Le gouvernement allemand envisage d’élargir les pouvoirs de ses services de renseignement face aux « menaces hybrides » extérieures et aux risques sécuritaires internes, avec davantage de moyens financiers, techniques et juridiques ainsi que des capacités offensives (cyberattaques, sabotage d’infrastructures, perturbation de communications ou riposte contre systèmes ennemis). Des responsables politiques souhaitent transformer certains organismes en services plus opérationnels et renforcer la coopération internationale, voire créer un réseau européen de renseignement. Parmi les réformes étudiées : intrusions secrètes à l’étranger, installation de balises ou sabotages d’équipements, possibilité pour des agents de commettre des infractions hors du territoire et recrutement élargi d’informateurs, le tout sous contrôle parlementaire annoncé mais suscitant déjà des débats politiques et juridiques.

Après l’avis négatif du Conseil d’État, le projet de loi sur les interdictions d’organisations, porté par le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin, a été modifié : l’exécutif renonce à la dissolution définitive d’associations par voie administrative, jugée inconstitutionnelle, au profit d’interdictions temporaires, ciblées et proportionnées. Le texte maintient toutefois la possibilité, sur décision collégiale du gouvernement et sur base d’avis des services de renseignement, de suspendre des activités, des publications ou de faire fermer des comptes sur les réseaux sociaux diffusant des contenus estimés « contraires aux intérêts démocratiques ».

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Jeudi soir, la Chambre des représentants a adopté une loi instaurant la déchéance de nationalité pour les personnes condamnées pour crimes graves, une mesure qui ne s’applique qu’aux Belges disposant d’une double nationalité. Le texte introduit de fait une différence de traitement entre citoyens : une personne condamnée pour terrorisme ou criminalité organisée conserve sa nationalité si elle est uniquement belge, mais peut la perdre si elle est binationale.

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Une proposition de loi défendue à l’Assemblée nationale par le député LR Ian Boucard vise à instaurer une présomption de légitime défense, ou d’usage légitime de l’arme, pour les policiers et gendarmes faisant usage de leur arme à feu. Présentée comme un moyen d’éviter une « inhibition » des forces de l’ordre et de leur offrir une meilleure protection juridique, la mesure est soutenue sous conditions par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Le dispositif est critiqué pour l’impunité qu’il renforce, pour l’inversion de la charge de la preuve et pour son caractère inégalitaire, dans un contexte déjà marqué par des controverses récurrentes sur les violences et crimes policiers ainsi que l’impunité judicaire des agents mis en cause (voir notre article).

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La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté, mardi 20 janvier, une version amendée de la proposition de loi Yadan visant à criminaliser l’antisionisme. Le texte, porté par la députée Caroline Yadan et co-signé par 120 parlementaires (dont des membres du Parti Socialiste), modifie le droit pénal et le droit de la presse en élargissant le délit d’apologie du terrorisme et en créant un nouveau délit de « provocation à la destruction ou à la négation d’un État », visant explicitement Israël. La définition adoptée s’appuie sur celle de l’IHRA, assimilant certaines critiques de l’État d’Israël à de l’antisémitisme, y compris des slogans ou analyses historiques anticolonialistes, ce qui renforce la criminalisation  de la solidarité avec la Palestine. Les amendements proposés par le Conseil d’État ont été intégrés, notamment pour préciser les formulations concernant l’apologie d’actes terroristes et leurs auteurs, mais le texte reste très controversé. L’examen en séance plénière est prévu lundi 26 janvier.

Un projet de loi adopté récemment par le gouvernement allemand pour appliquer un règlement européen sur la transparence de la publicité politique suscite de vives critiques. Le texte autoriserait l’agence fédérale des réseaux à perquisitionner des plateformes numériques et des rédactions, y compris sans décision judiciaire, et à imposer la divulgation des soutiens financiers au nom de la lutte contre les influences étrangères. Parallèlement, le chef de la Chancellerie, Thorsten Frei, plaide pour un élargissement majeur des missions du renseignement extérieur, incluant des actions de cybersabotage, l’accès à des téléphones privés et des opérations au-delà des frontières. Il est enfin fait état de sanctions imposées pour des motifs politiques sans décision de justice, mises en œuvre par des autorités administratives.

Le 3 janvier 2026, un incendie volontaire sur une câble haute tension à Berlin‑Lichterfelde a provoqué une panne d’électricité touchant environ 45 000 foyers et 2 200 entreprises dans le sud‑ouest de la capitale, la plus longue coupure d’électricité depuis la Seconde Guerre mondiale. Le groupe écologiste radical Vulkangruppe a publié une lettre revendiquant l’attaque. Celle-ci visait à dénoncer l’industrie énergétique et les combustibles fossiles. Cette revendication a été prise au sérieux par les autorités et ils ont déclenché une enquête pour terrorisme et sabotage. Parallèlement, le ministre fédéral de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a annoncé un plan de mesures renforçant les pouvoirs de surveillance et la protection des infrastructures critiques contre les « extrémistes de gauche », y compris des nouvelles compétences numériques et des lois plus strictes pour la sécurité des réseaux énergétiques et des aéroports. Les autorités débattent également de la réduction des obligations de transparence pour certaines entreprises, notamment dans le secteur énergétique.

Depuis le 1er janvier 2026, un amendement du Code pénal tchèque assimile explicitement la propagande communiste à la propagande nazie, interdisant toute promotion publique de ces idéologies, y compris l’usage de symboles tels que l’étoile rouge ou le marteau et la faucille, et prévoyant des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. La mesure est toutefois critiquée par plusieurs universitaires et politologues, qui estiment que le communisme constitue un courant idéologique pluriel, distinct par nature du nazisme, et que cette assimilation dénature l’histoire et criminalise un courant politique et idéologique hétérogène. L’impact concret de cette réforme reste incertain, aucune condamnation pour propagande communiste n’ayant été prononcée depuis 1989.

Le Conseil d’État a rendu un avis critique sur l’avant-projet de loi porté par le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR), qui prévoit la possibilité pour le gouvernement d’interdire administrativement des associations ou groupements considérés comme « une menace grave pour la sécurité nationale ». Dans son avis du 31 décembre, la haute juridiction pointe des notions jugées trop vagues (« extrémisme violent », « promotion active », « infiltration »). Le Conseil d’État rappelle notamment que la dissolution définitive d’organisations relève de la justice et ne peut être décidée par le seul exécutif. Le projet mentionne explicitement le réseau de soutien aux prisonniers palestiniens Samidoun et a suscité de vives critiques y compris dans la majorité gouvernementale. Il devrait être amendé, le gouvernement ayant annoncé vouloir en revoir certains aspects sans renoncer à l’objectif d’un dispositif d’intervention rapide.

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En Allemagne, la surveillance numérique s’est considérablement intensifiée ces dernières années, encadrée par des lois comme la récente réforme du Polizeigesetz à Berlin, qui autorise l’usage de Staatstrojaner, la surveillance des communications et le placement sous garde préventive, ou le Polizeiaufgabengesetz en Bavière, permettant des interventions préventives en cas de “danger potentiel”. À cela s’ajoutent la Vorratsdatenspeicherung (conservation des données de communication) et la collecte de données dans les infrastructures de santé, les identités électroniques et les objets connectés. Les autorités allemandes justifient ces dispositifs pour des raisons liées à la sécurité, la lutte contre le terrorisme et la modernisation numérique. Face à cela, de nombreuses organisations militantes proposent des alternatives comme l’utilisation des services de messagerie chiffrée comme Signal ou Threema, des fournisseurs de courriels respectueux de la vie privée comme Posteo, des réseaux décentralisés comme Freifunk ou encore par l’utilisation de TOR et de VPN.