La technique de reconnaissance faciale connait en Chine un développement rapide et dans les domaines les plus inattendus. Elle a déjà été utilisée dans ce pays par la chaîne de restauration rapide KFC pour anticiper les commandes des clients, ainsi que dans les toilettes publiques afin de lutter contre le vol de papier hygiénique. Elle va être utilisée dans des villes de quatre provinces du pays pour dissuader les piétons de traverser au feu rouge. Le système prend des photos des contrevenants ainsi qu’une vidéo d’une quinzaine de secondes, qui s’affichent instantanément sur un écran afin de leur montrer qu’ils ont été pris. Les clichés sont ensuite comparés à ceux de la base de données de la police. En moins de vingt minutes, la photo des contrevenants ainsi que des informations personnelles telles que leur numéro de carte d’identité et leur adresse s’affichent sur l’écran installé au carrefour. Les fautifs ont alors le choix entre payer une amende, un cours de code de la route d’une demi-heure ou bien prêter main forte aux policiers de la circulation durant 20 minutes.

Jinan, la capitale de la province de Shandong

Jinan, la capitale de la province de Shandong

Trois activistes travaillant sous couverture dans deux usines du sud de la Chine pour China Labor Watch et arrêtés la semaine passée (voir notre article) sont toujours en détention. Ils enquêtaient sur les conditions de travail de Huajian Group, un fabricant chinois de chaussures pour la marque Ivanka Trump, ainsi que Marc Fisher, Kylie + Kendall, Coach, Alain Delon, Nine West et Karl Lagerfeld. Ils s’étaient fait embaucher ce printemps dans deux usines du Jiangxi et du Guangdong exploitées par Huajian Group, et avaient trouvé des preuves d’employés sous-payés et travaillant jusqu’à 18heures par jour.

Le Département d’Etat des États-Unis a exhorté la Chine à libérer ces hommes et à leur donner “les protections judiciaires et équitables dont ils ont droit”. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré mardi que la question ne concernait pas d’autres pays. “Les autorités judiciaires de Chine peuvent traiter les cas pertinents conformément à nos lois et règlements”, a déclaré la porte-parole du ministère. La porte-parole a aussi déclaré que la police a placé les hommes sous détention criminelle en raison de leur utilisation de «dispositifs de surveillance illégaux».

Hua Haifeng

Hua Haifeng

Un militant du droit du travail a été arrêté en Chine alors qu’il menait une enquête secrète sur les conditions de fabrication des chaussures de la marque de la fille du président américain, Ivanka Trump. L’ONG China Labor Watch, a précisé que deux autres de ses membres, en mission dans la même usine de la région de Jiangxi (centre de la Chine), sont portés disparus. Ce site, qui appartient au groupe chinois Huajian, fabrique aussi des produits pour les marques Coach et Karl Lagerfeld. L’entreprise base sa production sur des sous-traitants qui employant des ouvriers dans des conditions illégales (mineurs d’âges, salaires inférieurs au minimum légal, journée de 18H, etc.).

C’est la première fois en 17 ans de travail de terrain dans des usines en Chine que des enquêteurs de l’ONG ont été arrêtés par la police. China Labor Watch avait notamment publié des rapports pour dénoncer les conditions de travail sur les sites chinois de fabrication des iPhones d’Apple et des smartphones de Samsung. Le directeur de l’ONG pense qu’ils ont été arrêtés parce qu’ils enquêtaient sur des produits de la marque d’Ivanka Trump, ce qui rend la situation politiquement sensible. Les relations entre les autorités chinoises, Ivanka Trump et son mari (conseiller influent auprès du président US) sont excellentes.

Li Zhao, enquêteur de l’ONG CLW détenu par la police

Li Zhao, enquêteur de l'ONG CLW détenu par la police

Les villageois de Yuyi, dans le district de Chaoyang (province de Guangdong), accusent les autorités locales d’avoir détourné à leur seul profit l’argent de la vente de terres agricoles. Ne voyant aucune suite aux plaintes qu’ils ont déposées aux autorités supérieures, plus de 1.000 personnes se sont rassemblées mardi devant le siège du comité local du Parti communiste chinois. La police est intervenue brutalement, battant plusieurs manifestants. Les forces de l’ordre ont ensuite établi un cordon de “sécurité” autour du village.

Toujours dans la province de Guangdong, les forces de police ont arrêté un nombre inconnu de personnes après les affrontements avec des résidents du village de Mashan, près de la ville de Puning, qui manifestaient eux aussi contre la corruption des autorités locales. La police anti-émeute a tiré des gaz lacrymogènes après que des manifestants aient envahi une station de train à grande vitesse voisine, obligeant les trains à s’arrêter temporairement. Les autorités ont coupé le téléphone (fixe et cellulaire) et l’accès Internet à tout le village. A Mashan, les autorités supérieures avaient reconnus le fait de corruption et annulé certaines ventes illégales, une mesure insuffisante pour les villageois.

Le TGV du Guandong, un moment bloqué par les manifestants

Le TGV du Guandong, un moment bloqué par les manifestants

Les policiers des forces antiémeutes se sont affrontées lundi avec des milliers de manifestants de la ville de Qingyuan, dans la province chinoise du Guangdong, qui s’opposent à un projet de construction d’une usine d’incinération de déchets à proximité de leurs maisons. Environ 10 personnes ont été blessées et 300 ‘arrêtées après que les autorités locales aient appelées des renforts de police suite à une protestation d’environ 10.000 manifestants dimanche soir dans la ville de Qingyuan. Les policiers étaient munis lundi de chiens policiers et de longues matraques métalliques. Toute la ville est en grève pour trois jours en protestation.

Protestation d’habitants de Qingyuan contre l’incinérateur

Protestation d'habitants de Qingyuan contre l'incinérateur

La ville de Zhengzhou, capitale de la province chinoise du Henan (centre du pays), a officiellement déployé des robots policiers. La phase de test en conditions réelles de ces robots policiers aura duré une semaine dans cette ville où vivent près de 5 millions d’habitants. Dans un premier temps, ces officiers robots sont destinés à remplacer les policiers humains dans une gare, et ce durant les horaires de nuit, un poste qu’ils occupent désormais de manière officielle.

Baptisés E-Patrol Robot Sheriff, ces machines sont équipées d’un système de reconnaissance faciale, leur donnant la possibilité de scanner et d’identifier les passagers. Ces derniers peuvent répondre aux questions des passants et repérer d’éventuels criminels, mais pas seulement. En effet, les officiers robots peuvent mesurer la température ambiante et ainsi détecter des anomalies liées par exemple aux incendies. Leur efficacité a déjà été prouvée puisque dès leur premier jour de service, un départ de feu a été détecté et l’alerte donnée. Cette nouvelle fait écho à l’annonce faite il y a quelques mois par les Émirats arabes unis, qui tenteront cette année de remplacer des policiers humain par des robots, pour une utilisation massive d’ici 2021.

Un robot-policier dans la gare de Zhengzhou

Un robot-policier dans la gare de Zhengzhou

Neuf habitants de la petite ville rebelle de Wukan, dans le sud de la Chine, ont écopé de peines de deux à dix ans de prison après une manifestation de soutien au maire démocratiquement élus, et depuis emprisonné. Ils ont été reconnus coupables entre autre de participation à un rassemblement illégal, de trouble aux transports et aux services publics et de dissémination de fausses informations. Plusieurs des condamnés font partie des 13 personnes qui avaient été appréhendées en septembre à Wukan pour trouble à l’ordre public (voir notre article de septembre). Ces arrestations avaient entraîné une manifestation qui avait tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Ces dernières avaient répondu à des jets de pierre par des tirs de balles en caoutchouc et de grenades lacrymogènes.

Wukan était devenu célèbre fin 2011 lorsque ses habitants s’étaient soulevés pour chasser les dirigeants corrompus du Parti communiste chinois (PCCh), qui s’enrichissaient à leurs dépens en vendant des terres agricoles. Après la mort en détention d’un manifestant, les habitants en colère étaient même parvenus à chasser les forces de l’ordre et à se barricader dans la ville pendant une semaine entière (voir notre article de 2011). Pour rétablir l’ordre, le PCCh avait accepté l’organisation d’une élection libre pour le choix du nouveau comité communal. Lin Zulian, l’un des leaders de la contestation, avait alors été élu maire… et ensuite arrêté.

Mobilisation des habitants de Wukan (archive)

Mobilisation des habitants de Wukan (archive)

Wukan, un village de pêcheurs du Guangdong, était connu pour s’être soulevé contre la police et le gouvernement local en 2011 pour des affaires de corruption et d’expropriation (voir notre article de 2011, et notre article de 2013). A la mi-juin, la police avait arrêté le représentant élu de Wukan, Lin Zuluan – condamné la semaine dernière à 3 ans d’emprisonnement. Au petit matin, les habitants ont tenté de résister à l’assaut en jetant des pierres contre les forces de l’ordre. Suite à cela 13 villageois ont été violemment arrêtés par la police anti-émeutes, à coups de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc. Les 300 à 400 agents envoyés dans la commune ont forcé la porte de leurs domiciles en pleine nuit. En cause d’après les autorités locales : l’organisation de « rassemblement de masse illégaux […] portant atteinte à l’ordre public ». Désormais, les connexions Internet sont coupées et un contrôle d’identité est nécessaire afin de pouvoir entrer ou sortir de la commune.

Les villageois de Wukan face à la police anti-émeute en 2011

Les villageois de Wukan face à la police anti-émeute en 2011

Un avocat défenseur des droits de l’homme en Chine, l’avocat Zhou Shinfeng, a été condamné jeudi à une peine de sept ans de prison pour « subversion contre le pouvoir de l’État » au terme d’un procès expéditif. Cette sentence à l’encontre du fondateur du cabinet d’avocats Fengrui, a été prononcée par un tribunal de Tanjin. Fengrui, aujourd’hui démantelé, était réputé pour avoir représenté des intellectuels, des membres de groupes religieux interdits, et s’était attaquée à l’un des plus grands groupes laitiers du pays dans le cadre du scandale du lait contaminé à la mélamine. Le tribunal a conclu que Zhou Shinfeng avait « attaqué le système socialiste », utilisant son cabinet pour « défier le gouvernement » et « mettre en péril la sécurité nationale ».

Les procureurs de l’État ont plaidé qu’il avait « encouragé des avocats à publiciser des dossiers », « embauché des protestataires pour perturber le système judiciaire » et joué « un rôle important au sein d’un groupe d’activistes pour tenter de manipuler l’opinion publique et miner la sécurité nationale en répandant des pensées subversives ». La Chine mène une campagne de répression sans relâche contre les avocats défendant les droits de la personne et des activistes. Environ 300 personnes de cet type ont été arrêtées depuis un an, et une vingtaine d’entre eux demeurent détenus. C’est la troisième fois que le tribunal de Tanjin rend des jugements du genre cette semaine.

Zhou Shinfeng

Zhou Shinfeng

Une manifestation contre un projet d’incinérateur dans la ville de Lubu a tourné à l’affrontement dimanche. Des manifestants ont tenté de pénétrer dans les bureaux du gouvernement. Il y a des nombreux blessés et 21 arrestations. Les manifestants de la ville Lubu, dans la province de Guangdong (sud de la Chine), s’opposent un projet de construction d’un incinérateur qui doit également générer de l’énergie. Les résidents ont spontanément pris les rues par milliers parce qu’ils craignent que l’incinérateur contamine l’air et l’eau potable.

Les affrontements à Lubu

Les affrontements à Lubu