Le 23 décembre 2025, le collectif Prisoners for Palestine a annoncé qu’après 48 et 49 jours de grève de la faim, les prisonnières pro-palestiniennes Qesser Zuhrah (à gauche sur la photo) et Amu Gib ont décidé de suspendre leur action en raison de la dégradation critique de leur état de santé et des risques imminents pour leur vie. D’autres prisonniers, dont Heba Muraisi, Teuta Hoxha, Kamran Ahmed et Lewie Chiamarello, poursuivent quant à eux la grève de la faim pour leur libération et la fin de la complicité britannique avec le fabricant d’armes israélien Elbit Systems, mais aussi pour obtenir la fin des mesures d’isolement, le retour de Heba Muraisi à la prison de HMP Bronzefield et l’accès aux mêmes droits, activités et formations que les détenus condamnés. Malgré cette pause partielle, la mobilisation a permis de mettre en lumière la détention politique et la répression croissante au Royaume-Uni, ainsi que de renforcer la solidarité internationale en faveur de la cause palestinienne. En particulier, de nombreux rassemblements de soutien ont eu lieu ces derniers jours, comme à Madrid où Bruxelles.

Organisée à l’appel de la Plate-forme Voix des prisonniers, les 20 et 21 décembre, une conférence internationale pour le soutien aux prisonnier·es politiques s’est tenue à Paris. Cette conférence a été un succès avec plus de 300 participants venant de nombreux pays. Des exposés et des témoignages ont documenté la situation de prisonnier·es et des discussions ont tendu au renforcement de la solidarité internationale sur ce front de lutte. Une importante délégation du Secours Rouge International a participé à la conférence avec deux contributions. La première, pour la table ronde consacrée à la place des prisonnier·es dans la lutte des classes, est intitulée Prisonnier·es politiques, sujets politiques. La seconde pour la table ronde du dimanche consacrée à la construction de la solidarité internationale, est intitulée Enjeux et problèmes du soutien internationaliste aux prisonnier·es révolutionnaires.

Abdelahi Lajfauni, prisonnier politique sahraoui détenu à la prison centrale de Kénitra au Maroc, a souffert d’une intoxication alimentaire sévère provoquant vomissements sanglants, diarrhée, nausées et vertiges, sans recevoir de soins médicaux ni d’évaluation de son état. La famille dénonce une négligence délibérée et l’absence totale d’enquête de l’administration pénitentiaire, qui n’a pas pris de mesures pour déterminer les causes ni sanctionner les responsables. Après avoir exigé des comptes, Lajfauni a également subi insultes, menaces et représailles de la part du personnel de la prison, renforçant les inquiétudes sur le traitement systématique et l’impunité envers les prisonniers politiques sahraouis dans les établissements marocains.

Emprisonné·e à Budapest en raison de son engagement antifasciste, Maja bénéficie de séances de soutien psychologique par téléphone, mais le temps d’appel limité à 80 minutes par semaine rend ces consultations insuffisantes, réduisant presque à néant ses contacts avec sa famille. Les promesses répétées d’améliorer ses conditions de détention n’ont pas été tenues. Ses soutiens soulignent qu’un transfert en Allemagne est jugé indispensable pour lui assurer un suivi adéquat et des droits fondamentaux respectés.

Âgé de 46 ans et originaire de Naplouse, Wajdi Joudeh est détenu depuis le 4 août 2004 et condamné à 25 ans de prison. Actuellement en isolement à la prison de Ganot jusqu’au 16 janvier 2026, il a subi de nombreuses violences en détention, des transferts forcés et des conditions d’emprisonnement extrêmes (froid, manque de vêtements et couvertures). Ces pratiques ont provoqué une perte de 40 kg et la gale. Par ailleurs, il est victime de nombreuses restrictions sur les visites et l’accès à son avocat. Dirigeant du Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) et figure du mouvement des prisonniers, son cas illustre les pratiques d’isolement et de répression spécifiques contre les leaders de la résistance dans les prisons israéliennes.

Bien que Rozerin Kalkan ait purgé sa peine depuis 20 mois, cette prisonnière politique kurde reste incarcérée en Turquie, sa libération ayant été à plusieurs reprises reportée par une commission pénitentiaire sur des motifs politiques, notamment l’« absence de remords », sa participation à des grèves de la faim et des lettres prétendument compromettantes qu’elle n’a jamais reçues. Arrêtée en 2016 à l’âge de 19 ans, elle a été condamnée à plus de dix ans de prison et elle est détenue aujourd’hui à la prison de haute sécurité de Şakran. Ce cas illustre une pratique plus large : depuis 2021, environ 4 000 libérations anticipées de prisonniers politiques, majoritairement kurdes, ont été refusées ou retardées par ces commissions.

Plusieurs prisonniers détenus au Royaume-Uni pour des actions contre le fabricant d’armes israélien Elbit Systems ont entamé une grève de la faim illimitée afin de protester contre leur détention prolongée sous des lois antiterroristes, souvent sans inculpation, sans libération sous caution et dans des conditions d’isolement strict (voir notre article). Ils réclament la fin des restrictions de communication, leur libération, un procès équitable, la fin de l’interdiction de Palestine Action et la fermeture des sites d’Elbit Systems au Royaume-Uni. Alors que six d’entre eux approchent les cinquante jours sans nourriture, leur état de santé est jugé critique. Afin de les soutenir, un rassemblement d’urgence est organisé mardi 23 décembre dès 18h30 à Bruxelles devant le Consulat britannique (Avenue d’Auderghem 10, 1040 Brussels).

Lors d’une conférence internationale de solidarité avec les prisonniers politiques organisée à Paris, la membre de l’organisation féministe anticapitaliste Zora et journaliste Anna, présente à bord du bateau Conscience lors de la Flottille de la liberté en route vers Gaza, a déclaré avoir subi des violences sexuelles lors de son transfert entre deux prisons israéliennes après son arrestation par l’armée israélienne en mer et cinq jours de détention (voir la vidéo). Témoignant publiquement, elle a expliqué parler au nom de toutes les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, notamment des prisonnières palestiniennes, affirmant que la honte incombe à l’État israélien et non aux victimes, et réaffirmant sa détermination à poursuivre la lutte jusqu’à l’obtention de la justice.

Dans toute l’Europe, une répression coordonnée vise des militant·es antifascistes, avec la coopération de plusieurs États, dont la France, suite à une mobilisation en 2023 à Budapest contre une commémoration néonazie. Depuis, une vaste opération se déploie pour arrêter, juger et intimider celles et ceux qui s’opposent à l’extrême droite et ses alliés. Parmi les personnes poursuivies figure Gino, réfugié en France, arrêté une première fois puis relâché, avant d’être de nouveau incarcéré récemment à la demande de l’Allemagne (voir notre article). Il attend désormais une décision d’extradition et encourt une lourde peine. Afin de le soutenir, ses soutiens appellent à lui écrire :

Monsieur ABAZAJ Rexhino · MAH D2 229 écrou n°1039609 · Centre pénitencier de Fresnes · Allée des Thuyas · 94260 Fresnes (France)

Suite à la vague d’arrestations contre des membres ou sympathisants du Parti Socialiste des Opprimés (voir notre article), six membres présumés ont été placés en détention provisoire à Istanbul, accusés d’appartenance à une organisation terroriste sur la base d’activités sociales comme des pique-niques ou la rédaction de communiqués de presse.