grandes tribus et quelques 75% de la totalité des aborigènes y vivent.
Une autre concentration d’aborigènes vit sur le plateau de l’Inde centrale; dans cette zone bordée par la Narmada au nord et la Godavari au sud-est, les peuples tribaux occupent les pentes montagneuses de la région. Le groupe le plus large, les Santâls, habitent le Jharkhand, au Bengale occidental. Les États indiens du centre abritent les plus grandes tribus du pays et quelque 75% de la totalité des aborigènes vivent là, et forment à peu près 10% de la population de la région. On rencontre de plus petits nombres d’aborigènes au Karnataka, au Tamil Nadu et au Kerala, dans les contreforts de l’Himalaya ainsi que plus au nord, au Goujerat et au Rajasthan, et bien évidemment dans les territoires des Laquedives et des îles Andaman et Nicobar.

Carte des populations aborigènes

Carte des populations aborigènes

Les tribus aborigènes tendent à former des unités économiques autosuffisantes. Elles pratiquent souvent la culture sur brûlis plutôt que l’agriculture intensive typique de la majeure partie de l’Inde rurale. Pour la plupart des aborigènes, les droits d’utilisation du sol dérivent simplement et traditionnellement de leur appartenance tribale. La société tribale tend à être égalitaire, la position de chef est légitimée plutôt par des considérations de valeurs personnelles que par l’hérédité. Les religions tribales n’identifient aucune autorité en dehors de la tribu. La plupart des tribus aborigènes sont concentrées dans des secteurs très forestiers qui combinent inaccessibilité et intérêt politique ou économique limité. De tous temps, l’économie de la plupart des tribus était caractérisée par une agriculture de subsistance, la chasse et la cueillette. Traditionnellement, les aborigènes cantonnaient leur contact avec l’extérieur à quelques produits de première nécessité qui leur manquaient comme le sel et le fer, et dépendaient d’artisans locaux pour la fourniture d’articles comme les ustensiles de cuisine.

Villageoises adivasis

Villageoises adivasis

Village adivasi

Village adivasi

Vers 1900, beaucoup de régions autrefois isolées sont ouvertes à l’implantation de cultivateurs par le gouvernement colonial, les migrants (des Indiens non aborigènes) recevant un titre de propriété en échange pour la mise en culture. Pour les aborigènes comme pour les Indiens de manière générale, cependant, la terre était, la plupart du temps, considérée comme une ressource commune, libre d’utilisation pour celui qui avait besoin d’elle pour sa subsistance contre le paiement d’une taxe au souverain (‘mode de production asiatique’). L’introduction par les Britanniques de la notion de propriété de la terre va provoquer la spoliation en masse des aborigènes et faire émerger une classe de riches propriétaires terriens (landlords) et d’une autre d’usuriers qui vont être la source d’un appauvrissement effroyable des campagnes indiennes.
L’amélioration des communications, la construction de routes et une intervention plus fréquente des gouvernements ont entraîné un contact accru des aborigènes qui étaient encore protégés par leur isolement dans les années 1950, très isolés. Au cours des années 1960 et 1970, l’installation de commerçants non aborigènes était très courante dans les villages tribaux. Celui-ci vendant souvent ses marchandises à crédit, avec un taux d’intérêt élevé, beaucoup d’aborigènes se sont fortement endettés ou ont hypothéqué leur terre. Ces négociants encouragent également les aborigènes à abandonner les cultures vivrières pour des cultures industrielles comme le coton ou le ricin, ce qui augmente leur dépendance à l’égard du marché pour les fournitures de base. L’endettement est si étendu que, bien que de telles transactions soient illégales, les commerçants vendent parfois leurs débiteurs à d’autres négociants, les abaissant ainsi quasiment au statut d’esclaves.

Manifestation adivasis

Manifestation adivasis

Adivasis armés d'arcs

Adivasis armés d’arcs

Au cours des années 1970, la pression sur les terres tribales a connu une augmentation, particulièrement en Inde centrale. Les migrations sur les terres tribales ont augmenté considérablement au fur et à mesure des spoliations de celles-ci au moyen de nombreuses méthodes telles que le remboursement de dettes ou la corruption des fonctionnaires cadastraux. Nombre d’aborigènes sont ainsi devenus des ouvriers agricoles sans terre au cours des années 1960 et 1970 et des régions qui étaient, quelques années plus tôt, le domaine exclusif des tribus possèdent maintenant une population de plus en plus mélangée.
Les politiques gouvernementales sur les réserves forestières ont profondément affecté la vie des aborigènes, les poussant parfois à une résistance armée. L’exploitation intensive des forêts, rendue possible par la corruption de fonctionnaires locaux, a souvent autorisé des étrangers à faire des coupes importantes, alors que les prélèvements des aborigènes étaient fortement réglementés, et a entraîné le remplacement de forêts à la flore riche qui permettaient la perpétuation de la vie tribale en plantations de monoculture. Les peuples aborigènes sont les premières victimes de la pollution des eaux par les sociétés minières, par l’industrie.
Chaque progrès de l’Inde capitaliste a représenté un drame pour les communautés aborigènes. Dans les années 60, un gisement d’uranium est découvert à Jadugoda, un village d’indigènes situé dans l’état du Bihar. En 1967, l’UCIL, l’Uranium Corporation of India Limited y ouvre une mine. Au début, l’exploitation se composait d’un puits et d’un étang. Au fil des années, la société s’agrandit. Aujourd’hui, elle compte trois mines et trois étangs sur un périmètre d’environ dix kilomètres. Depuis trois générations, les aborigènes qui vivent à l’ombre de la compagnie ont eu 35% de leurs nouveaux-nés marqués par des malformations. Le taux de radioactivité de l’air, du sol et des eaux atteint 50 fois la limite de sécurité préconisée par les normes internationales. Les villages de Chatikocha et de Dungriddih, les plus proches des étangs de retenue des rejets miniers, 50% des habitants sont atteints d’une infection ou d’une infirmité. Aucune des 130 familles qui peuplent ces deux villages n’est épargnée. On estime que les couples sont tous stériles car pas un enfant n’y est né depuis près de quatre ans.

Enfant victime de malformation

Enfant victime de malformation

Enfant victime de malformation

Enfant victime de malformation

Fût d'uranium

Fût d’uranium

Les Adivasis ont payé un prix disproportionné pour les grands projets de développement pour la modernisation de l’Inde, des projets qui ont fourni des minéraux, de l’eau et de l’électricité pour l’évolution d’une société urbaine et industrielle dans le pays. La libéralisation et la mondialisation au début des années 1990 ont ajouté une nouvelle dimension au problème en ouvrant les vastes ressources minérales dans les régions adivasis, jusqu’alors uniquement accessible principalement aux compagnies du secteur public, pour l’exploitation rapace des diverses multinationales indiennes et étrangères. Pour ces sociétés, de plus en plus soutenue par le capital mondialisé et financialisé, il s’agissait de la dernière frontière en Inde. Et alors que leurs ravages augmentaient dans les régions adivasis, la résistance des masses adivasis augmentait aussi. Partout dans le monde, quand ils sont poussés au mur par le capitalisme, les peuples se défendent et résistent. Les Adivasis, avec leur longue histoire de résistance et de rébellion, n’y ont pas manqué.

3. Le mouvement de Lalgarh

Dans la région du Jangalmahal, au Bengale occidental, les populations tribales sont également touchées par ces bouillonnements, bien qu’ils prennent une trajectoire différente en raison des différences dans la géographie et l’économie sociale de la région.
Le Jangalmahal n’est pas la cible directe des sociétés en recherche de richesses minérales, mais cela ne diminue en rien la misère des populations. Là, les habitants sont victimes du lien entre les fonctionnaires forestiers, des marchants de feuilles de tendu et de bois de construction, des entrepreneurs et des politiciens corrompus maintenant les gens dans le bourbier de la pauvreté, de l’exploitation et de l’indignité. Les habitants possèdent peu de terre, en l’absence d’équipements d’irrigation, les rendements de l’agriculture sont maigres. Ceci a conduit à une migration de masse de la force de travail pour le travail agricole dans d’autres régions de l’état, ou même dans d’autres états, particulièrement durant la saison des récoltes. Les revenus de ceci ne sont pas suffisants pour faire vivre les familles durant toute l’année, et au cours de la période maigre, la famine et même les morts de faim prennent une ampleur sans précédent. Les habitants sont donc totalement dépendant de revenus supplémentaires issus des produits forestiers, mais là aussi, ils sont grandement exploités par les gardes forestiers et la mafia. Les prix des produits forestiers tels que les feuilles de tendus, par exemples, sont atrocement bas. L’accès même aux produits forestiers est livré aux caprices des gardes forestiers, et les cas d’histoires d’hommes battus ou de femmes harcelées alors qu’ils tentent de ramasser du bois de chauffage sont quotidiennes dans la région. L’absence de mesures de développement telles que des écoles, des centres de santé, des routes, l’électricité et des équipements d’irrigation est une norme. Les gouvernements locaux, quels que soit le parti au pouvoir, ont toujours été corrompus et une large section des dirigeants politiques se sont allègrement servi dans les budgets de développement alloués par le gouvernement central pour leur enrichissement personnel.
C’est dans ce contexte que sont apparus les maoïstes à la fin des années 1990. Ils ont mobilisé les habitants sur des questions de développement, exigeant de l’eau, de l’électricité et des équipements sanitaires, mais également des prix rémunérateurs pour les produits forestiers et la fin du harcèlement aux mains des gardes forestiers et de la police. Les modes de lutte étaient publics et constitutionnels, avec l’envoi de délégations aux fonctionnaires locaux et des manifestations autour des bâtiments officiels. Mais le gouvernement, au lieu de tenir compte de ces revendications, a répliqué avec une brutale répression. La police du Bengale occidental a organisé des raids en force dans les villages du Jangalmahal, déclenchant un règne de terreur sous la forme de passages à tabac, torture, brutalités à l’encontre des femmes et des milliers de poursuites sur des motifs montés de toutes pièces. Les maoïstes ont résisté à cette terreur d’état, et ont organisé la population pour qu’elle puisse résister. Les habitants ont également obtenu des victoires significatives comme les maoïstes ont pu faire imposer une augmentation substantielle du prix des petits produits forestiers tels que la feuille de tendu. Il y a même eu des fonctionnaires locaux pour reconnaître, en privé, qu’il s’agissait d’une des contributions majeures pour l’amélioration du sort des Adivasis dans toute la région forestières du centre-Est de l’Inde. Les maoïstes en ont tiré un soutien populaire de plus en plus grand et ont développé une base solide dans la région.

Manifestation de paysan au Lalgarh

Manifestation de paysan au Lalgarh

Ce schéma de terreur d’état a continué tout au long des années 2000. La police a commencé à occuper les écoles de manière permanente, et les habitants faisaient quotidiennement face aux indignités des passages à tabac, harcèlement et autres raids policiers. Les affaires montées de toutes pièces à leur encontre sont devenues un fléau dans les vies des gens, salariés à la journée qui ne pouvaient pas se permettre de gaspiller des journées de travail pour se présenter au tribunal ou aller porter plainte au commissariat.
En novembre 2008, une mine visant le convoi de Buddhabed Bhattacharjee, qui revenait de l’inauguration d’une aciérie de la société Jindal et de la mise en place d’une ZES à Salboni, a explosé, blessant six policiers de son escorte. Suite à cette attaque que la police a mené des raids de représailles autour du village de Lalgarh, dans le Jangalmahal. Les atrocités policières, les raids indiscriminés et les tabassages brutaux se sont multipliés, principalement à l’égard des femmes. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.
Les habitants se sont soulevés en masse, allant beaucoup plus loin que leurs prédécesseurs dans d’autres régions du pays. En effet, ils défiaient la fondation même de l’état en contestant le droit de l’état à administrer un peuple duquel il n’était pas prêt à reconnaître l’humanité. La violence de masse a éclaté en juin 2009, à Dharampur, suite à une attaque du CPI (Marxist), alors au pouvoir au Bengale occidental, contre un rassemblement dirigé par des femmes. La population s’est soulevée et a détruit le palais d’Anuj Pandey, le chef local du CPI (Marxist), tuant ses hommes de main armés qui terrorisaient la région. Dans ce soulèvement de masse, les maoïstes, qui avaient été l’épine dorsale organisationnelle du mouvement en raison de leur présence de longue date et leur travail organisationnel dans la région, se sont manifestés. C’est alors que fut déclenchée l’Opération Lalgarh, à l’initiative du gouvernement Left Front du Bengale occidental, de connivence avec le gouvernement UPA dirigé par le Congrès à Delhi. Ils ont envoyé de manière conjointe des forces de sécurité centrales et locales dans la région pour « réoccuper » le Jangalmahal. Ces soldats furent rejoints par des miliciens armés du CPI (Marxist). Comme par hasard, Jangalmahal s’est retrouvé dans le cadre de l’Opération Green Hunt (cf notre chapitre suivant) qui avait cours depuis un certain temps dans les régions forestières voisines du centre de l’Inde. La réoccupation de la zone indispensable pour les autorités s’explique ainsi: la région du Jangalmahal est voisine des régions forestières du Jharkhand. Or, avec le Chhattisgarh, le Maharashtra et l’Orissa, le Jharkhand est depuis 2008 visé par l’Opération Green Hunt et constitue une partie capitale de la zone sous influence maoïste. Comment l’état pourrait-il permettre qu’une région si cruciale soit déstabilisée par une zone ‘libérée’ de facto? Il était donc inévitable d’écraser le mouvement de Lalgarh.

Intervention policière au Lalgarh

Intervention policière au Lalgarh

Jusqu’en 2011, les opérations des forces de sécurité se sont poursuivies, faisant toujours plus de victimes parmi les Adivasis et les sympathisants au mouvement. Après les élections locales de 2011 et la perte du pouvoir du CPI (Marxist) après 34 ans de pouvoir dans l’état, les habitants ont eu une lueur d’espoir. Mamata Banerjee, durant sa campagne, avait promis l’arrêt des opérations ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques. La promesse a tenu quinze jours, entre le 15 mai et le 1 juin 2011. Puis, les atrocités ont continué, les rapports de passages à tabac, de villages assiégés, de maisons mises à sac et d’arrestations indiscriminées sont revenus en force. De plus, un renforcement des restrictions contre les activités démocratiques telles que les meetings et les rassemblements populaires. Durant cette période, des étudiants appartenant à diverses organisations estudiantines adivasis furent arrêtés et battus en cellule, les maisons de plusieurs prisonniers politiques furent pillées, etc. Durant les six mois qui ont suivi les élections, plus de 300 personnes furent arrêtées, et le gouvernement a constitué une milice d’autodéfense, la Jan Jagran Manch. Elle a lâché un règne d’intimidation, forçant les gens à y adhérer et à faire office d’informateur. Ces personnes sont donc devenues les yeux et les oreilles des forces de l’état.

Arrestation au Lalgarh

Arrestation au Lalgarh

En juillet 2011, Mamata Banerjee lance un appel à la guérilla maoïste, demandant son retour dans le courant dominant et le dépôt des armes. Les dirigeants du parti réagissent en proposant des pourparlers de paix avec le gouvernement, mettant quelques exigences en avant. Afin que ces pourparlers puissent avoir lieu, les maoïstes exigent le retrait des troupes du Jangalmahal ainsi que la libération de plusieurs de leurs dirigeants haut placés détenus dans diverses prisons du Bengale occidental (A noter que leur libération faisait partie du programme électoral de Mamata Banerjee). Durant plusieurs mois, les deux camps établissent des contacts. Les autorités rencontrent des prisonniers maoïstes, elles prennent également contact avec diverses organisations de soutien à la lutte populaire au Jangalmahal. Mais le 24 novembre, Kishenji, un des dirigeants maoïste à la tête de la lutte de Lalgarh, est abattu dans une zone forestière reculée du Bengale occidental. Les autorités affirment qu’il a été tué au cours d’une intense fusillade, ce qui est rapidement mis en cause par le CPI (Maoist) et ses sympathisants. Cet assassinat intervient alors que durant le mois d’octobre, Kishenji était entré en contact avec les dirigeants politiques du Jungalmahal et qu’il oeuvrait à la mise en place d’une trêve avec le gouvernement. En réaction, le CPI (Maoist) a déclaré bloquer tout processus de négociation et a exigé que soit menée une enquête indépendante sur la mort de son dirigeant. Du côté des négociateurs du gouvernement, le timing de ces assassinat fut longuement dénoncé également.
La mort de Kishenji, ainsi que l’arrestation de la plupart des dirigeants régionaux du CPI (Maoist) ont entrainé un sérieux revers pour le parti dans la région. De leur côté, les autorités se targuent d’une paix revenue. Les Adivasis, quant à eux, ont gardé les acquis de la lutte populaire menée de front par la population et les maoïste, mais dans le fond, rien n’a changé, le harcèlement, la corruption, les manque d’infrastructure et d’intérêts des autorités pour un développement durable de la région sont toujours de mise. Depuis 2013, le CPI (Maoist) tente de se regrouper dans le Jangalmahal, plusieurs escouades y ont mené diverses actions ces deux dernières années.

4. L’Opération Green Hunt

A la mi-octobre 2014, les médias indiens relataient un nouveau « combat » et une « fusillade féroce » dans les zones forestières du district de Bijarpur, dans le Chhattisgarh. Trois « femmes maoïstes » auraient été abattues durant l’échange de coups de feu avec les forces de sécurité composées de centaines de policiers militarisés de la CRPF et de la police locale, quant à eux tous indemnes.
Il est toujours délicat de discerner le vrai du faux dans ce genre de reportage, mais ce nouvel ‘incident’ rappelle les horreurs des « combats » factices de villageois adivasis de Sarkeguda en 2012 et de Ekakmetta en 2013 dans le même district de Bijapur. Ces massacres aussi avaient été présentés par les forces de sécurité comme des « fusillades intenses avec les Naxalites ». Et les médias avaient alors répété ces informations. Malgré les tentatives désespérées de la police, de la CRPF et du ministère de l’Intérieur pour colmater les fuites, il fut vite évident que durant cette soirée du 28 juin 2012, plus de 600 membres de la CRPF, de la force spéciale anti-guérilla CoBRA et de la police locale avaient encerclé le hameau de Sarkeguda et avaient ouvert le feu de manière indiscriminée sur des centaines d’Adivasis des villages voisins qui s’étaient réunis pour discuter des préparatifs leur festival annuel des semences. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, P. Chidambaram avaient alors prétendu que ses hommes avaient pourchassé des « maoïstes déterminés », mais du propre aveux du ministre des Affaires Tribales, parmi la vingtaine de personnes abattues figuraient au moins dix adolescents; un enfant grièvement blessé n’avait pas quatre ans; ils n’avaient pas d’armes; et aucun n’avait de casier criminel.
Un massacre semblable a eu lieu un an plus tard dans le village de Edakmetta, dans le même district de Bijapur. Le 20 mai 2013, au milieu de la nuit, les forces de sécurité ont encerclé des villageois rassemblés pour célébrer le festival des semences et une volée de balles furent tirées à leur encontre, tuant huit villageois dont trois enfants, tous non armés.
Telle est l’histoire des brutalités et « combats » factices au cours des cinq dernières années de guerre contre le peuple menée par le gouvernement au nom de l’Opération Green Hunt. Le terme « Opération Green Hunt » fut créé par les médias indiens pour décrire l’offensive totale déclenchée contre les maoïstes en 2009 dans le Chhattisgarh. Celui-ci fut rapidement repris pour qualifier toutes les opérations menées à travers le pays contre l’insurrection maoïste.

Corps d'une maoïste abattue

Les cinq états essentiellement visés par Green Hunt sont principalement habités par des tribaux et particulièrement riches en ressources naturelles. Ces dernières années, le gouvernement indien a signé des centaines de protocoles d’accord avec de grosses sociétés indiennes telles que Tata, Birlas, Ambani, Mittal mais aussi des multinationale afin de permettre le pillage de ces ressources. Et les tribaux, habitants ancestraux des terres sous lesquelles se trouvent ces ressources, sont déterminés à défendre leur moyen d’existence, leur vie et leur dignité contre le modèle de destruction et de déplacement mis en place par le gouvernement au nom du progrès et du développement.
Dès lors, les autorités qui se sont engagées vis à vis de ces grands groupes capitalistes, sont déterminées à réprimer tout mouvement de résistance visant à empêcher la construction d’usine, l’érection de grands barrages ou l’extraction industrielle dans les collines. Et la résistance des tribaux est organisée et armée par les maoïstes Cette guerre contre le peuple a donc également été déclarée pour faciliter la vente de ressources naturelles pour des milliards de dollars.
Et les autorités se sont donné les moyens. En 2009, au moment du lancement de l’Opération Green Hunt, le gouvernement a décidé de déployer 80.000 membres des forces paramilitaires dans l’offensive contre les maoïstes. Ceux-ci étaient soutenus par 10 hélicoptères armés de l’Indian Air Force. A la mi-2012, selon certaines sources, plus de 100.000 soldats issus de la CRPF, de la Border Security Force, de l’Indo-Tibetan Border Police et des forces CoBRA étaient mobilisés dans les opérations anti-maoïstes. Le 3 janvier 2013, le gouvernement autorisait le déploiement de 10.000 hommes supplémentaires dans le Bastar, l’Odisha et certaines régions du Jharkhand. En mai 2013, près de 84.000 hommes de la CRPF avaient été positionnés dans les états touchés par la guérilla maoïste pour renforcer l’offensive. En mars 2014, le chiffre de 286.200 hommes de la CRPF et de 100.000 hommes d’autres forces paramilitaires engagés dans 10 états du pays était avancé par diverses organisations. Le 8 juin 2014, le ministre de l’Intérieur approuvait le déploiement de 10.000 paramilitaires supplémentaire rien que pour l’état du Chhattisgarh. En août 2014, 2000 hommes des Nagaland’s Indian Reserve Battalions étaient dépêchés dans le Bastar, faisant de la région la zone la plus militarisée de l’Inde. Les autorités ont déployé des drones pour les opérations anti-maoïstes dans le Bihar, le Chhattisgarh et le Jharkhand. Insatisfaites par la qualité des résultats, la Defence Research and Development Organisation a pris l’initiative de développer des drones disposant de radars de plus basse fréquence pour faciliter la traquer des guérilleros dans les jungles. L’Inde a également récemment importé douze drones en provenance d’Israël pour la surveillance aérienne des activités maoïstes dans les régions forestières et peu accessibles à la frontière entre l’Andhra Pradesh, l’Orissa et le Chhattisgarh.

Opération Green Hunt

Opération Green Hunt

Cinq années après le début de cette vaste offensive, les bénéficiaires restent les même. Et le gouvernement continue à soutenir ses forces de sécurité bec et ongles, malgré toutes les enquêtes et contre-enquêtes en marge de chaque « combat » meurtrier. Après le ‘combat’ factice de Sarkeguda, le ministre de l’Intérieur Chidambaram a déclaré « Le combat, pour je ne sais quelles raisons, est qualifié de combat factice. Le directeur de la CRPF a dit qu’il n’avait rien à cacher, rien à craindre. Je suis le ministre de l’Intérieur, et la CRPF est sous mes ordres. Nous avons été parfaitement sincères, francs et honnête ». Quelques mois plus tard, Rajnath Singh est allé un pas plus loin disant que durant son mandat en tant que ministre en chef de l’Uttar Pradesh, il donnait carte blanche aux policiers pour gérer les maoïstes et il leur a assuré qu’ils ne seraient pas « embêtés » par la Commission pour les Droits de l’Homme. Avec ces déclarations, il prépare ouvertement le terrain pour d’autres « combats » factices, pour d’autres massacres, pillages, viols, tortures par les forces de sécurité qui disposent du soutien total du gouvernement.

4. Quelques prisonniers célèbres

Chhatradhar Mahato, président et membre fondateur du People’s Committee Against Police Atrocities, a été arrêté le 26 septembre 2009 dans une opération menée par la police du Bengale occidental dans le village de Birkar, à proximité de Lalgarh. Cette arrestation s’est déroulée en violation des lois indiennes, l’homme ayant été interpellé par des policiers déguisés en journalistes et dépourvus de mandat d’arrêt. Chhatradhar Mahato, militant pour la défense des Adivasis, a créé le PCAPA en novembre 2008 suite à l’attaque de Salboni. A la tête de ce mouvement populaire, Mahato, qui n’est pas lui-même issu d’une population tribale, entendait lutter contre les violence de la police et des paramilitaires à l’encontre de la population principalement aborigène de la région. Dès sa création, l’organisation fut cataloguée par les autorités comme étant une organisation de front de la guérilla maoïste, entraînant une répression de ses membres et de toutes ses actions. L’arrestation de son dirigeant est utilisée par les autorités pour terroriser tous ceux qui tentent de soutenir le mouvement des peuples minoritaires dans le Lalgarh, en alléguant qu’il sympathisent avec la guérilla maoïste. Depuis 2009, Mahato a été inculpé dans 38 affaires distinctes, toutes en vertu du Unlawful Activities Prevention Act. Cette législation anti-terroriste laisse les mains totalement au gouvernement pour arrêter arbitrairement et de placer en détention des personnes sans que ne soient clairement définies les infractions qui leur sont attribuées. Depuis, il s’est vu accordé une mise en libération sous caution pour 37 d’entre elles, mais reste incarcéré pour la dernière, qui a été entamée peu après qu’il ait été acquitté dans la 37e. Celle-ci concerne le meurtre de deux policiers à Purulia. La stratégie mise en place par le gouvernement pour maintenir les prisonniers politiques en détention est assez claire, et de toute évidence illégale, non-démocratique et vindicative. Dès qu’un prisonnier se voit libéré (même sous caution) dans le cadre d’une affaire, il se voit impliqué dans une autre par les autorités. De cette manière, le gouvernement maintient continuellement ces militants en prison, généralement sous de fausses allégations. Dans le cadre de l’affaire du meurtre de Purulia, à la mi-février 2015, la défense de Mahato a annoncé qu’il devrait cette fois encore être acquitté. Finalement, le juge s’est prononcé en mai 2015, et Mahalo, ainsi que cinq autres personnes, a été condamné à la prison à perpétuité. Ses avocats ont immédiatement fait appel.

Kobad Ghandy

Kobad Ghandy

Kobad Ghandy est issu d’une famille aisée, son père étant le directeur financier du géant pharmaceutique Glaxo. Après avoir étudié dans les plus grands collèges de Mumbia, il est allé suivre des cours de comptabilité à Londres. C’est là qu’il se confronte pour la première fois à la politique, purgeant même une peine de deux mois de prison après s’être retrouvé dans une vague de violence en marge d’un meeting anti-racisme. De retour à Mumbai, il s’engage dans divers mouvements estudiantins populaires avant de se rapprocher des naxalites. A la fin des années 1970, il fonde le Committee for the Protection of Democratic Rights avant d’entrer dans la clandestinité au milieu des années 1980. Membre du Comité Central du CPI(Maoist) et de son Politburo, Kobad Ghandy est notamment en charge de certaines publications du parti. Il fut arrêté à Delhi le 20 septembre 2009 alors qu’il était en ville pour suivre un traitement médical. Les autorités l’accusent, entre autre, d’avoir été dépêché par le parti dans la capitale afin de mener des activités de propagande et de recrutement dans le milieu urbain. Après 14 jours de détention provisoire, durant lesquels il a été interrogé et torturé, Ghandy a été transféré à la Tihar Jail de Delhi, où il se trouve toujours détenu en 2015. Souffrant d’un cancer, ainsi que de diverses affections, il est régulièrement transféré d’un quartier à l’autre, passant du quartier à haut risque à celui réservé aux personnes âgées au gré de la volonté des autorités pénitentiaires. Depuis sa cellule, Ghandy continue sa lutte, produisant régulièrement des écrits publiés par de multiples journaux et participant à toutes les actions et autres grèves de la faim organisées par les prisonniers maoïstes. Poursuivi en vertu du Unlawful Activities Prevention Act, les autorités l’accusent d’avoir propagé et disséminé l’idéologie maoïste à Delhi et d’avoir oeuvré à la création d’un réseau urbain du parti. Son procès a début en septembre 2012 et est toujours en cours à la mi-2015, alors que la santé du prisonnier se dégrade et qu’il ne reçoit toujours que des soins sporadiques.

Binayak Sen

Binayak Sen

Binayak Sen est un cas emblématique de l’histoire militante indienne. Il s’agit d’un cas célèbre, défendu par toutes les grandes organisations humanistes bourgeoises telles qu’Amnesty, parce que visiblement sans aucun lien avec l’insurrection maoïste. Médecin, Sen s’employait à rendre accessibles les soins médicaux aux populations reculées des jungles dans le centre du pays. Vice-président du People’s Union for Civil Liberties, il dénonçait régulièrement les violences commises par les milices à la solde du gouvernement et les paramilitaires à l’encontre des populations aborigènes sous prétexte de la lutte contre les maoïstes. Son simple engagement humanitaire a suffi aux autorités pour l’arrêter le 14 mai 2007 pour violation du Chhattisgarh Special Public Security Act et du Unlawful Activities Prevention Act. Il est accusé d’avoir soutenu et encouragé la violence maoïste. En vertu de ces lois anti-terroristes permettant au gouvernement de le maintenir en détention, Binayak Sen restera enfermé durant sept mois sans inculpation. En mars 2008, il passe plusieurs semaines à l’isolement, pour sa propre sécurité, selon les autorités pénitentiaires. Le 25 mai 2009, Sen est libéré sous caution principalement pour des raisons de santé, mais probablement aussi en raison de l’intense mobilisation internationale. Depuis, il est toujours dans l’attente d’un éventuel procès. Lors de la condamnation à perpétuité de plusieurs de ses co-accusés dans le cadre d’autres affaires en 2010, le gouvernement a révoqué sa libération conditionnelle et Binayak Sen a été réincarcéré. Mais il fut une nouvelle fois libéré. La persécution d’un humaniste bourgeois aussi notoirement inoffensif que le docteur Sen en dit long sur la férocité de la politique de répression du gouvernement indien.

Malla Raji Reddy

Malla Raji Reddy

La torture en Inde

Publiée chaque année par le Asian Center for Human Rights (ACHR), une organisation démocratique-bourgeoise de défense des Droits de l’Homme basé à New Delhi, l’étude consacrée à la torture en Inde est accablante. Du 1er avril 2001 au 31 mars 2009, 1.184 personnes sont morte alors qu’elles étaient aux mains de la police – et ceci est le chiffre officiel de la National Human Rights Commission. La plupart de ces morts ont eu lieu dans les premières 48 heures de la détention, et une majorité écrasante a succombé suite à des sévices corporels. Un nombre équivalent de personnes serait quotidiennement torturé à mort par l’armée et les paramilitaires dans les zones insurgées du pays, où des législations spéciales donnent quasiment les pleins pouvoirs aux soldats. ‘Des centaines sont tués, des dizaines obtiennent une compensation financière, mais seuls trois à quatre policiers sont condamnés chaque année‘, résume le directeur de l’ONG. A cela s’ajoute les sévices commis par les milices des grands propriétaires. La pratique de la torture au service du ‘maintien de l’ordre’ est généralisée à travers le pays.

Il s’agit d’un système institutionnalisé. Seule une poignée de policiers ont été condamnés ces dernières années. Le ministre de l’Intérieur attribue ces milliers de morts en garde à vue ‘à la maladie, à des accidents, à des tentatives d’évasion ou à des suicides‘. Les textes de lois indiens ne reconnaissent d’ailleurs pas la torture comme un crime à part entière. Les agents des forces de l’ordre sont de plus soumis à un régime juridique spécial qui leur assure une relative impunité puisque c’est au pouvoir exécutif que revient la décision de poursuivre ou non un officier en justice. Et lorsqu’une affaire est effectivement portée devant un tribunal, les délais sont aberrants: il faut entre 25 et 30 ans pour aboutir à un procès contre un policier responsable, ce qui nourri la culture de l’impunité. Tentant de renvoyer les belligérants dos-à-dos, le rapport de la ACHR rapporte également cinq cas de sévices corporels commis par les naxalites en 2008: quatre contre des indicateurs de police, un contre un déserteur de la guérilla.

Un organisme national de défense des Droits de l’Homme à été mis en place en 1993. Mais la National Human Rights Commission (NHRC) préfère dédommager les victimes plutôt que de les encourager à porter plainte. Cet organisme vise finalement à dédouaner l’état de la généralisation de la torture et à éclipser l’ampleur du problème. Le gouvernement indien n’a d’ailleurs toujours pas ratifié la convention de l’ONU contre la torture, pourtant signée en 1997.

Victime de la torture

Victime de la torture

Victime de la torture

Victime de la torture

Lire le rapport au format pdf

Un témoignage

Linga est un jeune homme d’une famille aisée de la tribu Muriya, de Sameli, village du Dantewada. Comme chaque membre de tribu sur sa terre, la police l’a sommé de choisir: servir l’Etat ou être considéré comme naxalite. Un gouvernement paranoïaque exige d’avoir chaque membre de tribu de son côté, comme informateurs, comme guide durant leurs opérations dans la jungle, comme auxiliaires de police spéciale… Ceux d’entre eux qui sont tués dans un engagement sont finalement toujours comptés comme des naxalites morts. Dans cette lutte, le même mot ne signifie pas la même chose pour tout le monde.

Dans la matinée du 31 août, Linga est enlevé de chez lui, à Sameli, par des policiers en civil, mais armés. Les policiers l’ont emmené dans le camp de la Force Centrale de Réserve de la Police sur le chemin du commissariat de Dantewada. A Dantewada, il est amené dans le bureau du commissaire Amresh Mishra. ‘Il m’a fait asseoir par terre et m’a frappé. Il m’a demandé si j’étais le fils d’un naxalite. J’ai répondu que j’étais fils de fermier, que mon père avait été membre du conseil du village. Ensuite, ils m’ont enfermé dans une pièce minuscule. Je devais chier, uriner et manger dans cette pièce… il y avait un autre garçon avec moi. Il était là depuis un mois. On nous autorisait à nous laver moins d’une fois par semaine. Ils nous torturaient constamment. Si tu ne nous aide pas, nous dirons que tu es naxalite et nous te tuerons.

Quand on lui demande pourquoi les policiers l’appelaient naxalite, si les naxalites venaient dans son village, s’il en avait rencontré. Il répond: ‘Les naxalites ont des armes, quand ils viennent dans ton village, tu dois les rencontrer. Mais ce n’est pas un crime de se contenter de les écouter. La police aussi a des armes, quand ils nous veulent, nous devons y aller aussi. La différence, c’est que les naxalites ne nous frappent pas, mais la police n’épargne personne.

Durant la détention de Linga, son frère a introduit un habeas corpus à la Haute Cour de Bilaspur. Le commissariat de police de Dantewada a reçu un avis de la Haute Cour. Cela a obligé la police à modifier sa stratégie. Linga affirme: ‘mes cheveux étaient devenus très longs… j’avais une barbe… j’étais sale… pas lavé… ils m’ont donné du savon, de l’eau, des vêtements… m’ont emmené à Bilaspur, m’ont fait errer dans tous les marchés. Les policiers me suivaient à distance. Si j’avais essayé de m’échapper, ils m’auraient abattu.‘ Un Linga bien habillé, bien nourri et rasé de près errant sur les places des marchés avec des officiers de la police spéciale, cela sèmerait le doute dans les esprits naxalites. Ils se demanderaient s’il a rejoint la police, ou s’il est devenu leur informateur. Cela pourrait provoquer de brutales représailles. Et c’est en effet exactement ce que la police souhaitait, afin de fermer toutes les portes de sortie à Linga.

Bien qu’il ai été torturé durant toute sa garde à vue, Linga a affirmé au tribunal qu’il ne l’avait pas été. Le tribunal ordonne à la police de le relâcher. Il est resté en détention illégale du 31 août au 6 octobre. On lui a demandé pourquoi il avait menti au tribunal. ‘J’avais peur pour ma vie. Je n’ai jamais su si je m’en sortirais vivant.‘ Durant sa garde à vue, Linga a donc accepté le deal de la police: il ne parlerait pas des tortures et en retour, la police n’insisterait pas pour qu’il devienne officier de la police spéciale et le laisserait partir. Il savait qu’il n’était pas en sécurité en garde à vue. Il savait qu’il n’était pas non plus en sécurité à l’extérieur. Il n’y avait aucune charge, aucune affaire, pas de preuve, pas encore… Il pense que la police de Dantewada va essayer de se venger. Mais que s’il survit, et qu’il n’obtient pas justice, il deviendra naxalite. La famille de Linga est riche et pourrait faire une démarche au tribunal de Bilaspur.

Forces de sécurité en action

Forces de sécurité en action

Pour en savoir plus

Lal Salaam

Lal Salaam

En Inde, expansion de la guérilla naxalite, un article de Cédric Gouverneur, Le Monde Diplomatique, décembre 2007

Entretien avec Ganapathy, secrétaire général du CPI(Maoist) en février 2010

Communiqué du 1er septembre 2014 à l’occasion du dixième anniversaire du CPI(Maoist)

Jaquette Sillage

Jaquette Sillage

Dans le sillage de Naxalbari retrace la grande insurrection maoïste en Inde de sa naissance en 1967 jusqu’à son effroyable répression au début des années ’70. Sumanta Banerjee en détaille et contextualise les épisodes, avec un remarquable mélange de proximité et de distance. Proximité, parce que l’auteur a été directement impliqué dans les événements ; distance, parce que ce livre a été écrit puis réécrit avec le recul nécessaire. Il en résulte un ouvrage riche de sources et d’expériences directes mais aussi de documents officiels rendus accessible ultérieurement, à la fois rigoureux et empathique, qui apporte le meilleur éclairage sur cet épisode majeur de l’histoire de l’Inde. Cette parution (éditions Academia, traduction de J. Adarshini) est d’autant mieux venue que les héritiers des Naxalites d’aujourd’hui une lutte armée au coeur de l’Inde d’une telle ampleur que le Premier ministre indien a qualifié cette nouvelle insurrection comme « la plus grande des menaces » pour la sécurité nationale.

Pour davantage d’information: www.jadarshini.be

Histoire de « Lutte Révolutionnaire »

– 5 septembre 2003 : Première apparition publique de l’organisation qui attaque avec deux charges explosives le tribunal de première instance à Athènes.

– 14 mars 2004 : tentative d’attaque à l’explosif contre la Citybank (la police désamorce la charge).

– 5 mai 2004 : attaque à l’explosif (trois bombes) contre un commissariat de police à Athènes.

– 29 octobre 2004 : attaque à l’explosif contre deux fourgons de la police anti-émeute qui allaient garder la prison de Korydallos.

– 2 mai 2005 : attaque à l’explosif contre le ministère du Travail.

– 3 juin 2005 : attaque à l’explosif contre le bâtiment du ministère du Travail.

– 12 décembre 2005 : attaque à l’explosif contre le ministère de l’Economie.

– 22 décembre 2005: L’organisation fait publier son manifeste dans le magazine satirique To Pontiki. Lire ici ce document

– 30 mai 2006 : attaque à l’explosif contre Georgios Voulgarakis, ministre de la culture et ancien ministre de l’ordre public. Seul le domicile du ministre est touché.

– 12 janvier 2007 : attaque à la roquette RPG contre l’Ambassade américaine d’Athènes. Le gouvernement US offre un million de dollars pour un renseignement amenant à des arrestations. Les ministres grecs de l’Ordre public et de l’Économie offraient de leur côté 800.000 euros. Pour l’anecdote, la roquette a pénétré dans le bâtiment et a explosé dans les toilettes; ce qui a inspiré de nombreux bombages à Athènes disant ’Nous les poursuivrons jusque dans les chiottes ».

Action de Lutte Révolutionnaire contre l'ambassade US à Athènes

Action de Lutte Révolutionnaire contre l’ambassade US à Athènes

– 30 avril 2007 : attaque au pistolet-mitrailleur MP5 à la grenade du poste de police de Néa Ionia (banlieue nord d’Athènes).

– 24 octobre 2008 : tentative d’attaque à l’explosif contre Royal Dutch Shell à Athènes (la police désamorce la charge).

– 23 décembre 2008 : tirs de Kalachnikov contre un bus de la police devant l’École Polytechnique.

– 5 janvier 2009 : tirs de Kalachnikov contre un groupe de policiers anti-émeute gardant un ministère à Athènes, en représailles après la mort d’Alexis Grigoropoulos. Un policier est gravement blessé.

– 18 février 2009 : tentative attaque à la voiture piégée contre la Citibank à Kiffisia (Athènes), la charge (125 kg d’explosif) n’explose pas en raison d’un défaut du montage électrique.

– 9 mars 2009 : attaque à la voiture piégée contre la Citibank à Filothei (Athènes).

– 12 mai 2009 : attaque à l’explosif contre l »Eurobank à Argyroupoli (Athènes).

– 2 septembre 2009 : attaque à la voiture piégée (150 kg d’explosifs) contre la Bourse d’Athènes.

bourseathenes.jpg

– 10 mars 2010: Lambros Foundas, 35 ans, militant de l’organisation, est tué par des policiers dans la banlieue de Dafni (Athènes) alors qu’il requisitionnait une voiture pour la prochaine opération. Durant ses années de lycée, Lambros était socialement actif. Il rejoint plus tard le groupe anarchiste Mavro Agathi (l’Épine Noire), qui publiait le journal Dromi Tis Orgis (les Rues de la Colère). Il était actif et participait aux manifs, rassemblements, conflits sociaux, marches, collages, discussions et aux événements sociaux. Pendant l’occupation de l’Université Polytechnique d’Athènes en 1995, pour l’anniversaire du soulèvement de 1973, Lambros était parmi les 504 qui furent arrêtés par les forces répressives qui envahirent les enceintes universitaires le matin du 18 novembre.

Lambros Foundas, militant de Lutte Révolutionnaire tué par la police grecque

Lambros Foundas, militant de Lutte Révolutionnaire tué par la police grecque

– 9 avril 2010 : Opération policière contre l’organisation : six arrestations: Nikos Maziotis, 39 ans, Evanguélia « Polia » Roupa, 41 ans, ainsi que Costas Gournas, 30 ans, qui revendiquent leur appartenance à l’organisation et Christoforos Kortesis, Sarantos Nikitopoulos et Vaggelis Stathopoulos. Les policiers découvriront plusieurs bases du groupe à Athènes, qui contenaient notamment un pistolet mitrailleur MP5, deux Kalachnikov, cinq roquettes et un lanceur RPG-7, trois pistolets et trois grenades, des munitions, divers explosifs et mécanismes de mise à feu.

les inculpés de

les inculpés de

– 6 avril 2011: Après un an de détention préventive, Christoforos Kortesis, Sarantos Nikitopoulos et Vaggelis Stathopoulos, trois des six inculpés sont mis en liberté conditionnelle, en attendant leur procès.

– 1er octobre 2011: Costas Katsenos se rend à la police.

– 11 octobre 2011: Costas Gournas, Nikos Maziotis et Pola Roupa ont atteint le maximum légal de détention sans procès: ils sont mis en liberté surveillée.

– 24 octobre 2011: Début du procès avec huit accusés (ceux qui revendiquent l’appartenance, Costas Gournas, Nikos Maziotis et Pola Roupa, Christoforos Kortesis ; et ceux qui récusent les accusations : Sarantos Nikitopoulos, Vaggelis Stathopoulos, Marie Beraha et Costas Katsenos). Katsenos est l’unique accusé à être encore détenu.

– 18 mars 2012: 1000 personnes marchent à Athènes pour commémorer la mort de Lambros Foundas.

– 30 mars 2012: Kostas Katsenos est libéré, c’était le dernier des inculpés en détention préventive.

lrproces.jpg

– 15 juin 2012: Alors qu’ils devaient pointer trois fois par mois dans un commissariat d’Exarchia, à Athènes, Nikos Maziotis et Panagiota « Pola » Roupa disparaissent sans laisser de traces. Ils comparaissaient libres à leur procès, tout comme les cinq autres inculpés, libérés après avoir atteint le maximum de temps de détention sans procès. Le Ministre de l’Intérieur grec ordonne une enquête.

– 3 avril 2013: Le procès se termine par des sentences très lourdes : Nikos Maziotis (en cavale) 50 ans de prison ; Pola Roupa (égalemement en cavale) 50 ans et 6 mois ; Kosta Gournas (emprisonné à l’audience) : 50 ans et six mois. Ces condamnations sont une cumulation de condamnations, cela signifie en pratique (en raion d’un plafond légal) à un total de 25 années de prison pour chacun d’eux. Deux qutres anarchistes qui niaient être membre de l’organisation ont été condamnés, Stathopoulos à 7 ans et 6 mois et Kortessis à 7 ans. Trois autres, S. Nikitopoulos, K. Katsenos, et Mari Beraha (la femme de Kostas) ont été acquités. Les avocats ont demandé une suspension de l’exécution du verdict jusqu’au procès d’appel, mais cela a été refusé.

– 5 juillet 2013: Christoforos Kortesis est placé en libération conditionnelle contre une caution de 2000 euros, l’obligation de se présenter deux fois par mois à son poste de police le plus proche, et l’interdiction de sortir du pays.

– 15 juillet 2013: Vaggelis Stathopoulos est également placé en libération conditionnelle aux mêmes conditions: le paiement d’une caution de 2000 euros, l’obligation de se présenter deux fois par mois à son poste de police le plus proche, et l’interdiction de sortir du pays.

– 8-9 mars 2014. Le commissariat de Nea Chalkidona (banlieue d’Athènes) est incendié pendant la nuit en mémoire de Lambros Foundas, la veille de l’anniversaire de sa mort.

– 10 avril 2014. Lutte Révolutionnaire fait exploser une voiture piégée de 76 kg d’explosifs devant le siège de la banque Nationale de Grèce. Dégâts immenses, aucun blessé.

– 12 mai 2014. La police déclare que Lutte Révolutionnaire est responsable d’une demi-douzaine d’attaques de banques les mois précédents.

– 7 juillet 2014. La loi qui prévoie la détention à l’isolement et des restrictions de libération conditionnelle pour les prisonniers révolutionnaires est votée.

– 16 juillet 2014. Nikos Maziotis a été arrêté vers midi à Athènes, suite à une fusillade avec la police. Nikos aurait tiré huit balles contre les policiers (en touchant un au gilet pare-balle) et il est blessé d’une balle dans le bras. Deux touristes sont légèrement blessés dans la fusillade. Il est transféré dans un hôpital où des commandos antiterroristes entourent en permanence le lit où il est enchaîné.

– 16 juillet 2014. Rassemblement spontané de solidarité devant l’hôpital où est détenu Nikos. La police découvre une base de Lutte révolutionnaire avec des armes et des documents.

– 17 juillet 2014. Opération « Théséus ». La police grecque mène des opérations de recherche et perquisitions ont eu lieu dans les quartiers de Exarchia, Halandri, Kolonons, Voula et Pangrati.

– 19 juillet 2014. Nouveau rassemblement de solidarité devant l’hôpital où est détenu Nikos. L’après-midi même Nikos est transféré à la prison de Korydallos (Athènes).

– 20 juillet-10 août. Diverses actions de solidarité avec Nikos : incendie de véhicule d’une compagnie de sécurité à Salonique, cocktails Molotov contre la MAT et le PASOK à Athènes, affichages et accrochage de banderoles dans plusieurs ville de Grèce mais aussi au Chili, en Suisse, en Espagne.

– 28 juillet 2014. Nikos Maziotis est transféré et détenu à l’isolement à la prison de Thessalonique

– 8 août 2014. Pola Roupa écrit une lettre de la clandestinité.

– 12 août 2014. La police accuse Giorgos Petrakakos d’être un membre actif de Lutte Révolutionnaire et perquisitionne en vain son appartement. Giorgos Petrakakos est recherché.

– Septembre 2014. La prison de Domokos est évacuée et les travaux y commencent pour la transformer en prison spéciale d’isolement (dite de type-C).

– 1er octobre 2014. La police arrête Antonis Stamboulos, l’accuse d’être lié à Lutte Révolutionnaire, et le maltraite systématiquement. Antonis doit mener une grève de la faim pour être transféré, comme le veut la loi, dans un prison, et échapper ainsi aux passages à tabac en série.

– 30 décembre 2014. Nikos Maziotis est le premier prisonnier transféré dans la nouvelle prison d’isolement de Domokos. Il sera suivi de plusieurs autres prisonniers révolutionnaires les semaines suivantes.

– Avril 2015. Les prisonniers révolutionnaires de différentes organisations, dont Nikos Maziotis, organisés dans le DAK (Réseau des Combattants Emprisonnés), mènent une grève de la faim victorieuse de 48 jours contre le projet de prison d’isolement. De très nombreuses actions de soutien ont lieu durant la grève. Voir notre dossier sur cette grève

– Mai 2015. Procès en appel pour la « première période » des actions de Lutte Révolutionnaire.

– 24 septembre 2015. Arrestation de Giorgos Petrakakos.

– 21 février 2016, Pola Roupa détourne un hélicoptère afin de tenter de faire évader Nikos et d’autres prisonniers politiques emprisonnés à Korydallos. La tentative échoue car le pilote de l’hélico (ancien policier) était armé, ce qui n’a pas empêché une fusillade en plein vol.

– 3 mars 2016. Le tribunal de la prison de Koridallos a condamnés tous les accusés du procès contre la « seconde période » de Lutte Révolutionnaire, concernant l’attaque contre la Banque de Grèce du 10 avril 2014 et la fusillade du 16 juillet 2014. Nikos Maziotis écope d’une peine de prison « à vie +129 ans », Pola Roupa (toujours dans la clandestinité) écope de 11 années de prison. Enfin Antonis Samboulos et Giorgos Petrakakos qui sans nier leur camp politique nient appartenir à l’organisation ont écopé de peines respectives de 13 ans de prison et de 36 ans de prison.

– 5 janvier 2017, Pola Roupa est arrêtée avec une militante anarchiste, Konstantina Athanasopoulos. La police place en institution l’enfant de Pola et Nikos.

– Janvier 2017. Début d’une série de procès concernant les actions de la « première période » (2002-2013). Pola Roupa, Nikos Maziotis et Konstantina Athanasopoulos font une grève de la faim et de la soif jusqu’à ce que l’enfant de Nikos et Pola soit remis à leur famille.

– Novembre-décembre 2017. Pola Roupa et Nikos Maziotis mènent une nouvelle grève de la faim contre de nouvelles mesures d’isolement appliquées à Nikos et pour de meilleures conditions de visite avec leur enfant. Ces mesures sont finalement levée. Peu après, Nikos, très affaibli par la grève, se fait agresser dans la prison par un gang. Il est tiré d’affaire par l’intervention des prisonniers politiques turcs détenu dans la même aile.

– Juin 2018. Procès contre Pola Roupa pour les actions de la seconde période de Lutte Révolutionnaire (comme elle avait été jugée par contumace, une nouveau procès devait se tenir).

– Juillet 2018 : verdict contre Pola Roupa pour l’attaque contre la Banque de Grèce et les bureaux du FMI à Athènes en 2014 : prison à perpétuité + 25 ans pour “dirigeance d’une organisation terroriste” et “incitation physique” à la réalisation des actions. Ce procès a connu deux éléments tout à fait nouveaux. Selon le procureur, si l’attaque qui a dévasté le siège de la Banque de Grèce avait totalement réussi, autrement dit, si les gardes n’avaient eu le temps de baisser les rideaux métalliques, les 75kg d’explosifs auraient détruits purement et simplement le bâtiment. Il aurait pu en résulter l’effondrement du système bancaire grec et, considérant le moment choisi par l’action, un effondrement du système économique grec. C’est la première fois qu’un procureur reconnait un tel impact potentiel aux actions de Lutte Révolutionnaire (un ministre l’avait déjà reconnu au détour d’un entretien). La seconde nouveauté à ce procès est que le procureur a obtenu la condamnation de Pola Roupa pour ces deux actions non pas pour sa participation personnelle, mais en tant que “dirigeante” de Lutte Révolutionnaire et “incitatrice” de ces actions.

– Novembre 2019 : Début du 5e procès pour la tentative d’évasion au moyen d’un hélicoptère détourné, mais aussi pour l’expropriation de deux banques à cette période au profit de “Lutte Révolutionnaire”. Huit personnes sont au banc des accusé.e.s: Pola Roupa, Nikos Maziotis, Konstantina Athanasopoulos, Christos et Gerasimos Tsakalos, Olga Ekonomidou, Giorgos Polidoros et Haralambidis.

– Décembre 2019 : Le 4e procès contre LR aborde 9 affaires d’expropriation de banques (datant de 2008-2015) effectuées pour financer et poursuivre les actions de l’organisation. Les accusés sont  Nikos Maziotis, Maria Theofilou, G. Petrakakos, Themistocles et Fotis Assimakapolulos, Marios Seisidis, Kostas Sakkas, Panagiotis Argyros, Grigoris Tsiron et Spyros Christodoulou.

– Février 2019 : Une délégation du SRI est présente devant la prison et à l’intérieur du tribunal spécial pour soutenir les membres de l’organisation Lutte Révolutionnaire emprisonnés.

Délégation du SRI devant la prison de Korydallos

La délégation du SRI dansq la salle du tribunal avec Pola Roupa et Nikos Maziotis

-10 mai 2019 La cour d’appel du 10 mai réduit la peine de prison à vie en 25 ans de réclusion concernant Nikos Maziotis pour l’attaque contre la Banque de Grèce.

-10 juillet 2019 : Verdict du procès pour la tentative d’évasion de prisonniers révolutionnaires. Pola Roupa a été reconnue coupable de toutes les accusations, et condamnée à 65 ans avec absorption de peine pour 25 ans. Nikos Maziotis a été condamné à 37 ans avec absorption de 24 ans. Konstantina Athanasopoulou a été condamné à 60 ans, avec absorption de 35,5 ans pour sa participation à “Lutte révolutionnaire”, l’expropriation d’une banque et la possession d’armes à feu et d’explosifs. Un quatrième accusé, qui n’était pas un accusé politique, a été condamné à 58 ans, avec absorption de 34,5 ans pour participation à “Lutte révolutionnaire” et expropriation d’une banque. Les autres prisonniers sont été acquittés.

– 10 janvier 2020, un nouveau procès commence : Pola Roupa et Nikos Maziotis sont accusés de “fourniture, possession et fabrication d’explosifs”.

– 29 janvier 2020, trois militant·es anarchistes sont été capturés et inculpé·es, entre autres, d’“appartenance à une organisation criminelle” et “détention illégale d’armes”. Parmi eux, Konstantina Athanasopoulou. Celle-ci était passée à la clandestinité après avoir été libérée sous caution, suite à son arrestation avec Pola Roupa. Elle avait été condamnée par contumace en 2019 à 35 ans et 6 mois de prison pour appartenance à « Lutte Révolutionnaire ».

– Mars 2020 : fin de la cour d’appel du 5e procès contre LR (concernant la tentative d’évasion par hélicoptère et deux attaques de banques). Après la verdict d’avril, les 155 ans de condamnations accumulées par Nikos seront fusionnées en 20 ans selon le nouveau code pénal.

– 22 mars 2020: Pola Roupa a été transférée dans la prison de femmes parce qu’elle a mené à la prison de Korydallos une mobilisation contre le surpeuplement des prisons et les mesures contre le Covid19 dans les prisons.

– 25 mars 2020: Nikos Maziotis a été transféré par les forces de police spéciale de la prison de Korydallos vers la prison de Domokos sans qu’il n’ait pu emporter le moindre effet personnel.

– 14 avril 2021 : La cour d’appel réduit la condamnation de Pola Roupa à 6 ans pour « complicité simple » dans l’attaque contre la succursale de la Banque centrale européenne, la Banque de Grèce et le bureau du FMI, plus à 3 mois pour « vol de la voiture » (celle utilisée dans l’action).

Textes de l’organisation « Lutte Révolutionnaire »

Communiqué de Lutte Révolutionnaire

Communiqué de Lutte Révolutionnaire

L’attacco dell’ambasciata USA ad Atene: Comunicato del gruppo “Lotta Rivoluzionaria” (12 Gennaio 2007)

« Revolutionary Struggle »: Communiqué for the explosion at the Citibank in Athens (March 9th 2009)

« Lutte Révolutionnaire » : Communiqué suite à l’explosion de la Citibank à Athènes (9 mars 2009)

Textes des prisonniers de « Lutte Révolutionnaire »

Textes des prisonniers de l'organisation Lutte Révolutionnaire

Textes des prisonniers de l’organisation Lutte Révolutionnaire

APPEL INTERNATIONAL A LA SOLIDARITE – INTERNATIONAL CALL FOR SOLIDARITY

– Texte en anglais au format pdf: International Call for Solidarity
– Texte en français au format pdf:Appel international à la solidarité
– Texte en espagnol au format pdf: Llamaniento Internacional de Solidaridad
– Texte en allemand au format pdf: Internationaler Solidaritätsaufruf
– Texte en italien au format pdf: Chiamata internazionale di solidarietà
– Texte en grec au format pdf: ΔΙΕΘΝΕΣ ΚΑΛΕΣΜΑ ΓΙΑ ΑΛΛΗΛΕΓΓΥΗ

QUE LA GRECE SOIT LE POINT DE DEPART D’UNE REVOLUTION SOCIALE A TRAVERS LE MONDE – LET GREEC BE THE STARTING POINT OF A WORLDWIDE SOCIAL REVOLUTION

– Texte en anglais au format pdf: Lets make the beginning in Greece of a Worldwide Social Revolution
– Texte en italien au format pdf: Facciamo sì che la Grecia sia l’inizio di una rivoluzione sociale mondiale

COURRIER DE PRISONNIERS – MAIL FROM THE PRISONERS

– Texte en français au format pdf: Lettre de trois membres emprisonnés de la Lutte Révolutionnaire sur l’achèvement d’une année depuis l’accrochage armé à Dafni dans lequel le révolutionnaire Lambros Foundas est tombé en combattant
– Texte en grec au format pdf: ΕΠΙΣΤΟΛΗ ΤΩΝ ΤΡΙΩΝ ΦΥΛΑΚΙΣΜΕΝΩΝ ΜΕΛΩΝ ΤΟΥ ΕΠΑΝΑΣΤΑΤΙΚΟΥ ΑΓΩΝΑ ΓΙΑ ΤΟΝ ΕΝΑ ΧΡΟΝΟ ΑΠΟ ΤΗΝ ΕΝΟΠΛΗ ΣΥΜΠΛΟΚΗ ΤΗΣ ΔΑΦΝΗΣ ΣΤΗΝ ΟΠΟΙΑ ΕΠΕΣΕ ΜΑΧΟΜΕΝΟΣ Ο ΕΠΑΝΑΣΤΑΤΗΣ ΛΑΜΠΡΟΣ ΦΟΥΝΤΑΣ

LETTRE POLITIQUE A LA SOCIETE – A POLITICAL LETTER TO SOCIETY

– Texte en français au format pdf: Lettre politique à la société
– Texte en anglais au format pdf: A political letter to Society
– Texte en allemand au format pdf: Politisches Schreiben an die Gesellschaft
– Texte en espagnol au format pdf: Carta política hacia la sociedad
– Texte en grec au format pdf: Πολιτική επιστολή προς την κοινωνία
– Texte en italien au format pdf: Lettera politica alla società

REPONSE A LA QUESTION ‘ACCEPTEZ-VOUS OU NIEZ-VOUS LES ACCUSATIONS?’ – RESPONDING TO THE QUESTION ‘DO YOU ACCEPT OR DENY THE CHARGES’

– Texte en anglais au format pdf: Responding to the question : “Do you accept or deny the charges?”

DECLARATION DE TROIS PRISONNIERS SUR LEUR REFUS D’ASSISTER A UNE AUDIENCE – STATEMENT OF THREE PRISONERS ABOUT THEIR REFUSAL TO APPEAR IN COURT

– Texte en français au format pdf: Déclaration des trois membres emprisonnés de Lutte Révolutionnaire à l’attention du Conseil des juges d’appel d’Athènes avec laquelle ils refusent d’assister à l’examen de la prolongation ou pas de leur détention provisoire.
– Texte en grec au format pdf: ΔΗΛΩΣΗ ΤΩΝ ΤΡΙΩΝ ΦΥΛΑΚΙΣΜΕΝΩΝ ΜΕΛΩΝ ΤΟΥ ¨ΕΠΑΝΑΣΤΑΤΙΚΟΥ ΑΓΩΝΑ » ΠΡΟΣ ΤΟ ΣΥΜΒΟΥΛΙΟ ΕΦΕΤΩΝ ΑΘΗΝΩΝ ΜΕ ΤΗΝ ΟΠΟΙΑ ΑΡΝΟΥΝΤΑΙ ΝΑ ΠΑΡΑΣΤΟΥΝ ΣΤΗΝ ΕΞΕΤΑΣΗ ΤΗΣ ΠΑΡΑΤΑΣΗΣ Ή ΜΗ ΤΗΣ ΠΡΟΦΥΛΑΚΙΣΗΣ ΤΟΥΣ

DECLARATION QUANT AUX ATTAQUES CONTRE LES AMBASSADES A ROME – STATEMENT REGARDING THE ATTACKS AGAINST THE AMBASSIES IN ROME

– Texte en anglais au format pdf: Statement in relation to the attacks on the embassies in Rome
– Texte en espagnol au format pdf: Comunicado acerca de los ataques a las embajadas en Roma
– Texte en français au format pdf: Déclaration à propos des colis piégés aux ambassades à Rome
– Texte en italien au format pdf: Comunicato riguardo agli attacchi alle ambasciate a Roma

DECLARATIONS A L’AUDIENCE DU 24 OCTOBRE 2011

– Déclaration de Nikos Maziotis, en français, format pdf: Déclaration écrite de Nikos Maziotis au procès de Lutte Révolutionnaire, le 24 octobre 2011
– Déclaration de Costas Gournas, en français, format pdf: Déclaration écrite de Costas Gournas au procès de Lutte Révolutionnaire, le 24 octobre 2011
– Déclaration de Pola Roupa, en français, format pdf: Déclaration verbale de Pola Roupa au procès de Lutte Révolutionnaire, le 24 octobre 2011

members-of-revolutionary-struggle.jpg

Le dimanche 7 septembre 1986, à 18 heures, le convoi du général 
Pinochet (huit véhicules au total) tombe dans une embuscade. Une vingtaine de guérilleros bloque le convoi et ouvre le feu au fusil d’assaut et au lance-roquette. La garde de Pinochet, surprise, réagit faiblement: cinq agents sont tués, certains détalent, quelques uns répliquent. Deux véhicules blindés sont détruits, mais la roquette qui touche la voiture de Pinochet fonctionne mal: le chauffeur peut dégager la Mercedes et repartir en sens inverse. Aucun des guérilleros ne fut blessé ; certains furent cependant capturés, torturés et assassinés plus tard, au Chili et même à l’étranger.

eva1.jpg
fpmr-1.gif

Cette action avait été menée par le Front patriotique Manuel-Rodriguez (FPMR), qui avait été fondé comme bras armé du Parti Communiste du Chili en janvier 1983. Il prendra sont autonomie ultérieurement et continuera la lutte armée alors que PC officiel misait sur une « transition démocratique ». Le FPMR a réalisé des opérations de grandes envergures (occupations de médias, enlèvements) qui culminèrent avec cette embuscade contre Pinochet, l’«Operación Siglo XX». La répression était naturellement terrible: la plupart des militants du FPMR furent arrêtés et torturés, ou tués (dont 12 abattus de sang froid en représailles à l’embuscade contre Pinochet dans ledit « massacre de Corpus Christi »).

12f.jpg

Regroupés en 1987 dans la prison de Santiago, transformée pour l’occasion en «prison de haute sécurité», les militants du FPMR songent à s’évader. Seule solution: un tunnel qui devra passer sous la prison, profiter plus loin de la cavité existant entre le tunnel du métro et la chaussée, pour enfin terminer de l’autre côté de la rue, au pied de la station Mapocho, derrière un mur abrité du regard des gardes, mais situé à un pâté de maisons d’un des sièges de la police politique, la CNI.

Dans la galerie 7/8 de la prison, ils sont d’abord quatre à échafauder les plans. Premier casse-tête : que faire de la terre et des gravats ? Les prisonniers exploitent les combles entre le toit de zinc de la prison et le plafond des cellules: en étalant la terre, tous les gravats devraient tenir, mais il faudra travailler à plat ventre sous des tuiles de zinc qui, en été, dégagent une chaleur de plus de 50 °C… Pour camoufler l’ouverture, ils fabriquent une sorte de bloc de plâtre, avec de la chaux… et des oeufs, récupérés en cantinant. Dès lors, le creusement du tunnel peut commencer. Dans la cellule du rez-de-chaussée, l’entrée du tunnel est camouflée. Dans la cellule du premier étage, on évacue les gravats (l’équivalent de 10 camions!). Entre les deux, il y a encore un mini-tunnel par lequel on passe la terre préalablement entassée dans des jambes de pantalon transformées en sac.

gal7.jpg

Le « non » à Pinochet au référendum d’octobre 1988 déclenche de vastes discussions. Des élections sont prévues un an après: faut-il interrompre l’évasion et attendre un nouveau régime et une éventuelle amnistie? Les partis politiques décident que les prisonniers politiques arrêtés en vertu de la loi antiterroriste seront exclus de toute amnistie. La plupart des prisonniers du FPMR sont dans ce cas: décision est donc prise de continuer à creuser.

A la fourchette, à la cuillère, avec ce qui leur tombe sous la main, ils sont bientôt dix-neuf à travailler jour et nuit, tous du FPMR, selon une discipline militaire, au rythme des 3 x 8. 420 bouteilles en plastique sont récupérées pour le tuyau d’aération. Le tunnel est consolidé, électrifié. Il fait 60 cm de diamètre, mais comprend quelques ouvertures plus larges, éclairées, où l’on peut se retourner. Les frayeurs ne manquent pas : mini tremblement de terre, effondrement du tunnel, fouilles un peu corsées… Sous les combles, l’été, les hommes se déshydratent. Dans le tunnel, l’air est rare. Un jour, les détenus tombent sur des ossements, un charnier et… des pelles !
Le 14 décembre 1989, le démocrate chrétien Patricio Alwyn est élu président de la République. Il doit prendre ses fonctions en mars, mais annonce déjà que les prisonniers politiques accusés de «crimes de sang» ne seront pas amnistiés et que Pinochet reste commandant en chef des armées…

Ce samedi 27 janvier 1990, on injecte de la peinture verte à l’extrémité du tunnel: un contact extérieur vérifie sa position. Il manque encore quelques mètres. Le grand jour est donc reporté au lundi. A 21 heures, un premier groupe de 24 hommes, âgés d’une vingtaine d’années, est à plat ventre, dans l’ordre convenu, dans le tunnel de 60 mètres. Pas un de plus, question de sécurité. Les observations des camarades à l’extérieur ont montré que des officiers de la CNI ont l’habitude de faire un jogging certains soirs. Les détenus en fuite vont donc les imiter pour ne pas attirer l’attention des gardes postés sur le mirador.

fuga1990-aforado.jpg
plan_evasion.jpg

Il est 22 h 30 ce 29 janvier lorsque retentit le signal tant attendu. «Salmon !». Un à un, les évadés s’extirpent du trou, se débarrassent de leurs habits souillés et commencent à courir, par petits groupes et à petites foulées. Au coin de la rue, un bus, un colectivo comme il y en a tant dans la capitale chilienne, les attend. Ils montent, regardent s’éloigner l’ombre de la prison. Pendant ce temps, dans la prison, la rumeur de l’évasion des 24 court les galeries. Un second groupe de prisonniers politiques profite de l’aubaine. Les détenus aux peines les plus lourdes partent en premier, sans avoir préparé leur fuite, sans savoir où aller. Certains ne connaissent même pas Santiago ! Quand l’alerte est donnée, vers 3 heures du matin, 49 détenus ont réussi à se faire la belle. Six seront repris.

Quinze ans après, la majorité des acteurs de cette spectaculaire évasion n’en a pas terminé avec la justice chilienne qui les considère encore comme des fugitifs. Certains vivent clandestinement au Chili, d’autres sont morts dans l’anonymat. D’autres encore connaissent un exil sans fin en France, en Suède, au Mexique, dans les pays qui les ont accueillis à l’époque comme réfugiés politiques, quelques uns ont réussi à faire classer leur cas par la justice.

Pour en savoir plus: « Les Evadés de Santiago » de Anne Proenza et Téo Saavedra – éditions du Seuil, Paris, 2010.

>> Marco a été libéré le 10 mars 2017!

1. Contexte: Le nucléaire et les luttes antinucléaires en Suisse

La politique énergétique nucléaire en Suisse adoptait la forme du « projet Manhattan » aux USA. Peu après Nagasaki et Hiroshima, les autorités suisses lançait la propagande pour le dual use (civil et militaire) du nucléaire. La création d’une bombe atomique suisse était un objectif déclaré, auquel la Fédération donnait un crédit d’une importance jusqu’alors inconnue pour un projet de recherche avec l’usuel entrelacs entre industrie privée et institutions publiques (universités), au bénéfice des premières.
En 1946, BBC, Sulzer et Escher-Wyss (industries mécaniques) fondent la Commission d’Études Energie Nucléaire et le Consortium de Travail Réacteur Nucléaire, ou plus tard participent aussi Motorcolumbus et Elektrowatt. En 1963, la NOK (Nordostschweizerische Kraftwerke, maintenant partie de Axpo), BBC et Westinghouse, construisaient la centrale nucléaire de Beznau, avec un réacteur américain. Ensuite furent construites les centrales de Beznau II, Mühleberg, Gösgen, Däniken et Leibstadt. Avec la participation de toutes les grandes entreprises mécaniques suisses, en 1960 on projetait la construction d’une centrale de conception suisse à Lucens, subventionnée par l’Etat, mais le projet avorta avec l’explosion d’une barre combustible dans la centrale souterraine.
Une vaste mobilisation populaire contre les centrales nucléaires, allant jusqu’à des actions de sabotage, des incendies d’automobiles et de villas des lobbyistes du nucléaire. En 1973 à Olten il y eu la plus grande manifestation contre le nucléaire. Il y aura ensuite l’attaque contre le bureau de planification de la centrale de Verbois, contre les transformateurs à Verbier, l’occupation du chantier à Kaiseraugst, etc. Le 25 juin 1977 une intervention brutale de la police étouffe la première tentative d’occupation du chantier de la centrale de Gösgen.
Après cela, il y a beaucoup d’attentats antinucléaires (contre les CFF, contre le transformateur de Leibstadt, contre les pavillons d’information de Kaiseraugst et Gösgen, contre des pylônes) de la branche anticapitaliste (liées aussi à la révolte des jeunes et du mouvement étudiant des années ’60), mais aussi l’institutionnalisation d’une partie mouvement anti-nucléaire. Ces actions ont toujours encouragé, accompagné et anticipé les actions de masse.

s09strommast500.jpg

2. Premières actions, première condamnation

Marco Camenisch naît le 21 janvier 1952 en Suisse, à Schiers, un village dans les Alpes Rhétiques du canton Grison.
Il commence par son travail politique avec le soutien aux prisonniers en lutte et en 1978 il participe à la résistance antinucléaire. Au début du 1980, Marco est arrêté pour deux dynamitages: celui d’un pylône de la ligne à haute tension de la société électrique NOK (une des grandes sociétés qui exploitaient les centrales nucléaires disséminées sur tout le territoire Suisse) et celui du transformateur et pylône de la centrale de transformation électrique Sarelli.
Marco fut très lourdement condamné à dix ans de prison. La condamnation « normale » à ce moment-là en Suisse aurait été de quatre-six ans et même la presse réactionnaire s’est étonnée de la sévérité de la peine, qui à cette époque ne se donnait que pour homicide. Mais cette rigueur est due surtout à l’uniformisation répressive au contexte européen et international en général avec ses forts mouvements de guérilla révolutionnaire (Italie, Allemagne, etc.) et l’augmentation de la répression qui en découlait.

illumarco1.jpg

Lire la déclaration de Marco à son procès (.pdf)

3. Evasion, cavale arrestation et détention en Italie

Le 17 décembre 1981, Marco Camenisch et quelques prisonniers italiens s’évadèrent de la prison de Regensdorf. Un gardien est tué et un autre blessé.
Pendant dix ans Marco Camenisch vit en cavale, continue son activité antinucléaire et écrit des articles pour la presse anarchiste.
Décembre 1989: un garde frontière à la frontière italo-suisse est tué et la presse et les autorités désignent immédiatement Marco Camenisch comme auteur. Marco Camenisch a toujours rejeté cette accusation. La longue cavale de dix ans termine le 5 novembre 1991 à cause d’un simple contrôle de papiers dans la province de Massa. Dans la fusillade, un carabinier et Marco sont blessés, tous le deux aux jambes.
Il rejette toute collaboration avec la justice et en mai 1992, il est condamné à 12 ans pour la fusillade avec les carabiniers et le dynamitage d’un pylône de la ligne à haute tension La Spezia-Accaiolo qui transporte le courant des centrales nucléaires françaises. Selon le «tarif terrorisme» italien c’était une peine relativement modérée. La raison de cette prudence relative des autorités locales est due à l’enracinement profond, historique et du moment, de la résistance radicale militante dans une zone pleine de bases OTAN et d’industries de guerre. Par exemple, juste après l’arrestation et tout près du lieu de celle-ci, un hôtel de luxe sera dynamité (vide pour cause de morte-saison) comme mise en garde aux autorités contre tout mauvais traitement envers Marco Camenisch.
Cette région a toujours connu un fort mouvement ouvrier (industrie du marbre), une forte résistance des partisans anti-fascistes, et aussi la présence d’une forte colonne des Brigades Rouges, dont la répression ne réussit à découvrir et arrêter que peu de militants. Dans la période de l’arrestation, l’écologisme furent part de la résistance populaire. Comme les grandes mobilisations contre l’usine chimique Montedison à Marina di Carrara, qui au début des années `90 avait massivement empoisonné la région avec la dioxine. Ou la résistance contre les différents incinérateurs construits et prévus sur le territoire, ou encore contre la pollution électromagnétique de la ligne à haute tension déjà mentionnée. Autres exemple de résistance de cette région : la lutte contre les expulsions et la spéculation immobilière qui conduisit aux dynamitages d’entreprises et de villas de luxe en bord de mer.

illumarco3.jpg

Lire la déclaration de Marco sur son évasion (.pdf)

Lire le texte de Marco envoyé à un journal anarchiste italien (.pdf)

4. Extradition, procès et détention en Suisse

A la fin de sa peine italienne, en avril 2002, Marco Camenisch est extradé en Suisse pour purger les huit années restantes de sa première condamnation, et pour comparaître au procès pour l’évasion et la fusillade à la frontière. La procédure dure de 2002 à 2004 et le procès – qui fut l’occasion d’une vaste campagne de solidarité – finissait avec l’acquittement pour la mort du gardien et mais la condamnation à 17 ans pour la mort du garde frontière. Cette condamnation est attribuable au manque de «repentir» et à sa revendication résolue de la nécessité toujours plus urgente d’une subversion révolutionnaire de l’ordre mondial capitaliste et impérialiste. Ces 17 ans ont été infligés en ouverte violation (dans ce cas spécifique) du code pénal suisse. En mars 2007 la peine devait être réduite au maximum juridiquement possible (dans ce cas spécifique) de 8 ans et la somme est de 30 ans de taule avec fin de la peine en mais 2018.

illumarco2.jpg

illumarco4.jpg

Lire « L’esthétique du choix », un document de Marco (.pdf)

Lire la déclaration de Marco à son procès italien (.pdf)

5. Une interminable détention

En Suisse, les prisonniers ont droit à une sorte conditionnelle au deux tiers de la peine en cas de bonne conduite. Marco a maintenant dépassé ce seuil et cette sortie lui est refusée non pas pour « mauvaise conduite » mais pour « mauvaise pensées ». Son identité verte anarchiste n’a jamais été brisée. Le fait qu’il ne renie rien est ouvertement utilisé comme motivation par les instances de la justice zurichoise pour toute libération. Marco se dit toujours anarchiste et « serait de l’avis que la société se trouve en guerre », voilà la motivation officielle de ces autorités.
Mais malgré la prison, Marco participe aux luttes des prisonnières et prisonniers politiques et sociaux et par ailleurs confirme la nécessité de la résistance solidaire contre ce système de domination. Il a un rôle actif dans l’union de différentes situations de lutte (anarchistes, écologistes et groupes qui construisent le Secours Rouge International) et dans la construction de relations fortes, de solidarité et de proximité.
Pour cette raison, de nombreuses forces en Suisse, en Italie et ailleurs se sont rapprochées entre elles à l’occasion de mobilisations de soutien à Marco.
Dans ces années Marco a toujours été au côté des luttes. Sa voix, sa pensée, son travail de traduction incessant et important, ses nombres de contributions et grèves de la faim solidaires transmettent une solidarité, qui, avec un réseau presque mondial de communication e de solidarité pratique avec les prisonnières et prisonniers révolutionnaires, est libre de sectarisme et dogmatisme. Ses nombreux textes contribuaient et contribuent toujours à la croissance et au renforcement d’un parcours de lutte contre toute forme d’oppression et d’exploitation.
En avril 2010, trois anarchistes italiens sont arrêtés et condamnés en Suisse pour tentative d’attentat contre le centre de recherche en nano-technologie d’IBM. Marco formera depuis avec eux une communauté de lutte, menant notamment plusieurs grève de la faim collectives solidaires.

illumarco5.jpg

illumarco6.jpg

Lire la déclaration de Marco sur son extradition d’Italie vers la Suisse (.pdf)

Lire une déclaration de grève de la faim de Marco, Silvia, Billy et Costa (.pdf)

6. Annexe: La solidarité avec Marco en Belgique

La solidarité internationale avec Marco compte littéralement des centaines d’initiatives: manifestation devant les prisons où il était détenus ou devant les représentations suisses, affiches et tags, dynamitages de pylônes, éditions de ses textes, etc. En Belgique cependant, les initiatives restent rares (merci de nous signaler les oublis pour compléter ce dossier).
18 janvier 2003: manifestation devant la chancellerie de Suisse co-organisée par l’Anarchist Black Cross de Gand et le Secours Rouge.

Manifestation pour Camenisch

Manifestation pour Camenisch

3 novembre 2003: Manifestation devant la chancellerie de Suisse co-organisée par les mêmes; la police intervient, interpelle dix manifestants, confisque les calicots et empêche le rassemblement.

16 novembre 2003: La porte de la chambre de commerce suisse à Bruxelles est cadenassée et barricadée avec un panneau.

Bombage pour Camenisch

Bombage pour Camenisch

8 mars 2007: L’agence de la société (suisse) d’interim ADECCO à Uccle est taguée.

Bombage pour Marco Camenisch

Bombage pour Marco Camenisch

2011: Marco est un des quatre prisonniers révolutionnaires non-repentis de longue durée emblématiques mis en avant, en Belgique comme ailleurs, dans une campagne du Secours Rouge International. Collages à Bruxelles.

plakisri.jpg

juillet 2012: Publication d’un Cahier du SR consacré à Marco

couverturecahier11web-2.jpg

29 août 2012: Marco Camenisch est en grève de la faim. La façade de la représentation de la Suisse auprès de l’Union Européenne est taguée en solidarité à Bruxelles.

liberezmarco-medium-95e09.jpg

2013: Nouvelle affiche du Secours Rouge International avec collages à Bruxelles.

Affiche du SRI pour Marco Camenisch

Affiche du SRI pour Marco Camenisch


Collages à Bruxelles (2013)

Collages à Bruxelles (2013)

20 février 2015: Meeting pour la libération de Marco au Pianofabriek.

marco-2.jpg
meetingmarco-3.jpg

23 juin 2015: Le siège des sociétés énergiques/nucléaires AREVA et ABB est tagué à Bruxelles en solidarité avec Marco (lire le communiqué)

1. La « Conspiration des poudres »

Au XVIe siècle, Couronne anglaise a pris ses distances avec l’Eglise catholique, réprimant la partie de sa population restée fidèle à Rome: tortures, exils, brimades, procès… A la mort d’Elisabeth 1ère, en 1603, le catholicisme est marginalisé dans le royaume. Guy Fawkes est un natif de York converti au catholicisme. Il quitta la Grande-Bretagne pour le continent, où il a combattu aux côtés de l’armée catholique espagnole contre les protestants néerlandais. Il est resté en Espagne pour solliciter en vain l’appui d’une rébellion catholique en Angleterre.

guy-fawkes.jpg

Rentré en Angleterre, il participe à une conspiration visant à assassiner Jacques 1er pour de restaurer une monarchie catholique. Les comploteurs ont obtenu l’accès à une crypte sous la Chambre des Lords, dans le palais de Westminster, et ont confié à Fawkes la responsabilité des 650 kg de poudre à canon, stockés là depuis mars 1605, en vue de la faire exploser lorsque le Parlement réuni serait au complet.. Mais un complice dénonce la conspiration à un Lord catholique: les autorités fouillent les sous-sols aux premières heures du 5 novembre 1605, et trouvent Fawkes qui s’apprêtait à mettre à feu à ses 36 barils de poudres. Au cours des jours suivants, il a été interrogé et torturé, et finalement, il a finalement donné le nom de ses complices (tous déjà connus). Immédiatement avant sa pendaison, le 31 janvier 1606, Fawkes échappa des mains du bourreau [violet]et[/violet] sauta de l’échafaud, et se brisa le cou.

gunpowderplot.jpg

Au Royaume-Uni, le soir du 5 novembre est fêté sous le nom de Guy Fawkes Night (également Bonfire Night ou Fireworks Night) par des feux de joie et des tirs de feux d’artifice. Traditionnellement, les enfants font une effigie de Guy Fawkes nommée le Guy, qui peut également représenter un personnage célèbre ou les malheurs de l’année. Ils la promènent de porte à porte pour demander « a penny for the Guy », et le soir on la brûle sur le feu de joie en chantant cette comptine:

Remember, remember, the fifth of November, /
Gunpowder Treason and Plot, /
I see no reason why the gunpowder treason /
should ever be forgot.

Souvenez-vous, souvenez-vous du cinq novembre, /
Poudre à canon, trahison et conspiration, /
Je ne vois aucune raison pour que la trahison des poudres /
Soit jamais oubliée.

2. V comme Vendetta – la bande dessinée

V pour Vendetta (V for Vendetta) est une bande dessinée britannique réalisée de 1982 à 1990 pour les magazines Doctor Who Weekly et Warrior. Publiée en 1988-89 chez Quality Comics et DC Comics (Zenda pour l’édition française, 6 tomes parus en 1989-90), plusieurs fois rééditée, la série a connu un grand succès et de nombreux prix dont celui de meilleur album étranger à Angoulême en 1990.
Le scénario est signé Alan Moore et les remarquables dessins David Lloyd (ainsi que Tony Weare qui a illustré une partie des chapitres Valérie, Vacances et Vincent).
Le succès de V pour Vendetta vaudra à Alan Moore d’être engagé en 1983 par DC Comics pour travailler sur The Saga of the Swamp Thing, ce qu’il fait avec succès avant d’écrire en 1986 le magistral Watchmen (dessiné par Dave Gibbons), qui sera aussi primé et adapté au cinéma.

guy-fawkes-2.jpg

V comme Vendetta était une réponse au thatchérisme au début des années 1980. Le monde de V comme Vendetta est issus d’une guerre nucléaire qui a, dans les années 1980, dévasté l’Europe, l’Afrique et les USA. Le Royaume-Uni est épargné par les bombardements mais pas par le chaos et les inondations issues des dérèglements climatiques. Dans cette Angleterre post-apocalyptique, remarquablement rendue par un dessin et une palette de couleurs oppressants, un parti fasciste installe son pouvoir après avoir procédé à une épuration ethnique, politique et sociale.
En 1997, au moment où le parti semble avoir la situation sous contrôle, un anarchiste commence une campagne pour ébranler tous les symboles du pouvoir. Cet anarchiste qui se fait appeler « V » porte un masque de Guy Fawkes. On apprendra qu’il a été utilisé comme cobaye dans un camp, qu’il s’en est évadé en le détruisant, et qu’il se venge non seulement en assassinant les anciens responsables du camp, mais aussi en préparant la fin du régime. V sauve de la police Evey, une jeune fille qui risquait d’être violée par des policiers puis exécutée pour prostitution. V en fait sa disciple.

C’est David Lloyd qui eut l’idée de réutiliser la vieille tradition du Fifth of November. Il écrivit dans une lettre à Alan Moore : « Je me demandais… Et si on en faisait un Guy Fawkes revenu d’entre les morts, avec le masque de papier mâché, le chapeau conique et la cape ? Il serait vraiment étrange, pour le coup. »

3. V comme Vendetta – le film

V pour Vendetta est un film américano-germano-britannique, réalisé par James McTeigue, sorti en 2006, et adapté par les Wachowski de laz bande dessinée d’Alan Moore et David Lloyd. La distribution se compose notamment de l’acteur australien Hugo Weaving dans le rôle de V, de l’actrice américaine Natalie Portman dans le rôle d’Evey Hammond et des acteurs britanniques John Hurt, Stephen Rea et Stephen Fry.


V pour Vendetta – Rencontre V et Evey par sun3en1

La sortie du film était initialement prévue le 4 novembre 2005, la veille du 400e anniversaire de la Guy Fawkes Night, mais a été retardée jusqu’au 17 mars 2006. Alan Moore, mécontent des adaptations cinématographiques, a refusé de voir le film et a pris ses distances vis-à-vis de la production. Les scénaristes ont supprimé de nombreuses allusions anarchistes et des références aux drogues présentes dans l’histoire originale et ont aussi modifié le message politique. Le combat d’un l’anarchiste implacable contre un régime fasciste est remplacé dans le film par un combattant de la liberté romantique, soucieux de ne pas faire de victimes innocentes, et luttant contre le totalitarisme (toute la dimension raciste a disparu). En outre, Moore a tenté de maintenir une ambiguïté morale, et non à dépeindre les fascistes comme des caricatures, mais comme des humains réalistes, alors que V est un homme implacable, prêt à tout pour se venger de ses bourreaux et détruire le régime. Le film fait tourner la relation de V à Evey en romance. Bref, alors que la bande dessinée est un chef d’oeuvre singulier, complexe et dérangeant, le film est d’une grande platitude consensuelle.

ATTENTION, DOUBLE SPOILER: Alors que la bande dessinée se termine par un attentat dans lequel V se fait exploser avec tous les caciques du régime, le film se termine par la chute du régime par une manifestation de masse pacifique, les milliers de manifestants portant tous le masque de Guy Fawkes.

4. Les masque des Anonymous, des Indignés, des « Occupy »

L’utilisation du terme Anonymous, dans le sens d’identité partagée, a commencé sur 4chan, ce forum anonyme anglophone, constitué d’un réseau d’imageboards né en octobre 2003. La mention « Anonymous » est attribuée aux visiteurs qui publient des commentaires sans identification, et certains utilisateurs ont considéré, par plaisanterie, qu’Anonymous était une personne réelle. Avec la popularité grandissante des imageboards, l’idée qu’Anonymous soit un collectif d’individus non nommés est devenue un mème.
Le 25 novembre 2006, plusieurs mentions de la communauté Anonymous sont faites dans le manifeste Rules of the Internet édité sur 4chan.
La notoriété du nom a réellement débuté en 2008 avec le Projet Chanology (une série d’attaques informatique visant l’église de scientologie). Certains médias ont voulu y voir un groupe structuré alors que n’importe qui peut se revendiquer « Anonymous ». Le reste de l’histoire est bien connu.

Dès décembre 2006 – juste après la sortie du film, apparaît le même « Epic fail Guy » (EFG) qui sera à 4chan ce que « Régis » sera aux Nuls. Jouant sur le double sens de Guy (le prénom de Guy Fawkes et le « guy » pour « type », « mec »), Epic Fail Guy incarne celui qui endure un échec mémorable.

anonymous_emblem.svg.pngefg.gif

Le premier logo d’Anonymous représente une silhouette avec un point d’interrogation en guise de visage (image proche d’un autre mème), mais le masque de Guy Fawkes va s’imposer, en référence au héros du film avec le contrepoint ironique de l’Epic Fail Guy. Cette dimension ironique disparaitra avec le succès du mouvement Anonymous, les masques de Guy Fawkes fleurissant dans les manifestations. Ils seront repris par les mouvements « Occupy »/ »Indignés » qui, à l’image des Anonymous, se veulent mouvement de masses (« nous sommes légions » – référence à l’Evangile de Marc), anonyme, critique et active, mais sans organisation ni leadership.

1280px-anonymous-bruxelles.jpg

masque_anonymous.jpg