Les Forces de défense du peuple (HPG) ont lancé une série d’actes de sabotage contre l’armée turque dans la province de Colemêrg (région kurde de Turquie frontalière avec les zones kurdes d’Iran et d’Irak). Selon les déclarations des HPG, au moins deux soldats ont été tués.

Combattants HPG

Combattants HPG

Le 4 avril dernier, 7 combattants de la guerilla du PKK sont tombés martyrs lors d’affrontements avec l’armée turque dans la région de Pülümür dans le Dersim.
Parmi eux, le membre du Conseil du commandement du HPG (Force de défense du peuple, branche armée du PKK en Turquie) Kemal Garzan qui avait rejoint la guerilla kurde en 1993.

Kemal Garzan, commandant du HPG

Kemal Garzan, commandant du HPG

Après la trahison des peshmergas du PUK (Union Patriotique du Kurdistan) hier à Kirkouk, les peshmergas du PDK (Parti Démocrate du Kurdistan) ont suivi le même chemin cette nuit en abandonnant les zones qu’ils contrôlaient dans le Mont Shengal (aussi connu sous son nom arabe ‘Sinjar’). Les positions ont été cédées aux Hachd al-Chaabi (Unités de Mobilisation Populaires, les milices chiites loyales au pouvoirs irakien et iranien dont certaines comprennent des combattants yézidis). La majorité du centre-ville de Shengal (la principale ville du mont éponyme) est désormais sous contrôle irakien.

Comme à Kirkouk, les peshmergas se sont retirés sans un coup de fusil. L’abandon de Shengal successif à celui de Kirkouk fait très clairement penser qu’il y a eu un accord entre le Gouvernement Régional Kurde indépendantiste et l’Irak de Baghdad pour une cession des « zones disputées ». Les zones disputées sont les villes kurdes qui ne sont pas comprises dans les limites de la région autonome kurde telle que reconnues dans la constitution irakienne, il s’agit principalement de Kirkouk, Makhmour, Shengal et Mossoul. Des zones militairement partagées entre Baghdad et Erbil (la capitale du Kurdistan irakien), et avec une forte influence du PKK dans les trois premiers cas.

Le Mont Shengal abrite le peuple Yézidi, un peuple kurdophone et zoroastriste plusieurs fois persécuté et génocidé à travers l’histoire par les islamistes. En 2014, les peshmergas avaient déjà déserté le Mont dans ce qui ressemble très fort à un accord passé avec Daesh. Les peshmergas étaient à l’époque garants de la protection des Yézidis, cette désertion a mené au bain de sang: 3.000 Yézidis massacrés, 7.000 autres capturés et réduits à l’esclavage par Daesh. Les Yézidis pourchassés avaient pris refuge dans les montagnes où des conditions climatiques épouvantables avaient achevé leur calvaire. Finalement, ce sont les guérillas du PKK et du PYD, les HPG, YJA-Star, YPG et YPJ qui sont venus à leur secours et ont empêché la poursuite du génocide. Depuis lors, les guérillas protègent la montagne et tiennent toujours position aujourd’hui pour protéger le Mont Shengal. Elles ont également formé des milices locales autonomes afin de protéger la montagne.

Depuis que le Mont Shengal a été libéré, le pouvoir kurde irakien a de très nombreuses fois demandé aux guérillas du PKK d’abandonner les zones sous leur contrôle, une demande toujours refusée. Aucun doute qu’une tentative de prise de contrôle de la part du pouvoir irakien mènera à des affrontements.

En orange, les zones disputées.

En orange, les zones disputées.

Suite au référendum pour l’indépendance du Kurdistan Sud (irakien), l’escalade des tensions mène à ce que le pouvoir irakien tente de s’emparer des « zones disputées ». C’est à dire les zones kurdes qui ne font pas officiellement partie de la région autonome du Kurdistan, donc principalement la ville de Kirkouk. L’escalade a basculé ces dernières heures dans les premiers affrontements entre Kurdes et Irakiens. L’objectif de l’armée irakienne est de prendre le contrôle de trois puits de pétrole et de deux bases militaires, et à l’heure de publier cet article, plusieurs cibles ont effectivement été prises. Le jeu des alliances est profondément bouleversé : on retrouve d’un côté les HPG (guérillas du PKK) et les Peshmerguas qui n’ont pour l’heure pas formé d’alliance militaire malgré les demandes des premiers. De l’autre côté : l’armée irakienne et les Unités de Mobilisation Populaires (plus connues comme « milices chiites ») et leurs alliés iranien, turc et syrien.

Les informations sont floues pour l’instant et les différents médias kurdes distribuent des informations très différentes selon leurs couleurs politiques. Il semblerait dans tous les cas que certains peshmerguas (du PUK, Union Patriotique du Kurdistan) aient fuit la ville (des milliers d’habitants ont déjà pris la route vers l’intérieur du Kurdistan). Les HPG ont clairement pris les armes et appelé à former une force « entre les guérillas, les peshmerguas et la population ». Des manifestations ont défilé avec des drapeaux du PKK dans la ville. Des villageois furieux (ce n’est pas la première fois dans cette guerre que les peshmerguas fuient sans combattre) ont tiré sur des convois qui quittaient la ville en pensant qu’il s’agissait de déserteurs. La situation est donc pour l’heure très confuse.

La tension est palpable à Kirkouk. Crédit @jenanmoussa

La tension est palpable à Kirkouk. Crédit @jenanmoussa

Les HPG, l’armée du PKK, ont revendiqué l’éxécution de 83 policiers turcs lors de l’action portée par le commando « Vengeance pour les martyrs Bager et Direj », à Amed (Diyarbakir). L’action a eu lieu le 11 avril dernier autour de 10.45, lorsque le QG de la police a été soufflé par une explosion. Des explosifs avaient été placés sous le batiment via un tunnel de 90m de long creusé par la guérilla. Les autorités turques ont prétendu qu’il s’agissait d’une explosion accidentelle, mais les HPG ont démenti en précisant qu’ils avaient placé 2.540kg d’explosifs sous ce batiment qui rassemble les unités anti-émeutes, anti-terroristes, les renseignements ainsi que le réseau de surveillance par caméra de la ville et le garage à véhicules blindés. Sur environ 200 policiers présents dans le batiment, 83 ont été tués et 110 autres blessés. 8 chars d’assaut, 10 véhicules cobra, 4 véhicules oural, 4 véhicules ranger, 6 autopompes, 2 pelleteuses, 2 utilitaires Doblo, 12 bus et des dizaines de voitures de police ont été détruites dans l’opération.

L’opération a été portée en mémoire « de tous les camarades tombés en martyrs dans la province d’Amed et à tous ceux qui sont tombés dans les opérations récentes, en réponse aux politiques fascistes de répression de l’ennemi, aux atrocités et à la torture dans les prisons. Le commando qui a conduit l’action a pu revenir à sa base sain et sauf ». Les HPG ont également publié plusieurs photos de la préparation de l’action, montrant l’intérieur du tunnel et la pose des explosifs. Amed, considérée comme la capitale du bakuré, a été l’une des villes les plus dûrement touchées par la guerre aux Kurdes que mène l’état turc, notamment contre le quartier de Sur.

Mise à jour: Les chiffres sont basés sur les revendications du PKK, l’état turc nie complètement ces chiffres.

Un guérillero posant les explosifs sous le QG de la police à Amed/Diyarbakir


Le

Un guérillero posant les explosifs sous le QG de la police à Amed/Diyarbakir
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Les forces armées du Gouvernement Régional du Kurdistan (les Peshmerguas irakiens donc) et celles de l’état irakien ont fraichement annoncé que les préparatifs visant à la libération de Mossoul, la place forte de Daesh en Irak, étaient terminés. Le PKK (dont la guérilla tient plusieurs endroits en Irak, notamment l’ouest du Mont Shengal, Qandil et Camp Makhmour) a plusieurs fois réitéré sa volonté de participer à la libération de cette ville, en envoyant un nombre important de combattants (par le passé, ce nombre avait tourné autour de 1,000 à 1,500 combattants). Vu l’apparente imminence de la libération de Mossoul, un journaliste a demandé à un porte-parole du pentagone qu’elle serait l’attitude américaine face à la participation du PKK: le porte-parole est resté vague en annonçant que les USA « s’opposeraient bien sûr » sans préciser le genre d’opposition qui serait manifestée, mais en précisant que les USA faisaient une distinction claire entre le PKK et son homologue syrien le PYD. Un porte-parole des HPG (guérillas du PKK) dans le district de Shengal a annoncé que le PKK participerait à la libération de Mossoul malgré l’opposition de la Turquie et du Gouvernement Régional Kurde. Mossoul est occupée depuis juin 2014 par Daesh à la suite d’une campagne éclair d’une semaine, c’était avant la guerre une ville de plus de 2 millions d’habitants.

Les YBS, milices affiliées au PKK dans le Mont Shengal

Les YBS, milices affiliées au PKK dans le Mont Shengal

Au moins cinq personnes ont été blessées lundi dans une attaque à la voiture piégée visant le palais de justice de la petite ville kurde d’Ovacik. Une violente explosion s’est produite devant le complexe qui abrite aussi les logements des magistrats et d’autre personnels. L’attaque n’a pas été revendiquée dans l’immédiat mais elle est attribuée au PKK.

Le théâtre de l’explosion

EDIT: L’action, qui visait non pas directement le palais de justice mais les logements de fonction de son personnel, a été revendiquée par le HBDH (Mouvement Révolutionnaire d’Unité Populaire), qui l’a dédiée au commandant HPG Baran Dersin et ses camarades, tués dans un bombardement le 17 septembre à Ovacik. Le HBDH regroupe le PKK et 9 organisations de la gauche révolutionnaire de Turquie et du Kurdistan (voir notre article).

Funérailles du commandant Baran Dersin

Le théâtre de l'explosion
Funérailles du commandant Baran Dersin

Les YBŞ (Unités de Résistance du Shengal, milices yézidies proches des YPG) progressent vers Mossoul, toujours détenues par l’État Islamique. Elles ont lancé le 20 mars la « Campagne de Mossoul » destinée à nettoyer les abords de la ville des gangs islamistes. Les 1.600 combattants YBŞ sont appuyés par les HPG et les YJA-Star, les guérillas du PKK. Les YBŞ luttent comme les YPG et HPG pour la libération du Kurdistan mais également pour libérer les milliers de Yezidis kidnappés et réduits en esclavage par les islamistes.

Un guerillero YBŞ

Un guerillero YBŞ

Après des mois de combat, les guérillas affiliées ou alliées au PKK ont reprit la ville de Shengal (sur la montagne du même nom) aux islamistes, alors que les Peshmergas du KDP donnaient également l’assaut de leur coté. Entre autres, les HPG (guérilla ‘régulière’ du PKK), les YPJ-Shengal, les YJA-Star et les YPS (guérilla yézidie du PKK) ont libéré la ville. Le mont Shengal est devenu symbole de la résistance contre l’État Islamique lorsque les troupes du PKK avaient secouru des dizaines de milliers de Yézidis pourchassés par les islamistes et abandonnées par les troupes régulières kurdo-irakiennes (KDP-Peshmergas). Ces dernières semaines, le gouvernement kurdo-irakien de Barzani avait été jusqu’à fermer la frontière à hauteur de Hassakah, bloquant la voie aux vivres, armes et combattants nécessaires à la libération de Shengal. Cette tentative aura été vaine. Barzani a d’ailleurs déclaré que son armée avait libéré seule la ville de Shengal.

Sur ces images, ont peut voir les drapeaux des HPG et des YPS remplacer celui de Daesh sur un des silos qui culminent la ville.

Les drapeaux HPG et YPS à Shengal.

Les drapeaux HPG et YPS à Shengal.

Le bureau de presse des Forces de Défense du Peuple et des Femmes Libres du Kurdistan (HPG et YJA-Star les guérillas du PKK) a publié le bilan des actions du PKK pour le mois d’octobre. Ce mois, malgré la trêve unilatéralement respectée par la guérilla depuis le 10 octobre, a été particulièrement intense. Notons que la trêve du PKK ne sous-entend pas qu’ils aient baissés les armes : la guérilla protège les territoires sous son contrôle et se défend dés qu’elle est attaquée.

L’état turc a procédé à 26 opérations terrestres, 94 frappes aériennes par jets, 17 frappes aériennes par hélicoptères Cobra, 331 attaques d’artillerie lourde (mortier, obusier et tank), 53 opérations aériennes, 89 vols de reconnaissance et 7 opérations terrestres sans résultats.

La liste des actions opérées par la guérilla : un total de 116 actions et représailles incluant 20 sabotages, 17 éxécutions, 8 raids, infiltrations et encerclements, 9 contrôles routiers, 25 confrontations avec l’armée turque, 57 actions et frappes diverses et 23 actions aux résultats invérifiés.

Tout cela a coûté cher à la Turquie, voici les pertes : 315 soldats tués dans les affrontements, 4 policiers abattus, 15 membres des Opérations Spéciales, 12 officiers tués, 107 soldats blessés, 1 policier blessé, 11 bases militaires détruites, 5 blindés détruits, 17 véhicules militaires non-blindés incendiés, 4 hélicoptères endommagés et 6 véhicules lourds endommagés, dont un tank. Une douzaine d’armes diverses ont également été saisies par les guérilleros.

Enfin, selon les HPG, 53 guérilleros ont été tués, 3 autres sont morts sur le front du Mont Shengal en combattant l’Etat Islamique, deux guérilleros ont été faits prisonniers par la Turquie.

Drapeau du PKK.

Drapeau du PKK.