Secours Rouge

Abattre le capitalisme, construire la solidarité.

La police mauritanienne a arrêté samedi trois dockers qui participent à la grève engagée depuis cinq jours. Dès le lancement de la grève, des renforts sécuritaires ont été dépêchés sur le port. L’accord tripartite conclu dernièrement entre les délégués syndicaux, le gouvernement et les patrons prévoyait la réorganisation du travail des dockers en garantissant leurs droits. Les dockers jugés incapables physiquement d’accomplir le boulot devaient ainsi bénéficier de leurs droits de retraite et que d’autres soient remerciés pour invalidité établie par des analyses médicales. Ces clauses n’ont pas été respectées.

Les dockers s’élèvent également contre une nouvelle mesure consistant à faire décharger les conteneurs en ville au lieu du port afin de confier cette tâche à des ressortissants étrangers moins coûteux. Les grévistes accusent la société de sous-traitance chargée de cette tâche de recruter les dockers sans respecter les critères d’ancienneté ni les clauses de l’accord tripartite. Des milliers de manœuvres mauritaniens exercent le métier de docker au Port autonome de Nouakchott.

Le port autonome de Nouakchott

Le port autonome de Nouakchott

En Mauritanie, le mouvement anti-esclavagiste “Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste” avait organisé une rassemblement mardi dernier pour dénoncer la détention de plusieurs de leurs membres au carrefour de la polyclinique de Nouakchott. Ils comptaient se diriger vers le siège des Nations unies pour une marche qui se voulait pacifique. Elle a finalement été stoppée net par l’intervention massive des forces de sécurité. Plusieurs manifestants ont été battus avec des matraques et neuf d’entre eux ont arrêtés. Ils ont depuis été relâchés.

Une victime de la répression de mardi

Une victime de la répression de mardi

Moussa Ould Bilal Biram et Abdallahi Matala Salek, les militants mauritaniens anti-esclavagistes sont toujours détenus à la prison de Bir Mogrein alors que leurs compagnons de lutte, arrêtés dans les mêmes circonstances et condamnés aux mêmes chefs d’accusation, ont été libérés en novembre 2016 (voir notre dernier article sur le sujet). Ces activistes luttent pour l’éradication effective d’un esclavage ancestral, la fin d’un racisme persistant envers les Noirs Mauritaniens, une justice indépendante et l’obligation pour la République islamique de Mauritanie de respecter les conventions internationales relatives aux Droits humains qu’elle a signées.

Manifestation demain samedi 20 mai à 11H00 Porte de Namur (square du bastion)

Manifestation en Mauritanie

Manifestation en Mauritanie

Vendredi passé, la Cour d’appel a libéré trois militants anti-esclavagistes et réduit la peine de 10 autres. Sur ces 10, sept ont été condamnés à un an de prison dont quatre mois ferme pour appartenance à une organisation non reconnue, deux ont été condamnés à trois ans de prison dont deux ans ferme pour attroupement non armé, avoir empêché la police de faire son travail et appartenance à une organisation non reconnue. Le dernier est condamné à six mois ferme pour avoir ordonné un regroupement non armé et appartenance à une organisation non reconnue. Tous vont devoir payer une forte amende.

En première instance, ils avaient été condamnés à des peines allant de trois à 15 ans d’emprisonnement(voir notre article) suite à une manifestation qui a eu lieu dans la capitale, Nouakchott, en juillet 2016 pour protester contre l’expulsion des habitants d’un bidonville. Pourtant, aucun des 13 militants n’était présent à cette manifestation. Cinq des sept personnes du bidonville qui ont été arrêtées sont aussi condamnées à des peines allant d’un à cinq ans d’emprisonnement par la Cour d’appel qui a ordonné une amende. Les deux autres ont été acquittés.

Manifestation en Mauritanie

Manifestation en Mauritanie

Des heurts ont opposé lundi, aux alentours du port de Nouakchott, des dockers grévistes à des unités de la gendarmerie. Les affrontements interviennent après le mouvement de grève décrété par les porteurs, pour protester contre la décision de la direction du port de débarquer les containers directement dans les magasins commerciaux, dans le centre ville. Cette mesure réduit de manière substantielle les revenus des dockers, lesquels déchargeaient auparavant les marchandises des navires dans les dépôts ouverts sur les quais avant leur transport de nouveau par des camions.

Les affrontements de lundi

Les affrontements de lundi

Le 29 juin, une opération de déplacement de populations installées sur un terrain privé avait dégénéré en affrontement avec la police. En plus des protestataires arrêtés le jour même, des cadres de l’ONG anti-esclavagisme IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste) avaient été arrêtés à leur domicile ou dans la rue les jours suivants, les autorités les accusant d’être à l’origine des heurts qui ont fait plusieurs blessés parmi les policiers.

Lundi 11 juillet, des soutiens de l’IRA s’étaient rassemblés au centre de la capitale mauritanienne pour demander la libération des membres de l’ONG anti-esclavagisme. Une manifestation dispersée par la police, qui aurait procédé à une dizaine de nouvelles interpellations. Face à cette mobilisation, ce n’est que dans la nuit de lundi à mardi, vers 4h30 du matin, que 23 personnes, militants et dirigeants d’IRA pour la plupart, interpellées au cours des douze derniers jours dans le cadre des heurts du 29 juin, ont été entendues par le parquet. Le procureur a opté pour une procédure de flagrant délit et inculpé ces 23 personnes pour plusieurs motifs, dont agression envers les dépositaires de la force publique et incitation à la violence. Les 23 inculpés ont été placés sous mandat de dépôt et incarcérés à la prison de Dar Naim.

La prison de Dar Naim, à Nouakchott

La prison de Dar Naim, à Nouakchott

Mercredi 6 avril, les forces antiémeute mauritaniennes ont attaqué un sit-in des dockers du Port Autonome de Nouakchott, en grève depuis le 4 avril. Après un long moment d’observation, les éléments de la police déployés en masse à proximité du Port Autonome de Nouakchott dit Port de l’Amitié (PANAPA), ont dispersé les dockers à coup de matraques et de gaz lacrymogènes. Il y aurait eu des arrestations parmi les grévistes. et des affrontements ont alors éclaté dans le port. Les dockers, lâchés par leur Syndicat Professionnel protestent contre le système de sortie des conteneurs et exigent de meilleurs conditions de travail.

Rassemblement de dockers grévistes

Rassemblement de dockers grévistes

Une répression a visé une marche du mouvement antiesclavagiste IRA-Mauritanie à Nouakchott le jour de la fête de l’indépendance, pour réclamer la libération de son président Biram Dah Abeid et son vice-président Brahim Bilal Ramdhane. Cette répression s’est soldée par plusieurs blessés et de nombreuses arrestations. L’état de santé de Biram Ould Dah Abeid, , en détention à la prison d’Aleg depuis le 11 novembre 2014, est inquiétant. Il souffre d’une hernie discale, d’hypertension, de douleurs sérieuses à l’abdomen, et présente des troubles graves du sommeil. Il souffre également de vertiges réguliers et éprouve de grandes difficultés à se déplacer.

Une manifestation de l’IRA-Mauritanie

Une manifestation de l'IRA-Mauritanie

Une cour d’appel située dans la ville d’Aleg, dans le sud-ouest du pays, a confirmé la peine de deux ans d’emprisonnement prononcée à l’encontre de l’ancien candidat à l’élection présidentielle Biram Ould Dah Ould Abeid, de Brahim Bilal et de Djiby Sow, après les avoir déclarés coupables d’appartenance à une organisation non reconnue, de participation à une réunion non autorisée, de non-respect des ordres de la police et de rébellion. Biram Ould Dah Ould Abeid est le président de l’ONG antiesclavagiste Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA) et il était candidat lors de la dernière élection présidentielle. Il a été condamné avec deux autres hommes le 15 janvier 2015. Tous les trois ont refusé d’assister au procès en appel.

Biram Ould Dah Ould Abeid

Biram Ould Dah Ould Abeid

L’esclavage a officiellement été aboli en 1981 en Mauritanie, mais le phénomène et les pratiques qui y sont liées perdurent néanmoins. C’est ainsi que les descendants d’esclaves qui travaillent la terre sans aucun droit sont obligés de donner une part de leur récolte à leurs maîtres traditionnels. Trois dirigeants du mouvement abolitionniste (IRA, anti-esclavagiste) ont été condamnées à deux de prison ferme et incarcérés à Aleg (centre). Ils ont commencé hier lundi une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements, les abus qu’ils subissent depuis leur arrivée à la prison. Ils avaient été condamnés le 15 janvier par la Cour correctionnelle de Rosso (sud) notamment pour “appartenance à une organisation non reconnue”. Sept autres personnes arrêtées avec eux avaient été relachées.